CAMPAGNE DE 179I
'e même que les corps et de même que les ambitieux qui ont usurpé la souveraine puissance veulent la guerre , pour avoir le prétexte d'augmenter les armées , afin de se maintenir, par la force, dans leur usurpation 3 de même que les corps, ainsi que les particuliers qui ont usurpé le pouvoir souverain ont besoin de la guerre et la veulent , pour occuper de projets, d'entreprises et de .conquêtes, la nation qu'ils veulent asservir, afin de détourner son attention de dessus leur usurpation; ainsi les jacobins, qui s'é- •taient rendus maîtres du gouvernement et de tous les pouvoirs en France, voulaient la ■guerre. Ils avaient -commencé par la faire à l'Empire.
M. de Custine s'empara , dans l'automne de 1792, de Spire , de Worms, de Bingcn , de Creutznaclietde Mayeuce, Ces conquêtes
BUT l'Empire attirèrent à la France une clér claration de guerre de la part du corps germanique.
La convention , qui régnait alors tyranniqnement sur la France , mit cà exécution , ]ôs premiers jours de février 1798, un décret dn 21 décembre 1792, qui prononçait la réunion des pays conquis à la république IVançaise.
Elle déclara , quelques jours après , la guerre à l'ilspagne.
Elle la déclara, par un manifeste, daté du i.^^ février 1793, à l'Angleterre et à la Hollande. Animée d'un esprit digue de ses membres, élus à la suite des massacres des premiers Jours de septembre, sous l'influence c|es monstres qui les coinraandaient , ell^ avait fait guillotiner Louis xvi. La cour de Londres, iiidignée d'un aussi grand forfait contre un Pioi légitime et vertueux , avait renvoyé de ses étals l'ambassadeur français ^ 3\L Chauvelin.
Le 3? mars et le i.^*" avril le généraL comte de Wurmser passa le Rhin avec neuf mille Autrichiens , à Spire et à Ketch, sur, des bacs et des bateaux. Trente -cincjju. quarante mille hommes de troupes franc aises
(88) étaient cantonnées dans le voisinage. lJ?au dace de l'entreprise leur en imposa. Eloignés par les Prussiens, de Bingen, de Crentznarh. et de Worms , ils abandonnèrent S})iro et les cantonnemens voisins de cette ville.
Je pourrais appeler ex Français ceux qui, pendant un teras , abandonnèrent le Roi, chef et père des Français , ainsi que leur$ offi' iers et leurs drapeaux, pour servir euxjnêraes, au mépris de leurs sermens, contre les Français fidèles, contre leurs anciens cliefs, contre leurs princes et contre leur Roi même; mais le mot ^jt pourrait déplaire cà de braves militaires, qui sans doute aujourd'hui sont Français , et ce n'est point mon intention.
J'appellerai Condéens ceux qui servaient sous les ordres des trois princes de Gondé, J'appellerai les autres Français.
Le i3 avril , les corps aux ordres do monseigneur le prince de Condé, passèrent le Rhin sur un pont jeté devant Philisbourg, Un de ses aïeux s'était rendu maître de cette ville eu Ï644 , après avoir battu le général Mercy. Cei fidèles formèrent un petit corps d'armée qui se joignit à l'armée du géaéral comte de Wurmser.
C89) Ce corps d*armée reçut une ôrganlsatîorf
calqiiëe sur celle des Autrichiens. Les compagnies de gentilshommes à pied formèrent deux bataillons de chasseurs nobles, de onze h douze cents hommes chacun. Les compagnies de gv"ntilshommes à cheval formèrent cinq escadrons. Les chevalier»' delà Coutonne et les fidèles de Dauphin cavalerie, formèrent une division. La légion de Mirabeau , les hussards de Salm et les deux corps de Hohenlohe infanterie , formèrent l'avant-garde. Elle fut commandée par M. le lieutenant-général comte de Vioménil et par monseigneur le duc d'Engliien , sous ses ordres.
L'armée de Wurmser campa, la gauche à Germershelm et voisinage, la droite à Cour\veiler, son quartier général à Weingarten. Les Prusiens avaient une position sur la droite. Le but était d'empêcher les troupes françaises de porter des secours à ÎV?ayence. Elles livrèrent nombre de combats pour y parvenir et ne purent y réussir.
Affaire du ij mai.
L'avant-garde des Condéens était à Hert}
( 90 ) elle avait nn détachemeiit à Couru -, le général baron de Hotzc était à Bclhcim. L^ lieuten.f-colonel autrichien^ comte deClenau, était à Rilsheim. Trois ou quatre cents hommes de cavalerie et de chasseurs français paraissent à la pointe du jour à la hauteur de Pxurl. Ils venaient de Ilerxenheim ; ils avaient passé , l'on ne sait comment , entre MM. de Hotze et de Clenau. Le lieutenantgénéral comtede Vioméniln'enavait eu l'avis ïîi de l'un ni de l'autre. Leur apparition donne l'allcrte. ^ux armes , à cheral. Il était tems. Infanterie , cavalerie, tout vase trouver à sa place de bataille, place assii^uée d'avance à chaque arme.
Le conducteur de.l!artil!eriedeî\îlrabeau, sansdoute emporté par l'ardeur, l'emmeue au: grand trot plus à droits que sa position n'ét/:it indiquée. En vain on crie sur lui , à gauche, à gauclie, il n'en va pas moins vite adroite. Il n'cnteudait pas^ il faisait beau-: coup de vent et beaucoup dépoussière. Lescavaliers et les chasseurs français tombent sur les pièces , font main basse sur tout ce' qui arrive à la suite. M. de Charbounel est tué sur une pièce. M. Damoiseau reçoit plus de 20 coups de sabre et a'eu est pas mort.
: Les cavaliers et les chasseurs français poiir-^
suivent un piquet de Raïserj ce piquet se rallie derrière la cavalerie de Mirabeau et celle de Saltn , qui marchaient à leur position.. Cette cavalerie se venge sur nombre de Français qu'elle étend aux pieds de leurs chevaux. Les pièces et la plus grande partie des braves qui avaient osé pénétrer jusqu'au niilicu de l'avant-garde condéenne, restent sur un terrain évacué dans le moment. M. de Clenau pris dans l'action est repris dans l'action môme.
AFFAIRE DU l() J UILLET, Redoute de Bclhelm,
LiES Condéens avaient un bataillon de chasseurs nobles à Raiscam , l'autre à Germers- Jiclni. Leur tùche était , comme celle de toute l'armée, d'empêcher les Français de porter du secours à Mayence. L'armée gardait , avec dix-sept mille hommes, quatre lieues de pays entre le Rhin et la montagne. Les troupes françaises attaquaient souvent les Prussiens , placés pour le même objet sur la droite. Elles attaquaient souvent,
Germershelm , gauche de la position. C'était
autant d'attaques inutiles. Le 19 juillet, elle» attaquent valeureusement les Prussiens qui leur tuent beaucoup de monde. Elles font en même-tems une attaque sur la redoute de Belheim , en avant de Raiscam.
Soixante -douze gentilshommes du i.^"^ bataillon des chasseurs nobles étaient de garde dans cette redoute relie n'avait point été iinie. Derrière était un bois-taillis qui n'en était pas à plus d'une portée de fusil. Les troupes françaises attaquent cette redoute de dessus les hauteurs de Belheim , avec le boulet et l'obus. On n'avait pas une pièce pour y répondre. M. le comte de Salgues, officier général de jour et commandant en cette qualité , fait évacuer la redoute, à la, garde , et la porto en arrière du bois. Les altaquans descendent des hauteurs et s'établissent dans la redoute.
Cette troupe, aulieu d'avoir des sentinelle^ placées de manière à voir au-delà du bois , n'avait qu'un petit poste et deux ou trois Sentinelles dans le bois même. Elle n'était pas instruite dans l'art de la guerre comme çlle l'a été depuis. Ï\L de SalgueS; n'apperce-
Vant ni poste ni sentinelle, fait demander au prince la permission de tenter la reprise de la redoute. Le prince s'en rapporte à sa prudence.
M. de Saignes, forme des soixante-douze gentilshommes trois têtes de colonnes et les diriiïe toutes trois sur la redoute, marchant à peu de distance les unes à côté des autres. Il fait retentir lescommandcmens àecolonne de droite j colonne de gauche j colonne du centre en avant ^ pas de charge, marche. Les trois colonnes marchent au pas de charge sur la redoute. Les deux ou trois sentinelles et le petit poste se sauvent à la course et jettent l'alarme. L'effet de la surprise est complet.
Entre le bois et la redoute était un petit éclairci. Les colonnes le franchissent rapidejncnt, la troupe française n'a pas le tems de juger que ce ne sont ni des colonnes ni de» avant-gardes. Un petit bras de la QueicU coulait devant la redoute : deux planches volantes formaient un pont dessus pour aller à la redoute. Une des colonnes suit de si près le petit poste , qu'il n'Ote pas lesjplauches.
Du côté des chasseurs nobles , c'est h qui se jetera dans la redoute, de l'autre cûlé^ c'est à qui se sauvera. Les uns se lancent pardessus le parapet qui n'était que commencé, les autres se préciplteut au travers du fossé qui n'avait été qu'à demi-crcusé. Ceux-ci laissent leur sac , ceux-là laissent une oie qu'ils plumaient, d'autres jetent le pic et la pioche avec lesquels ils travaillaient. Enfin dans uu moment la redoute est reprise par l'audace et la ruse. Audaces fortuna jiwat.
Un piquet de cavalerie commandé par le comte Max-d'Ollonne , neveu du général de Vioménil , et quelques chasseurs de Salm , chargent ceux qui décampaient. Soixante , ou environ, restent sur le terrain. Que font quelques soldats ? Ils oublient qu'ils sont Français; ils jetent leurs fusils et dcmandcuÊ grâce. Ils reprennent leurs fusils, quand on est à quehjucs pas, et ils tirent sur ceux qui viennent de les épargner. Max-d'Ollonns reçut ainsi une balle dans un des pistolets qu'il avait à sa selle. Un de ses neveux fut tué.
M. de Salgues eut le cordon rouge , la vicomtcdeClugny, qui commandait une dc^
( 95 ) trois colonnes , eut le brevet de colonel. Diicliamboii , qui commandait ime des autres, eut celui de liéutenant-eolonel. Ils étaient tous les deux capitaines au régiment de Beauvoisis , lors de l'insurrection des soldats de ce réîiiiuent contre leurs officiers.
Louis XVIII vit l'hiver d'après M. de Salgucs 3 il avait Une redingote par-dessus son habit , le Roi lui dit : « Monsieur ds » Saignes on apperçoit à peine le ruban que » vous avez si bien gagne ».
Le prince de Condé lui présenta dans le incme tems le vicomte de Clugny . en lui disant : Sire, voilà l'ollicier h qui votre Majesté a donné le brevet de colonel. « Je ne la » lui ai point donné , il l'a trouvé dans la» redoute de Bclhcim.
■■KliTfST lui m»»
AFFAIRE DE JOCKGRIM , Ic lO aoÛL
Les troupes françaises n'avaient {)as pu< parvenir à porter du secours à Mayence. Cette ville s*éLaIt rendue par capilulalion , le 22 juillet.
Depuis ce jour on s'était observé. Tout Vt^'lait réiiuit au.^ i'u^jiiiadcs accouluiuées des
(96) avant-postes tous les matins. La cavaleda noble s'était trouvée pendant quelques heures sous le feu d'une batterie qu'elle n'avait pu enlever ni tourner à cause de sa posilioa derrière un ravin , mais sans perdre de monde; les boulets passant par-dessus sa tête.
Dans la nuit du it? août, l'armée marcha sur cinq ou six colonnes ; celle de droite sur Bergzabern , celle du centre sur Raudel, celle de gauche le long du Rhin.
Une colonne, commandée par le général comte de Wurmser , en personne , et do laquelle était un bataillon de chasseurs nobles, marcha sur Jockgrim. Pour aller à la i ^* redoute, située sur un plateau, en avant d9 Jockgrim , il fallait défiler le long d'un petit chemin étroit , difficultueux et embarrassé , traverser un ravin profond et monter une côte escarpée. L'on ne pouvait emporter ce poste qu'à force de valeur. L'attaque en était vivement commencée par le régiment hongrois de Gionlay , qui était à la tête de la colonne.
Monseigneur, avec la légiondeMTibeau, les hussards de Salm, les deux corps de Ho-* hcnlohe, le 2.^ bataillon des chasseurs nobles^
le 5.® escadron et l'artilkTie noble, tournent
Jockgrim.
Abattis , ravins , artillerie , rien n'arrêtait Gionlay 3 la colonne du prince arrive; le plateau , la redoute et le poste de Jockgrim sont abandonnés. Onestmaitre, en moins d'une heure, d'une position devant laquelle on aurait perdu bien du monde si on ne l'avait pas tournée.
Un beau terrain, couvert de redoutes, auprès de Randel, fut évacué d'après la prise de Jockgrim. La colonne du centre s'en trouva maîtresse sans avoir combattu.
nllMIIM'|^l||iM|l'irjiitTI"'HI'l"
Affaire de Pfort , le 21 aoiit,'
JLes deux bataillons de chasseurs nobles et le 5.^ escadron avaient passé la nuit entre Jockgrim et Hagenbach, village entouré de bois et près du Rhin. Le reste du corps de Condé, depuis le 19, était avec une colonne du centre; la colonne de M. le comte de Wurraser était en arrière , à la hauteur de Werth.
Dans les corps français il y avait des Jiommes qui servaient volontairement et ciô
bon cœur. Il yen avait d'autres qui servaient par force. Il tut tiré sur le total quinze mille hommes de bonne volonté, sous la promesse d'un louis par tête de royaliste. On leur disait qu'on allait laire un déjeuner du corps de Condé , stationné près du Rhin et séparé des colonnes autrichiennes.
A la pointe du jour, ces hommes de bonne volonté débouchent par les bois et paraissent. Appercevoir l'ennemi, sauter aux armes et se mettre en bataille , sont l'affaire du moment pour une partie de l'avant-garde. Le colonel de Fort, de la légion de Mirabeau, et le lieutenant-colonel Pelissicr, soutiennent chacun l'attaque d'un bataillon avec cent hommes chacun, de volontaires et de chasseurs. Immobiles sous le feu, comme des arbres, ces deux cents braves arrêtent deux bataillons et donnent le tems aux divers corps de se porter à leur position.
Le but des généraux à un louis par tête, était de séparer tout-à-fait le corps de Condé dugéuéral comte deVV"urmser,et de l'acculer au Rhin. Le prince juge leur projet, quoique masqué par de fausses dispositions.
Calme comme il le fut le 2-5 juillet 1762
(.99) près de Gniningue , contre le prince héréditaire de P)runswi(k, et le 28, à Friedberg , à l'apparition des troupes qui vinrent inopinément eommeneer une attaque à laquelle on ne s'attendait pas ; le prince doiuie et fait porter ses ordres.
Le major d'artillerie de Rison, juge qu'il doit y avoir une batterie dans un endroit qu'il montre, que des troupes en batailla vont démasquer, et qui va jouer sur le groupe même où est son altesse. Le prince juge comme M. de Rison. L'on disait à leurs oreilles, ce sont des noires, ce sont des Autrichiens. Tirez, M. de Rison, dit le prince. M. de Rison et les frères Fiard tirent, sur la batterie jugée, cinq à six coups de canon deux ou trois à boulet, les autresà mitraille.
Les boulets et la mitraille frappent au milieu des pièces et de ceux cjui les servent; ils y mettent le désordre. Le prince fait dans le moment même marcher en avant. L'on fond sur les hommes au déjeuner. Surpris detre chargés au moment qu'ils allaient attaquer , ils lâchent le pied , tournent le dos et décampent. La cavalerie de la légion et les hussards de Salin les chargent daus
( 100 ) leur fuite. La terre est joncbe'e dans quelques endroits de ces hommes de bonne volonté. La colonne que commandait en personnele général comte de Wurmser arrivait.
L'on s'empare de Hagenbach et du Pichelberg. Le lieutenant général comte de Yioménil marchait sur Lauterbourg avec î'avant-garde. Ln ordre du général comte de fWurmser l'arrête à une demi-lieue en arrière de celte ville. Il faut s'arrêter sur le succès. Le soldat mord son fusil de regret. Peut-être eût-on eu Lauterbourg, si l'on avait insulté sur-le-champ cette place. Ce n'est qu'ua peut-être.
Alors le soldat Français n'était pas aguerri comme il l'a été peu de tems après.
'Journées des ii, 11 et 14. de septembre^ dans les montagnes de Bondenthal.
Les troupes françaises avaient un camp retranché dans les montagnes, à une denulieue de Bondenthal, entre Dahn et Wissenbourg. Maître de ce camp , le général en chef comte de Wurmser aurait pu forcer le poste du Pigeonierj toarner Wissenbour^
( loi ) et prendre à revers les lignes qui s'étendent de Lanterbourg à Wissenboiirg. Il avait détaché, pour s'emparer du camp retranché, quatre mille hommes ou environ , doat une partie du régiment hongrois de Huf , des Valaqucs , l'infanterie de l'avant-garde du corps de Condé et deux cents hommes de sa cavalerie 3 la totalité sous le commandement du général Piatjowitz. On avait proposé l'expédition au général comte de Viornénil ; il n'avait pas voulu s'en charger avec si peu de monde.
Le II de septembre, à la pointe du jour, le général Piatjowitz arrive au camp retranché de Bondentlial, l'attaque avec toute la vigueur imaginable et s'en empare. Il était défendu par trois à quatre mille hommes. Sur huit pièces de canon qu'il y avait dans le camp , cinq sont enlevées.
Dès le lendemain , des corps Français , au nombre de treize à quatorze bataillons , l'attaquent. Ils ont l'avantage du terrain comme celui du nombre; ils découvrent de la tête aux pieds et n'ont que la tète à découvert. Le réii;iment de Huf avait cinq à six cents hommes hors de combat. Le3 liohen-
lolie, sur trois cents hommes, en avaient bien quatre-vingts tués ou blessés. L'infanterie de Mirabeau n'ëlait pas moins maltraitée. Tous ces braves étaient restés quelques heures sous le l'eu d'une mousqueterie meurtrière et n'avaient pas lait un pas en arrière ; enfin on les poste plus loin.
Depuis sept grandes heures on était en bataille sous une grêle de balles. Le général comte de Vioménil l'ait marcher sur les attaquans et les lait charger. Le lieutenant général marquis de Bethisy, à la tête des Hohenlohe et le lieutenant-colonel de Pelissier, à la tête de l'infanterie de Mirabeau , leur donnent la chasse. Les braves défenseurs du camp retranché de Bondenthal en restent les maîtres.
M. de Bethisy ne pouvant gravir quelques passages et voulant toujours être à la tête des Hohenîohe , se faisait pousser par des grenadiers. C'est le père de ce comte qui a fait unesi belle application des mots^ quand même.
Ils reviennent à la charge , ces hommes qui jamais n'auraient voulu servir la convention si l'on n'avait pas employé tous les
moyens pour les égarer ; ils reviennent à la charge avec vingt-cinq bataillons. Les défenseurs de Bondenthal avaient demandé du renfort , des munitions et des vivres. On leur avait envoyé deux compagnies restées du régiment de Iiut" et un caisson. C'était loin de remplacer les tués et les blessés.
Les attaques du. 12 se renouvellent sur les six heures du matin. Le reste des défenseurs intrépides du 12 tient comme le 12. Ce sont des murailles contre lesquelles les soldats Français tirent de haut en bas. Ou demande du secours aux Prussiens à portée d'en donner. M. le duc de Brunswick promet deux bataillons et deux escadrons. Il était onze heures. On avait consommé jusqu'aux cartouches de la cavalerie de IVlirabeau 3 l'on restait sans poudre. Le secours prussien n'arrivait point 3 il était impossible de ne pas abandonner enfin un poste où la valeur humaine ne pouvait pas tenir plus long-tems.
On a dit que si le général en chef avait clé servi par ses espions comme les Français l'étaient par les leurs , il aurait su que les ligues avaient été dégarnies pour envoyer.
( 104 ) wn renfort de vingt bataillons. Dans ce ca^ on aurait lait une heureuse diversion en. faveur de ceux qui se couvraient inutilement de gloire au milieu des dangers ; mais reve^ Bons à nos braves. Comment vont-ils se tirer d'affaire ?
Ce n'élait point une longue retraite , comme celle de la Bohême en France, faite par M. le maréchal de Rellisle , au milieu des neiges et des glaces , dans la guerre de 3741 à 1748. La retraite de Bondenthal était courte^ mais quoique courte, elle était difficile et périlleuse.
On l'en la me sous le feu d'une mousqueterie des plus vives, sur deux colonnes. L'infanterie de ^;irabcau tait l'arrière-garde de l'une, sa cavalerie fait l'arrière-garde de l'autre. L'une marche sur un plateau borda de deux ravins -, elle ne peut pas faire de teras en tems volte-face pour repousser ceu.^ç qui poursivent.
Des cavaliers de la légion et des cavaliers de Salm mettent en croupe des soldats de Huf , d'autres en mettent sur leur cheval et vont à pied. Le maréchal de la compagnie des Hulans fait le coup de pistolet avec des
(.05) cbnsspurs Français pour donner le fems a (juelques-uns d'arriver. Toujours on verra les braves s'aimer et s'aider.
A l'arrivëe de Bondenthal commence ua clciilé , le seul qu'il y ait pour la retraite. Cavalerie, caissons, artillerie, tout est forcé de s'y réunir sous les feux croisés de quelques pièces. Le général comte de Vioménil apperçoit heureusement une position de dessus laquelle il pourra protéger l'entrée dans le défilé. Son premier coup - d'œil à vu la position ; l'ordre est aussitôt donné d'aller s'en emparer et d'y mettre en batterie ses pièces.
Il n'avait point été envoyé de corps intermédiaire entre l'armée et le corps détaché , pour assurer ses communications et sa retraite en cas de besoin. îl fallait que nos braves déniassent le long des gorges qu'il y avait de B ondenthal à Anweiler , ce qui faisait quatre lieues à parcourir en défilant entre des montagnes. Ils pouvaient trouver les passages les plus étroits de ces gorges occupés par des troupes de la garnison de Landau , qui n'était pas bloquée du coté (d'Anweiler. Nos braves de Bondenthal ,
(io6)^ heureusement , ne sont inquiétés que parceux qui les poursuivent, lis arrivent à Anweiler sur les onze heures cki soir. lis marchaient depuis onze heures du matin.
Il y avait encore deux lieues de défilés à parcourir d'Anweiler au débouché des gorges. Des troupes Françaises avaient une lieue de moins que nos braves pour arriver à ce débouché.
Le général comte de Vioméull craint qu'ils n'en profitent , il envole un détachement de cavalerie au-devant de leur propre débouché sur cet endroit. Les gorges et les hauteurs pouvaienLenetre occupées, soit par des troupes venues par un chemin plus court, soit par des troupes sorties de Landau. JMême bonheur ; ce détachement ne trouve rien ; nul endroit des gorges n'est gardé.
Les échappés sortent des gorges , ils sont tirés d'un grand danger. Loin d'avoir perdu *es deux tiers de leur monde, ils n'en avaient pas perdu plus d'un quart. Heureux étonnement ! Loin d'avoir perdu leurs canons, ils amènent les cinq pris dans le camp de Bondenthal. Ils trouvent une division et deux pièces volantes (pe l'attention du heulcuant
( '07 ) feld maréchal prince de Waldeck avait envoyées au-devant d'eux; notre prince avait eu la même attention. Les voilà de retour dans les environs de Barbelroth , où était le quartier général de M.lecomtedeWurmser.
Dieu soit béni.
Quel contrc-tems et quelle position si , poursuivis par une partie des vingt -cinq bataillons et coupés dans leur retraite, soit par l'autre partie , soit par des troupes de la garnison de Landau , nos braves de Boudenthal s'étaient trouvés dans la position oii se trouva l'armée romaine qui fit le traité des Fourches Caudines ! Quelle position pour des braves î Ils n'avaient ni pain ni cartouches.
On fait des fautes à la guerre comme ailleurs ; on en fait de part et d'autre, avec la diiiérence que les fautes qu'on fait à la guerre sont quelquefois funestes à bien du monde. J'ai entendu des troupes Françaises tenter de forcer le pont de Heid'^lberg et ne pouvoir pas y parvenir, quoique le pillage fût, disait-on, permis si le pont était forcé. Ln petit corps d'Autrichiens défendait ce pont avec une artillerie bien servie, pen-
( io8 )
daiit qu'on évacuait sur Hailbrori des magas'uis Autrichiens. Il y avait du culé des Français , à un quart de lieue du pont, une certaine quantité de bateaux. Si les Au- Iriclîieus avaient fait une reconnaissance jusqu'à cet endroit , ils n'auraient pas laissé CCS bateaux du côté des Français; si ceux-ci en avaient fait une, ils auraient profité des bateaux pour traverser la rivière et tomber sur les derrières des Autrichiens qui défendaient le pont.
Les ligues de la J^ au TER , forcées le i3 octobre.
Depuis les affaires de Bondenthal, l'armée n'avait fait que repousser des attaques. Dix on douze fois les troupes Françaises avaient attaqué le général major baron de Hotze et n'avaient pu le déloger de la forêt de Bienvvalt. Elle confine aux lignes sur presque toute leur étendue. Fine seule fois elles avaient gngné du terrain , il l'avait repris sur-le-champ.
Le général comte de Ferrari venait d« passer quelques jours à l'armée de Wurmser.
( 109 )^ Il avait eu plusieurs conicrences avec M. îe
duc de Brunswick , qui commandait les Prussiens, et avec M. le comte de Wurmscr qui commandait les Autrichiens et le corps d'armée de Condé. Les généraux étaient Convenus d'un plan d'opérations. Enfin on allait agir , le soleil allait éclairer une brillante journée.
Pour pénétrer en Alsace , il fallait franchir les fameuses lignes de la Lauter , qui s'étendent de Lauterbourg, sur le Rhin , à Wissenbourg, au pied des montagnes, le long de la rivière de la Lauter. C'était attaquer Je taureau par les cornes , que d'attaquer ces lignes de front. Il fallait faire plus que de les attaquer, il fallait les aborder. Nombre de postes , dont plusieurs fortes redoutes eu défendaient l'approche à deux lieues en avant, du côté de Wissenbourg. Ces lignes avaient été prises par les x\atrichieus, dans la guerre de 1741 à 1748 3 mais elles leuc avaient coûté dix mille hommes.
M. le duc de Brunswick , à la Icte d'une colonne de Prussiens, s'avancaitle Ion ir d'une file de gorges, sur Waertk , quatre lieues en arrière de Wissenbourg. M. le prince de
Waldeck jetait un pont sur le Rhin, entre Seliz el Beinhehn , trois lieues eu arrière de Lauterbourg.
Au milieu d'une belle nuit, trois obus éclatent en l'air. C'est le signal de la marche pour une entreprise. On reçoit p(»ur mot de ralliement un mot iail pour enflamer le courage, le nom d'une grande Tieine, Marie- Thérèse. On était ennuyé de l'inaction. La joie passe dans l'arae de chaïun. L'armée marche sur sept colonnes aux redoutes et aux postes qui sont en avant d^s lignes. Les points de réunion de toules étaient Wissenbourg et Lauterbourg. Du côté des montagnes , du côté du Rhin , en avant sur nombre de points, ou entend des feux roulans et le tounère du canon. C'est au son de ce bruit qu'on marche avec ardeur aux lignes*
Le corps de Coudé marche comme toutes les divisions de l'armée sur les lignes de la Lauter. Sa direction est la droite, coté de la montagne. La tâche de son avant-garde est de pénétrer jusqu'à Wissenbourg, en suivant le pied des montagnes ; c'était le coté le plus dillicile. Le général comte de \ ioménil n'avait que çon avant-garde et trois à quatre