‹ Récit de ce qui s'est passé de plus remarquable á l'Armée de son Altesse Sérénissime Mgr le prince de Condé en 1791, 1792 et 1793Chapitre 11 sur 13 · JOURN É E DU 11 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

JOURN É E DU 11 DÉCEMBRE

Retraite.

\ji\ position de l'armée de Wurmser était depuis le 9, la gauche à Drusenheim , contre le Rhin, la droite à Lenibach , joignant des postes prussiens ; le quartier-général de M. le comte de Wurmser et celui de son altesse Mong.*" le prince de Condé, à Haguenau. Une liirne de redoutes élevées devant Bischvveiler, Haguenau, Schweighausen.Freichweiller , Salzbach et postes intermédiaires, avec quelques rédenls , en Ibraiaicnt la

( T49 ) défense. Ces redoules étaient bien placées, grandes, bien faites, bien années. L'étatniajor autrichien qui, chez l'Empereur, était chargé des fortifications de campagne, est fort bon ; mais la ligne de défense qu'elles formaient avait six lieues ou environ de développement. Cette étendue nécessitait de. grands intervalles entre quelques redoutes. On n'avait pas eu le tems de faire assez de redents. La nature du terrain ne défendait que quelques points seulement. L'armée qui gardait ces lignes n'était que de quarante mille hommes. Point de réserve, point de troupes en seconde ligne.

Depuis la reprise de Mayence , l'armée prussienne formait le blocus de Landau.

L'armée française du nord n'était plus

occupée par l'armée de Cobourg , cette armée

s'était retirée dans des cantonnemens d'hiver.

Ij'arniée française de la Moselle n'avait plus

en tête une partie de l'armée prussienne ,

celle-ci avait quitté les bords de la Sarre et

s'était retirée derrière la rivière d'Erbacli.

Uae partie de chacune de ces deux armées

s'était .réunie à Parmée française du Rhin ,

contre Ifarmée de Wurmser.

Le tems de la saison n'arrivait point, les troupes venues du nord et de la Moselle avaient pu charro3^er de l'artillerie comme en été. Landau n'ouvrait point ses portes. La mort ou la délivrance de Landau , tel avait été le mot d'ordre de ces troupes, dont les généraux même n'étaient pas à l'abri du supplice de la guillotine. Il ne se passait point de jour que quelques points des lignes ne fussentattaques. Les troupes françaises venaient le matin et s'en retournaient le soir coucher dans les villages.

La convention avait fait , dans le cours de cette année 1798 , une levée de trois ceni mille hommes et une levée en masse.

Ces lignes devaient être forcées. Grâces aux talens des généraux , cependant et à la valeur des troupes, les lignes étaient défendues depuis le 9 ; mais l'armée, depuis le 9, était au bivac , tandis qu'une partie des. ti'oupes françaises pouvait se reposer pendant que l'autre attaquait , vu le grand nombre de ces troupesi

Enfin, le 22 après-midi, ces troupes vinrent à bout de forcer la position de Freischweiller, où commandait le général- baroa

( i5r ) ^ de Hotze, de retour de la veille h. sa positiork. Elles s'étaient avancées par un brouillard épais et à la faveur des bois qui régnaienj; dans cette partie : on n'avait pas eu le tem^ de les abattre. Tous les jours ou se fusillait dans ces bois. Des forces considérables sur plusieurs colonnes, avec une artillerie supérieure , se portent contre les flancs et le centre de cette position. Freischweiller est emporté. Salzbach et Martstall sont bientôt évacués. La position près Reichshofen, vive* ment attaquée, doit être et est évacuée.

Le général comte de Wurmser fait exécuter à l'armée les dispositions de la retraite qu'il avait concertée, dans le cas que Landaa tint plus long-tems qu'on n'avait lieu de l'espérer. La retraite commença le soir à huit heures.

- Le général baron de. Hotze se retira par Lembâch sur le Geisberg, après avoir vu faire des assauts de valeur à ses troupes, pour tenir dans leur position et pour gagner les hauteurs de Wacrth. Le général comte aç Wurmser , avec le corps d'armée , fit sa retraite par Sultz, sur le Geisberg , quoique l'eancmi plus près qae lui de Sultz, y fût

arrivé le premier, pour lai couperJa retraite; il la lit heureusement et sans autre perte qu'un peu de monde , quoiqu'il prêtai le flanc aux troupes qui s'étaient emparées de la position de Freischweiller. Le 24 au matin il était sur les hauteurs du Geisberg.

M. le duc de Brunswick et M. le comte de Wurmser concertèrent une attaque pendant cette retraite. M. le duc fit dire à M. de .Wurmser qu'il était attaqué dans la vallée d'Anweiller, et que l'attaque dont ils étaient convenus ne pouvait pas avoir lieu. Les Autrichiens, loin d'attaquer de concert avec M. le duc de Brunswick , lurent attaqués ; ils se retirèrent au-delà de Wissenbourg et firent quelque perte.

M. le duc de Brunswick battit les troupes françaises dans la vallée d'Anweiller , et se signala pendant la retraite , comme il s'était signalé le 14 de septembre à Pyrmasens , et les derniers jours de novembre àLautern , où il fut attaqué comme à Pyrmasens. Les Autrichiens , excédés de fatigues , auraient perdu beaucoup de monde, beaucoup d'artillerie , et sur-tout beaucoup de bagages , sans le secours des Prussiens.

Revenons aux Condéens.

Le corps d'armée de Condé avait sa position devant Haguenau) devant cette ville dont le grand Condé, peu de jours après la mort du maréchal de Turenne, en 1675, fît lever le siège aux impériaux commandés par Montécuculi, et de devant laquelle il les repoussa jusqu'au Rhin.

Précédé d'une colonne autrichienne , ce corps fit sa retraite par Seltz sur Lau terbourg. Quoique privé de son avant-garde, il fit l'arrière-garde de cette colonne. Des hussards , qu'il croyait destinés à la faire lui en laissèrent l'honneur , en passant en avant.

Comme tous les corps de l'armée, le corps de Condé fit heureusement sa retraite, quoiqu'à la vue continuelle des troupes qui avaient conservé l'ardeur et la bravoure des Français; malgré l'embarras de faire déblayer et passer en avant une partie de l'artillerie , des caissons et des bagages de l'armée; malgré l'embarras que causaient mille gens de la campagne qui arrivaient de tous côtés et qui obstruaient les chemins , en se sauvant avec tout ce qu'ils pouvaient emporter sur des chevaux et sur des charrettes.

Ce corps passa le Rhin le 26 h Neuboiirg, au-dessus de Laulerbourg. Ainsi finit pour lui la retraite. Il alla prendre des cju?rliprs d'hiver à Lohr , dans la parlie occide'uala de la Souabe, à quatre lieues du Rhin.

Son avant-garde, après avoir lait une partie du tems l'arrière ^ garde d'une roionne autrichienne , qui fit sa retraite sur le Grisberg , passa le RJiin auprès de Phili.sbouî-g , le 29. Elle avait fait, pendant toute ta cam-^ pagne, le double service de troupes de ligne et de troupes légères ; aussi avait-elle perdu beaucoup de monde. Elle avait pris des canons dans trois circonstances.

L'armée de Wurmser passa le Rhin le 29, auprès de Spire et de Mciuheim. Ainsi finit une campagne qui eût été belle, si une ville fortifiée suivant le troisième système de M. de yauban, se fut rendue, la ville de Landau.

Du fruit des travaux de la campagne il ne restait que le Fort-Louis , construit sur une îl-e du Rhin , pris par capitulation avec cent vingt pièces de canon et trois mille cinq cents hommes faits prisonniers. On abandonna dans la retraite les lignes de la Lauter, enlevées si glorieusement le i3 octobre, quoiquo

dans l'espace de quatre lieues, de Lautert)ourg. à Wissenbourg , il n'y eut pas dix .toises , peut-être , au-devant desquelles il n'y eût abattis, marais ou redoutes.

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