CHAPITRE PREMIER
APPAREIL DIGESTIF
Je ne connais, sur la splanchnologie des Tabaniens, que la description du canal alimentaire du 7°. tropicus, par Ramdohr!, et celle que j'en ai donnée, il y a plusieurs années, dans le T. bovinus®.
L'étude comparative des contenta du canal digestif des deux sexes de plusieurs espèces de Tabaniens m'a mis à même, d’une part, de m'assurer que jamais les mâles n'avaient sucé du sang, et de l’autre, de confirmer le fait énoncé par Réaumur {{. ce. t. IV, p. 230), que des taons femelles, conservés dans des poudriers, s’accommodaient d’un aliment sucré. J’ai effectivement rencontre, dans mes vivisections, des individus de ce dermier sexe, où l’estomac renfermait un liquide qui n’était pas du sang, quoique je les eusse pris suçant des animaux. J'en avais conclu que les taons pouvaient bien parfois ne sucer que les liquides incolores de la peau ou la lymphe, comme je lai déjà dit en parlant des cousins, et J'expliquais l'effet de leur piqûre par celui d’un vésicant ou d’une brûlure qui déterminent sur notre peau des ampoules de sérosité ou des phlictènes. De ces faits et d'autres observations, J'ai tiré cette double conséquence, 1° que les femeiles des Tabaniens peuvent se nourrir, tantôt de sang, tantôt d’un aliment liquide incolore; 2° que les mâles ne sucent jamais le sang des animaux, que leur bouche est, anatomiquement parlant, inhabile
1 Ouvr. cit. p. 181, tab. 21, fig. 1, 2.
3 Journ. de phys. Mai 1820.
à percer, à inciser des téguments, et qu'ils s'alimentent souvent du pollen des fleurs. Cette imduction est aussi applicable aux Pangonia, même aux espèces à très-longue trompe, puisque, je le répète à desseim, jai constaté du sang dans l'estomac de la femelle de la P. marginata.
Les glandes salivaires des Tabaniens sont grèles, filiformes, reployées dans le T. bovinus en une agglomération assez lâche, moins longues et presque droites dansle T'.tropicasetleT. fulvus, courbées en hamecon dansle T. bromius, beaucoup plus courtes et atteignant à peine la base de l'abdomen dans l’'Hæmatopola, presque aussi courtes et terminées par un léger renflement oblong dans le Chrysops. Gelles de la Pangonia présentent cela de particulier, que le boyau sécréteur forme dans l'abdomen une agglomération comme dans le T. bovinus, tandis que le col, bien plus long que däns ce dernier, traverse tout le corselet avec un diamètre capillaire.
Le tube alimentaire a deux fois environ la longueur de l'insecte, comme dans les derniers genres des Tipulaires. L’œsophage n'est un peu renflé ou turbiné que dans la Pangonia; le réservoir de la panse est bilobé; le ventricule chylifique débute par deux bourses conoïdes, terminées par un fin ligament, granuleuses comme la portion thoracique de l'organe. Les granulations de celui-ci sont arrondies, souvent disposées en séries longitudinales, et s’effacent en arrière dans le T, bovinus, tandis qu’elles se continuent jusqu'à l'abdomen dans le T.tropicus. En entrant dans la cavité abdominale, le ventricule offre un renflement sphéroïdal, conoïde ou allongé, suivant quelques circonstances digestives. On observe à ce renflement quelques papilles subglobuleuses isolées et clair-semees qui n'existent ni dans l'Hæmatopota mi dans la Pangonta.
Les vaisseaux hépatiques s'implantent par quatre Insertions isolées et se terminent par autant de bouts flottants ; je ne les ai trouvés variqueux que dans | Hæmatopota et le Chrysops. Ordinairement blancs dans le T. bovinus , ils passent aussi au jaune vif, suivant le degré d'élaboration de la bile; ceux de l'Hæmatopota sont violaces.
L'intestin commence par une dilatation qui égale celle du ven-
tricule, puis il devient filiforme, fait une circonvolution et se
termine par un rectum ovalo-conoïde, relevé par quatre ou cinq
boutons charnus orbiculaires et subombiliqués en dehors, mais conoïdes dans l'épaisseur de l'organe.