‹ Récit d'une soeurChapitre 44 sur 79 · Consul de France · texte numérisé non relu

Consul de France

à Adrien et à ses parents, à qui j'écrirai très-prochainement. — Comment te portes-tu ? prends donc l'habitude de parler de toi. — Prie pour moi et que Dieu te bénisse.

(( Je vois de ma fenêtre notre Casa Margherita ! »

ALEXANDRINE A EUGÉNIE

« Rome, 31 décembre 1839.

« Bien chère amie, j'ai trop à t'écrire, pour t'écrire de Rome surtout ! Merci pour ta chère lettre que j'ai reçue la veille de Noël. Eh bien ! oui, je crois que je te manque quelquefois, malgré ton bonheur, car je sais que l'âme peut toujours désirer un surcroît de mieux ; et ce sentiment si inhérent à notre nature ne se perdra peut-être pas même au ciel ; seulement là le désir du mieux sera toujours rempli à mesure qu'il naîtra.

« Il faut que je commence par te dire que M™^ Th., cette charmante Hortense dont nous avons tant entendu parler, est ici, et hier j'ai été chez elle, sans l'avoir jamais vue auparavant. Je l'ai trouvée effectivement bien belle ; elle m'a paru aussi très-parfaite, et je ne doute pas qu'elle ne le soit. Elle est venue ici subitement, pour sa santé, parce qu'à Paris elle aurait dû passer tout l'hiver au lit : je la retrouverai donc encore ici à Pâques.

« Constance et moi nous avons passé toute la nuit de Noël sur pied, passant d'une superbe messe de minuit à Saint-Louis-des-Français, à Sainte-Marie Majeure, où a lieu, cette nuit-là, une procession magnifique de la Crèche de Notre-Seigneur, et une très-belle grand'messe dans cette si riche chapelle du Saint-Sacrement. Puis, de là, après une tasse de café et sans toilette refaite, à Saint- Pierre, où le Pape a dit la messe. J'ai été émue en le

voyant, en pensant que j'étais son enfant maintenant, et c'est avec une bien grande joie que je me suis agenouillée sous sa main bénissante. Puis, à l'élévation de cette messe dite sur le tombeau de saint Pierre, avec quelle joie je me suis prosternée au milieu de ces Anglaises ou autres pauvres étrangères qui restaient assises! Oh! si elles savaient quelle joie il y a dans un cœur catholique, elles feraient peut-être quelques efforts pour connaître notre foi. »

« Rome, 16 janvier 18i0.

« Chère, chère amie, je reçois aujourd'hui ta seconde lettre avant d'avoir répondu à l'autre; je me tourmente aussi de n'avoir pas encore écrit à ta belle-mère, mais je n'ai pas eu le temps de le faire, car, comme dit Constance, «je n'arrête pas un moment. » Ce qui ne m'entre pas dans la tête, c'est qu'il y ait quelqu'un qui ait pu te demander « ce qui m'absorbait tant à Rome. » Rome! ce mot ne dit-il pas tout? n'est-ce pas le nom du véritable sanctuaire de la terre? Mais il est vrai qu'il est peu et mal connu, et j'espère que le nouveau livre de l'abbé Gerbet^ servira à faire connaître Rome sous son véritable jour ; c'est pourquoi il croit être utile à l'Église en demeurant ici pour l'écrire. Il est extrêmement touché de ce que tu lui dis, et tu peux bien être sûre qu'il est toujours le même pour toi. Les chères bonnes amitiés sont éternelles et ne se nuisent point les unes aux autres. J'en ai formé ici deux nouvelles, ma chère Hortense et puis une Allemande, la baronne Kimsky, protestante convertie; toutes les deux sont bien saintes. C'est bien curieux et bon contre l'orgueil, de voir de telles personnes ; toutes les deux aiment la souffrance; l'une a une piété, et l'autre une charité, qui me font rentrer sous terre.

Page 1