‹ Récifs au soleil, poèmesChapitre 6 sur 31 · ENFANCE · texte numérisé non relu

ENFANCE

Mon enfance en moi se cache, lointaine et présente.

Charles Marguerite.

Les eaux fraîches comme les yeux des fiancées, La candide ferveur des lys, les longues nuits Solitaires, loin du fumier des vils ennuis Où s'épuisaient d'aimer mes futiles pensées,

La gloire de surprendre en des regards frémir L'appel inconscient dont s'émeuvent, corolles Parmi le tendre azur de naïves paroles, Les chères voluptés du jeune souvenir,

De vous, mon patient passé, mélancolie Qu'un plaisir souvent même aggrave de regret, Je ne sais du passé que ce qui me paraît Dans la brume à présent n'être que fiel et lie.

Mon Enfance parmi les fêtes et les jeux Jaillissait éperdue et se pâmait de joie Si haut dans le ciel clair où l'astre heureux flamboie Et transfigure d'or les horizons fangeux,

Que, si haut dans le ciel où le songe s'élance, Toujours s'épanouit sur le désastre obscur, Prodige inaltérable et parfum aussi pur, Ton visage riant, ô ma divine Enfance !

Si douce et pourtant si grave, je te revois Avec tes yeux de fièvre où le printemps s'achève, Qui t'accoudes au fond des jardins de ton rêve Et qui guettes au loin de nostalgiques voix !

La danse t'a lassée et ton âme indécise S'épeure de songer que partout, à foison, Dans le couchant d'extase une ample floraison De roses doucement fleur à fleur agonise.

Le jour déjà décline et, frissonnant, le soir S'élève avec lenteur des mers occidentales ; Regarde : autour de toi s'effeuillent les pétales, Va, nleure sur la rive où tu revins t'asseoir.

Ma belle Enfance, en qui mon songe recommence, Tu tes penchée en vain sur mon espoir viril, L'automne est là ; je ne ris plus aux fleurs d avril, Mon cœur fané se ferme aux refrains de romance.

Je ne bondirai plus dans l'ardeur du matin Du même élan fougueux dont bondissent les chèvres Vers les vergers promis à la soif de mes lèvres ; Le fruit pourrit sur l'arbre, et n'est jamais atteint.

Mon Enfance si bonne et si tendre, qu'attriste A peine un peu d'angoisse et qu exalte 1 orgueil De naître au jour, malgré les tourments et le deuil Sur mes pas comme des bêtes flairant leur piste,

Fière dans la lumière en fête et les parfums Des virginales fleurs que tu voyais éclore, Tu savourais innocemment, frêles d aurore, Ces rêves d'avenir qui te navrent, défunts.

Qu'attends -tu désormais ? Des ténèbres têtues T'environnent tandis que le soleil décroît ; Tu sanglotes de peur, ton pauvre cœur a froid, Lugubre est le silence où les voix se sont tues.

0 voix d'amour et de jeunesse dans le ciel Fabuleux où flambait ta candeur éblouie ; 0 voix trompeuses qui, sur le seuil de la vie, Te lançaient leur joyeux et nostalgique appel,

Ma pauvre Enfance, meurs ! Tes forces dépensées Sur le puant fumier des futiles ennuis Ne peuvent plus puiser dans le marais des nuits Cette ferveur qui brûle aux yeux des fiancées,

Ni, parmi les regrets d'un traînant souvenir, Surprendre, quand surgit la flamme des corolles Palpitantes, avec de naïves paroles, L'inconscient émoi d'un doux regard frémir.

Plus un délire, rien que tu puisses attendre N'enchantera dès à présent ton cœur vieilli. Meurs donc, puisqu'il le faut ! Du moins auront jailli Quelques brèves lueurs du fond de tant de cendre.

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