‹ Récit de ce qui s'est passé de plus remarquable á l'Armée de son Altesse Sérénissime Mgr le prince de Condé en 1791, 1792 et 1793Chapitre 12 sur 13 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

J jES jacobins avaient déclaré la guerre aux nobles en les proscrivant comme aristocrates , en les signalant comme ennemis du peuple et de la patrie j en soulevant contr'eux leurs subordonnés dans les corps militaires ', eu armant contr'eux le peuple des villes et celui des campagnes 5 en faisant incendier des châteaux et des archives dans lesquelles il y (avait des titres , des contrats et des actes de .toute espèce ; en traitant de patriotes ceux i5[ui en assassinaient ; en dépouillant enfin ceux qui avaient fui le France, pour se jinettre à l'abri de la guerre et des outrages qu'on leur faisait. Ce fut cette guerre lâche et atroce qui détermina ce que les révolutionnaires ont taxé d'émigration.

Les jacobins faisaient la guerre à ceux qu'ils avaient proscrits jusque dans les pays

étrangers, en faisant ce qui dépendait d'eux pour les faire chasser ou pour leur faire refuser l'hospitalité. Ils forçaient ceux des proscrits qui pouvaient porter les armes à les prendre , en ce qu'il fallait qu'ils pourvussent à leurs besoins. Il ne leur convenait d'y pourvoir que d'une manière honorable. Leur ressource était le service militaire.

Il y allait de la mort sur un échafaud pour des pères et des mères qui faisaient passer des secours à leurs enfans , de même que pour des femmes qui en envoyaient à leurs jnaris. L'amour paternel et l'amour conjugal étaient , dans ce cas , des crimes qui conduisaient à la guillotine plus sûrement que les plus grands forfaits. On ne vit jamais l'intolérance et la tyrannie poussées aussi loin que lors des interrègnes et dans les tems où tout retentissait des mots tolérance et humanité.

D'après ces faits , qui n'étaient que trop réels , il était bien permis aux proscrits de prendre et de porter les armes , de concert avec leurs protecteurs , auxquels les jacobins avaient déclaré la guerre. Ils avaient d'autres raisons plus digues d'çux.

^ila première restauration que nous eûmes en 1814, et la seconde que nous eûmes en i8i5 , avait eu lieu après la prise des lignes de la Lauter , en i8i3 , que de malheurs épargnés !

Si les Français , indignés du triple forfait exercé sur le Roi, la Reine et la sœur du Roi, prince légitime et trop bon, avaient pris les armes contre les jacobins ; s'ils avaient suivi l'exemple de ce peuple de guerriers étonnans qui , cette môme année 1793, se rendit maître de la rive droite de la Loire jusque vers Tours , et qui fit des prodiges à Montreuil , à Chantenay , Clisson , Lorou et Montaigu , de quels maux la France était préservée !

. Si, ne pouvant contenir leur indignation a la vue de tous les crimes que commettaient de vils tyrans , parmi lesquels figuraient un Marat et d'autres étrangers , ils avaient marché vers le même but que les Condéens et les héros de la Vendée , les buveurs de sang humain n'auraient pas triomphé plus long-tems d'une inconcevable patience à supporter un joug révoltant à l'excès 3 notre malheureuse patrie n'aurait pas continué de gémir sous l'oppression la plus ignominieuse.

Si les. Français , qui jamais n'avaient souffert une pareille humiliation , et qui furent toujours si braves dans les combats, s'étaient fédérés contre les jacobins, sous les étendards de la légitimité, pour défendre l'innocence et le malheur , pour sauver la réputation nationale et pour arrêter le cours deshorreqrs, au lieu de se laisser guillotiner, fusiller , noyer , mitrailler , eux , leurs parens et leurs amis , les eaux du Rhoné et de la Saune n'auraient pas été teintes du sans; des malheureux habitans de ceg contrées ;

Les villes de Bordeaux , de Marseille , de Nantes, d'Arras et autres, n'auraient pa? été dépeuplées par des monstres 3 la ville de Lyon n'aurait pas. été pillée, saccagée, ruinée 3 sa population, ses riches manufac-^ turcs, ses beaux édifices n'auraient pas été détruits; Paris n'aurait pas vu tous les jours des charretées d'hommes et de femmes conduites à la guillotine ; dans toutes ou presque toutes les villes de France , on n'aurait pas vu ruisseler le sang français sur les places publiques ; on n'aurait pas vu leur sol se couvrir de prisons et d'échafauds^ leur population se composer de geôliers ,

de prisonniers, de bourreaux et de victimes» Si les Français , qu'an mécontentement extraordinaire contre les jacobins, dits mon-^ tagnards , agitait fortement , cette même année lypS, avaient eu l'énergie de changer leur courage passif en courage actif, ce qui les eût sauvés, la plus célèbre contrée q[u'il y ait en France et dans l'Europe , n'aurait pas été ravagée , dévastée , incendiée i une grande partie des blancs de St.-Domingue n'aurait pas péri dans divers tourmens ; l'autre partie ne serait pas errante et dans le besoin ; cette opulente colonie , d'un si grand intérêt pour la France, ne serait pas perdue pour nous 3 notre patrie n'aurait pas à regretter plusieurs millions de ses enfaus péris d'une mort violente, en Europe , eu Afrique et en Amérique ; elle n'aurait pas perdu quelques milliards sans profit comme sans honneur pour l'état 3 nous n'aurions pis perdu quelques-unes de nos forteresses 3 Ï30US n'aurions pas des garnisons étrangères dans beaucoup d'autres 3 nous n'aurions pas, sur nos frontières , entre le Rhin et notre France, une partie des états d'un Monarque puissant, et la Belgique réunie à la Hollande 60US un Roi y nous n'aurions pas été iyrau-

( i6o ) lîisës par un homme auquel il fallait que nous fissions jusqu'au sacrifice de nos eiifans pour lui aider à désoler et dépeupler la terre; nous n'aurions pas des sommes considérables à payer aux Souverains qui nous ont délivré de ce fléau.

Pourquoi, diront de coupables mécontens, rappeller des faits dont il faudrait qu'on pût enterrer le souvenir ?

Parce que des jacobins, furieux de voir s'écrouler leur système d'irréligion et d'illégitimité , ne cessent point de travailler à nous faire rentrer dans le trouble, qui est leur élément ; parce qu'ils conspirent toujours. Ils en ont donné des preuves , depuis la dernière restauration . à Grenoble , à Vincennes, à Bordeaux , h Lyon , à Melun et à Paris plus d'une fois.

]N''est-il point à craindre qu'ils ne fassent de nouvelles tentatives , si l'on ne va pas à la source de leurs coupables trames? N'est-ce point à craindre si l'on ne prend pas les moyens les plus efficaces pour connaître ceux qui les font agir ?

Des étincelles ont quelques fois produit ) un grand incendie.

Page 1