Sir Richard Acton. V. toiu. I, p
côté-là aussi , tout soit fini? Une pauvre jeune femme créée pour être heureuse et pour jouir du bonheur, plongée dans le plus profond de tous les deuils, livrée aux tristesses de tous genres, aux ennuyeuses affaires, aux tracas de toute espèce peut-être, c'est à ne pas le croire !
« Mais, ma chère enfant, conçois-tu le désespoir de cette pauvre mère? Elle, si accoutumée à soigner son fils, l'ayant sauvé de tant de dangers, combien elle sera désespérée d'avoir été loin! Comment jamais se consoler d'un tel malheur? Je dis se consoler, c'est-à-dire se résigner.
« La pauvre Marie ^ a écrit aujourd'hui elle-même à Alexandrine. Elle lui dit que le lundi, dans la journée, il lui a dicté une lettre pour sa mère. Il avait la grippe, dont il espérait être bientôt quitte, et c'est le même soir, à onze heures, que sa pauvre femme a eu le courage de lui annoncer son danger; et lui, si loin d'une pareille idée, a consenti sur-le-champ à recevoir les sacrements, en témoignant la plus grande foi et la plus grande soumission. Il était déjà froid et sans pouls qu'on le voyait encore prier avec la plus grande ferveur! On remplirait des pages sur ce déplorable événement.
« Cette charmante maison de Naples, qui tient tant de place dans nos souvenirs -, la voilà donc devenue une de ces ruines qui ne ressuscitent plus et dont la tradition seule dira l'histoire. Toute chose finie pour toujours accable. Je ne devais probablement plus jamais me retrouver dans cette maison, cependant j'aimais à la
1. Marie de Dalberg, lady Acton, et, en secondes noces, comtesse Granville.
2. Celle où s'i5tait fait le mariage d'Albert et d'Aloxaiidriiie, et aussi le mien, et qui apparleuait, ou s'en souvient, à sir Ricliard Acton.
savoir là. Tout me paraît si sombre à Naples maintenant ! Le souvenir de mon pauvre x\lbert m'avait déjà décoloré tous ces lieux jadis si riants pour nous; mais mon cœur plein d'amertume et de douleur se réjouissait encore en voyant le soleil luire sur le toit de mes amis; cela lui faisait du bien. En voyant tout s'écrouler de tous côtés, l'abîme creusé autour de soi semble plus profond. Nous calculons que c'est aujourd'hui que cette malheureuse mère a dû apprendre le coup qui l'a frappée.
« Mais tâchons d'éloigner un peu ces trop lugubres pensées. Parlons de toi : tu es la lumière qui me réjouit et me ranime. Ton père est toujours heureux de tes lettres. Il est content à présent que tu sois partie. Il voit les inconvénients moins grands qu'il ne l'avait cru, et, maintenant que l'effrayant voyage est terminé, il trouve que tu as bien fait. Dieu t'a donc donné raison : qu'aucun trouble ne vienne déranger tes jouissances. Tu ne peux en avoir trop pour nos cœurs, et, je te le répète, je ne vois le ciel serein que de ton côté. »