‹ Récit de ce qui s'est passé de plus remarquable á l'Armée de son Altesse Sérénissime Mgr le prince de Condé en 1791, 1792 et 1793Chapitre 4 sur 13 · DECLARATION · texte numérisé non relu

DECLARATION

Que les frères de sa majesté trcs-chrélienn©

%{\m f^'V.n^e^ d* S')») sing unis a eux font ^ la FraïK^e ei à l'i-urope eiidère de leurs seulimens et de leurs iiilentious.

i> QiJ')iqii'ilsoit notoire que les puissances 5>. confédérées ne tont la 2;uffrre ni an Roi ni 3> àla nation, mais qu'ell-^sla font senlement » aux ta'jtieux qui oppriment l'nn et l'autre, » et quoique la déclaration donnée au nom » de leurs majestés l'Empereur et le Roi de » Prusse, pnr le ddc régnant de Rrunswic k, » constate suffisamment les motifs et les 2> vues de cette coalition , les princes frères » de sa majesté très-chrétienne , les princes » de son sang unis à eux , la valeureuso » noblesse, qui marche à leur suite, et l'élito 2> de la nation qui est venue se ranger sous 5> leurs drapeaux , ne peuvent se joindre à » des arméesétrangères, sans rendre compte » à la France et à l'Europe de leurs motifs, ^ sans manifester leurs sentimens et sans » leur faire connaître l'intention qui les guide.

Ici est un tableau frappant des plaies faites à la France.

» Les s:énéreuses et magnanimes décla* » rations de leurs majestés l'Empereur et lo » Roi de Prusse , ces doclaraliaus j^uo

t partagent également les Rois Bonrboni » nos augustes cousins et le ISestor des sou-* 3> veraiiis, notre très honoré beau-père, et j> l'héroïne du nord, notre sublime protec* 2> Irice , et le jeune héritier de rinlorluné j> Gustave , dont nos larmes baignent la » tombe ensanglantée , assurent à ces illusi> très confédérés la palme immortelle due j> aux défenseurs d'une cause qui est tout à 5) la lois celle des Rois, celle du bon ordre , yt celle de l'humanité. Elles vous assurent , J> Français , que les forces auxquelles nous 3» joignons les nôtres sont pour vous plutôt » que contre vous , qu'elles ne sont redou- » tables qu'au crime,qu'elles ne poursuivront V que la rébellion opiniâtre.

» INous vous dcL'larons et nous attestons 5» à la lace de l'Europe, tant en notre nom , » qu'au nom de tous les Français qui mar- » chent avec nous et qui pensent comme j? nous, que réunis pour délivrer le Roi et 5) le peuple du despotisme des usurpateurs , y> nous ne sommes séparés d'aucun de ceux » qui ont la même intention : qu'aucun » esprit de vengean'P particulière ne conduit 0 nos pas : que nous sommes fort éloignes

(74) y> de confondre la nation avec les séducteur? » pervers qui l'ont égarée , et que laissant 3> à la justice le soin de poursuivre les » coupables , nous venons tendre la main à » tous ceux qui désavouent les forfaits des >> factieux, à tous ceux qui , abjurant leurs » erreurs, se hâteront de rentrer dans leur '» devoir.

» Adhérant entièrement à l'esprit de mo- ^> dération dont leurs majestés impériale et » prussienne viennent de publier un témoi- >> gnage solennel qui honore et immortalise » l'usage qu'elles font de leur puissance , 5> nous déclarons de plus en plus, sous leurs >; auspices , que notre unique but est de » redemander aux usurpateurs le monarque 5> et la monarchie , la liberté du chef aui) guste de l'état et celle de ses peuples , » l'ordre public et la force protectrice des » droits de chacun , nos mœurs , notre re- » ligion , l'honneur national, la justice, S> la paix , la sûreté ».

Fait au quartier-général de Trêves»

Suivent les signatures des sept princes.

MARCHES des Corps de Condé.

o o N altesse avait de plus que l'année précédente, comme adjudant , M. le marquis de Bouille qui , gouverneur des iles du Vent , s'était signalé par des entreprises couronnées du succès le plus glorieux , en prenant sur les Anglais, en lyi-'i et i 82 , les iles de la Dominique , de St. - Eustache et de St.- Christophe 5 cet offi' ier général qui , joignant la délicatesse d'un gentilhomme Français à la loyauté d'un mililaire désintéressé, rendit à des Hollandais un million que l'amiral Rodney avait mis en dépôt à St. -Eustache.

L'amiral Rodney aurait-il rendu ce million s'il l'avait retrouvé ? Ce procédé n'aurait rien eu d'étonnant de la part d'un général Anglais.

Quand le lord Welington faisait donner une guinée par Français que tout Portugais amenait en vie cà son quartier - général; quand il sauvait ainsi de malheureux Français prisonniers ou blessés, pcut-ctre que c'était à ses frais qu'il faisait la guerre ^ussi noblement.

Les Corps de Coudé levèrent leurs quartiers les premiers jours du mois d'août, et dirigèrent leur marche vers Landau. Rien n'égalait leur joie. L'infanterie criait vive la cavalerie , la cavalerie criait vive l'inianterie 3 l'une et l'autre criaient vive le Roi , vive Condé.

Pour briser les fers tie Louis , pour rompre les fers d'Antoiuellej Et pour sauver notre pays , Nul chevalier qui ne répète , Sous trois Condé soutiens des Lis ,' Je meurs d'entendre la trompette.

Les corps de Condé passèrent le Rliia iauprès de Spire sur des bacs et des bateaux. La garnison de Landau seule était plus iiombrense que ces corps : ils n'avaient point encore d'artillerie : ils n'en passèrent pas moins le fleuve avec assurance.

II3 n'étaient pas auprès de Landau qu'il y arrivait un renfort de quelques mille hommes. Peut-être que sans ce renfort les Condéeus seraient entrés dans cette place. Ils retournèrent sur la rive droite du Rhin j leur destination , sans doute , n'était pas d'agir en France.

( 77 ) • Les corps de Condé firent des marches ef

|)rirent des positions le long de la rive droite du Rhin , en face de l'Alsace , dans le margraviat de Baden et dans le Brisgaw , l'un des théâtres de la gloire du grand Condé. Le général Mercy s'était emparé de Fribourg) Condé arrive et quoiqu'inférîeur en nombre il l'attaque dans un camp retranché, près de cette ville, et défait les Impériaux après trois jours de combats. Philisbourg et Mayence sont les fruits de cette victoire.

Les Condécns crurent plusieurs fois qu'il» Repasseraient le Rhin pour rentrer en Alsace^ mais ce ne fut que l'année d'après. Leur ^âche était apparemment d'empêcher les -troupes françaises de passer ce fleuve, et da •garder le Brisgaw. Il appartenait à l'Empereur à qui le club des jacobins et le club des cordeliers avaient fait déclarer la guerre.

La campagne se réduisit à faire des jnarches , à prendre des positions , h faire tles contre-marches , à se garantir des surprises et des pièges. liCS troupes françaiseis qui se trouvaient en Alsace étaient plus '^anombreuses que les corps de Condé.

Etant entre Bâie et Fribourg dans Z©

Brisgaw , l'on sut que les armées coalisées

étaient vers Chaions en Champagne avec les fidèles, commandés par les princes frères du Roi. Quel regret d'être à garder le Rhin , pendant que d'heureux frères d'armes étaient en France !

Pourquoi, disait-on, ne sommes-nous pas avec ces princes ? nous aurions la jouissancG de concourir à délivrer nos concitoyens da joug des tigres de la convention qui, toujours ivres et toujours altérés de sang humain, sont bien plus redoutables que les tigres de l'Afrique. Nous aurions le bonheur de concourir à vider les prisons qui couvrent le sol tle la France , et à mettre en pièces ou eu cendres ces horribles machines qui vomissent le sang français su r toutes les places publiques. ÎVous aurions la salisfaction et la gloire de donner un nouveau père à notre Pati'ie, à la place des tyrans qui font une guerre affreuse aux hommes , aux femmes , aux rnonumens, auxarls, aux talens, aux vertus. Kous éclairerions des guerriers faits pour servir des héros.

On se berçait des idées les plus agréables ^ h l'imagination et au cœur. O ne trouvait

(79) pas de sort plus beau que celui des frères

d'armes qui étaient en Champagne. On était

loin d'imaginer que par une funeste retraite

on allait laisser à l'abandon la famille royale,

les fidèles, les riches, enfin les innocentes et

malheureuses victimes d'une épouvantable

révolution.

Les Condéens prirent des quartiers d'hiver

dans cette partie de la Souabe appelée

la Forêt -Noire , cette forêt par laquelle

M. de \iilars s'ouvrit un passage dans la

guerre de 1701. Le quartier-général fut à

Wilingen. .^____

JjES C on dêen s en quartier d'hit^er^

\ ouLEZ-vous savoir quels sont les sentimeus ■qui régnaient parmi ces véritables Français j à commencer par les princes ? Représentezvous trois Condé, ne mangeant à leur table que du pain de munition , pour en donner l'exemple à des officiers devenus les uns soldats , les autres cavaliers. Monseigneur , depuis la première formation à Worms, donnait 45 livres par mois aux gentilshommes soldats qui les voulaient. Ceux qui

pouvaient s'en passer ne les prénîiîent pas. Le grand nombre avait la délie a{p.ssp d" se priver plutôt que de recourir à cette res* source»

Voulez-vons Savoir quels sont les sentiment qui régnaient parmi les officiers gétiéraux et parmi les ofTLiers supérieurs ? En voici ua échantillon. Ces officiers eurent au commencement de la deuxième campagne les ap« poinlemens de leurs grades. Ils ne prirent que i5 creutzers par jour ( 1 1 sous) ; ils laissèrent le reste pour les soldats et les cavaliers gentilshommes, afi-i de se mettre au même taux qu'eux, et afin que leur solde fût augmentée de quelque chose. Ce noble désintéressement n'était pas ce qui leur faisait lo | moins d'honneur.

Une union fondée sur l'eslime ef l'unifor* mité des sentimens régnait à tel point, entre les divers corps et entre les frères de toute» armes , qu'il semblait qu'on fût tous de la mê.'iie famille ou du mêîTie corps.

S'il arrivait qu'un jeujie homme affif^diAt du mépris pour des actes religieux , un ancien Ini disïiit : mon ami, quand vonr, serez k Paris, allez à l'hôtel des Invahdes, entrer

dans Veglise , avancez sous le suppfbe dôma qui la décore, vous verrez de vieux guerriers dans un pieux recueilleraenl, adorant, priant ou remerciant Dieu. Us ont soutenu lesauteli d;^ nos p.fes et le trcue de nos Rois. C'est sur ces braves qu'il faut prendre modèle , et non sur d' s jacobins qui ne veulent ni Dieu , ni Pioi, ni loi, ni maître. Leur intérêt mondaia est d'anëantir la religion chrétienne , s'ils le pouvaient , parce qu'elle condamne leurs senîimens et leurs actions ', votre intérêt à vous, au contraire, est de la soutenir.

Un autre lui citait un des plus grands généraux qu'ait eu la France , M. le maréchal de Villars. Il avait été blessé dangereusement à Malplaqueteu combattant le prince Eugène et Malboroug , quelqu'un parlait de lui donner le viatique en secret , non , dit le maréchal , puisque l'armée n*a pu voir mourir Villars en brave , il est bon qu'elle le voie mourir en chrétien.

Loin de faire parade d'un dédain insensé pour les mœurs et les vertus qui sont aux états ce qn'est aux hommes la santé , l'on entendait de vieux chevaliers en faire l'élogo. Bavard , disait l'un , se fit une réputation pac

(82) la pureté de ses mœurs comme par sa bra- Tonre et sa loyauté. Turcnne , dit un autre, se fit un nom par ses vertus comme par la supériorité de ses talens militaires.

Quant aux scntimens qui régnaient généralement dans les quartiers d'hiver , figurezvous les sentimens inspirés par l'antique honneur français, par l'amour de la véritable gloire et par l'esprit amélioré de rancienne chevalerie.

Voulez-vous en avoir une idée plus détaillée , écoutez ce que l'on y disait, je vais vous le répéter. « Ce n'est rien que de gémir » sur les calamités dont la France est inoni> dée ', ce n'est rien pour des hommes qui f> doiv'cnt être animés des scntimens les plus » nobles et les plus généreux ; il faut avoir j» le courage de s'exposer , avec une infaj) tigable persévérance, aux privations, aux » dangers, aux perles et à tous les genres ". j> d'infortune , plutôt que de laisser notre ;» pairie en proie aux monstres delà conven- ' 1^ tion; plutôt que de laisser entre les mains » des Robespierre et des Marat notre Roi ^ » notre Reine, nos mères, nos enfans , nos » pères , nos femmes ; uos sœurs , no«

» instUiiteurs. Français sensibles à l'horirieûrj )) c'est Là qu'est la gloire j c'est là qu'est le » devoir ».

Voulez ^ vous avoir une idée plus complette des sentiraens qui régnaient dans les quartiers d'hiver ? lisez les vers suivans sur les Condéens :

Tels que ces ennemis dvi repos des liumains , Oui Ju sang le plus pur voudraient teindre leurs mains j Tels ({ue ces vils suppôts d'une infernale engeance ; On ne les verra point armés par la vengeance.

Rassurer le soupçon , le repentir , l'erreur , Contre tous les faux bruits d'une vaine terrcTir , Fouler aux pieds la haine et l'indigtie colère , Et tous les sentimens (PAlecto , de Mégère.

Laisser à Dieu d'abord, ensuite aux tribunaux ) A juger et punir les crimes capitaux ; Arrêter des horreurs le cours abominable , Arracher le Français d'un gouiïre épouvantable.

Rendre à la France un jour son anticpic splendeur Au peuple le repos, la gaîté , le bonheur , Relever , sous l'appui de deux augustes fn-res Le trône de nos Rois, les autels de nos pères.

Toil.i, Français j voilà les sentimens , les v.tut Des Condéens unis , des fidèles,, des preux ; L'oriflamme i") la main et le panache en fi-te. Ah ! fjiie ne peuvent -iJ» cluingsr le deuil en f'''fc Y

C 84 ) ^ L'armée des princes frères du Roî , fut licenciée à la suite de la retraite des armées coalisées. Les corps de Condé pouvaient également l'être. Le prince en eut sans doute la peur, et fut inquiet sur leur compte, peut-être plus qu'ils ne le furent eux-mêmes. Voici une preuve de sa bienveillante sollicitude.

Monseigneur , à la Noblesse française ^ à TVilingen 3 le i^ janvier 1793.

^« Messieurs , dans le tems des malheurs de

» la fin de septembre , il était permis de;

•» craindre qu'ils ne fussent sans ressource.

y> Dans l'amertume de mon cœur je m'afli-

y) geai profondément du sort qui menaçait

}> la noblesse française , et je crus devoir

» m'occuper de l'adoucir autant qu'il serait

>; en mon pouvoir. Je chargeai M. le due

» de Richelieu d'une lettre pour l'Impéra-

>> trice de Russie , et je demandai à cette

j> illustre souveraine si , dans le cas d'un

» naufrage absolu^ la noblesse française ne

)* pourrait pas trouver un poiH assuré dau^

» quelque climat tempéré de ses états. La magnanimité de Catherine ii n'a point hésité. Je viens de recevoir la réponse la plus flatteuse pour moi, la plus honorable et la plus juste pour vous 3 la plus remplie des sentimens que doit inspirer à l'Europe la constance de votre courage et de votre attachement au plus malheureux des Rois. Je n'ai pas besoin de vous dire, Messieurs, que la perspective qui vous est offerte, par les bontés de l'Impératrice, ne doit altérer ni votre reconnaissance pour les bienfaits que nous recevons de l'Empereur, ni vojre ardeur à seconder ses troupes dans le noble projet qu'il a , sans doute, de remettre le Roi de France sur son trône. Si nous y parvenons nos vœux seront remplis. Si nous avons le malheur d'échouer , ce dont Dieu nous préserve, tous ceux qui ont suivi le parti de l'honneur , de quelque état qu'ils soient , ont un asile , des secours et des possessions assurées pour eux, leur famille et leur postérité ».

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