CHAPITRE PREMIER
APPAREIL DIGESTIF
Les Asiliques sont insectivores, mais ils ne se bornent pas à sucer leur proie, ils la déchirent, ils la broient pour s’en nourrir,
Les glandes salivaires sont aussi peu développées dans les Asiliques que dans les Stratiomydes, et leur longueur atteint à peine le milieu du thorax : ce sont deux boyaux plus ou-moins flexueux,
gros et bulbeux à leur origine dans l’A. crabroniformis, très-renflés.
à leur bout libre dans la Laphria, en massue allongée dans la Dioctria, enuèrement filiformes dans le Dasypogon. I] n’est pas rare qu'un fin ligament inséré à leur extrémité Les fixe à l'origine du ventricule chylifique; leur col a une teinte roussâtre constante; dans certaines conditions physiologiques, la forme normale de la glande est tellement changée par la supersécrétion de la salive, que cet organe est méconnaissable : c’est ainsi que dans deux
SUR LES DIPTÈRES. 241 dissections du Crabroniformis J'ai rencontré, au lieu d'un boyau allongé, une poche tout à fait pyriforme.
Le tube alimentaire est bien plus long que celui des familles précédentes, car il a de trois à cinq fois la longueur de l'insecte ; sa texture est généralement délicate et fragile. L’œsophage a constamment, comme le col salivaire, une teinte roussâtre qui ne tient pas aux contenta. J'ai constaté dans le Crabroniformis une forme et une structure particulières de ce conduit. Peu après sa sortie du suçoir, il présente une contracture légère, mais constante, qui semble destinée à retenir momentanément l'aliment, peut-être pour la déglutition; à son insertion au ventricule, il s'implante au centre d'un disque orbiculaire qui est inférieur, de manière à être invisible au-dessus. Cette espèce de bulbe aplati, dont la figure donne une juste idée, a la texture du ventricule et non celle de lœsophage. La tunique interne de ce dernier est d’un roux pâle, d’une consistance un peu élastique, d’un tissu fibreux où la lentille microscopique décèle des stries transversales d’une extrême finesse, très-serrées, mais non régulièrement continues, comme, par exemple, celles en spirale des trachées; ces stries sont parfois interrompues. La tunique externe est blanchâtre, contractile, et ses lambeaux, à un fort grossissement, ont des plissures transversales qui ne sont peut-être que l'empreinte des stries annulaires dont il vient d’être fait mention.
Je suis très-porté à croire que cette organisation de l'æsophage est commune à tous les Asiliques; il est vraisemblable, vu la contracture antérieure et le mode d'insertion postérieure, que l’aliment doit y séjourner et y subir, avant de passer dans le veniricule, une espèce de trituration. Cet organe, que je n'ai rencontré dans aucun autre Diptère, serait Jabot par sa position, gésier par sa texture. s
J'ai longtemps cru que les Asiliques étaient tous dépourvus de panse, et ce trait négatif avait lieu de m’étonner dans des insectes d'aussi grande taille et si vigoureusement constitués. Je la découvris enfin, en 1837, dans les deux espèces de Dasypogon;
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mais ayant depuis lors dirigé scrupuleusement et à de nombreuses reprises mes investigations anatomiques vers ce seul but dans le Crabroniformis, qui est un géant parmi nos espèces indigènes, je n'ai jamais pu y en apercevoir le moindre vestige, non plus que dans le Senex et le Laphria. Cet organe aurait-il échappé à ces mêmes yeux qui l'ont si positivement démêlé dans les entrailles du frêle cousin et de la minime psychode? C’est au moins douteux. Mais, est-ce donc la première fois que l’on voit la nature ne pas s'astreindre à nos systèmes, ne pas souscrire à nos idées législatives ? Ne peut-elle pas, dans une série d'êtres où il y a conformité d’habitudes, de traits extérieurs et même de structure intérieure, supprimer un organe sans compromettre l'existence? Que d'exemples n’en trouvons-nous pas dans limmensité de l'échelle zoologique! Tout bien considéré, je m'inclinerais volontiers à croire à l'absence réelle de la panse dans les Asilus, et il se pourrait que cette structure singulière de l’æsophage signalée plus haut fût un trait anatomique propre à ce genre et peutêtre une compensation du défaut de la panse. Remarquons encore, à l'appui de l'exclusion de cet organe dans les Asilus, que dans les Dasypogon, où son existence ne saurait être révoquée en doute, il est, à raison de son peu de développement et de sa fragile texture, en quelque sorte rudimentaire. La panse y est placée tout à fait au-dessous du canal digestif, sur la couche épiploïque intermédiaire à ce dernier et au chapelet ganglionnaire; son réservoir est une poche très-simple, peu expansible, oblongue dans Île D. teutonus, ovoïde dans le D. punctatus. ”
Le ventricule chylifique est ou profondément échancré et bilobé, comme dans les Asilus, ou à lobes prolongés en véritables bourses ventriculaires, ainsi qu'on le voit dans les Laphria, Dioctria, Dasypogon; l'extrémité de ces bourses a souvent un fin ligament suspenseur qui se fixe dans la tête. À son entrée dans l'abdomen, le ventricule offre une dilatation de forme et de grandeur variables, marquée de bandelettes transversales ; enfin, il s’atténue en un très-long boyau filiforme récurrent, c’est-à-dire rebroussant en
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avant sous la dilatation ventriculaire pour retourner en arrière : ce boyau, habituellement vide, offre une certaine analogie avec le jejunum des vertébrés.
Les vaisseaux hépatiques, à bouts flottants et à insertions isolées, ont sept à huit fois la longueur du corps et une couleur qui varie depuis le jaune et le brun jusqu'au rouge briqueté et au diaphane, Les insertions dans le Laphria sont rapprochées par paires, sans être confluentes.
L'intestin est d'abord filiforme, puis se dilate en un rectum oblong ayant quatre boutons charnus, orbiculaires dans le Crabroniformis et le Laphria, cinq dans le Senex-et les Dasypogon.
Appendice. — Les larves des Asiles (que je ferai connaître dans un mémoire particulier) ont un canal digestif proportionnellement bien moins long que celui de l’insecte ailé, puisqu'il ne dépasse pas la longueur du corps. Les glandes salivaires sont deux boyaux allongés assez gros; il n’y a ni panse ni bourses ventriculaires.