‹ Récit d'une soeurChapitre 45 sur 79 · Esquisse rie Rome chrétienne · texte numérisé non relu

Esquisse rie Rome chrétienne

« J'ai VU le Saint- Père-, je me suis agenouillée à ses pieds avec tant de plaisir! 11 m'a accordé plusieurs grâces précieuses qui me réjouissent fort. »

Après ce court séjour, pendant lequel Alexandrine ne fit, pour ainsi dire, que jeter un regard sur Rome, mais un regard pieux et ravi, elle partit pour Naples, où elle allait retrouver d'autres et de plus douloureuses émotions.

ALEXANDRINE A EUGENIE.

« Naples, dimanche 2 février, Présentation.

« Chère amie, que dis-tu de cette date : Naples, écrite par moi? Oh! que cette vie est extraordinaire, et que c'est heureux que nous ayons autre chose à espérer!

« Je suis arrivée ici jeudi soir vers onze heures, et rien que de longer les maisons de Chiaja m'a stupéfaite et m'a causé d'abord au cœur une sensation amère. Imagine-toi que, par une méprise du voiturier qui me conduisait, j'ai passé en arrivant devant notre ancienne maison et la vôtre! Je les ai donc revues tout de suite ! Oh! mon cher ange, c'est Dieu seul qui me console d'avoir ainsi perdu le bonheur de la terre. Aussi est-ce avec un double plaisir que je le prie ici dans les églises de ce Naples où je ne vivais que pour un amour humain, dans ce Naples où autrefois je croyais tout avoir quand j'y avais Albert, dans ce Naples où je ne retrouve plus Albert, où je ne le reverrai jamais, et où il ne me reste pins que Dieu! — Plus que Dieu! — Voilà ce que notre indignité humaine nous fait penser si souvent, comme si on n'avait pas assez en ayant Dieu !

« Ma chambre donne sur le jardin du palais Acton où

je me suis mariée, et, au delà, je vois le Vomero. Oh! avec quelle surprise j'ai regardé tout cela, le lendemain de mon arrivée! Eh bien! j'aime à tout revoir ainsi, et j'espère que c'est la bonté de Dieu, la douceur et la félicité de mon ange absent, et non mon indifférence, qui font que tous ces souvenirs me sont si doux.

« A Santa-Maria in Portico, où j'ai voulu aller hier par souvenir \ j'ai pensé qu'Albert aimait sans doute mieux m'y voir sans lui et catholique, qu'autrefois avec lui et protestante; mais alors m'a pris l'amer regret de n'avoir pas été catholique pendant notre court mariage! Puis^ après cela, comme Dieu fait bien tout ce qu'il fait, j'ai pensé bien vite aussi que ce qui a été a été pour le mieux.

« Je ne suis donc pas mal ici ; ma chambre me plaît, les bons Napolitains me regardent comme une exaltée, et, à cause de cela, me laissent très en paix, et j'ai du plaisir à me retrouver en famille, et à me reposer de mes fatigues de Rome. Tu juges si ton souvenir est sans cesse mêlé à celui de notre doux ange et si je voudrais t'avoir ici! Tu me demandes comment j'y serai moi-même après Rome? Oh! oui, sans doute, Rome a une autre atmosphère, précisément celle qui fait vivre les cœurs qui ont souffert, parce que là, dans cette sainte ville, tout parle de Dieu, au lieu qu'ici tout parle du bonheur terrestre; alors, quand il est fini, cela peut être douloureux de vivre ici ; car il n'y a pas un théâtre comparable à celui-ci pour les scènes de l'amour de ce monde! Mais, hélas! comme la mort a moissonné toute cette société, depuis notre temps!

« J'ai tant de choses. à te dire encore! J'ai vu le Mont-

1. C'était l'église où, encore protestante, elle accompagnait Albert à la messe tous les dimanches.

Cassin en venant ici. Par une permission du Pape, je suis entrée dans le monastère. Quelle situation, et quelle paix règne là-haut! Les religieux sont excellents, et ont cet air de sérénité et de charité que je vois dans tant de couvents.

« Adieu! que Dieu te rende sainte, toi et tout ce qui t'entoure! »

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