‹ Récit d'une soeurChapitre 77 sur 79 · C\Hait sa manière liahitiiollo de nous Ix'iiir · texte numérisé non relu

C\Hait sa manière liahitiiollo de nous Ix'iiir

en souriant : « Oh I je crois bien ! » elle a ajouté, au bout d'un moment : <( Je t'assure que c'est avec une grande joie que je pense à mourir; mais pourquoi, mes enfants, n'avez-vous pas déjà fait venir un prêtre ? » Nous avions envoyé chercher son confesseur, mais c'était un vieillard très-infirme; sa réponse avait été qu'il viendrait le lendemain matin. « Demain il sera peut-être trop tard, » dit ma mère. Nous lui avons proposé alors d'appeler le vicaire de la paroisse (bien qu'il ne parle pas le français), et lui avons demandé si elle voulait sur-lechamp recevoir l'extrême-onction luOui, oui, sans doute !n Et un moment après elle m'a dit : « Ton rêve s'accomplit ! » Tandis qu'on allaita l'église, ma mère m'expliqua quelques petits détails relatifs à ses dispositions dernières, puis elle parla du vicaire qui ne parlait qu'allemand, langue qu'elle savait à peine. « Mais enfin je me suis confessée il y a peu de jours^, dit-elle, et je ne me reproche, en ce moment, que ce que je t'ai dit l'autre jour à propos du P. de Ravignan. » Elle m'avait dit, ce jourlà, lorsque je la suppliais de soigner sa santé, et de ne pas sortir à jeun avant sept heures du matin, quand la terre, était couverte de neige, ajoutant que, sans doute, le P. de Ravignan, s'il eût été là, lui eût donné le même conseil, — elle m'avait dit : « Je n'en suis pas sûre du tout, car ces bons pères sont quelquefois plus sévères pour nous que pour les religieuses! » Oh! douce sainte mère! c'était là le mot qu'elle se reprochait, et qui, au moment de paraître devant Dieu, troublait seul sa conscience!

« A neuf heures, le vicaire est arrivé. Nous l'avons laissé seul avec elle quelques instants, puis elle nous a rappelés et elle a reçu le viatique et l'extrème-onction avec un calme qu'aucune parole ne peut rendre. Elle

1. Elle communiait tous les matins et s'était confessée trois jours auparavant.

semblait mieux, voulait s'endormir; rien ne ressemblait à ce danger si prochain dont nous avait menacé le médecin. J'étais sortie un instant de la chambre; j'y. fus rappelée en toute hâte par Albertine. Ma mère avait voulu se lever; l'effort avait amené une défaillance; maintenant elle semblait expirante. Bientôt cependant elle se remit, nous la replaçâmes dans son lit, où elle s'endormit avec calme, et, pendant quelques heures, l'espérance nous revint. Vers deux heures ou peut-être trois, je ne sais, elle essaya une seconde fois de se lever. A peine sur ses pieds, elle eut un tressaillement qui nous épouvanta.. Auguste était à ses pieds, et j'avais les bras autour de sa taille. Albertine nous aidait à la remettre sur son lit. Tandis qu'elle y était encore assise, sans s'être recouchée, je vis sur son visage un grand et solennel changement, un de ces changements qui précèdent la mort; mais ce changement sur son visage fut bien beau! Ses yeux grands et doux avaient l'air de regarder hors de ce monde. A peine remise sur ses oreillers, elle me dit de la voix la plus distincte et la plus calme : <( Donne-moi le crucifix de ton père. » C'était celui que mon père avait tenu entre ses mains en mourant. Ma mère le prit et, en ce moment seulement, laissa tomber de sa main un petit étui qui contenait le portrait de mon père, qui ne la quittait jamais; elle le mettait la nuit sous son oreiller, et l'avait tenu dans sa main jusqu'à ce dernier moment. Maintenant elle prit le crucifix, le baisa tendrement, en répétant pour la deuxième fois : « Mon Dieu, je vous donne mon cœur, mon âme, ma volonté, ma vie! » puis, comme Olga : « Je crois, j'aime, j'espère, je me repens ! » Elle m'avait dit bien souvent depuis trois ans : (( Olga a tout dit en quatre mots; je voudrais bien, en mourant, dire comme ellel » 11 en fut ainsi.

« Je me remis à genoux près de son lit, et je commençai les litanies de la sainte Vierge ; ma chère mère répondait et suivait chaque mot, et, après cela, elle nous fit encore à tous trois le signe de la croix sur le front, posa sa main sur nos têtes et dit : « Je vous bénis tous, absents, présents, grands et petits. » Puis elle reprit son crucifix, et dit en le regardant avec une expression d'amour inexprimable : « Bientôt! bientôt! » et, avec la même voix et la même expression, elle répéta à différentes reprises : « Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains ! Je vous donne mon cœur, mon âme et ma vie; je crois, j'espère, j'aime, je me repens. »

« Je dis tout haut un Pater, un Ave et un Memorare, parce que la veille elle me les avait fait dire pour la bonne mort. Elle les dit avec moi, puis commença seule le Credo et le dit jusqu'à la fin. J'ai entendu cette voix si distincte disant : « Je crois à la résurrection de la chair, à la communion des saints. » Ces deux articles me restent dans le souvenir ; j'entends son accent en les prononçant, oh! mon Dieu!

« Après cela, elle sommeilla, puis elle se réveilla un peu agitée, disant : « Mon Dieu! mon Dieu! » comme quand on souffre. Nous nous remîmes à prier avec elle; elle se calma bientôt, et suivit tout ce que nous disions. Pendant les litanies de la sainte Vierge, elle cessa de parler, mais sa main serrait encore celle d'Auguste, à chaque réponse, et ainsi jusqu'à ce que sa chère vie ^'éteignît sans effort dans mes bras.

« Elle avait l'air de me regarder, jusqu'à ce qu'il n'y eût plus de vue dans ce doux regard; elle a gardé la même expression toute la journée d' avant-hier, toute celle d'hier, et même encore aujourd'hui.

« Oh! toute la suavité de son âme et de sa vie est d"venue plus suave encore dans sa mort.

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« Chère, douce, bien-aimée, sainte mère, priez, prie? maintenant pour vos enfants! Priez pour ceux qui restent, avec ceux que vous avez rejoints!

« Bade, 18 novembre 1848. ■

Mes frères vinrent huit jours après chercher ces restes précieux pour les transporter à Boury, et c'est là qu'ils reposent aujourd'hui entre la tombe d'Albert et d'Alexandrine et celle d'Olsa.

RjiClT D'UNE SŒUR. 4J0

Ces souvenirs sont terminés. Je n'ai plus rien à ajouter aux joies, aux peines, aux consolations, et aux exemples dont ils ont cherché à conserver la trace. Que ceux qui les ont achevés avec sympathie et piété daignent maintenant demander à Dieu, pour celle qui les a rassemblés, la grâce d'être fidèle à tout ce qu'ils lui imposent !

Et si, à cette prière, elle ose, en finissant, en ajouter une autre, c'est celle par laquelle elle a commencé ces pages :

« Mon Dieu! accordez à la mémoire de ceux qui vous ont tant aimé la grâce de vous faire aimer davantage. »

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