‹ Récit d'une soeur: souvenirs de familleChapitre 51 sur 53 · Près d'Albert · texte numérisé non relu

Près d'Albert

soyez béni, je vous adore! Merci, merci, vous avez eu pitié de moi ! Après une triste journée de crainte, vous êtes venu ranimer mon cœur découragé, vous m'avez fait sentir que jamais vous ne m'abandonneriez. Oh ! Dieu ! cette nuit, j'ai senti un instant mon cœur comme trop rempli et prêt à se briser. Oh ! que j'étais heureuse ! Je me sentais si calme, si sereine ! C'était triste de revenir à cette ennuyeuse vie après ce moment d'oubli divin. Oui, mon Dieu, ce mot n'est pas trop fort, j'ose l'articuler, car tout ce que j'ai éprouvé cette nuit venait de vous. Je ne suis pas troublée par la pensée qu'il y a présomption à le croire. Je ne songe pas à moi, c'est vous que j'aime dans ces grâces de ferveur; je ne m'inquiète pas et ce calme me donne le sentiment de votre présence adorée, car le Seigneur n'est pas dans le trouble. Mon Dieu ! je vous aime ! J'ai crié cela cette nuit, les anges Tont-ils portée jusqu'à vous, cette parole par laquelle je voudrais mourir? Oui, mon Dieu, je voudrais la prononcer avec assez de force pour qu'elle me tuât. J'oubliais tout cette nuit, excepté vous. Je me suis presque crue hors de cette terre. Mais cependant, lorsque je revenais auprès d'Albert, là aussi j'étais calme et heureuse, tt Je viens de l'église, je n'ai pas eu de messe, je n'ai pas ouvert mon livre, mais c'est égal. Oh ! cette première communion m'a fait si doucement, si tendrement penser ! Mon Dieu! je vous remercie, car là, ce matin, j'ai eu, comme à Venise, un sentiment, un rayon de la grande charité, un amour réel pour tous les hommes, mais surtout pour tous ces enfants bénis par vous aujourd'hui; j'ai senti que si, pour le plus petit d'entre eux, on me disait : « En souffrant, en mourant pour lui, vous le préserverez du mal, jamais il n'offensera Dieu, » oh ! bien réellement j'ai senti que je n'hésiterais pas ! Mon cœur se gonflait de joie et de bonheur à cette pensée : « Jamais il n'offensera Dieu. » Oh ! mon Dieu, si je pouvais mourir mille fois pour ôter le mal du cœur de chacun des hommes, je le ferais. Voyez la sincérité de ce désir. Augmentez-le, établissez-le dans mon cœur pour toujours, car ce sentiment, c'est la charité que je désire si ardemment. Oh ! bénissez ces enfants, bénissez-les du souvenir constant de ce

beau jour où ils vous ont reçu pour la première fois. Quelle iincère horreur ils ont du mal aujourd'hui ! Quelles promesses ils vous font de plutôt mourir que de vous > ►fTensor ! Oh ! que ces saintes pensées demeurent toujours d;iTis Ipues âmes; que le souvenir de ce jour les éclaire, les gai Je et lus défende contre l'horrible mal !

« Et moi, mon Dieu, rendez-moi ce que j'étais le j*iur de ma première communion, rendez mon cœur aussi s^implt et aussi pur que celui de ces pieux enfants d'aujourd'liui.

t Paris, 20 mii lS3(j.

c( ... Hier et aujourd'hui j'ai été frivole, j'ai pensé à ma toilette, je me suis regardée dans la glace; il est vrai que je ne me suis pas trouvée très-jolie, mais j'ai fait ce que j'ai pu pour l'être davantage. A mesure que ces folles idées rue traversent l'esprit, je sens la grâce de Dieu s'éloigner et miin cœur se fermer dans une douloureuse indifférence* Ma vanité se ranime sur tous les points. Hier, M. *** a dll qae j'avais une belle voix, j'en ai été inconcevablement flattée, et, comme une sotte, j'ai pris grand plaisir à chanter devant lui. Mon Dieu, desséchez-le, mon gosier, ce côté le plus vulnérable du ma vanité. Je ne suis pas assez jolie pour qu'un eurupliriient sur ma figure me flatte beaucoup. Je ne le crois pas laeilement, j'ai le temps de me mettre en garde; mais pour ma voix, j'entends qu'elle est belle et je pense qu'on doit la irouver telle lorsque je chante devant le monde. Je la déteste quelquefois, ma voix. Otez-la-moi, mon Dieu, puisqu'elle ne sera pas uniquement destinée à chanter vos louanges; casi un bien dont vous m'avez parée, reprenez-le, car j'en use mal L,. Oh! je le sens à préseùt, si j'étais religieuse, n'entendant rien du monde, je ne le regretterais jamais. Mais aussi, qui sait? lancée au milieu de ce même monde avec tontes mes misères et toute ma faiblesse, je serai peut-être à lui avec nne force d'attrait égale à ma haine actuelle. Oh ! un couvent, un couvent ! un lieu de la terre où le mal ne soit pas, que Je auitte tout pour aller y déposer ce grand désir d'amour <vt de 1. i^

^hù APPENDICE.

ferveur, #h ! Dieu seul à servir î Dieu seul à aimera mais aussi n'oublions pas ceci, n'obéir qu'à Dieu seul. Ainti, que tout Bc taise, pas de murmure, pas de révolte, que votre volonté sol faite, mon Dieu ! mais si je mérite la paix, aoMrdezmoi ectito bénédiction, sinon soyez toujours aimé et reuArcié. Tout est à chérir en vous !

' ■ Paris, 29 mai 1836. Dimanche de la Trinité,

joar de l'abjuration d' Alexandrins.

1 Seigneur ! comment vous parler, que vous dire, mon Dieu, pour les grâces de cette journée? Elle est catholique, votre beik petite brebis vous est revenue, mon Dieu ! Oh ! réjouissez son âme^ chérissez-la, consolez-la de ses longues années d'exil, comblez de joie son retour dans la véritable patrie, bénissez-la de tous vos dons, et, si vous Taimez assez pour réprouver, donnez-lui l'immense amour de votis seul pour tout supporter, pour tout chérir de votre main adorée.

(T Anges de Dieu, veillez sur elle, entourez-la pour que sa paix âoit grande, pour que son Ame soit sereine !

« Paria, lSjainiS36.

« l'ai cru m'apercevoir que j'avais un fonds d'insouciance qui ressimble tout bonnement à de l'insensibilité. Je crois que prendre, aussi peu vivement que je le fais, part» à toutes les choses de ce monde, pourrait bien indiquer un certain manque de cœur. J'ai aussi pensé que j'avais une ferveur réprthen Bible, que je prenais tout par accès; tantôt accès du monde et oubli de Dieu, tantôt accès et excès de ferveur presque jusqu'à l'exagération, pendant lesquels je suis capable d'acauser tes plus saints de tiédeur. Oh ! tout cela n'est point selon Dieu. Une sainti^., solide piété ne s'établira-t-elle jamais dans mon cœur? J'en suis encore bien loin ! Oh ! j'ai l'esprit et le cœur tristes ce soir, j'ai tant pensé, et à tant de choses contradictoires! J'ai la tête sotte. Mon cher bon Dieu! vous aurais-je trop fâché pour que vous me consoliez? Voulez-vous venir un peu? Voulez-vous me faire sentir qu'au fond de tout, le vous amie, et alors cette tristesse de mon co&ur s'oubliei'a

APPENDICE. i&l

dans une joie infinie. Me suis-je trompée quand j'ai cru vous aimer? Me suis-je trompée quand j'ai désiré votre amour? Tout cela est-il donc faux dans mon cœur? Et ce désir d'absolue soumission à votre volonté, est-il donc faux aussi? Qu'est-ce que tout cela, ô mon Dieu ! et que suis-je ?

« On vient de m'appeler pour chanter; j'ai toujours une vague envie de plaire. La vanité doit être, de toutes lus fâcheuses habitudes du cœur, la plus difficile à déraciner. Oh l que de misères ! J'ai l'esprit faux et le cœur îaihlc : queïîe espèce de personne est-on avec un assemblage par^^il? Mon Dieu ! telle que je suis, je me donne à vous et je vous donne tout, ma misère, mon orgueil, ma vanité, toutj et ce n*est pas un beau présent que je vous fais; mais oiî porter la fai* blesse, si ce n'est là où se trouve la force, là où ttiut se par^ donne, là où tout se purifie et où tout mal se change en bien? Les hommes ne voudraient pas de ma misère; mats Dieu !,., Les hommes sont bien sévères; mais Dieu!... Dieu aime nos imperfections, pourvu que nous le laissions les pardonner. Je dis : que nous le laissions, parce que ce n'est que lorsque l'acharnement de notre volonté s'y oppose qu'il refuse^ et •ncore, refuser n'est pas le mot; il ne le connaît pas, il ne refuse jamais : c'est nous qui ne demandons pas toujours. Il accepte tout, il recueille tout; jamais, jamais il ne repousse. Oh ! que cette pensée est immense, immense d'espoir, de joie, de consolation ! mon Dieu ! soyez béni, béni, adoré, glorifié. Vous êtes le bonheur du cœur I

FIN DE l'appendice.

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