‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de Marseille (volume 2)Chapitre 23 sur 56 · GEORGES CUVIER · texte numérisé non relu

GEORGES CUVIER

SECTION DES ACANTHOBRANCHES

(NUDIBRANCHES HOLOHÉPATIQUES DE BERGH)

Dans celle section se trouvent tous les Nudibranches possédant des organes respiraloires médio-dorsaux, conshlués par un petit nombre de feuillets branchiaux pennés ou ramifiés, disposés en cercle autour de l'orifice anal ; le foie de ces Mollusques forme une masse compacte, contenue dans la cavité générale du corps et ne se prolongeant jamais dans les téguments.

Dans l'épaisseur des téguments se trouvent d'ordinaire de nombreux spicules calcaires simples ou éloilés qui sont destinés à leur donner plus de consistance.

Les conduits génitaux sont triaules ; deux vésicules séminales.

Dans le voisinage du cœur existe une glande sanguine.

Cette section comprend tous les Doridés proprement dits, les Polycéridés, les Porostomata de Bergh et les Chromodoridés.

DORIDIDÉS CRYPTOBRANCHIÉS

Les organes branchiaux sont constitués ici par des feuillets pennés, disposés en croissant ou en rond, réunis par leur base, mais pouvant presque toujours se rétracter dans une cavité sous jacente.

Rhinophores perfoliés en forme de massue.

Bulbe buccal disposé pour la mastication.

Corps mou, arrondi à la face dorsale ; manteau recouvrant tout le corps, tuberculeux ou granuleux, à limbe palléal non resserré ; rhinophores petits et perfolés ; feuillets branchiaux presque toujours tri ou quadri pennés. Pied assez large.

Armature labiale nulle ou presque nulle ; radula à rachis inerme, à dents latérales nombreuses et crochues.

Pénis presque toujours inerme.

Le long des côtes méditerranéennes de la France il n'existe qu'un petit nombre d’Archidoridés.

GENRE ARCHIDORIS, BERGH, 1876

Corps subdéprimé, assez mou sauf dans la région dorsale du manteau ; rhinophores épais, coniques et courts avec sillon longitudinal super ficiel ; organe respiratoire constitué par un peht nombre (3 à 4) de feuillels ; vagin inerme.

Nous n’avons trouvé que deux espèces appartenant à ce genre dans le golfe de Marseille, à Nice ou à Cette, ce sont :

Archidoris tuberculala, Cuvier.

» marmorata, Bergh.

ARCHIDORIS TUBERCULATA, Cuvier

Face dorsale du manteau garnie de gros lubercules capilés ou ovoïdes, de grosseurs différentes. Branche triparkite, chaque portion se subdvisant en 5 pinnules. Rhinophores en massue, avec région olfactive assez longue.

Coloration générale de tous les téguments d’un gris légèrement jaunâtre ; les tubercules du manteau d'un jaune olive plus ou moins accentué suivant la laille des tubercules ; rhinobphores d'un gris cendré ou violacé avec petites laches plus foncées ; branchie d’une coloration également gris-cendré pâle.

Formule radulaire 60, o, 60.

Dimensions. — Longueur 30 à 40 millimètres.

Largeur maximum 17 à 20 millimètres.

HaBirar. - Près des côtes par 1 à 10 mètres de profondeur au milieu des Algues, dans le golfe de Marseille et près de de Nice (entrée du port de Nice et dans la rade de Villefranche).

Cette espèce est assez rare dans le golfe de Marseille, c'est parmi les algues qui tapissent les quais au soufre que nous l'avons prise en octobre 1880 et en juin 1881 ; j'en ai trouvé plusieurs spécimens dans la collection Vérany qui se trouve au Musée d'Histoire Naturelle de Nice, j'ai pu en étudier deux échantillons en 1882 et constater leur identité avec ceux des côtes de la Provence.

Comme l'indique la dénomination spécifique imposée par Cuvier, le caractère principal de cette espèce réside dans la présence sur toute la face dorsale de son manteau d’un grand nombre de tubercules coniques, ou en forme de massue ; ces tubercules très proéminents sont la plupart très gros vers le milieu du dos, puis vont en diminuant en se rapprochant des bords. Sur le fond gris-jaunâtre foncé du manteau se détachent tous ies tubercules d'une coloration jaune-crisâtre, ou jaune-pâle, suivant la grosseur des tubercules les plus petits étant toujours les moins colorés. Les téguments des autres parties du corps (face intérieure du manteau, le pied), sont d'une teinte jaune légèrement orangée.

Le manteau est très grand chez cette espèce, il recouvre complètement le pied, sans le laisser jamais dépasser, même à son extrémité postérieure. Le pied tronqué arrondi en avant, présente des bords latéraux presque parallèles, son extrémité postérieure étant aussi très arrondie. :

Les tentacules dorsaux ou rhinophores (fig. 2, PI. 1) sont fusiformes, assez renflés inférieurement ; à leur face postérieure ces organes présentent sur toute leur longueur un sillon longitudinal peu profond mais assez large, des deux côtés duquel partent obliquement, de haut en bas, des lamelles assez prononcées qui vont se terminer à la face antérieure sur le bord d’un sillon longitudinal moins large. Ces organes sont rétractiles dans deux gaînes enfoncées dans les téguments et dont les bords les orifices sont digités.

Les organes respiratoires de l'Archidoris tuberculala sont constitués par quinze plumes branchiales longues et grèles réunies en 3 groupes de cinq qui entourent l’orifice anal ; ces plumes peuvent se rétracter complètement dans leur cavité palléo-branchiale. Le pourtour de l'entrée de cette cavité présente aussi des digitations ou dentelures toutes dirigées vers le centre de l'orifice.

ie

Tous les téguments contiennent dans leur épaisseur un grand nombre de spicules calcaires fusiformes, un peu recourbés, avec des corpuscules arrondis de mème nature ; ces spicules servent à donner de la consistance à toutes les parties extérieures du corps. J'ai représenté (fig. 3, PI. III) la disposition qu'affectent ces spicules sur une coupe longitudinale médiane d’un gros tubercule ; l’on remarquera sur ce dessin que le centre est occupé par de longs spicules entrecroisés et que sur la périphérie s’en trouvent de petits qui souvent se prolongent dans de fines granulations recouvrant ces tubercules ainsi que toute l'étendue des téguments dorsaux.

Dans l'épaisseur des plumes branchiales on observe peu de spicules si ce n'est vers la base.

Entre le manteau et le bord antérieur du pied, nous avons l'orifice buccal porté au centre d’un mamelon charnu (fig. 4, PI. III) sur les parties latérales duquel se trouvent deux prolongements tentaculaires coniques, sortes de tentacules buccaux.

A l'entrée de la cavité buccale, sur les côtés, l’on aperçoit deux machoires ayant la forme de petites plaques jaunâtres constituées chacune par de nombreux petits bâtonnets chitineux, disposés verticalement et très serrés les uns contre les autres.

Radula. — La radula du plus gros individu que j'ai disséqué, possédait so rangées transversales de dents, la formule radulaire était 60, 0, 60. — Les dents médianes étaient absentes mais le sillon ou rachis formé par leur absence était peu marqué.

Les dents latérales (fig. 1 et 2, PI. I11) sont crochues, leur extrémité en pointe recourbée en arrière vers le fond de la bouche, mais à mesure que l’on s'éloigne du rachis, elles sont moins recourbées et surtout moins tordues sur elles-mêmes comme on peut le constater sur notre figure 2 représentant une dent prise vers le milieu d’une demi-rangée, et vue de profil.

Toutes ces pièces chitineuses offraient une coloration jaune ambrée pâle.

Le plus gros individu pêché dans le golfe de Marseille arrivait presque à 40 millimètres de longueur sur 20 de largeur ; mais tous les individus de la collection Vérany, pris le long des côtes de Nice, étaient beaucoup plus petits (26 millimètres sur 13 ou moins) et par suite de leur long séjour dans l'alcool avaient pris une belle coloration jaune uniforme.

ARCHIDORIS MARMORATA, BERGH

Manteau à face dorsale granuleuse. — Branchie quadripartite, chaque portion se subdivisant en 2 ou 3 pinnules.— Rhinophores à portion olfactive courte, conique et rejelée en arrière.

Anneau chiineux mandbulaire élroit et incomplet, formé de nombreux petits bälonnets prismatiques ; formule radulaire 50, 0, 50, denis unciformes. Coloration générale jaune orangé, ocre-jaune ou ocre-rosé ; à la face dorsale du manteau quelques taches irrégulières, d'une teinte plus accentue, pouvant arriver au rouge-vineux ; extrémité des rhinophores jaune-brun. Branche ocrejaune pâle, parfois un peu grisälre, avec poncluations blanches aux extrénulés

des digitations.

Dimensions. — Longueur 40 à 50 millimètres.

Largeur 22 à 28 millimètres.

Hagirar. — Rarement dans le voisinage des côtes, d'ordinaire plus profondément, de 29 à 55 mètres, dans des fonds coralligènes.

Cette espèce se rencontre plus souvent que la /uberculala, son habitat est aussi moins localisé ; j'en ai pris quelquefois le long du quai au soufre mais c'est surtout dans des fonds coralligènes, à une profondeur de 25 à 5$ mètres qu'on la trouve le plus fréquemment.

La coloration générale de cette espèce est tantôt ocre-jaune pâle, tantôt ocre-rosé ; mais suivant celle de ces deux teintes que l’on constate, dans toutes les parties du corps le jaune ou le rose est mélangé à la coloration propre de ces parties. La teinte est plus accentuée à la face dorsale du: manteau qui offre en outre de grandes taches irrégulières plus sombres, parfois d’un rouge-vineux.

Le manteau présente sur cette face une multitude de tout petits tubercules qui lui donnent un aspect fortement granuleux ou chagriné.

Les rhinophores possèdent une coloration un peu plus foncée, surtout dans leur portion lamelleuse. .

La houppe branchiale est jaune-grisâtre, ou rose-grisâtre pâle avec des ponctuations blanches qui sont surtout nombreuses aux extrémités des ramifications.

Le manteau est très grand chez l'Archidoris marmorata, toutefois il laisse apercevoir quelque peu l'extrémité postérieure du pied (fig. 4, PI. I), lorsque l'animal est en marche.

Les rhinophores sont rétractiles ; complètement sortis ils montrent une région

basilaire cylindro-conique, à la suite de laquelle se trouve un renflement terminé supérieurement en pointe ; c'est sur toute l'étendue de cette portion renflée que sont placées les lamelles olfactives transversales obliques, disposées les unes au-dessus des autres, suivant deux rangées symétriques.

La houppe branchiale (fig. $, PI. III), se compose de dix feuillets bipennés, disposés symétriquement en deux groupes, subdivisé chacun en deux ; ces feuillets sont de dimensions inégales, l’antérieur et le postérieur de chaque côté sont moitié moins grands que les autres et semblent n'être que des ramifications de leurs voisines. Les pinnules de tous ces feuillets sont relativement grosses et par suite peu nombreuses.

De chaque côté de l'orifice buccal l'on observe un petit tentacule cylindroconique.

Dans l'épaisseur des téguments on trouve une multitude de spicules analogues à ceux du luberculala.

Mächoires. — Ces organes sont constitués par une multitude de petits bâtonnets chitineux prismatiques (d'ordinaire à 4 faces) ou presque cylindriques, très courts et un peu incurvés, qui forment par leur ensemble une lame résistante, une sorte d’anneau chitineux à l'entrée de la bouche. Cet anneau est à peu près complet, du moins en apparence, sauf au milieu de sa face inférieure où il offre un sillon dépourvu de bâtonnets.

La surface interne de cet anneau présente sous un faible grossissement microscopique un aspect granuleux, granulations qui sous un fort grossissement se changent en prolongements coniques, un peu inclinés.

Cet anneau est très cassant chez les individus conservés dans l'alcool.

Radula. — Dans sa forme générale comme dans celle des dents qui la constitue, la langue chez l'A . marmorala est presque identique à celle de l'A. {uberculata ; les premières dents ont leur partie crochue assez large et rejetée en dehors, chez les suivantes le crochet est dans le même plan, mais la seule diflérence sensible à signaler c’est l'étendue de la portion basilaire de ces pièces qui est ici plus considérable d’un bon tiers. La formule radulaire est 50, 0, 50.

Ruban nidamentaire. — Ayant eu à maintes reprises cette espèce vivante, j'ai obtenu plusieurs rubans nidamentaires ; j'ai représenté l'un d'eux (fig. 0, PI. II) grandeur naturelle dans la position donnée par l'animal.

Ce ruban constitue une sorte de collerette, à bords libres sinueux, décrivant deux ou trois tours disposés en spirale ; l'enveloppe glaireuse est très transparente et permet de voir très nettement la multitude de petits œufs d'un beau jaune orangé, placés les uns à la suite des autres, formant une spirale comprimée à nombreux tours très serrés.

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