GENRE PELTA, DE QUATREFAGES
Synonyme : RUNCINA, pe Forges, 1853.
Corps semblable à celui d’une limace, bombé à sa face dorsale, plat à sa face ventrale ; manteau séparé du pied par un profond sillon ; tentacules nuls ; yeux sessiles placés sur les côtés de la partie antérieure du manteau ; pied dépassant en arrière le bord postérieur des téguments palléaux ; branchie placée sur le flanc droit, venant s’abriter sous le manteau près du bord postérieur de celui-ci.
Organe copulateur distinct, situé assez en avant de l’orifice génital, sur le côté droit de la région céphalique.
Une radula et des mâchoires ; gésier armé de pièces cartilagino-calcaires.
Coquille peut-être nulle.
PELTA CORONATA, DE QUATREFAGES, 1844.
Synonyme : Runcia Hancocki, Forbes, 1853.
ANIMAL présentant un corps lisse revêtu de cils vibratiles. Le manteau assez bombé offre une légère échancrure en avant ; il s'étend peu sur les côtés, recouvrant d'une manière incomplète les bords du pied; sa partie postérieure est arrondie ; sa couleur est noire avec des petits points bruns, excepté sur le front et l'extrémité postérieure qui ont une teinte fauve uniforme et plus ou moins claire suivant les individus. — Les yeux, enfoncés dans les téguments, sont assez grands et chacun entouré d'une raie pâle; derrière les yeux se trouve souvent de chaque côté une ligne courbe de petites taches blanches continuant en quelque sorte la partie peu colorée de la région frontale.
Le pied est jaunâtre (ocre pâle), quelquefois marqué de taches ou de flammules noires ; il est légèrement concave en avant ; les côtés sont presque parallèles et dans la région céphalique un peu plus larges que le manteau ; l'extrémité caudale du pied s'étend en arrière des téguments palléaux, environ d'un quart de la longueur du corps.
La branchie semi-pennée, composée de 3 à 4 petites lames, est projetée un peu sur l'arrière des téguments dorsaux, toujours du côté droit.
Lo formule dentaire de la radula est x, 1, 1. Les mâchoires, de forme triangulaire, sont assez étendues ; elles sont constituées par de petites pièces chitineuses, plus ou moins polyédriques et nettement séparées les unes des autres.
Le gésier présente quatre pièces cartilagino calcaires, de même grosseur.
Longueur maximum de l'animal, 4 à 5 millimètres.
CoquiLLe ?
A ces diagnoses nous ajouterons quelques indications générales destinées à mieux faire connaître les caractères de ce mollusque. Pour les détails anatomiques, nous renvoyons le lecteur au travail que nous avons publié en 1883, dans les #wwales des Sciences naturelles (x); il trouvera aussi dans ce mémoire quelques indications bibliographiques.
Coquille. — En dilacérant le manteau de deux de ces mollusques, près de la partie postérieure de cet organe, nous avons trouvé un petit disque arrondi, d’une faible consistance, et qui paraissait être de nature calcaire. Les dimensions, très exiguës (environ deux dixièmes de millimètre), et par suite, les difficultés que l’on éprouve pour le séparer des tissus, afin de bien l’examiner, ne nous permettent pas d'affirmer que le Pelta coronata est pourvu d’un organe testacé ; c’est pour cette raison que, dans nos diagnoses, nous avons fait suivre le mot coquille d’un point d'interrogation.
Nous croyons cependant à l’existence de cet organe chez ce mollusque.
Mächoires. — Les mâchoires se rapprochent, par leur forme générale, de celles des Haminea, mais elles n’offrent pas la même consistance. Au lieu d’être formées de bâtonnets chitineux serrés les uns contre les autres, nous avons ici de nombreux denticules (environ 150) de la même substance, écartés les uns des autres, et implantés un peu irrégulièrement sur une membrane hyaline. Ces denticules ne couvrent pas toute l’étendue de la membrane, mais seulement le milieu, sur un espace triangulaire assez grand.
(1) Recherches anatomiques sur les genres Pe/ta et Tlodina. — Annales des Sciences naturelles,
zoologie. Sixième série, tome XV.
Radula. — Quant à la radula, elle offre la forme d’un quadrilatère allongé, et se compose d’une vingtaine de rangées de dents; chacune de ces rangées ne présente que trois dents. La dent médiane, de forme trapézoïde, se recourbe vers le fond de la bouche; cette partie, ainsi recourbée, se divise en deux prolongements symétriques, arrondis, et se terminant chacun par 4, $ ou 6 denticules.
Les dents latérales, de forme triangulaire (triangle rectangle), rappellent celles des Philinidés; elles ont comie ces dernières leur bord externe dentelé, mais leur extrémité supérieure est plus crochue.
Toutes ces dents (médianes et latérales), de nature chitineuse, ont toujours
une teinte jaune fort pâle.
Plaques stomacales. — X1 nous reste à dire un mot sur la troisième sorte de pièces qu'il est facile d'examiner chez ce mollusque, pièces qui peuvent avoir une certaine importance zoologique.
Ces plaques, au nombre de quatre, ont une consistance cartilagino-calcaire ; elles sont d’une coloration jaune de chitine pâle. Vues par leur face interne, elles présentent l'aspect d’octogones, dont deux côtés symétriques seraient près de deux fois plus longs que les six autres; sur cette face, on remarque trois séries parallèles de mamelons très proéminents et réunis entre eux par des arêtes transversales. A la face externe de chacune de ces plaques, et suivant leur axe longitudinal, on observe un corps cylindrique, servant de soutien à ces organes.
L’analogie de ces plaques stomacales avec celles des Haminea est frappante et nous paraît être un des meilleurs caractères (1), rapprochant le Pelta du groupe des Bullidés vrais, et le séparant des Pleurobranchidés, auxquels il ne ressemble que par l'existence d’un manteau en forme de bouclier et par la disposition de la
branchie sous le bord droit de ce manteau.
Habitat. — Nous n'avons rencontré ce petit mollusque qu'en un seul point du golfe; c’est près de l'entrée du vieux port, contre des rochers faisant partie de la pointe du Pharo ; il vit sur les tiges d’une espèce d'algues (le Cystoseira amentacea, Bory ou C. barbata, Ag.) très abondante en cet endroit. En toutes saisons, on ne le trouve pas aussi fréquemment, c’est surtout au printemps qu'on le ren-
contre.
(1) Nous avons aussi, comme caractères rapprochant le Pelta des Bullidés, la séparation de l’organe copulateur, qui est toujours distinct et complètement indépendant du reste de l’appareil génital, ainsi
que l'absence totale de tentacules dorsaux.