‹ Recherchess anatomiques et physiologiques sur les Diptères, accompagnées de considérations relatives a l'histoire naturelle de ces insectesChapitre 36 sur 84 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

APPAREIL GÉNITAL

ARTICLE

APPAREIL GENITAL MÂLE.

La composition de cet appareil s'éloigne peu, quant aux parties principales, de celle qui s’observe dans les familles que nous venons de passer en revue; toutefois, nous allons trouver dans la plupart des Syrphides un organe qui n’a pas d’analogue dans ces dernières, et qui constitue un des faits anatomiques les plus caractéristiques des Syrphides, c’est l'existence d’un réservoir spermatique distinct des vésicules séminales.

Exposons d’abord cet appareil dans le Volucella, lun des plus gros Syrphides de nos contrées.

Pa

Les testicules, petits relativement à la taille de Pinsecte et revétus d’une tunique brune, ont une configuration smgulièrement diverse, suivant leur degré de turgescence séminale À ainsi, VOUS les trouverez tantôt oblongs, cylindroïdes ou comprimés au milieu, tantôt ovoïdes ou pyriformes. Les conduits déférents, bruns aussi, capillaires et un peu moins longs que les testicules, deviennent, avant leur terminaison, tellement contigus l'un à l'autre, qu'un œil peu pratique de ces dissections délicates croirait qu'ils ne forment là qu'un seul et même conduit eourt; mais le secours de la lentille microscopique dissipe tous les doutes : ils s’insèrent à l'origine inférieure du canal éjaculateur. Les vésicules séminales, une pour chaque côté, sont filiformes, flexueuses ou reployées, trois ou quatre fois plus longues que les testicules; elles confluent en arrière pour la formation du canal éjaculateur.

Celui-ci, loin d’avoir, comme à Fordinaire, des parois fibreuses et un diamètre filiforme, a une texture vésiculaire, une forme allongée, cylindroïde, et une grosseur insolite : il renferme un fluide prolifique dont l'abondance modifie beaucoup sa configuration. Cet organe est, à mes yeux, un type précieux de transition qui nous prépare à trouver mieux circonscrit ce réservoir sperma- . tique que j'ai dit être un trait anatomique des Syrphides.

L'armure copulatrice de la volucelle rappelle par sa composition, et surtout par son étui articulé, celle de la panorpe; mais au lieu d’être replié en dessus, comme dans cette dernière, cet étui est, dans l’état de repos, ployé et reçu dans une excavation particulière du bout inférieur de l'abdomen : il est roux (noir dans le V. inanis), composé de quatre articles assez grands, ovalaires ou subquadrilatères, velus et mobiles les uns sur les autres, comme des vertèbres caudales. Le forceps, qui termine l’étui, a ses branches cornées, brunes, velues, courbées en crosse à leur extrémité, qui est un peu épaissie et faisant la pince : entre ces branches, se voit une sorte de volselle, mi-partie coriacée et membraneuse, très-velue et partagée en deux portions égales par un intervalle linéaire. Le fourreau de la verge, placé au-dessous de la volselle, est corné et

SUR LES DIPTÈRES. 267 d'une couleur rembrunie, dont la nuance varie; les baguettes, qui sont glabres, se dilatent en une raquette arrondie armée en dessous d’un crochet à double griffe se rattachant à une tige appliquée contre la baguette ; la base interne de cette tige a trois ou quatre dents microscopiques, et son milieu une isolée, Tout à fait au-dessous de tout l'appareil, 11 y a une pièce cornée, noirâtre, glabre, profondément échancrée à sa base et munie, au centre de son extrémité tronquée, d'une apophyse fourchue. Cette pièce inarticulée est l’analogue de celle que J'ai appelée hypotome dans les Hyménoptères.

Cette complication du forceps de la volucelle fait supposer dans l'acte de la copulation des manœuvres curieuses, dont la . constatation directe est destinée, je crois, à demeurer bien longtemps un mystère pour nous.

Les testicules du Chrysotoxum sont subglobuleux, d’un brun pâle, un peu plus gros que ceux de la volucelle; les conduits déférents, capillaires et bruns, sont distincts jusqu’à leur insertion à un conduit commun droit, plus gros mais aussi long qu'eux et pareillement brun. Ce dernier conduit, qui semblerait l’analogue du réservoir spermatique, loin d'être formé par la confluence des vésicules, serait au contraire recu dans l’embranchement de celles-ci. Cette disposition anormale, ce mode de connexion, la teinte et l'aspect non vésiculaire du conduit, me font naître des scrupules sur ses attributions, et imcliner à croire que je n'ai pas assez multiplié les autopsies. Les vésicules séminales, au lieu d’être longues et flexueuses comme dans la volucelle, sont allongées, droites, plus ou moins fusiformes: le canal éjaculateur serait fort court, le forceps n'est pas précédé d’un étui articulé, et ses ben e terminent par une pointe droite.

Les testicules de l’Æ. sepulchralis sont assez gros, ovoides, d’un brun rouillé , les conduits déférents, aussi longs qu'eux, sont jaunâtres et non bruns, droits, bulbeux à leur origine; en approchant du point de leur insertion au réservoir spermatique, is deviennent contigus et adhérents, ce qui rend encore plus fondés

JA

les scrupules et les doutes émis à l'article du Chrysotoxum; ils s'implantent à la partie postérieure et inférieure de ce réservoir. Les vésicules séminales, semblables à celles de la volucelle, et par leur forme et par leur longueur, s’insèrent à côté des conduits déférents; le canal éjaculateur est grèle, filiforme, aussi long que le réservoir, dont 1l n’est que le col tubuleux.

Le bout de l'abdomen du mâle de notre éristale est très-obtus, convexe, velu, et se courbe un peu en bas pour devenir le réceptacle ou le couvercle de l'armure. Celle-ci est transversalement ovalaire, non symétrique, beaucoup plus bombée du côte droit, glabre. Les branches du forceps sont presque droites, brunes, comprimées et se terminent par deux dents bien prononcées, dont l'interne est plus courte.

Le plus vulgaire des Eristalis, le E.tenax, va encore nous offrir dans les formes et les connexions de cet appareil des traits spé-

cifiques d'anatomie : les testicules, fort petits et relégués sous le rectum, sont ovales, bruns, sessiles ou presque sessiles sur les bords

du réservoir spermatique, de manière que le conduit deférent semble

nul. Ce réservoir utriculeux est ovalaire et du volume du testicule; il ne reçoit pas, comme dans l'espèce précédente, les insertions des vésicules séminales, et 1l ne forme pas directement le canal éjaculateur; il s’insère à la paroi supérieure de celui-ci après la confluence des vésicules; ces dernières, moins longues que dans le £. sepulchralis, forment au-dessous du réservoir le canal éjaculateur.

Nous trouvons dans le £. arbustorumle mème plan d'organisation que dans le Æ. tenax, mais avec des modifications; les testicules, oblongs, subcylindroïdes et bruns, sont en partie cachés par le réservoir spermatique, à la face inférieure et Hu à duquel ils s'insèrent par des conduits déférents incolores, fins'êt si courts, qu'ils ont à pee le quart de la longueur de ces glandes; les vésicules séminales, en massue allongée, s'implantent distinctement en arrière des conduits déférents sous le réservoir; celui-ci est sphéroïdal, et se continue en un conduit tubuleux, grêle, filiforme, qui n'est que le canal éjaculateur.

Dans la plus grande espèce européenne de Milesia, les testicules, remarquables par leur longueur filiforme, sont reployés et ordinairement un peu renflés en massue à leur bout libre; ils sont d’un brun chocolat. Les conduits déférents, colorés de même et plus courts qu'eux, s’adossent ensemble avant leur implantation au bout antérieur du réservoir; les vésicules séminales, grèles comme un fil, reployées et de la longueur de linsecte, s’insèrent à côté et en dehors des conduits déférents. Le réservoir spermatique a une configuration bien différente de celle des Eristalis : il est allongé, fusiforme, et son bout antérieur, replié en crosse, reçoit à la convexité de celle-ci les insertions des organes précédents. Le canal éjaculateur ne serait ici, comme dans beaucoup d'autres Syfphides, que le col de ce réservoir.

‘étude de ces organes dans le Xylota va nous fournir une des nombreuses preuves des ressources Imépuisables de la nature dans leurs formes et leurs combinaisons, pour remplir un même but. Les testicules, en massue oblongue, arquée et brune, dégénèrent brusquement en conduits déférents colorés de même, fins comme un cheveu, et s’unissant bientôt, ou plutôt s’adossant, pour ne former en appareñce qu’un cordon unique, bien plus long que leur portion dégagée, reployé ou flexueux, s’insérant en arrière et en dessous du réservoir spermatique. Les vésicules séminales sont longues, capillaires, reployées ou agglomérées et se fixent à côté des conduits déférents; le réservoir spermatique est en massue allongée; le canal éjaculateur n’en est non plus ici que le col atténué.

L'armure copulatrice du Xylota est précédée, comme dans la volucelle, d’un étui articulé mais composé seulement de deux articles d’un noir violet, velus, fléchis l’un sur l’autre, et dont la convexité du premier termine l'abdomen; le second, courbe en bas et en dedans, abrite sous sa voûte les divers instruments copulateurs; ces derniers sont : 1° deux écailles basilaires dont l'une est le réceptacle, l’opercule de pièces qui ne s’observent pas

dans lautre;2° un forceps à branches brunes inégales, se croisant .

dans leur jeu, l’une plus grosse et velue; 3° en dehors du forceps, un corps moins corné, obtus, velu, d’un gris sale : c'est peut-être le fourreau de la verge; 4° une sorte de vo/selle compliquée dont je n’ai pas assez étudié les pièces constitutives.

Les testicules du Syritta ressemblent à ceux du Milesia; par leur gracilité filiforme, mais ils sont un peu moins longs; les conduits déférents, fins, courts et parfois boursouflés, s’insèrent isolement, et non adossés, au tiers antérieur et inférieur du réservoir spermatique; les vésicules séminales, grèles comme les testicules, mais moins longues et incolores, ont leurs insertions à côté de celles des conduits déférents. Le réservoir spermatique, allongé et subfusiforme offre, à son tiers antérieur, une légère contracture où s'implantent les organes précédents; 1l s'atténue en arrière en un filet capillaire qui est le canal éjaculateur. L'armure copulatrice a, comme celle du Aylota, un étui biarticulé; l'arucle basilaire, plus grand, reçoit latéralement le canal éjaculateur ; les branches du forceps et le fourreau de la verge sont comme dans la volucelle.

Le Rhingia offre des formes très-insidieuses dans cet appareil; il faut une certaine habileté dans ces vivisections et avoir bien présente cette composition anatomique dans les genres voisins pour S'y reconnaître. Les testicules, d’un brun rougeûtre, petits, globuleux, contigus entre eux, sont sessiles sur l'aire du réservoir spermatique; lorsqu'on cherche à les isoler pour en saisir les connexions, on leur découvre un col d’une extrême brièveté, qu'il faut regarder comme un conduit déférent rudimentaire. En arrière et un peu au-dessous des testicules, une loupe attentive aperçoit une paire de très-petits globules subdiaphanes et sessiles : ce sont les vésicules séminales. Le réservoir spermatique est une grande utricule sphéroidale qui supporte, comme jé viens de le dire, tous les autres organes; le canal éjaculateur est aussi le col du réservoir. L'armure copulatrice est précédée, non pas de deux articles comme dans le Aylota, mais d'un seul placé obliquement

à l'axe du corps et velu. Les branches du Jorceps, robustes et cam- “

SUR LES DIPTÈRES. 271 brées, sont formées de deux pièces unies par une articulation linéaire transversale et sont tronquées au bout.

Si nous consultons ce même ordre d'organes dans le Syrph. rosarum, où il n'existe aucune trace de réservoir spermatique, et où larmure Lopulatrice débute par un étui de quatre articles, nous verrons que le genre Syrphus doit, dans la série générique, être plus rapproché de la volucelle et même la précéder. Les testicules de ce diptère sont globuleux, d’un brun clair; les conduits déférents, à peu près de leur longueur et capillaires, s’insèrent, non pas au réservoir spermatique, qui n'existe pas, mais aux vésicules séminales, qui sont allongées et atténuées en avant; le canal éjaculateur, qui résulte évidemment de la confluence de ces dernières, est grêle et assez court. :

Les deux espèces du genre Cheilosia manquent aussi de réservoir spermatique. Les testicules du C. mutabilis, petits, subglobuleux et d’un fauve vif, ont des conduits déférents grèles, fauves aussi, et s'adossant, avant leur insertion, de manière à simuler un conduit unique; les vésicules séminales sont globuleuses, bien plus grandes que les testicules, et confluentes pour la formation d’un canal éjaculateur filiforme, plus long qu'elles; les testicules du C. scutellata sont, au contraire, beaucoup plus grands que les vésicules et munis d’un conduit déférent bien plus court qu'eux; les vésicules séminales sont ovoides. :

ARTICLE II

APPAREIL GENITAL FEMELLE.

Il n’y a pas autant de variétés ou de modifications organiques dans l’appareil de ce sexe que dans celui du mâle. Je me bornerai à décrire en détail celui du Volucella.

Les grappes qui constituent ses ovaires sont ovales ou ovalesoblongues, blanchâtres, garnies de gaines ovigères modérément pressées, biloculaires, terminées par un petit ligament; le calice est

central, et si, lorsqu'il renferme beaucoup d'œufs, on renverse l’'ovaire, on aperçoit un ruban médian plus ou moins large, dégarni de gaines, mais inégal ou bosselé par la présence intérieure des œufs; dans la condition de virginité, le ruban est remplacé par une fine rainure linéaire, de laquelle semblent partir à droite et

à gauche les gaines ovigères, disposées obliquement comme les folioles d’une LU pinnée. Le col est court, mais distinct; l’outducte, tubuleux; les œufs sont ovales dans la gaîne, oblongs dans le calice. .

L'appareil sébifique (et séminal) se compose : 1° de trois orbicelles à centre noirâtre, groupés en triangle, munis d'un trèslong col efférent capillaire; 2° de deux réservoirs SéMINnaux SOUS la forme de deux boyaux filiformes atténués à leur insertion à l'oviducte. L’oviscapte, caché dans l’état de repos, est à découvert lors de la ponte, et on peut le mettre en évidence par une compression expulsive ménagée : on se convainct alors qu'il se compose de trois tuyaux engaïinés et rétractiles, dont les deux premiers sont bordés de jaune et dont le dernier, plus petit, ovaletriangulaire, se termine par deuxtentacules vulvaires ovales-oblongs, velus, d’un seul arücle.

Les ovaires des autres Syrphides ne différent guère, que par le nombre des locules, des gaines ovigères; il y en a quatre dans le E. tenax, six ou sept dans le Sphærophoria , etc.

Les réservoirs séminaux présentent dans le E. tenax une forme, une structure dont, jusqu’à ce jour, les Diptères ne m ‘ont offert d'exemple que dans la famille .des Pupipares { Hippobosca) ; au lieu des deux boyaux simples, ordinaires, on trouve, dans cette espèce, deux arbuscules très-rameux, blancs, surtout dans une gestation avancée, à rameaux capillaires recourbés ou entortillés, aboutissant à un tronc pareillement capillaire, qui s'insère à l'oviducte, conjointement avec les cols des orbicelles. Ces arbuscules rappellent, par leur configuration seulement, les glandes vénénifiques des Hyménoptères, notamment celles du Larra!, et

} Recherch. anat. etc. (Mém. de l'Instit, 1841, pl. 8, fig. 106.)

aussi les organes des sécrétions excrémentitielles de quelques .carabiques.

FAMILLE DES SCÉNOPINIENS.

Déjà, aux chapitres des appareils nerveux et respiratoires, j'ai parlé de l'espèce d'anomalie que forme, dans les Diptères, le Scenopinus, et de l'embarras qu'il cause pour son poste définitif dans le cadre entomologique. Latreille, qui, le premier, en forma un genre particulier, le colloqua d’abord dans la famille des Muscides, entre les genres Ochtéra et Pipunculus; plus tard, il le refoula dans les Dolichopodes, après le Platypeza. Meigen jugea mieux l’origmalité de ce genre en créant pour lui seul la famille des Scénopiniens, que M. Macquart plaça comme tribu à la tête de lindigeste famille des Athéricères. Stephens (Syst. catal. of Brit.) le rejeta encore bien plus loin dans la série des genres, en le plaçant entre le Chlorops et le Mosillus, dont il a un peu les habitudes tranquilles.

La composition de son système nerveux, qui a cinq ganglions abdominaux, la longueur de son canal digestif, qui dépasse peu celle du corps; l'existence des bourses ventriculaires ; enfin, la forme et la structure de ses antennes doivent rapprocher le Scenopinus des familles qui ont un rang plus élevé dans l’ordre, et, comme je lai déjà imsinué, il offre plusieurs liens de parenté avec les Thérévides.

La seule espèce que j'aie disséquée est :

Scenopinus fenestralis. Larr.

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