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Récit complet et authentique des événements de décembre 1851

Tout le monde est encore frappé de la siluation intolérable dctiis laquelle riiostililé systématique de l'Assemblée et les conspirations flagrantes des anciens partis avaient jeté la France.

On ne pouvait ni travailler, ni gouverner. C'était une agonie générale de toutes choses, def l'agriculture, de l'industrie, du commerce, des lois, du pouvoir, de la société.

Les chemins de fer? — L'Assemblée en arrêtait l'exécution, par d'incessantes lenteurs et par d'impraticables systèmes.

L'action unique et vigoureuse du pouvoir, nécessaire à la compression du socialisme? — L'Assemblée la tenait. en echeo, «n refusant une loi qui permît de révoquer les mauvais maires.

La gratitude et la considération dues aux anciens services de

rArmée?--L'Asscn^blée les refusait, ^n écartant la demaade, pourtant si modeste, faite en vue de secourir la glorieuse infortune des vieux soldats. • * . ' *%

La révision d'une constitution insensée, qui livrait la France, pieds et poings liés, au communisme et à la démagogie? — L'Assemblée la repoussait, quoiqu'elle fût demandée par plus de deux millions de pétitionnaires, par Timmense majorité des conseils .d'arrondissement, et par quatre-vingts conseils généraux des départements, sur quatre-vingt-six.

If.

La situation était donc intolérable; il fallait en sortir, et en finir.

Tous les partis le sentaient.

En paçtant pour leurs dcpart^ents, au moment de la prorogation, un grand nombre de représentants conservateurs, allant prendre congé du Président de la .République, le conjuraient de dissoudre l'Assemblée avant son retour.

A la même époque, le parti qu'on nomme de la fusion fit faire des ouvertures au Président, soit pour l'aider à sauVer la société, soit pour se réunir à lui, afin de maintenir Tordre, s'il devenait indispensable de faire un coup d'Etat.

•Peu de jours avant la rentrée de l'Assemblée, des représentants appartenant an parti rouge et socialiste firent proposer au Présii|on* de s'a;»nrvc''f^i":r oiiv, ot do prendre un miaif^tère datis Icrrs

cours fut apportée à Louis-Napoléon, au nom déchets légitimiste» On le voit, tous les partis, sans exception, jugeaient que la position n'était plus tenable; tous proposaient au Pré'^ident de Vaider à en sortir:— seulement, chacun de ces partis voulait que le Président s'appuyât exclusivement sur lui ; — et Louis- Napoléon n't voulu s'appuyer que sur la France.

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Le Président de la République, investi par deux conspirations, et obligé par sa responsanilité comme chef de l'Etat, n'avait plus la*Hh<*rté de sa conduite ; il ne lui restait que le choix du genre de dévouement pour préserver la France et l'Europe.

C'était d'abord une vaste organisation de brigands, dirigés par les sociétés, et abritée derrière le drapeau de ce qu'on nommait le«

Montagnards, dont la plupart, assurément ne savaient pas, la nature et l'étendue des abom^iations qu'ils patronaient. LeGouvernenient connaissait toutes les mailles de ce réseau, et tenait dans ses^ mains tous les fils de cette trame communiste. Les ratpports précis, et détaillés des préfectures et des parguc^ts ne laissaient aucun dou* te possible sur les plans d'incendie, de pillage et de massacre, dont l^naibli^ment des pouvoirs publics aurait amené l'explosion ceiv taine au mois de mai prochain, et qui pouvaient d'ailleurs éclates à la faveur de la première crise.

C'était ensuite une conspiration, ourdie par les anciens partis, coalisés cointre le Président de la République, avec le dessein de le renverser, et de lui substituer la dictature de l'Assemblée. Les projets, les plans, le personnel de cette conspiration étaient parfaitement conuus de Louis-Napoléoa. Lorsque nous la 4énonçâmes hautement, dans le Constitutionnel du 24 novembre, les conspirar teurs, quoique désignés par leurs noms, n'osèrent pas nous traduire à la barre de 1 Assemblée, parce qu'ils supposaient, non^ans quelque raison, que nous nous serions présenté avec des dates, des rajts et des écrits, et que nous aurions accusé, au lieu de nous dé« fendre. Cette conspiration des anciens partis était même si avancée dans son œuvre, qu'on a trouvé, dans les papiers de M. Baze, les décrets organiques du gouvernement nouveau, k distribution des principaux emplois, et la préparation d'une prise d'armes, fondée sur le concours présumé de la 10« légion de la garde nationale de Paris.

On le voit, celte Constitution, que les parlementaires ont entourée, !e 2 décembre, de tant de vénération hypocrite, était menacée par eux d'une ruine prochaine • et le Président, chargé d'une responsabilité immense, ne pouvait plus hésiter.

Qui l'aurait retenu ? Les partis étaient n'otoirement impuissants à sauver la France, et leur coalition n'eût pas survécu à leur triomphe. La légalité aggravait chaqule jour les périls de la société, en affaiblissant le pouvoir, en fortifiant le communisme, en détendant, le ressort de l'administration et des lois. Le Président* était encore maître de ses mouvements ; dans quelques mois, il eût été trop tard, pour lui et pour tout le monde. * '

En face d un tel péril,, pénétré de la confiance des six millions à hommes qui lui avaient conÇé leurs destii{ée$j et dés dèrôii's que cette confiance lui imposait, îl se résolut à ^àùverlé pays, . sachitot

biea qu'il donnait, comme gages de sa lovaulé, sa tête aux passion^u du preseal, sa mémoire au Jugement de l'avenir.

C'est immédiatement après l'acle d'hostilité desquesteursquelu. Président prit sou parti et ses mesures, pour uae éventualité évi'iJJ^ demmenl Iras procnaiae. Trois hommes turent les contidenlâ de e&,^ pensée: M. de Saint-Arnaud, ministre de la guerre; Til. de Momy,,,. représentant du peuple, et M. de Maupas, préfet de police. Louisr.-! Napoléon leur Si connaitre les dangers. Immenses qui menaçaient. , la société, et que chaque jour aggravait; 11 leur. exposa les desseixis qu'il avait formés pour les conjurer, et leur demanda leur concours; tou& trois le promirent; M. de Morn;,. pour toute la responsabilité politique à encourir, comme ministre de l'intérieur; M. de Sidût- Arnaud, pour les opérations militaires; M.de Afaupas, pourraetion de la, pohce.

Pendant plus de quin^ jours, ces trois hommea arrêtèrent avec le Président, tous les détatiâ de cet acte inunense, dont le dbt-huit., brumaire n'égalent U difficulté, al l'habileté, ni la grandeur; etle9,g moindres choses y fureul prévues, cooccrlées, détaillées, préparée^J vaecunsi mçrveilleux secret, que les amis les plus sûrs el LosJQ agents les plus nécessaires n'en eurent pas môme un soupçon, avar' la minute suprême qui précédala mise en scène.

La simultanéité de toutes les mesures» prendre était évidem-'*! Inent la première condition du succès ; et les mesures priacipalea e'.iiieu: i. '■ '■ .^"^ ■ : arrestation J'.'s personnes con:wWe» ^ Oii .1..,,. .,1 uc:- ,ul';>(if i(-i.;U. Jiivoiiiîjeiiio.ii

occupalioii . I ■ . ■ . .■-;s>;inljleo, a JiâliJbuiioa Oiîalïoupibj les poiols jy;i> luy o-suro:^.

L heure Aiy six lieures un quart fut fiïée pour l'eïécution simul* ^ tanée de toutes i:es mesures.

n ne fallait pas que le plan se décélilt par quelqu'une de sei i partie?., mais qu'il se rivé'al et qu'il s'imjjo-\'it par si;i eiisemi le. j A six heures uu quart, les arreslations s'opéi-dienl ; h sis heures et £ demie, les troupes arrivaient à leufs postes; îi sept heures, le dé^ 1 cret de dissolution el les proclamations partaient de la Préfecture' 1 de police, pour aller couvrir les murs de Paris. .1

A sii heure» et demie précises, M. de Morny prenait possessioa J

du ministère de l'intérieur, accomgagmi de deùs cent cinquante chasseurs de Vioceaaes, et remettait a M^de Thorigny

e lettre

laquelle le Président le remerciait de'ses bons services, et lui ^ iâisalt part de l'acte déctstf auquel il s'était résolu. -■

Ce qui concernait l'impression et la publication du décret de -disgokrtiott de rAs^éinblée, de la proclamation à Farmée et 'de l'appel au pèù[)le^aVait iété coûlBé à M. de fiéviHe, lieuténintH;*lond d'état-major, officier d'ordonnance du Préaldént. Lies dnvriers nécessaires furent consignés àrîrapririldrie^tiônale, pour ^un travail urgent ; le directeur fat mandé à son poste, & onze heures précises, sous un prétexte décent ; à minuit sënnant,'tme compagnie de gendarmerie mobile , demandée pour protéger l'imprimerie contre un danger supposé, entra dtos la cour; des isentmelles farent immédiatement placées à toutes lès portes et à

jusqu vée à la préfecture de police.

Les personnes dont la police devait opérer l'enlèvement étaient de deux sortes : les représentants plus ou moins engagés daùs une èonspiration flagrante, les chefs de sociétés secrètes et les commandants de barricades, toujours prêts à exécuter les ordfeàdes factions. Les unes et les autres étaient surveillées et comme gar-

* dées à vue, depuis quinze jours, par des agents invisibles, et pas ; un de ces agents ne soupçonnait le but de sa mission réelle, ayant ^ tous reçu des missions diverses et imaginaires.

Le nombre total des personnes à enlever s'élevait^à soixantedix-huit, dont dix huit représentants, et soixante chefs de sociétés ' sécrètes Qt de barricades. ^

Les huit cents sergents de ville et les brigades de éûrcté" avaient été consignés à la préfecture de police, le !•' décembre, à onze heutes du soir, sous le prétexte de la présence à Paris des réftig;îés de Londres. A trois heures et demie du matin, le 2, les officiers de

S aix et les quarante commissaii-es de police étaient convôqafe à omicile. A quatre heures et demie, tout le monde était àrnté' et placé, par petits groupes, dans des pièces séparées, afin d'éviter les

• ]5trestix>ns.

'A 5 heures, tous les commissaires descendfarent, un à un; dïîns "ie cabinet du ^fréfet, et reçurent de sa bouche la confidence plehie "et èfatière de la vérité, avec les indications, les instrumens, étles 'Ordres nécessaires. Les hommes avaient été appropriés àVecHin mri spécial au genre d'opéi^tion qui leûi* était cotofié ; et ttus •"parth^nt, plems de zèle et d'ardeur, résolus d'àfcôdnïplMr téiir ^de-

^veir à tout prix. Ai;icun n'a failli à sa promesse. Un grand nombre ^de ToitareSy'piépàr^es à ravance/stanonnaient^ par groupes^ sur lès ouais, aux abords de k préfecture de police^ de manière à ne révéfller l'attention de personne.

Les arrestations avaient été combinées, entre le préfet de police et le ministre de la guerre, de &çon à ce qu'elles précédassent jd'un quart d'heure l'arrivée des troupes sur les lieux indiqués. '. Les arrestations devaient être opérées à six heures et un quart } et les agents avaient ordre de se trouver à la porté des personnes désignées, à six heures et cinq minutes. Tout s'effectua avec une merveilleuse ponètualité ; et aucune arrestation n'exigea plus de vingt minutes. ' *

vn.

Quelques-unes de ces arrestaltlons présentent des faits caractéristiques, et nous croyons digne d'intérêt d'en conserver les traits principaux.

Toys lès détails que nous allons donner à cet égard sont îscrupuleusément exacts, ayiint été relei^és sur les pièces officielles.

. La plus importante de toutes, celle de M. le général Chang'ârnîer , avait été confiée à deux hommes d'une rare énergie , le commissaire de police Leras et le capitaine Baudinet, de la giârde 'féj^blickiîie. Us étaient assistés de qumze agents choisis, de trente gardes républicains et d'un piquet de dix hommes à cheval.

A six heures et cinq minutes, le commissaire de police sonnait â ïa porte delà mâîéon du général, rue du faubourg ^aint-Honoré, n"?-.3. Le concierge^ après le qui est là d'usage et la réponse, omvrêz, oh veut vous parler^ refusa d'ouvrir. 11 dévint dès lors évident que le concierge était sur ses gardes; et l'agent le plus rapproché reçut, à voix basse, l'ordre de continuer de parlementer avec lui, afiua de l'occuper à la porte, et de l'empêcher de monter chez le général. * - .

A côté de la porte, et dans la mêmcAiaison, se trouve un miagiatsin

' ffépicërie; quelques pratiques étaient d^jà au c6iMt)toîr • L'idée vînt au

comoûssaire que le logement de 1 épicier devait communiquer défcns

concierge avait déjà donné l'alarme par up grand de sonnettes, eibdutisssint à rappa>tément du général , et son domestique fiit trouvé sur le palier du j*remîer étage , au-dessus de

Tentresol. La clef de l'appartement, qu'il avait à la main , lui fut arrachée; le commissaire ouyrit la porte, et entra.

En même temps s'ouvrait, de l'intérieur, une porte de chambre à coucher, et le général parut, en chemise, nus pieds, un pistolet à chaque main.

Le commissaire se précipita sur ses bras, et abatlit ses armes, ea lui disaiit : «Qu'allez-vous faire, généAl? on n'en veut pas.ï votre vie; pourquoi la défendre? »

I .Le général resta ^aime , livra ses pistolets, et dit : a Je suis à vous*, je vais m'kabiller. »

Le général fut habillé par son domestique, et dit au commissaire : «Je sais que M. de Maupas est un horiime bien élevé; veuillez lui dire que j'attends de sa courtoisie qu'il ne me prive pas de mon domestique dont» je ne puis' pas me passer. » Cette demande fiit immédiatement accordée.

En route, et dans la voiture, M. le général Chani^'arnier parla de l'événement du jour. « La réélection du Président était certaine, dit -il; il n'avait pas besoin de recourir à un coup d'Etat ; il sedonne bien de la peine inutilement v) Plus tard il ajouta : « Quand le Président aura la guerre à l'élrarriger, il sera content de me trouver, pour me confier le commandement d'une armée, »

L'arrestation de M. le général Cavaigriac ne fut ni plus difdcïle, ni plus longue. Entré dans lamaKson, riie dii-Helder, 17, le eoni» missaire Goîin engage le dialogue suivant avec le concierge :

Où demeure le général Cavaignac? — Il n'y est pas. — Il faut absolument que je lui parle ; je sais qu'il y est. — Il n'y est -pas ; du reste il dort. Vous venez trop matin ; son logement est à l entresol.

On frappe à la porte^ et l'on demande le général; une voix de femme répond d abord : Il n'y est pas . — Un, moment après, îè commissaire sonne de nouveau. Alors uiie voix d'honnnie demande : Oui est là? — Commissaire de police ; au nom de la loi, ouvrez.— Je n'ouvre pas. — Général, je vais enfoncer U piorte.

Le général ouvrit alors .lui -me me.

vous donner leeture. — C'est inutile.

Le général se montre exaspéré. Il frappe du poing sur une tabi e de marbre , et s'emporte en injures.

Le commissaire l'invitant à la modération, le général le regarda fixement, et lui dit : Comment ! m'airêter, moi ? Je veux avoir vos noms. — Nous ne vous les cacherons pa^ général; mais ce n'est point le moment. Il faut vous habiller et nous suivre,

,Le général se calme, et dit : C'est bien, monsieur, je suis prêt à vous siftvre ; donnez-moi le temps de m'habiller ; faites retirer votre monde. — Il demande la permission d'écrire. Elle lui est accordée.

Quand le général fut prêt, il dit au commissaire : Partons, mon sieur; je vous demande pour grâce unique de me rendre à destinaion avec vous seul. — Le commissaire acquiesça.

Pendant le trajet, le général paraissait livré à de graves préoccupations, qui n'ont été interrompues que par ces paroles ; Suis-je seul arrêté ? — Général, je n'ai pas à répondre à cette question. — Où me conduisez-vous? — A Mazas.

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