Formula; Merkelianœ^ 27, Rozière, n
4. On remarque que la plupart de nos formules portent le mot quam-pluretj ce qui pourrait d'abord faire supposer que les rachimbourgs ont été fort nouibi^ux. Mais il faut observer que ce sont là des certificats de jugement, notitii^t et que la partie gagnante tient à fairo entendre qu'il y a eu beaucoup d'hommes au procès. D'ailleurs comme ces quamplures sont ceux qui signent au bas de l'acte, quorum nomina subter leneyitur inserta, nous entendons bien que leur nombre ne peut pas cire considérable.
5. Formulez, recueil de Rozière, n*' 467, 472, 482. a. iWrf., n-477et482.
LES RAGIIIMBOURGS. 431
La lecture attentive des formules d'actes donne lieu à une autre remarque. Les rachimbourgs ne siègent et n'agissent jamais qu'à côté du fonctionnaire royal ; ils ne paraissent jamais qu'autour de lui. Bien plus, les formules marquent toujours que c'est lui qui est le personnage principal. Ils ne sont que son entourage. Nous sommes frappé de la fréquence d'expressions comme celles-ci : « En présence de tel comte, homme illustre, et de tels rachimbourgs qui siégeaient avec lui * w ; ou bien : « Comme le comte un tel, en tel lieu, était assis dans le mallus avec plusieurs rachimbourgs pour entendre les causes et juger les procès*. » Comte et rachimbourgs semblent deux termes presque inséparables ^
On peut même noter que ce terme rachimbourgy ne se trouvant écrit que dans un tiers environ de nos Formules, est remplacé dans les autres, qui offrent exactement le même sens, par une simple épithète, « les hommes vénérables », c< les hommes magnifiques*»; mais ce qu'on ne manque
1. Fomiulœ Andegavenses, 50,Rozièrc, 493: « Evenicns ille anlc viro illus> ter illo comité vel reliquis raciniburdis qui cum eo aderant. )) — Rozière, n* 477 : (( Veniens antc illustcr viro illo comité ... et viris venerabilibus racimbûrgis. »
— Rozière, n» 25t2, Merkeliarne, 16 : « illo mallo antc illum comitem vel reliquos rncimburgos. » — Rozière, n" 113, Merkelianw, 18 : « illo mallo ante illum comitem vel reliquis bonis hominibus. » — Rozière, n** 456 : (( in mallo ante vir illo comité vel reliquis bonis hominibus. » De même, n" 459, 462. Cf. n** 491 : (( Kgo, comcs, una cum bonis hominibus. »
2. Rozièrc, n" 486 : « Cum resedisset illc missus domini régis in mallo illo cum pluris bonis hominibus racimbûrgis et industriae personœ qu» ibidem aderant ... ad universorum causas audiendum vel recta judicia terminanda. »
— Rozière, n** 481 : « Cum resedisset illustris vir ille comes illo mallo una cum pluris bonis hominibus racimbûrgis qui ibidem aderant. » — Rozière, n* 471 : (( Cum i*escdissct illuster vir ille comis mallo illo cum pluris bonis hominibus. »
— Quelquefois Ton oublie de nommer les rachimbourgs : (( Cum resedisset illustcr vir ille comes in illo mallo publico ad universorum causas audiendas vel recta judicia terminanda; » et pourtant les rachimbourgs étaient présents: (( ... apud ipso garafione vel apud ipsos bonos homines qui in ipso mallo rcsi"* debanl » (Rozièrc, u** 469). De même dans les n*« 483 et 468.
3. La Loi salique semble en désaccord avc-c les Formules; aux titres 56 et 57 clic parle des rachimbourgs sans nommer le comte. Nous verrons dans la suite de cette étude la raison de cette contradiction apparente.
4. (( Corain illo comité vel magnificis viris » (Rozière, n* i67)<
jamais de dire, c'est « qu'ils siégeaient avec le comte* ». Bien plus, répilhète honorifique est quelquefois omise, nous ne trouvons plus qu'un terme vague comme rm, AomineSy ou simplement a/n, et nous lisons alors : ce En présence du comte et des autres hommes qui étaient avee lui '. »
L'emploi de ces diverses formes de langage dans des actes qui sont d'ailleurs identiques entre eux et dans dos phrases qui ont exactement la même signification , donne à penser que le mot rachimbourg n'était pas un terme consacré et nécessaire; on pouvait, même dans un acte officiel, le remplacer par une autre expression. Il n'était donc pas le nom d'une fonction spéciale et déterminée. On n'était pas un rachimbourg, comme on était un comte ou un centenier, comme on était un soldat ou un prêtre, comme on était un homme libre ou un affranchi. Ce n'était le nom ni d'une dignité, ni d'une classe, ni d'une condition sociale. De là vient que vous ne trouvez jamais chez les écrivains un homme qui soit appelé rachimbourg. Pas de racliimbourgs dans les listes de fonctionnaires. Pas de rachimbourgs dans les "tarifs de wergeld. Il ne serait pas impossible que ce mot eût été, dans la langue du temps, non pas un nom, mais un simple adjectif, et qu'il eût fait l'office d'épithète honorifique, aussi bien que les mots bonus^ idonmSy magm/icu$j qui prennent si souvent sa place.
S'il en était ainsi, l'expression caractéristique et importante dans nos textes ne serait plus le mot rachimbourg^ ce
i. (( Qui ibidem aderant » (Rozière, n*^ 471, 481, etc.). (( Qui cuinipso comité adcrant » (d"- 473, 495, 497). « Qui ibidem rcsidobaol » (n- 472, 477, 498).
2. a Antc illum judicem vel rcliquis viris qui ibidem aderant » (RoEièrt\
ii*478). — (( Aate illo comité vel aliis qui ibidem aderant » (Roxièrc, n* 479)
« Ânte illustre viro illo comité vel ante quampluris [)crsonis qus ibidem adorant D (Rozière, n** 480). — « Antc illo agenle vel rcliquis qui cum eo adcraot h (Rozière, n» 487). De même, n** 495, 497, 498. Notez que ces viri ou ces perêome ont exactement le même rôle qu'ailleurs les rachimbourgs; Skïusi les Formules disent : a a persooisfuit judicatmn » (Rozière 480); a viri dederunt judicium » (Rozière, 465 et 477); a interrogatum fuit ab ipsis viris » (Rozière, i71 et 478); « ab ipsis viris fuit judicatum » (Rozière, 470).
LES RACUIMUOUHGS. 455
seraient les mois in mallo sedentes que nous lisons dans la Loi salique, ou bien qui cum comité aderant que nous lisons dans les Formules. Ce seraient ces expressions-là, plutôt que le terme rdchimbourg^ qui indiqueraient la fonction de ces hommes en justice.
Mais ici une question se pose : si ces rachimbourgs ne sont pas tous les hommes libres, comment et par qui sontils choisis? Suivant M. Sohm, ils étaient élus par la centaine*. Aucun document ne dit cela. Jamais le mot centaine n'est écrit à côté du mot rachimbourg. Jamais il n'est dit que ces hommes fussent élus. Jamais tous ne trouvez un seul mot ni un seul trait qui les présente comme des délégués d'une population.
D'autre part, on ne voit pas non plus qu'ils aient été nommés par le roi. Nous avons de nombreuses listes des fonctionnaires royaux ; le nom des rachimbourgs ou des boni homines ne s'y rencontre jamais.
Quelques érudits ont pensé qu'ils avaient pu être désignés pour chaque procès par les parties en cause*. Mais les lois ne disent rien de pareil, et les Formules montrent le contraire. Il est facile de constater dans la plupart d'entre elles que les rachimbourgs étaient déjà réunis avant qu'aucune des deux parties eût encore comparu. On voit d'ailleurs siéger des rachimbourgs dans des affaires où il n'y a ni demandeur, ni défendeur, ni aucun procès. Cette hypothèse ne supporte donc pas l'examen.
Il ne reste plus qu'une supposition à faire, c'est qu'ils aient été choisis par le comte. Cela n'est pas dit formellement dans les textes; mais cela est impliqué par quelquesuns d'entre eux. La Loi salique prononce « que le graf doit réunir sept rachimbourgs », et qu'il doit les prendre
i. Sohm, Reichs und Gerichtsverf,, p. 578. Celte opinion avait été déjà exprimée par M"* de Lézardièrc, t. lU, p. 10, et par Laferrière, Uist. du droit français, t. UI, p. 416.
2. Siegel, Gesch, det GerichUverfahrens, p. iVo, Sohm, Reichs- und Gerichtsverf.y p. 578.
45i URGAMSATfON JUDICIAIRE CHEZ LES FRANCS.
<c capables' ». L'Edil de Chîlpéric lui enjoint de les avoir « bons, créables, et experts* ». Cela fait penser que leur choix dépendait de lui. Il ne faudi*ait pourtant pas dire qu'il y eût une nomination régulière des i*achimbourgs par le comte. Se figurer ce fonctionnaire instituant des rachimbourgs serait dépasser de beaucoup les textes.
Ce qui nous parait le plus vrai, c*est qu'il n'y avait sur ce point ni loi ni règle fixe. Le choix de ces hommes était indéterminé et indécis. Il était, en quelque sorte, abandonné aux circonstances. Quand le comte, faisant sa tournée judiciaire, tenait son mallus, il fallait qu'il fût entouré de quelques personnages. Les notables du pays, les plus aisés, les plus expérimentés venaient se ranger autour de lui. Venaient aussi ceux que le comte voulait appeler. Venaient ceux que les parties intéressées pouvaient avoir engagés d'avance à se trouver au jugement. Venaient enûn, très vraisemblablement, tous les petits praticiens du lieu; cette sorte d'hommes fut nombreuse dans cette époque très processive; ils suivaient volontiers tous les jugements pour acquérir de l'expérience ou de l'influence. Tous ces hommes pouvaient être rachimbourgs, tantôt un jour, tantôt un autre. Rien n'était plus variable que la composition de cette petite assemblée; elle changeait chaque jour et presque pour chaque procès. Aucune catégorie d'hommes n'y était particulièrement appelée, comme aucune n'en était exclue. Il n'y avait jamais une nomination formelle. Seulement, nous pouvons bien penser qu'il eût été impossible à un homme de s'asseoir au tribunal du comte si le comte ne lui eût permis d'y siéger.
Aussi nous expliquons-nous que nous ne trouvions de rachimbourgs qu'au tribunal du comte. Il n'en existe pas, ni rien qui leur ressemble, au tribunal du roi. Nos textes ne nous les présentent qu'autour du comte. Hors du mallus, ils n'existent pas. La veille ou le lendemain d'une séance,
1. Lex Salica, L, 3: « Tudc graBo coUigat secum scptcm rachimburgios idoncos. )>