‹ Récit de ce qui s'est passé de plus remarquable á l'Armée de son Altesse Sérénissime Mgr le prince de Condé en 1791, 1792 et 1793Chapitre 2 sur 13 · ÉTAT DES CHOSES EN FRANCE · texte numérisé non relu

ÉTAT DES CHOSES EN FRANCE

En 1789, 1790 et 1791.

JLji

(ES états-gënéranx avaient été demandés, accordés, convoqués. Les députés, nommés par les trois ordres qui composaient la nation, avaient reçu de leurs comraettans descahiers d'instruction et des mandats. Ils avaient fait le serment de s'y conformer. Ils s'étaient assembles à Versailles. 5 mai i^Sg.

Le clergé, qui formait le i.^*" ordre de

l'état , avait 291

députés , dont 208 curés.

La noblesse, qui formait le 2.® ordre , en avait 270

Le tiers-état , qui formait le 3.®

ordre , en avait 698

dont 212 avocats.

Une grande partie des députés du tiersétat , auxquels se joignirent des députés du i.^'^ ordre et des députés du 2.® , tinrent des élats clandestins au palais royal. Ils for-

mèrent ensuite le club breton qui fut le berceau des jacobins.

i^jumi^Sg. j}g g(3 clounèreut le nom de communes; ils prirent ensuite le nom d'assemblée nationale. Ils sommèrent les deux i.^^'' ordres de seconfondrc avec eux dans la même chambre pour ne former qu'un ordre , et pour voter par tête. Les deux i.^^"^ ordres se refusèrent à cette innovation inconstitutionnelle.

Ils avaient fait l'un et l'autre l'abandori de leurs privilèges pécuniaires aux assemblées de baillages. Ils l'avaient renouvelle le l.^'^ mois de leur rassemblement, le clergé le 20 mai, la noblesse le 28. Le clergé offrait en outre quatre cents millions pour les besoins de l'état.

Il y avait une rumeur extraordinaire au sujet de la fusion des trois ordres dans un seul. Le tems qu'on devait aux affaires se passait d'une part à cabaler , de l'autre à résister. Il y avait six semaines que cela durait. Une insurrection terrible s'annonçait de toutes parts.

Le Roi fit proclamer que la salle des états allait être préparée pour une séance royale , «qu'elle serait fermée pendant le travail des

ouvriers , et que les députes ne s'assembleraient qu'après la séance. Les deux i.^^"^ ordres respectèrent la proclamation du Roi.

Les députés fondateurs du club breton • . • s'assemblèrent dans un jeu de paume et y tinrent une séance. Là lut rédigé par écrit et signé de tous ces députés, à l'exception de Martin Daucli , protestant et membre du tiers-état , le serment de ne point se séparer qu'ils n'eussent donné une constitution à la France. La nation ne leur demandait ni révolution ni forfaits. Soixante générations de Français avaient traversé quatorze siècles sans avoir besoin de leurs systèmes.

Ils se mettaient modestement au - dessus de leurs cahiers, au-dessus de leurs mandats, au - dessus de leur serment , au - dessus du Roi qui les avait convoqués , au - dessus de la nation qui les avait envoyés.

Le Roi tint la séance royale annoncée ; il

nn ■ 1 1 • " > 1 • « , 22]'uin l'Sojf

onrit ce que les cahiers s accordaient a demander. Les offres du Roi barraient tous les ambitieux dans leurs projets de révolulion , de subversion et d'élévation. Ils trai* tèrent cette séance paternelle d'attentat à leur assemblée pvéteiuUiG iiatiQoak. Dc^

îîommes capables de tout et tléjh. coupable^

d'attentats , traitaient d'attentat un droit qu'avait le monarque.

Louis XVI , dans cette mémorable séancCj cassa l'arrêté par lequel des séditieux s'étaient constitués en assemblée nationale , sans le vœu de la nation, sans l'assentiment du Roi, sans le concours de leurs co-députés ; ils n'étaient propres qu'à constituer le désordre et la révolte. Il ordonna aux députés de se séparer à l'issue de la séance, et de se rendre le lendemain matin chacun dans sa chambre, le clergé dans celle du clergé , la noblesse dans la chambre de la noblesse , etc.

Les députés des deux i.^"^^ ordres se retirèrent après la séance ; les députés rebelles restèrent.

Le Roi leur fit dire par le grand maître des cérémonies qu'il les priait de se retirer : leur président répondit que les représcnlans du peuple ne recevaient d'ordre de personne. Un autre membre dit au maître des cérémonies : « allez dire à ceux qui vous ont » envoyé que nous sommes ici par la volonté » du peuple , et que nous ne quitterons nos 2> places que par la puissauce des baïon-j fe acttçs ».

Les séditieux ne comptaient pour rien la tête et le corps de la nation ; les membres étaient tout. Princes, évêques, gouverneurs de provinces , généraux , chefs d'escadres , commandans de places, intendans, magistrats , administrateurs , négocians, propriétaires , capitalistes , financiers , tout cela n'était rien : Les premières classes de la nation ne faisaient point partie de la nation : Le peuple à lui seul était toute la nation. C'est ce que veulent les républicains démocrates , afin de gouverner à leur profit une pareille nation.

D'après le refus d'obéir aux ordres du monarque , il fallait que le gouvernement employatla force provoquée par la rébellion, ou qu'il obéit lui-môme aux rebelles. Lo Roi ne voulait point d'un moyen qui pouvait faire couler le sans; français. Les rebelles ont fait couler le sien , celui de sa magnanime épouse , celui de son auguste sœur et celui de ses plus fidèles sujets. Le nombiû en est incalculable.

Les députés rebelles , restés dans la sallo des états , malgré l'ordre répété d'en sortir , délibcfèrcut et clécrétèteut qu'ils perâigtaieut.

dans leurs arrêtés 3 Us en avaient pris dans .rjeu de paume, ils se déclarèrent mno.

labiés. Ils violaient tout comme sujet, et

laDies. lis ovqient le iront de

comme mandataires. ïlsa^alenliL

*-""" . , 1 1 ^t ;ic nn regardaient

se d&larer inviolablss , et ''>' > = |«°^

pas comme ImiolableunRoiWsde uosRo.s.

rpremlerFrançalsdelanatioa.lecMc^

matetlepèredclapatrlcL-assembeede

Philadelphie s'était déclarée comptable et

responsable. . ^ u

Ils déclarèrent infâmes et traîtres a la patrie ceux qui tenteraient de porter altemte à leur liberté. Ainsi des gens qu. traliissa.eut leurs devoirs de sujets et de mandatau-es do.n.aient le nom de traîtres a ceux qui chercheraient à les punir de leur trahison.

Ils exigeaient toujoursimpérieusementque les députés fidèles des deux i.-ordres se confondissent avec eux pour ne former qu u,i seul ordre et pour voter par fête. La confusion des ordres était uu achemmement a a confusion des états, des rangs et des condr-

i t^ ^11 T er ordre et les fions. Les apostats du i. oiui uLteurs du. .e s'étaient réunis volontairement aux séditieux.

ï.es députés fid^es des deu^ ,."?ordie«

( '7 ) tremblaient polir les jours menacés du Rot

lui-même , si la confusion n'avait pas lieu.

Les deux i.^*'^ ordres cédèrent à l'opiniâtre

volonté du 3.^ : Voici comment se termina

cette lutte.

La populace mise en fureur et des brigands 3ojuin 1^89.

soudoyés ne parlaient que de mettre à mort

les évoques et les nobles. On tremblait au

château pour les députés fidèles et courageux.

Louis XVI fait mander le président de la

noblesse et lui dit : « M.'' de Luxembourg

•» à quoi se détermine votre chambre? —

)> Sire, à mourir, s'il le faut, pour votre

» personne et pour la monarchie ," telle est

» notre détermination ; — la mienne est

}> prise aussi , je ne veux pas qu'un seul

•» Français soit exposé pour moi ; dites à

» ma fidèle noblesse que je la prie de se

» réunir^ s'il faut quelque chose de pins, je

3> le lui ordonne comme sou Roi ».

Quelque grand que fut le sacrifice , il fut fait.

De l'époque de la fusion des trois ordres dans un seul, il n'y eut plus d'étals-généraux, il n'y eut qu'une assemblée tumultueuse , composée d'un coté droit et d'un côté gauche.

îe 1 .^^ formé de députés fidèles , le 2 .^ formé de députés rebelles, séditieux, parjures et factieux -, ce côté gauche eut la majorité pendant toute la session.

Quel fut l'état des choses en France sous cette majorité , depuis l'époque où elle domina tout par son audace et ses manœuvres , jusqu'au 3o septembre 1791 que finit la session des états - généraux , dénaturés et transformés dans une assemblée qui finit par se nommer constituante.

Il fallait à cette majorité le bras du peuple. Pour l'avoir , il fallait égarer , corrompre , soulever , entraîner ; de-là tous les contes , les sarcasmes , les pamflets , répandus d'un bout de la France à l'autre, contre les amis de l'autel et du trône. Rumeur , troubles , désordres , affreuses calomnies , libelles , placards , propos incendiaires , baisse des effets publics, alarmes sur les subsistances, tout était en jeu pour soulever le peuple.

Un rassemblement se répand dans Paris, sur les places publiques et dans les rues. Les boutiques des armuriers sont pillées. Des barrières aiv tour de Paris sont brûlées , la maison de St.-Lazare est dévastée , le garde-

meuble et l'iiotel des invalides sont forces ^ trente mille fusils et six pièces de canon , montées sur leurs affûts , sont enlevés de cet liôlel.

Le règne de la terreut et celui des forfaits va commencer.

La bastille est prise 3 la garnison, com- '4 i^'Het posée d'invalides aux cheveux blancs, est '' ^* en partie massacrée. Le commandaiit de cette forteresse est traîné sur la place de l'hôtel de ville , et mis en pièces. Le prévôt des marchands est assassiné le même jour : on outrage leurs cadavres. Quelques joui-s après , M.^ Foulon et M.'^ Berthicr , son gendre , intendant de Paris , sont pendus à des réverbères. Des enragés leur arrachent le cœur , d'autres leur coupent la tête et mettent ces tôles au bout de deux piques : on promène ce^ têtes en triomphe. M.^' Bertlîier s'opposait aux manœuvres tendant à faire manquer le grain. " »

Il est expédié des couriers sur toutes les îoutes ; quelques centaines de brigands , disent-ils , approchent de Votre ville , ils pillrnt , ils dévastent: «sonnez le tocsin, rassemblez-vous ; armez- vows. » Ce faux bruit

s'accordait avec des lettres de quelques députés. Le peuple s'arme de Paris à toutes les extrémités de la France.

On organise des gardes nationales dans cette ville en révolte et dans toutes les villes de France. On désarme les propriétaires , on forge par tout des piques afin d'armer plus de monde. Sur les campagnes , en diverses provinces , on insulte , on menace , on maltraite les nobles auxquels on doit des rentes 3 on pille leurs châteaux , on les brûle , on détruit les titres , on outrage , on assassine , on mutile.

Le gouvernement fait approcher de Versailles et de Paris quelques régimcns , pour contenir les séditieux. M.^ Neker et quelques autres ministres sont priés de se retirer. On est obligé de renvoyer ces corps 3 il faut qu'on rappelle ces ministres : les factieux se sont rendus les maîtres : ils le veulent. ^aoùti789. La majorité de l'assemblée décrète les droits de l'homme : elle refuse de décréter ses devoirs. C'était les droits de la société qu'il fallait décréter; on les foulait aux pieds.

Des brigands répandus dans quelques provijQces , par bandes ; montrent des im-

' (21 ) primes sur lesquels on lit : » Le Ptoi ordonne « que l'on brûle tous les châteaux 3 il ne » veut plus que le sien. î> On pille , on dévaste, on saccage, on brûle denouveau, châteaux , archives et contrats d'arentement. On se livre à toutes sortes d'horreurs envers de malheureuses victimes d'une infâme scélératesse , masquée sous le nom de patriotisme.

Des habitans des faubourgs de Paris et luie populace immense mêlée à un attroupement de gardes nationales , traînant du canon à leur suite , se mettent en marche pour Versailles. Des brigands conduits par 5 ecGs.We dss guides qui connaissaient les issues les ''^^^' plus secrètes , pénètrent dans le château jusqu'à l'appartement de la Reine , malgré des gardes du corps qui se dévouaient à la mort pour sauver cette princesse. D'autres pénètrent jusqu'aux appartemens du Pioi, qu'ils enfonçaient , lorsque des grenadiers de la garde nationale, animés par le repentir, délivrent le château. Le Roi et la Pleine devaient être éiioro-és. On les avait d'abord indiirnement calomniés.

Louis XVI; laPtciDC, le Dauphin, Madame

C 22 > îlovale et Madame Elisabeth , sœur du Roi, sent conduits à Paris précédés et suivis de gardes du corps, à pied, les uns sans armes, les autres saus chapeau , environnés de gardes nationaux et d'un peuple immense, précédés de deux têtes portées en triomphe au bout de deux piques , celles de deux gardes du corps, MjM. de Varicourt et des Huttes, le tout précédé d'un homme à longue barbe, couvert du sang des têtes qu'il avait coupées. Tout le cortège marche au petit pas , aux cris de vive la nation.

Le Roi , dans cette route , est manqué d'un coup de carabine qui frappe et tue une femme.

Les conjurés, qui s'étaient assemblés dans le club breton , se transportent dans le couvent des jacobins de Paris, et y forment le club dit des jacobins. Peu de tems après «e, forme le club des cordeliers. Celui-ci est dirigé par Danton , Robespierre et Marat. C'est de ces deux repaires que partent les cris et les vociférations que l'impudence donne jusqu'à satiété pour la voix et pour le vœu du peuple Français.

La France est en peu CQUvertç de clubs

(23) ^ alTiliës au club des jacobins de la grande viilc, et eu correspondance avec ce père des clubs.

Parlemens, corporations, offices de judicature, cour des aides, chambres des comptes, intendances, subdélégaiions , présidiaux , sénéchaussées, gouverneurs, commandans , états-majors , municipalités , tout est suprimé j tout est remplacé par des administrations électives. On ne pensait pas alors que le travail des bureaux n'irait point sî l'on chanfreait les ouvriers.

La religion, ses autels, la inonarchle, sou trône , le Roi , son auguste famille , la noblesse, les riches, les clair-voyans , tout est proscrit parle club des jacobins et par le club des cordeliers. Ces clubs maîtrisent l'assemblée soi-disant nationale. La majorité de cette assemblée maitrisc la nation. La France est menée par deux clubs ; et quels clubs? Sully, Richelieu, de Thou , iTIopital, Duharlay, Dnguesseau que n'étiezvous encore sur la terre et du conseil de Louis XVI !

Tout ce qui avait des pouvoirs, des dignités , des emplois , des propriéLés , devait

(24) avoir son tonr. Anatbême, d'abord, aux ami* de la religion et aux amis du monarque , comme à ceux de la monarcjiie.

Malheur à ceux qui ne reniaient pas leur Dieu, leur Roi, leurs inslilulions ! Malheur à ceux qui ne reniaient pas le calécliismo des honuÔLes gens ! Malheur à ceux qui ne inarcliaicnt pas dans le sens de la révolution ! Malheur , sur - tout , aux créanciers des fripons.

Arrêtons-nous un peu sur l'état des choses €n France depuis l'ouverlure des états-généraux , sous l'assemblée dont la majorité fut souvent si coupable, et dont la minorité se signala tant de fois. Elle se signala dans le cours des délibérations par sa résistance à des décrets indignes d'une assemblée choisie parmi des Français , et par sa courageuse protestation contre ces décrets, lors de la clôture, le 3o septembre 1791.

Toutes les iaees de la vérité cachées, la conscience et la raison étouflees , les noirceurs de la calomnie multipliées, les torches d'un fanatisme anti-religieux et celles d'un fanatisme anti-social allumées 3 l'insurrection prôchée comme le plus saint des devoirs,

établie comme un droit, dictée comme une vertu nécessaire ; la doctrine de la guerre aux premières classes, prêchée ; le surnom d'aristocrates peint en noir et prodigué parmi le peuple à ces classes ; les fureurs populaires mises en mouvement et dirigées contr'elles.

Les communautés des arts et métiers dissoutes , leurs statuts abolis : la police les avait dictés. Plus de frein pour des milliers de compagnons de toutes les parties de la France et des pays voisins. Le soldat , le matelot et l'ouvrier prêches dans les garnisons , dans les ports et dans les ateliers , poussés, de toutes les manières, à l'indiscipline , l'insubordination et la révolte.

Le peuple répandu sur une surface de trente-quatre mille lieues carrées , séduit, égaré , soulevé 3 les armes du roj^aume dans ses mains, les principaux habitans désarmes, des tas de brigands attirés de tous les pays , ces brigands , dispersés sur cette vaste surface et se donnant pour le peuple, les droits de la multitude établis , ses mouvemens provoqués , légitimés et dirigés contre les premières classes de la grande famille.

La majesté royale avilie, la personne da Roi couverte d'outrages , le pouvoir exécutif barré dans ses mains.

Plus de sûreté pour les personnes , plus de respect pour les propriétés , plus de lois, plus de frein pour les crimes , plus de paix , plus de tranquillité pour les prétendus aristocrates.

Pouvoirs légitimes anéantis , droits civils et politiques enterrés , force populaire en action , piques et baïonnettes pour sceptre entre les mains de la populace et des brigands.

La dénonciation accueillie comme sous Tibère et sous Néron , la conliscaliou en \igueur comme sous Claude et Caligula , les proscriptions plus étendues que sous les Marins et sous Sylla. Des castes entières alors n'étaient pas pruscriies : les femmes ne l'étaient point.

Le soi-disant peuple accusant , jugeant?

çxécutant ceux qu'on désignait à sa haine excitée. La dévaslalion, l'incendie, le meurtre provoqués, })ayés , commandés contre les principaux membres de l'état. Les cris de ca ira , ca ira , ca ira . les aristocrates à

la lanterne, des hommes pendus à des r(5Verbères , des victimes mutilées , les assassins qualifiés de patriotes , des incendiaires tirés des prisons et fêtés publiquement.

Les justices abattues, les carcans arrachés, l'épaule des malfaiteurs à l'abri des marques au fer rouge, la force militaire et la force civile de connivence ou fermant les jeux , des têtes portées eu triomphe au bout des piques.

Révolte à Metz , à Hesdin , à Béfort , h Toulon, à Brest^ massacre en grand à iS ismes, à IMontauban ; combat entre des troupes françaises à Nancy, contre des régimens français et des gardes nationales 3 incendies de châteaux dans la Bretagne , le Quercy , le Dauphiné , le Maçonnais , la Franche- Comté, le Limosin etc. 3 excès et ravages affreux dans le Com ta tumeur très particuliers, dans une infinité d'endroits. Voilà ce qu'on voyait sous l'usurpation et la tyrannie de la jTiajorité de l'assemblée soi-disant nationale, inaitrLsée par le club des jacobins et par celui des cordclicrs.

Le 3o septembre 1791 finit la session de la i.^^s assemblée. Celle-ci fut remplacée

(28) par la 2.^ 3 mais cette 2.^ assemblée fut telle que, dès le 11 février 1792, des hordes de bandits, à piques et à bonnets rouges, vinrent au milieu de cette assemblée, qu'ils y firent le serment de purger la France desroyalistes^ que ce serment y fut bien accueilli ; qu'à Montlhéri , Noyon , Etampes , Duukerque on pilla , l'on assassina 3 qu'en Provence , en Dauphiné, dans le Languedoc, dans le Vivarais, dans le Quercy l'on incendia, l'on massacra.

Cette 2.^ assemblée fut telle que le coupetête Jourdan , et les monstres de sa bande , y furent acquittés solennellement des horreurs sans exemple qu'ils avaient commises au sac de Sariam , dans le comlat et dans la glacière d'Avignon.

SORTIE hors de Franc j des Princes et d'un grand nombre de Français.

JLiES rues de Paris , les carrefours et les places publiques avaient été plusieurs fois pleines de gens soudovp:j par des conspirateurs. Oa avait souvent vu des attroupe-

( =9 ) 311 eus séditieux et des caricatures outrageantes pour parler aux yeux de la populace; ou avait vu , nombre de fois, de fougueux déclamateurs montés sur tout ce qui se trouvait élevé 3 l'on avait souvent entendu des vociférations contre le Pioi , les princes , les évêques et les nobles; on entendait chanter de tous cotés, les aristocrates à la lanterne. Il était souvent question de promener en triomphe des têtes au bout des piques. Il circulait des listes de proscription. La tcte de Monseigneur Comte d'Artois et celle de IVIonseigneur le prince de Condé étaient mises à prix.

Les princes proscrits sortirent du royaume. Des nobles, des preux faits pour le devenir, et des olKciers de toutes armes y insultés par leurs subordonnés en révolte , en sortirent également. Les uns allèrent trouver à Coblentz les frères du Roi, les autres allèrent joindre à Worms les princes de la maison de Condé.

Il parut au mois d'aoïlt 1791 une déclaration signée de leurs majestés l'Empereur et le Roi de Prusse , datée de Piluilz. Elle portait entr'autres eu substance :

«c Leurs majestés dëclarent qu'elles regar-* 5> dent la situation de la France comme un » objet commun à tous les souverains de )> l'Europe , et qu'elles emploieront, conjoiu- » tement avec les puissances dont le secours » est réclamé , les moyens nécessaires >> pour mettre le Roi de France en état d'af^ » fermir , dans la plus parfaite liberté , les » bases d'un gouvernement monarchique, » convenable aux droits des souverains et » au bien-être de la nation française. Cette >; déclaration ne fut suivie d'aucun effet ».

Elle était accompagnée d'une lettre des princes frères de Louis xvi, en date du lo septembre. Voici un passage de cette lettre forte de motifs et d'expressions.

» Nous pouvons garantir à votre majesté » que les cours étrangères n'ont d'autres » désirs que de vous remettre eu possessioa y> du gouvernement de vos états , pour qne 5> vos peuples puissent jouiren paix dcsl^iens 5> que vous leur destinez. Le but des puis- 5> sances confédérées n'est que de soutenir >: la partie saine de la nation contre la » partie délirante , et d'éteindre, au sein du ^ royaume; le vo4cîin de fanatisme dont

^ les irrnptioiiS propagées menaceut les y> empires )>.

A la suite é(ait l'adhésion que voici, d^ princes de Coudé :

» Français et Bourbons Jusqu'au fond de 5) l'ame , quelle doit être notre indignation, » lorsque nous voyons de vils factieux ne y> répondre à vos bienfaits que par des at- » tentais ! Comme princes de votre sang , » comme gentilshommes Français , nous » renouvelions le serment de mourir fidèles » à- votre service. Nous entreprendrons tout » plutôt que de soufïrir le triomphe du » crime, l'avilissement du trône et le renver- » sèment de la monarchie ».

Convaincus qu'il n'existait pas de motifs plus purs que ceux des augustes frères et des ilhistres cousins de Louis xvi, les fidèles qui s'étaient rendus à Coblentz offrirent leurs services à Monsieur et à monseio;neur comte d'Artois. Ceux qui s'étaient réunis à Worms offrirent les leurs aux descendans du grand Condé. Il vint des braves de toutes les parties de la France offrir leur zèle et leurs moyens aux princes, leurs chefs naturels.

Etait-il une entreprise plus glorieuse que

celle de se mettre entre les autels et les fanatiques anti-religieux , entre le trône et les factieux , entre le meilleur des Rois et les conspirateurs, entre d'honnêtes compatriotes sans déleuse et des brigands armés contr'eux? Quel bonheur eût été celui de ces braves si, passant au travers des dangers , les plus . heureux d'entr'eux avaient pu pénétrer au pîed du trône relevé , faire hommage à leur I\oi délivré , de leur amour et de leur respect , y déposer la protestation de leur dévouement et de leur fidélité !

Ce parti, sans doute , était périlleux pour . ceux qui l'embrassaient : mais quelque périlleux que soit un parti , c'est celui que prennent les braves quand il est honorable. Des Français dont la devise était honneur et fidélité , n'allaient pas rester les bras croisés lorsque de nouveaux vandales faisaient trembler la nation.

Le panache blanc fut arboré. Ce panache si connu de nos ancêtres 3 ce panache , dont parlait Henri iv, quand il disait: » Enfaus, i> si les enseignes vous manquent , ralliez- » vous à mon panache blanc , vous le trou- 5> verez toujours sur le chemin de la gloire » et de l'honneur y>.

Il fut arbore par des Français dignes d'être admis dans la caste qui , pendant les siècles (]ue le bon ordre maintint les corporations , forma le second ordre de l'état. Il fut arboré par des preux qui comptaient bien , en se parant de ce signe glorieux , répondre aux appels de l'honneur et du devoir.

Des hommes qui devaient l'exemple des sentimens les plus nobles et les plus généreux seraient-ils restes dans une stu[)ide inaction, lorsque des clubs, tels que ceux des jacobins et des cordeliers , armaient tout ce qu'ils pouvaient corrompre et déchaîner contre la religion de nos aïeux et le gouvernement de nos pères; contre nos mœurs, nos lois, nos institutions, nos établissemens; contre le Roi, chef de la nation et père de la patrie ; contre l'auguste dynastie de nos Rois; contre la liberté, la sûreté, la légitimité , la propriété ; contre l'ordre , la police et la paix intérieure; contre les prêtres, les nobles , les riches , les gens en places et les gens éclairés: jusque contre des vieillards, des mères de familles , des hospilaHères et des sœurs de charité ? Seraient-ils restés les jbras croisés lorsque deux clubs , pires que lc§

volcans de Naples et de Sicile , prépavaienC à la France plus de calamités que les ligueurs , les sectaires et les factieux des siècles précédens ne lui en causèrent entr'eux tous? non. Le présent les eut signalés à l'avenir comme des lâches. Leurs descendans n'auraient vu dans leurs pères que des hommes dégénérés.

L'alternative était pour eux d'arrêter des monstres qui couvraient la France de sang, de larmes et de cendres, ou de mourir, si telle était leur destinée , victimes de l'infortune, héros de l'honneur et martyrs de la fidélité. Vit-on jamais rien de plus séduisant pour des Français que cette alternative ?

FORMA TION et service des corps da Condé f en 1791 , à Worms*

Les Français qui s'étaient réunis à Wormâ formèrent seize compagnies de 54 hommes chacune , sous les ordres d'un commandant en premier, d'un commandant en second et de quatre chefs de section chacune. Ces compagnies étaient 8 à cheval , 8 à pied ; 12 étaient composées d'oIHciers en activité^

4 (ÎN)fficiefs fclîrés du service et de fîdMeS n'ayant poyit encore servi : le tout sons leê ordres de monseigneur le prince de (>)ndé, des)îi fils, monseigneur le duc de Bourbon et de son petit-fils, IMong*". le duc d'Enghien.

Le service de ces compagnies était d'aller, chac une à leur tour, dans des cantonnemens au-devant de Landau, Turkeim , etc., pour la sûreté de nos princes , comme pour la Iranquilité de Worms, et de faire, à cet effet, des patrouilles de nuit et avant jour.

Le bruit courut, plusieurs fois , que les troupes en garnison à Landau devaient faird une incursion sur Worms. L'ordre était donné , disait-on , d'y venir enlever nos princes. Les habitans eurent peur ; presque tous empaquetèrent. Quelques-uns firent transporter des effets au-delà du Rhin. Les compngnies eurent dilierentes fois l'ordre de tenir leurs porte-manteaux prêts.

Elles n'étaient pas à douze lieues de Landau. La garnison de cette place était trois fois plus nombreuse que ces compagnies.

Worms n'avait qu'une seule muraille et uQ simple fossé. Ces compagnies n'avaient pas ïjiae seule pièce d'artilieric. La ganusou tla

. (36) Landau pouvait tomber sur leurs cantonnements et sur Worms avec des pièces de campagne. Elle n'aurait pas eu ces princes^ il se serait trouvé des Molac de Rercado.

A la bataille de Pavie , ce brave guerrier s'apperçoit qu'on ajuste François I.^^ , il se précipite au-devant du coup d'arquebuse ,. reçoit le coup et sauve son Roi par le généreux sacrifice de sa vie.

On passa bientôt , à Worms , de l'inquiétude à la joiela plus prompte et la plus vive. Le 24 de novembre , à la pointe du jour, arrivent , en courriers , deux personnages de marque. Grande nouvelle : l'évasion du Roi, de la Reine, du Dauphin, de Madame et de madame Elisabeth. Notre prince le mandait, de Coblentz , à madame la princesse Louise , sa fille. La famille ro3'ale à Remme , hors de France, quelle nouvelle ! Tout en retentit au château , dans la ville , dans les cantonnemens ; c'est avec la rapidité de l'éclair. Au château, l'on pleure de joie. Dans les cantonnemens, c'est à qui va reveiller les autres pour leur apprendre Igi grande nouvelle. L'un frappe aux portes, l'autre aux fenêtres. De toutes parts oa

(37) fentend crier : qu'est-ce qu'il y a ? Grande nouvelle. Quelle nouvelle ? Le Roi libre ; la famille royale sauvée ; vive le Roi.

Quel bonheur! quelle alégresse ! le bon allemand y prend part. A Worms, comme par tout où il y a des gens honnêtes et sensibles, on prend l'intérêt le plus vif au bon Roi de France, à ses malheurs, cà sa famille^ de tous côtés les portes s'ouvrent , l'un reste sur le seuil , l'autre avance dans la rue , ceux-ci sont en bonnet de nuit, ceux-là sont en pantoufles. Il y en a qui vont et viennent de môme dans les rues. Il y en a qui pleurent de joie 3 il y en a qui chantent. Rumeur , tumulte , cris de joie , tout peint l'ivresse ou la folie. Celait une ivresse de joie.

L'un porte ses pas à droite , l'autre à

gauche , l'un entre dans une maison, l'autre

en sort; l'un arrête des passans , l'autre est

arrêté 3 ici l'on s'aborde en passant , plus

loin on forme un groupe. Ici l'on se sépare ,

gens à qui de la vie on n'a parlé, gens avec

qui jamais on ne s'est rencontré , tous

s'avancent l'un vers l'autre, quelques-uns se-

tendent la main, quelques-uns s'embrassent;

l'un est dans le délire , l'autre y met celui

(38) qu'il rencontre; \c délire est g<^n<!ral , lo transport inexprima bJe. Vive le Koi ! viv© la famille royale !

Madame la princesse Louise fait dire une messe au château pour rem.ercier Dieu d'avoir sauvé le Pvoi , la Reine, leurs au* gusfes enfans et l'auguste sœur du Roi. Ij'épanouissement du plaisir et le radieux da la joie se peignent sur les visages. La mess» dite, le prêtre prend 1q chemin de la sacristie, un gentilhomme , que le sentiment trans* porfe , entonne le Te Deum , un beau cliorug lui répond. Quel Te Deum ! quelle- joie 1 comme elle étincelle dans les yeux ! comme elle brille de toutes parts ! Le navigateur qui vient de faire le tour du monde , et qui voit accourir au-devant de lui sa femme et ses enfans , n'en a pas davantage.

De quelle élévation on est en peu précipité; la nouvelle était fausse. Le royal martyr était toujours au milieu de ses tyrans. Le Koi dont les royalistes épousaient l'infortuna à la vie et à la mort , comme disait Henri iv, était encore à la merci des conjurés contra son trône , sa personne et sn dynastie. Quel abattemeut I quelle stupeur J quelle couster*

nation ! le passage de la vie à la mort n'est pas plus accablant. Heureusement que nos princes sont détrompés bien vite , et qu'ils ne prennent point la route de Remme. Ils auraient pu trouver en embuscade un ba-. taillon d'assassins.

Ce qui porterait à croire que peut - être la perfidie leur tendait un piège , c'est qu'on arrêta , le i8 décembre , à Worms , un homme très - suspect. Des gentilshommes

apperçoivent un nommé B , un d'eux le

reconnaît pour un homme infiniment suspect ; ils l'attirent chez un camarade : <{ Qu'êtes-vous venu faire ici ? De qui êtes- » vous connu ? Quels papiers avez- vous ? Il > faut que vous nous fassiez l'aveu de ce » que vous êtes venu faire à Worms 3 vous >> y êtes sûrement pour faire un mauvais 5> coup. Est - ce au prince que vous en » voulez ? nohs vous mettons en pièces si 5> vous ne nous faites pas votre confession. »

Les menaces répétées de le hacher à coups lie sabre , la promesse de lui laisser la vie , s'il gagne par un aveu son pardon; la démonstration de lui fendre la tête à coups de sabre lui arrachent l'aveu qu'il a été envoyé

( 4° ) tle pour tAcher d'assassiner no(re prince-

Leprixdu forfait devait etredix millefrancs,

moitié en numéraire , moitié en assignats.

Il fut arrêté par un nommé Firnias , et

gardé à vue à Neuhausen , jusqu'au départ

de Worms qu'il fut conduit dans un fort

d'oili les Français , sans doute , le tirèrent

quand ils furent maîtres du pays.

Pendant qu'on était à Worms , on y eut lui spectacle bien encourageant pour la Vertu. L'on apprend qu'il doit s'y trouver un homme éminemment distingué par ses sentimens , ses principes , son courage et ses falens oratoires. Cet homme était celui qui défendit avec tant de gloire les autels de nos pères , le trône de nos Rois , les intérêts de lî'otre nation et les institutions de notre patrie, dans cette assemblée qui des états-généraux devint une espèce d'arène.

On apprend le jour qu'il doit arriver à Worms. Les gentilshommes cantonnés dans le voisinage de celle ville y viennent pour voir l'homme célèbre. Il arrive , la renommée l'annonce. On sait qu'à telle heure il viendra chez son altesse monseigneur le prince de Coudé. Deux grands salons , qui

faisaient partie du palais qu'il habitait , et qui donnaient l'un dnns l'aiilre , se remplissent de Condécns. On fait demander au prince s'il ne trouverait point mauvais que l'on claquât des mains quand on verrait M. l'abbé Maury , son altesse le trouvera très-bon. Telle est la réponse.

Le plus éloquent des défenseurs de l'autel et du trône paraît. De bruyans claquemens de mains commencent aussitôt : il entre, on se range sur la droite et sur la gauche pour qu'il puisse librement passer au milieu , les claquemens de mains redoublent 3 il traverse les deux salons dans leur longueur pour arriver au prince et à sa famille; les claquemens de mains ne cessent que quand il les aborde , les oreilles en sont étourdies. Le prince était enchanté qu'on fit un aussi brillant accueil à un Français alors si renommé. Le lendemain matin tous les corps de gentilshommes, conduits par leurs chefs, vont lui faire visite.

Se peut-il qu'un homme , qui fut récompensé d'une manière aussi flatteuse par ses compatriotes , et qui fut honoré par le Saint père du chapeau de cardinal , ait enterré

lui-même ses lauriers dans la boue ! la pîiilosophie moderne nous a-t-elle régénérés dô façon que .les vertus ne puissent pas se soutenir en France ?

MARC HE des Compagnies.

JLes magistrats de Worms firent dire an prince, par une députation, le 3o décembre, qu'ils le priaient de s'éloigner. Les fidèles eurent pour bouquet du i.^*" de l'an 1792 ^ l'avertissement qui suit :

« MM., l'on demande notre éloignement, i> c'est une contrariété; mais plus nous irons, » plus nous en éprouverons. C'est à nous de ï> nous élever au-dessus par notre courage 5> et notre fermeté. Je renouvelle ma paroîo » de prince et de gentilhomme que je ne m© ^; séparerai point de vous ».

Les compagnies partirent de leurs canfonncmens le 2 janvier et jours suivans. Ca ne fut pas sans rencontrer des obstacles qu'elles passèrent surleterritoireduPalatinat et sur celui du MargTaviat de Baden , quoiqu'elles ne marchassent point en troupe -Çt qu'elles fussent sans appareil de guerre;.

mies se réunirent dans la partie de l'e'vêrlié de Sfrasboiirg , qui est sur la rive droite da Fv'iiii , aux corps de Bussy , de Mirabeau et de Piohau , qui s'y Formaient.

La nuit que m-ê»* le prince de Condé passa dans Reinchen , le feu prit ou tut mis à une maison. S'il y lut mis , dans la pensée que l'on courrait au feu dans les premiers momens , et que m.è^ se trouverait à peu près seul , on se trompa , ce lut au prince que l'on alla d'abord.

La route se fit gaiement , quoique dans la boue d'abord et dans la neige ensuite. Le gentilhomme à pi?d n'avait pas l'air de s'ea appercevoir. Ne valait-il pas cent fois mieux avoir les pieds dans la neige et dans la boue, que d'être dans un pays où des gens qui ne parlaient que d'égalité , voulaient qu'on rampât servilement à leurs pieds couverts de sang et de fange : quand je dis de fange , ce n'est point à raison de la naissance , moins ou en a , plus oa est estimable quand on a de bons senlimens.

Les corps de Condé , comme de raison ; avaient pour chef le prince de ce nom , ce prince <^iii commandait une armée dans la

(44) Campagne de 1762 , et que nous pou votif

appeler à juste titre le Nestor des guerriers français , ce prince qui remporta sur les Hanovrieiis une victoire à Friedberg , au nord de Francfort , qui leur prit des canons que Louis xv lui permit de garder , et qui battit quelques jours après le prince héréditaire de Brunswik. Ce sont ces canons que ce prince fut surpris de ne pas voir à Chantilly quelques années après, et qui firent ëclore ce bon mot dans la bouche de M.^' le prince de Condé : a Je ne serais pas bien » aise qu'on me fît voir à Cassel des canons >> français ».

Ceprince avait avec luisonfils, m.S' ledac de Bourbon , qu'un zèle guerrier conduisit avec m.o'' comte d'Artois , au camp de St.- B-Och , devant Gibraltar, lors du siège extraordinaire de cette place. Il avait, en outre, Bon petit-fils, le duc d'EngInen, qui débutait dans une carrière où les princes de son nom trouvèrent toujours un champ de gloire. Ce jeune prince était notre espoir et celui de la >Yance. Il nous semblait né pour faire revivre un héros du nom de Condé.

L'avant - garde élait commandée par M.^

( 45 ) le comte de Yioménil qui avait fait Isa campagnes de la guerre de 1741 à 1748, la guerre de 1766 à 1768 , dite la guerre de 7 ans ] la guerre de la Corse , ainsi que la guerre des Etats-Unis de l'Amérique , et qui par tout s'était distingué.

L'espérance d'aller peut - être se mettre entre de cruels oppresseurs et de timides opprimés 3 celle de faire peut - être quelque chose avec les catholiques de l'Alsace , les royalistes de cette province et les troupes que la lèpre révolutionnaire n'avait pas gangrenées , offrait l'idée d'un tel plaisir aux corps de Condé , qu'en butte aux intempéries de la saison la plus rigoureuse , ils trouvaient leur sort digne d'envie.

Un but secret sur Strasbourg avait - il amené ces corps dans le voisinage du pont de Keel, qui est en face de cette ville de guerre , de l'autre côté du Rhin.

La prudence débita que les corps de Condé n'étaient pas assez nombreux pour entreprendre un coup de main sur Strasbourg.

Si notre prince y pensait , sans doute qu'il y avait des intelligences. Nos anciens chevaliers calculaient- ils tant sur la force numérique ?

La l'évolution serait-olle allée aussi \o\é qu'elle est allée, si la peur des uns n'ax^alt pas secondé l'audace des auLres ? La crainle des conjures n'a-t-elle pas conduit l?s honnêtes gens de précipice en précipice ?i\'était-il pas permis de croire à l'ascendant d'une cause légitime et honorable sur uns cause horriblement criminelle ? D'un colé , l'on' était armé pour son Dieu, pour son Roi, sa Dation , sa patrie, son gouvernement ; eulia pour le maintien de ce que les états-généraux de tous les siècles avaient voulu. De l'autre eôté l'on était armé pour les factieux de la convention, dirigés par les meneurs du club des jacobins et ceux du club des cordeîiers.

Il eût été bien important de pénélrer ca France et d'y établir le noyau d'une arméedé sujets fidèles; d'y fournir un point de ralliement à des militaires de divers corps, à des Alsaciens , des Franc - Comtois , des Lorrains ; aux braves de Lyon , de Jalcs ; enfin ,d'y former une armée royale, comme il s'en forma dans uu coin du Poitou. IjCs augustes frères denotre Roi . res'és à Coblenlz avec un noyau d'armée plus considérable que celui de M.gr le prince de Condé ^ auraient bientôt été dans Strasbourg,

Bans la supposition que cela fût, l'entreprise eût été hardie, vu la saison j mais sous Henri ii , une armée française , dont l'arrière-ban formait une partie , prit Calais en huit jours. Ce qu'il y avait de plus distingué dans l'armée fut des premiers sur les remparts. Cette place avait coûté onze mois de siège à Edouard III, après la bataille de Crecy.

IMais sous le ministère de ce cardinal qui fut toujours occupé de la gloire de son maitre , en 1629 , Louis xiii, en personne, au milieu de l'hiver , gagna le mont Génévre; y fit passer son artillerie , força le pas da Snze, défendu par des retrancliemens et par des redoutes élevées sur la pente des montagnes 3 se rendit maître de la ville ainsi que du château et fit lever le siège de Casai. C'était l'objet de cette expédition héroïque.

Mais Louis xiv fit la conquête de la Franche-Comté dans trois semaines, au mois de février i63i3 mais la ville de Bruxelles, investie par le maréchal de Saxe , dans l'hiver de 1746, fut prise le 21 février.

De quelque valeureuse ardeur que pussent être animés les corps de Condé , pouvaicntil»s espérer qu'un coup de main sur Strasl'ourg réussît ? Cependant il est d'heureuses

( 48 ) témérités. Ce qu'ont lait les vendéens n'est pas moins étonnant.

Le service qui consistait à faire des patrouilles la nuit et avant le jour, laissait bien du tems libre. On était près de Salsbach , où fut tué le digne rival du grand Condé. C'était à qui serait le plus empressé d'aller voir ce champ de deuil où monsieur le maréchal de Turcnne fut tué d'un coup de canon , en choisissant un emplacement pour une batterie. C'était à qui serait k; plus empressé d'aller voir ce ciiamp de regrets , où le lieutenant général d'artillerie, JM.'^ de St.-Hilaire, frappé du même boulet que IM.*" le vicomte de Turenne , disait à son fils : « Ce n'est pas moi qu'il faut pleurer, » mon fils , c'est ce grand homme ».

A l'endroit où fut tué M. le maréchal de Turenne, sont les restes d'un mausolée qu'un cardinal de Fxohan fit élever et qu'un ouragan a jeté par terre. Les gentilshommes allaient le faire relever à leurs frais. Ils comptaient travailler eux-mêmes avec les ouvriers , à remettre sur pied ce précieux monument 3 il s'en faisaicjit une fête. Des ordres donnés pour leur départ leur eu enlevèrent le plaisir.

(49) On voyait à Salsbacli , sur un registre j

des milliers de noms qui attestent la ciirio-

silé qu'avaient eue des voyageurs , sans

nombre, de voir l'endroit oii la France fît une

fei grande perte. On y voyait aussi quelques

distiques et quelques quatrains. Voilà des vers

qui n'y sont pas, quoiqu'inspirés par la vue

des restes du mausolée de ce grand homme;

C'est donc ià qu\in boulet arrêta des guerriers Le modèle parfait, Uu faisceau de lauriers lOrnc et couvre sa tombe. O Dieu de la victoire...; Mais il vit^ ce héros, au temple de la gloire.

O toi qui, des Français , surpassa l'espérance/

O toi qui fus l'cgide et l'honneur de la France,

Toi dont le trépas mit tout le royaume en deuil ,

Tureane ouvre ta tombe, et du fond du cercueil.

Où gît ta cendre révérée,

F.ntends la voix de la France éplorée.

.Tiens t'unir aux Coudé pour sauver ton pays ,

Kele-^er les autels et le trône et Louis.

Pleurons de nos héros , pleurons de nos aieux

L'illustre Coryphée î

'Ah ! s'il u'avail de bandeau sur les yeux

Que celui de Tilorphoe.

Mais non , il dort d'an éternel scmnieil :

Conservons bien dans Goudé son pareil,

Les corps de Condé partirent le 17 février de la partie de l'évêché de Strasbourg, qu'ils occupaient en Allemagne. Monsieur le duo de Wirtemberg fut-il pour quelque chose dans ce départ ? Il avait fait avancer des troupes et de l'artillerie sur l'extrémité de son duché confinant à l'un des corps de Condék On avait ouvert , sur son territoire , au travers des neiges , un passage de deux à trois lieues de long , qui aboutissait à deux lieues d'un autre de ces corps.

Etait-ce pour forcer notre prince à sortir du voisinage de son duché de Wirtemberg, dans la crainte des Français? Nous quittâmes des cantonnemens d'où nous avions le plaisir de voir la superbe flèche de la cathédrale de Strasbourg.

Monseigneur était embarqué sur une mer d'obstacles. On avait besoin du plus habile pilote , du plus aguerri , contre les difficultés du plus prudent , du plus ferme. C'est ce qu'on trouva dans son altesse. Les princes , dont les états étaient sur la rive droite da Rhin, craignaient le nouveau gouvernement Irançais. Déjà il voulait ordonner et défeadre ce qui lui plaisait dans les états des

(Si y

Souverains étrangers. Les choses ont été poussées au point qu'il a été déi"endu aux Français soufferts en Autriche , en Prusse et ailleurs , de porter leurs décorations.

Malgré des contrariétés, cependant, et des difficultés , le prince alla le long de la rive droite du Rhin , au travers de quelques états du Margraviat de Bade et du P^alatinat, prendre de nouveaux quartiers au-delà du Wccker, à deux ou trois journées au-dessus de Landau.

On dira que les corps aux ordres de M. lé prince de Condé n'étaient pas en état d'entre-» prendre sur uiie place aussi forte que Landau, dans le cas où son altesse aurait eu des projets sur cette place ; mais ouvrons l'histoire.

Un des premiers succès par lesquels Henri iv s'ouvrit le chemin du trône , fut là, victoire qu'il remporta sur le duc de Mayenne, à la bataille d'Arqués. L'armée du duc était forte de trente mille hommes : Henri iv n'en avait que six à sept mille.

En 1667 , les mousquetaires, au siège de Valcncicnnes, emportèrent les ouvrages en plein jour , l'épée à la main.

Lorsque Louis xiv entama la campagna

qui lui valut une partie des Provinces-Uuies^ avec une infinité de forts et de châteaux , quinze milic hommes , tant de la maison du Roi que de la cavalerie , passèrent le Khin à la nage.

Nous avions le regret de nous être éloignés de Strasbourg; mais dira-t-on encore à ce sujet , suppose que votre prince eût eu cette place , comme le prince Eugène eut Crémone, comment se fût-il maintenu dans une aussi grande ville avec aussi peu de monde ? Ouvrons encore l'histoire.

Charlesquint fit, en i552, le siège de Metz avec cent mille hommes ; cette ville n'avait point de dehors 3 ses murailles étaient sans remparts, ses fossés presque comblés. L'élite de la noblesse de France alla s'enfermer dans la place, pour y servir en qualité de volontaires. On fit, à la hâte, des remparts, des plates-formes ,. des retranchemens. A mesure que les impériaux faisaient une brèche on travaillait derrière. On fit de fréquentes et vigoureuses sorties. On mit à contribution tout ce que le génie , le talent et le courage peuvent suggérer.

L'Empereur leva le siège après avoir perdi;

(53.) 2o mille hommes devant cette place. C'est à ce siège que la Brosse, St.-Luc et le capitaine Lange se signalèrent par une sortie qui fit l'admiration des deux armées.

Le général Charette s'était maintenu audslà de la Loire , dans ce pays qui a été le théâtre de tant de prodiges : il avait recueilli les débris de l'armée battue en deçà. Il en avait formé trois petits corps. Ils étaient séparés pour vivre plus facilement. L'un était à Beaupreau en Anjou, le 2.*^ àClisson, le 3.^ à Doué. Ces trois corps étaient embarrassés de femmes , d'ecclésiastiques et d'enfans. 120 mille hommes les avaient enfermés de façon à croire qu'ils n'en échaperait point. De toutes parts ils étaient cernés. Trois corps de troupes devaient attaquer ces petits corps de Vendéens , pendant que lo jcste les tenait enfermés.

Les royalistes se font dire une messe, reçoivent la bénédiction et fondent avec tant d'impétuosité sur les troupes qui les bloquaient , que chacun de ces corps se fait jour de son côté. C'est à cette affaire, qui eut lieu le 23 février 1794 , que des mères, des femmes et des sojurs de ces braves , s'ar-

( 54 ) mcrent de ce qu'elles purent trouver et sa battirent avec acharnement.

Le 26 du mois d'avril même année, Menin fut investi par des troupes de la convention; cette ville n'avait ni canons sur ses remparts^ ni moyens de résistance. i4centsHanovriens, 4 cents hommes de la légion de la Châtre et 200 Hessois se trouvent enfermés dedans. Les 4 cents émigrans ayant à leur tête le lieutenant -colonel M.'^ de Vilaine et suivis des Hanovriens , ainsi que des Hessois dont ils faisaient l'avant-garde , surent bien se faire jour. Ils surent bien traverser le faubourg de Bruges occupé parleurs ennemis^ et passer outre ; ils surent bien passer au travers d'un corps bivaqué plus loin 3 enfoncer une 3.^ ligne qu'ils trouvèrent à la pointe du jour et arriver à Bruges couverts de sang et de gloire, après avoir tué quinze cents hommes et pris treize pièces de canon qu'ils abandonnèrent , hors trois , fauta d'attela ges.

Au surplus, quinze cents Français, comjnandés par le comte de Pîclo, ne craignirent pas , en 1784 , de sacrifier leur vie pour délivrer Stanislas, beau -père de Louis xv,

( 55 ) tenfermé dans la ville de Danîzick par des troupes russes.

Lorsque les Espagnols , en iS^6 , sous le règne de Henri iv , s'emparèrent de Calais , huit cents Français , qui défendaient cette place , ne craignirent point de s'y faire tuer. Ce n'était pas pour une cause plus juste , plus belle , plus honorable.

ETAT des choses en Europe en tj^i.

Jl existait une hgue connue sous le nom de la Propagande. Les meneurs du palais royal et ceux du club des jacobins l'avaient formée. Cette ligue avait ses comités , sa doctrine.

Elle avait un grand bureau central de direction pour la France et pour l'Europe.

Un comité de correspondance composé de trente membres , et chargé de correspondre avec les affiliés des diverses contrées de la» France et de l'Europe.

Deux comités des recherches étaient chargés de faire la recherche et la dénonciation des hommes capables d'opposer dei?

(56) pbsUcles à la propagation de la doctrine, L'un était composé de douze députés, l'autre de six parisiens.

La ligne avait un coinitë de vérification et de présentation pour l'examen et la préiien talion des agrégés.

Enfin un comité de trésorerie composé de çlouze membres chargés de régir la caisse de la Propagande ; caisse enrichie par un opulent seigneur et par le banquier ministre Tv'eker qui puisait au trésor royal ; caisse alimentée des dépouilles des églises et des jnonastères, du produit des dons patriotiques et des dons faits en secret.

Le nom des présidens , vice-présidens et inerabresdeces comités fut iiu primé en 1791. Quelle était leur doctrine ?

Yoici celle qu'ils avouaient , et celle dont ils faisaient un mystère.

Doctrine ai^'ouee. Point de religion venue de Dieu , point de religion dominante , liberté de culte. Point de monarchies absolues 5 point de Rois souverains , point de Rois qui participent à la confection des lois. Doctrine secrète ou réelle. Point de Dieu, ipoint de culte , point de religion, point de

(57) Ipioiiarcliies , point de trônes, point de îlols^

Les élèves de ces révoiulionnaires ont -ils d'autres principes ?

Il entrait encore dans la doctrine secrète de signaler les fidèles comme des traîtres , les amis de Tordre comme les fauteurs des désordres , et les riches comme les ennemis des pauvres 3 de dénoncer comme conspirateurs ceux contre lesquels la ligue conspirait 3 de faire manquer le grain et le pain pour soulever le peuple et d'accuser les aristocrates des causes du soulèvement ; enfin de rejeter les manœuvres de la Propagande sur les victimes même des manœuvres ^e la Propagande.

Les initiés n'étaient admis aux secrets de La véritable doctrine, que lorsqu'ils en étaient reconnus dignes. Un serment solennel leur imposait l'obligation de la propager. La calomnie , la trahison , la perfidie , le feu , le fer et le poison , tout était permis pour l'établir. Le principe étaitque touslesmoyens sont bons pour atteindre son but.

La ligue de la Propagande tenait ses séances au club des jacobins. C'était tout à ia fois une ligue, une secte et une faction»

( 58 ) Comme ligue, elle était plus dangereuse que la grande ligue et que la ligue des seize, sous Henri m et Henri iv. Comme secte , elle était plus redoutable que ne le furent celles de Luther et de Calvin. Comme faction , elle l'était plus que ne le furent les factions de Charles le mauvais et de Marcel , bien plus que ne le furent celles des Maillotins y celle des Caboc biens et celle des Capeluchiens. Cette ligue était redoutable pour l'Europe même, en ce que nous n'étions plus dans ces tems oii les nations étaient comme isolées les unes des autres. Nous étions, au contraire, dans un teras où toutes sont liées par de grandes routes , par le commerce et par la politique ; dans un tems où l'Europe est pleine 'd'imprimeries qui transmettent avec rapidité les écrits dans le nombre que l'homme veut.

< Il paraissait aux yeux de ceux qui observaient qu'au lieu d'une faction il y en avait trois , celle d'un vertueux étranger qui , maître du trésor de l'état , des effets publics et des subsistances qu'il pouvait faire arriver ou manquer , voulait gouverner au nom du Koi. Celle d'une ligue d'honnêtes gens qui

voulaient faire ëgorger la famille royalô pour avoir un Roi de leur façon , afin d'être ses ministres , ses conseillers d'état , ses favoris : le club des cordcliers était le club particulier de ceux-ci. L'autre était cella des soi-disant patriotes qui voulaient mettre à-la place de la monarchie française , une république de leur fondation , afin de s'en constituer les gouvernans et les administrateurs. La plupart de ces révolutionnaires font les ro3'aliste3 pour conserver ou pour avoir des places ; mais ils ne veulent ni de la religion de nos pères , ni de la légitimité. Ils tiennent aux plans de la Propagande , comme les racines du chêne tiennent au chêne.

La Propagande avait expédié dans les pays étrangers des émissaires avec des sommes d'argent, des traductions des droits de l'homme , des catéchismes analogues pour les différentes classes d'habitans , et des instructions sur les moyens de propager la doctrine. Les loges de francs-maçons fournissaient autant de canaux pour inoculer un poison tendant à corrompre les hommes et ^ les dénaturer par la dissolution de tout©

C6o) ïxîorale et de tout principe. La Propagande en voulait aux autels , aux trônes 5 aux gouvernemens , aux pouvoirs, auxlionneurs, aux places et aux propriétés.

Louis XVI , fort de sa conscience , de son amour pour son peuple et de son courage passif , était sur le plas menacé des trônes* Il avait des traîtres dans son conseil ; il ne voulait point de guerre civile j il ne voulait pas qu'une goutte de sang français coulât pour sa cause. Les factieux lui faisaient scandaleusement la loi depuis le serment du jeu de paume , et depuis les suites de la séance royale , il était dans une position à ne pouvoir plus empêcher la couronne do tomber en lambeaux -, il en était tous les jours détaché des ileurons.

Une puissance unie à la France par les liens du sang , ceux de la religion , ceux du gouvernement et ceux de la politique avait pour ministre prépondérant un ami des Condorcet et Diderot. Ce ministre avait tenté d'assembler les cortès avant la convocation des états - généraux en France -, il n'allait pas travailler contre les plans de la ligue j son influence neutralisait l'Espagne ,

et favorisait dans son pays les manœuvres de la Propagande.

Un Pvoi digne de porter la couronne et de tenir le sceptre, se préparait à jouer un beau rôle, un monstre revenu de Paris en Suède l'avait envoyé joindre les Gusîaves , ses aïeux en l'assassinant. Son successeur ne paraissait pas attacher du prix à la gloire de s'armer pour soutenir des trônes et sauver des nations de l'anarchie.

Le Nestor des Piois n'avait de moyens qiis pour empêcher des (roaipes françaises de pénétrer en Italie , encore ne pouvait-il que leur en disputer le. passage.

De tous les potentats qui se trouvaient sur les trônes de l'Europe, im seul, peut-être, s'était donné, pour coopérateur, un ministre digne d'être honoré de la confiance de son "maître et d'otre chargé des intérêts de l'état. Un seul, peut-être, avait un ministre caj>able de faire jouer nn grand rôle à une grande et fière nation ; mais nous avions donné contre elle des secours aux insurgés des Etats-Unis de l'Amérique.

Un souverain attaqué , selon les appa- ; nces , par la plus perfide des armes da

la propagande , était depuis peu descendu , comme subitement , du trône des Césars dans le tombeau. Un jeune monarque, débutant, à la fleur de son âge , dans la carrière des souverains , ne pouvait avoir que le germe des vertus royales de Marie-Thérèse.

L'aigle des Rois , quant au génie de la guerre, n'était plus. Ses armées, leur tactique , ses généraux , un nouveau Koi , de nouveaux ministres, tout cela ne remplaçait pas l'homme de guerre. Je dirais l'homme d'état et de cabinet, si sa politique n'avait pas été souillée par un impur philosophisme.

L'illustre souverain des vastes états que Pierre le grand créa, pour ainsi dire, dans un siècle qui n'était pourtant pas celui de nos prétendues lumières en politique, paraissait avoir des intentions dignes de sa grande ame et d'un jugement parfait 3 mais Petersbourg est à cinq cents lieues de PariS; Moskou en est à six cent.

Quelques têtes couronnées ne paraissaient pas pénétrées de la haute destinée des souyerains. Des monarques, des ministres , de*

toftseillei'S d'état , quoique placés sur le^ grands théâtres politiques de l'Europe, et faits pour veiller à la sûreté de leurs états , ne semblaient pas craindre l'embrasement qui les menaçait.

Cependant des tas de factieux étayés de brigands à leur solde et de gens simples qu'ils égaraient avec les mois liberté, patriotisme , é'-^aliié , droits de l'homme et souveraineté ' du peuple, désorganisaient un grand royaume. Le bras levé sur le chef de l'état et le pied sur les cahiers de la nation, ils abattaient, incendiaient, bouleversaient. Ils soufflaient le poison d'une doctrine épouvantable sur la France et sur les pays voisins.

La corruption , le crime et tout ce qui peut sortir d'un nouvel enfer était mis en œuvre pour soulever les peuples contre ceux qui gouvernent, pour abattre les religions, les monarchies , les républiques , les 'gouvcr-, iiemens et toutes les autorités subsistantes.

Des milliers d'hommes instruits du droit des gens par de fougueux déclamateurs , dans des tavernes , des bastringues et des clubs, prouvaient, la pique et la baïonnette à la main, qu'il était temps de rappeler le^f

(64) hommes à lefat de nature, et de reprendre, pour les peuples , le droit de se gouverner eux-mêmes.

Un bouleversement tel que les annales du genre humain n'en citent point, faisait d'affreux progrès. La France était menacée d être enidoutie sous un amas de ruines. Les

états voisins étaient jnenacés de leur dissolution. Une peste révolutionnaire devait tout détruire.

Une religion , dont la chute annonçait l'abandon de toute pratique religieuse et inorale , s'ensevelissait sous ses autels. Une lîionarchie dont l'écroulement était du plus sinistre augure pour les grandes réunions civilisées, s'enterrait sous les débris de son trône. Un S3'stèmede spoliation, à faire trembler jusqu'aux propriétaires de l'Amérique, prenait de l'accroissement. Des attentats , qui devaient effrayer ceux qui tiennent le gouvernail des empires , s'accumulaient sur un grand royaume et sur le meilleur des 'Rois.

Immobiles comme si la France ne pouvait pas entraîner les états qui l'avoisinent en s'écroalant} immobiles comme si les états d«

l*Eiirope ) entraînés l'un aprcè Tauffe dan$ sachule, ne pouv^aient pas devenir un jout ce que devinrenit l'Egypte, la Grèce et l'em* pireTomain j immobiles comme si l'on U9 pouvait pas dire des pays qui virent naitre Alired , C.harlt's-(^uii!t , Marie-Thérèse, Frédéric Il et les Adolphe, ce qu'on dit dô Babylone, d<^ l'aln^yrCjdc ( arlhage ; immobiles comme si l'on ne pouvait pas dire à la suite de nos catasirophes , ici fut tel empire, là vérnt telle nation, ici fut telle république j là brillait, tout à l'heure encore, tel n^yaume. Ceux qui tenaient en main les rênes des gouveruemens observaient, délibéraient, calculaient.

L'Italien, le Belge, le Hollandais, l'Allé* xnand, etc., ne semblaient pas craindre 1^ poison d'une doctrine tendant à rompre tous les liens de l'ordre social. Ils ne semblaient pas craindre que les sans-culottes de leuk' pays imitassent un jour les sans-culottes do la France en révolution. Ils ne semblaient pas craindre que , formés à leur école et marchant sur leurs traces , ils ne les chascassent un jour de leur propre demeure et qu'ils ue s'adjugcassciit leur patrimoine, e^i

(.66) rerlu des droits de l'homme commentes paf les plus forts. Ils ne semblaient pas craindre ce qui devait leur arriver, si le sans-culotisme, en France , n'était pas réprimé , détruit ou comprimé.

Cependant la Propagande avait répandu , dans la Belgique , sur les bords du Rhin , dans la Savoie et le comté de INice , des proclamations dans lesquelles ses agens prêchaient la révolte. Ils offraient leur assistance aux peuples qui voudraient conquérir leur liberté. Apeine les Français furent-ils maîtres des places et des armes de ces pays , qu'un décret supprima toutes les autorités subsistantes y que le gouvernement français fit administrer ces contrées comme la France; qu'il séquestra toutes les propriétés publiques^ celles des princes , celles du clergé , celles des communautés laïques , etc. Ce décret est du i5 décembre 1792.

Des brigands , qui venaient de ravager l'ex-Provence , conduits par le coupe-têta Jourdan , homme bien difierent du général de ce nom , avaient exercé des horreurs inouies, dans le comtat vénaissin, envers un grand nombre d'habitans de tout cige et d%

( 67 ) tout sexe , pour opérer la rc^uniou de ce comtat à la France, contre le vœu des principaux habifans du pavs.

La Propagande voulait désorganiser toutes les sociétés civilisées et les plonger dans l'anarchie, pour leur ôter les moyens d'apporter des obstacles à la révolution qu'elle faisait en France et pour révolu tiouner, après cela, le monde à son profit»

Soit que les gouvernés des divers états •ïie vissent qu'uiie guerre faite au Roi de France, aux évêcjues et aux nobles dans une guerre faite à la civilisation ; soit qu'ils n'y vissent , d'abord , qu'une guerre entreprise au profit et pour le bonheur des nations; 6oit que les gouverna us fussent retenus par nne fausse opinion dominante dans leurs étals ; soit qu'ils voulussent abandonner aux ïnauxdont ils devaient s'accabler eux-iuêmes, les auteurs de ces maux pour les punir, pour les corriger et pour donner un exemple à leurs sujf^ls; ils observaient, ils délibéraient^ ils calculaient.

A portée d'un volcan qui vomissait chaque jour de nouveaux feux, à portée d'un gouffre ^iii s'entrouvrait pour en^jloutir tout , lea

Souverains semblaient attendre qu'an dailge? plus visible crevât les j^eux des incrédules.

La religion à défendre , les trônes à sou-* tenir , les gouvernemens à maintenir , la sûreté des 'gouvernans à garantir , la tranquillité des nations à conserver , celle de la. France à rétablir , les fers d'une famille royale à briser , la liberté , la fortune et la vie des sujets fidèles à sauver , la dissolution des états à prévenir , le malheur des nations à détourner j tout cela n'entraînait point ceux qui veillent du haut des trônes et des conseils au repos et à la sûreté des états.

On avait étouffé sur-le-champ l'insurrec* tion de la Hollande , celle de Liège et celle duBrabant; mais ce n'était que des étincelles en comparaison de l'incendie que la Propa-« gande allumait. Des ligues de conjurés contre le ciel et la terre avaient armé , dès leur début , le peuple d'un royaume de vingt* cinq millions d'habitans réunis entre les plus belles contrées de l'Europe. Les conjurés travaillaient à convertir le peuple en soldats. Ils ne se cachaient pas d'employer tout ca que la corruption a de moyens , pour pro-^ jpager leur système de Paris à Londres, à}

Madrid , à Lisbonne , à Stokoîm , etc. , soiis le chimérique prétexte d'établir la liberté , l'égalité , le bonheur. Les résultats de leur conjuration devaient être un embrasement général. Quel que fut un danger sans exemple et sans bornes , les gouvernemens ne recouraient point à la réunion des moyens qu'ils pouvaient employer.

Loin de se croiser contre une ligue qui travaillait à bouleverser les deux mondes , comme l'Europe se croisa dans le ii.® , le 12.^ et le i3.^ siècle contre les Sarrasins, pour délivrer les chrétiens de leur joug et pour empêcher ces orientaux de revenir dans l'ouest de l'Europe tenter des conquêtes , il ne s'ouvrait pas un arsenal , il ne se formait pas un magasin , il ne se déployait pas un étendard.

Le Roi se trouvait réduit à ne pouvoir pas sauver la patrie avec les fidèles de son royaume , dans un pays où ceux qui gouvernaient , non de droit , mais de fait , criaient à vingt-cinq millions de gens vifs &t ardens , qu'ils étaient égaux , libres et souverains 3 dans un pays où Ton avait mis les

esprits en fermentation , où l'on avait dé"

tliaîné tontes les passions, ou Von avait brise

tons les liens qui contenaient, clans un état so'ial et tranquille , vingt-cinq raillions do Français.

ÎVialgré tout c6 que les jacobins avaient ditetfait coiilre les Rois f'I contre la royauté; malgré la inortsubitederEmpereur I.éopold, au milieu des convulsions et malgré l'assassinat du Roi de Suède , Gustave m, aucune puissance n'avait déclaré la guerre à la France.

La majorité de la 2.^ assemblée , dite la législative,la déclara h l'Empereur d'Autriche. Le club des cordeliers voyait dans cette guerre une source d'imputations à faire au Roi et à la Reine. Le club des jacobins y voyait ses succès, son triomphe. Louis xvi fit en vain tout ce qu'il put pour préserver la France de ce fléau. Le club des jacobins et celui des cordeliers voulaient cette guerre, ils la regardaient comme un moyen infaillible de perdre le Roi et la Reine.

La guerre dé larée , l'Empereur et le Roi de Prusse mirent une armée sur j)i'^d. M. le du*" régnant de Brunswick en eut le commaudemenU II fit paraître, sous la date du

25 juillet ( 1792) , wiie déclaration dont voici le premier article.

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