‹ Récifs au soleil, poèmesChapitre 5 sur 31 · AQUARELLE · texte numérisé non relu

AQUARELLE

à Henry-Edmond Cross.

Les rochers vers la mer s'inclinent doucement, Et, des flots du feuillage aux jardins éblouis Où rit en se jouant la corolle des vagues, L'air parfumé du feu dont le soleil l'embrase, Azur vierge irradié du pur diamant, Dans les rouges parois pénètre et resplendit.

Par limpides remous les floraisons d'extase Ondulent en frissons d'or, de pourpre, de rose ; Ils affleurent d'éclairs les galets dans le sable Aux caprices légers de la brise qui jase, Et ils dénouent au ciel dont le brasier l'accable La caresse de sa chevelure déclose.

Un lent balancement de reflets diaprés Révèle à l'horizon la présence de barques ; Une voile s'émeut, qu a frôlée une haleine, Et, d'une aile tendue aux désirs enfiévrés De boire la lumière dont la mer est pleine, Au lointain elle plonge, brusque, et se hasarde.

Et dès lors dans le calme et le vaste silence Où l'heure heureuse s'alentit et ne voit pas Que se lèvent là-bas d'impalpables buées Menaçantes vers les voiles qui se balancent Au large, soudain rampe, accrue et déployée, La lourde terreur de nuages noirs et bas.

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