OU LA
CONSPIEÂTION DE WATHIEU FATHIN.
A Jean sans Pitié succéda Jean de Valenrode, issu d'une illustre maison de Franconie; à des jours d'orag-es et de misères succédèrent des jours de calme et de bonheur; mais hélas I ils ne furent pas longs! Après avoir rendu aux Liégeois leurs libertés et leurs privilèges, après avoir rétabli les métiers et les assemblées populaires, Jean de Valenrode mourut, jetant un dernier regard sur ces nobles bannières qu'il avait relevées et qui flottaient de nouveau sur la place du marché. Ce prince n'avait régné que pendant onze moisi
Jean de Hlnsberg chercha^ comme son prédécesseur, à cicatriser les plaies du pays qu'il était
appelé à grouverner; ils s'aperçut bientôt que le
relâchement dans Tadministration de la justice était la principale cause des troubles qui avaient eu lieu : les lois furent donc le premier objet de ses soins. Il fit revivre le tribunal des Vingt-Deux, et })iiblia^ en 14^, le fameux règlement qui porte son nom, règlement qui org'anisait les élections sur des bases moins larg-es qu'auparavant.
Alors vivait à Liège un homme dont l'autorité contrebalançait presque celle de Tévêque. La place qu'il occupe dans le récit qui va suivre, exigreque nous le fassions un peu mieux connaître.
Wathieu d'Athin, c'était son nom, était petit-fils de ce d'Athin dont parle Henricourt, et qu'on surnomma le houilleur Moniegnée, à cause des nombreuses fosses à bouille qu'il possédait dans ce village. Ayant eu Part de faire accroire au peuple que c'était surtout à ses intrigues qu'on devait le rétablissement des anciens privilèges, sous Jean de Yalenrode, il en avait acquis un tel ascendant sur la multitude qu'un jour, ayant eu à se plaindre du cbapitre de Saint-Lambert, il fit défense aux métiers de travailler pour les chanoines, et aux marchands de leur rien vendre, ni pain, ni vin, ni viande, jusqu'à ce qu'il eût reçu satisfaction des membres du clergé; et pas un ne lui désobéit.
Promu aux plus hautes charges de TÉtat, nommé tour à tour bourgmestre, échevin, puis grand maieur, Wathieu d'Athin ne mit bientôt plus de
bornes à son ambition, et donna un libre cours à
rinsatiable cupidité qui le dévorait. On le vit trafiquer publiquement de son pouvoir^ recourir, pour augmenter ses richesses, aux moyens les plus tîIs et les plus sordides, et, oubliant le peuple qui l'avait élevé si haut, devenir pour les bourgeois un impitoyable tyran. Sa popularité ne tarda pas à en souffrir : mille bruits sinistres coururent sur son compte, on lui reprochait de vendre au plus offrant les lois et les franchises, d'altérer à son gré le sens des anciennes paix, et d'appliquer des peines et des amendes qui n'étaient pas spécifiées dans les statuts. On en vint même au point de prétendre qu'il donnait asile, dans un de ses châteaux, à une bande de malfaiteurs dont il partageait les rapines.
Ces propos minaient sourdement la domination
du redoutable maïeur; une occasion s'oflfrit enfin de la secouer tout à fait.
Un bourgeois de la corporation des febves (forgerons), ayant été condamné par lui à une amende, prétendit que cette amende dépassait de beaucoup celle qne statuait la loi pour le délit dont il s'était rendu coupable. Il assembla les compag-nons, n'eut pas de peine à les intéresser à sa propre cause^ et comme le métier des febves était le premier de la cité, tous les autres s'unirent à lui pour exiger fa réparation de l'injustice commise par le maïeur *.
La corporation des houilleurs, à laquelle Wa-
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thieu d'Athin était affilié» demeura seule fidèle au chef des échevins; les bouilleurs formaient un .
métier très-considérable, et pouvaient mettre sur pied plus de dix mille combattants. Cependant, malg^ré cet appui, malgré ses richesses et le grand nombre de ses créatures, Watbieu d'Athin ne put conjurer Torage qui le menaçait, il fut banni de la cité. Mais des événements plus graves vinrent pour quelque temps distraire les Liégeois de ces dissensions intestines.
Philippe le Bon, qui avait acheté le comté de Namur du comte Jean UI, moyennant la somme de 132,000 couronnes d'or, venait d'entrer en possession de ce nouvel État (1429), et la haine qui subsistait, depuis la bataille d^Othée, entre Liège et Bourgogne, se réveilla bientôt plus terrible que jamais. Le voisinage du duc était dangereux pour les Liégeois; des précautions étaient nécessaires avec un pareil ennemi. Les Binantais réparèrent donc et fortitièrcnt aussitôt la tour de ^Montorf^ueil, rasée par ordre de Jean sans Peur, en 1408, et, malgré les remontrances du duc de Bourgogne, ils refusèrent de Tabandonner. L^irritation s'accrut encore par les intrigues des ministres du roi de France Charles YII, qui n'était pas fâché de susciter des embarras au duc Philippe. Une guerre qui donna lieu à d'horribles déprédations s'engagea alors et se continua pendant plusieurs mois; il y eut, de part et d'autre, plus de trois cents villages et châteaux pillés ou brûlés. Enfin les Liégeois, battus successivement dans plusieurs rencontres,
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se virent contraints de conclure la paix. Elle fut sig'née à Malines, le 15 décembre 1481. Les Liég^eois s'obligèrent à démolir la tour qui avait été le sujet de la guerre; à payer au duc une somme de cent mille nobles à la rose; à venir nu-pieds, au nombre de vingt, révêque en tète, lui demander pardon.
La nouvelle de cet accommodement suscita un grand tumulte dans Liège, et les partisans de Wathieu d'Athin ne manquèrent pas d'exploiter dans leur propre intérêt le mécontentement général ; ils se mêlent au peuple, parcourent les rues et les différents quartiers de la ville, proférant d'horribles menaces et accusant les bourgmestres de trahison ; Tévêque n'échappe lui-même à cette multitude furieuse qu'en se blottissant dans l'une des caves de l'hôtel de ville. Des clameurs sauvages retentissent au dehors de la Violette et viennent porter la consternation dans le cœur des magistrats assemblés et qui ne savent quel parti prendre : « A la mort, à la mort, crie la populace, jetez les maîtres par la fenêtre, ils nous ont vendus! ff Et çà et là le nom de Wathieu d'Athin, k proscrit, circule dans la foule ; on le signale au peuple, comme le seul homme qui puisse sauver le pays.
Dans cette extrémité, les bourgmestres s'adressent à Ghiillaume, frère de Wathieu; ils le supplient d'user de son influence pour apaiser le tumulte. Guillaume, qui n'attendait que ce moment, s'avance au balcon de Thôtel de ville, et d'un geste
imposant silence aux bourgeois : « Que demandez- • vous, mes maîtres, s'écrie-t-il^ et pourquoi tout ce tumulte?... — A bas le nouveau règlement, vocifèrent les g-eus de métiers, rendez -nous nos anciens privilég-es ! — Vous les entendez, dit Guillaume, se tournant vers les magistrats, que leur dirai-je?.. . — Et notre serment, répliquent ceux-ci, qui nous en déliera ?— • Qu'à cela ne tienne, reprend aussitôt Guillaume, les Liégeois sont libres, et c'est an peuple seul qu'appartient le pouvoir de faire et d'abroger les lois ! « La multitude applaudit bruyamment à ces paroles qui flattaient si bien ses passions; tout ce qu'elle réclame lui est accordé, et, au jour fixé, les élections eurent lieu comme au temps d'Amould de Home, c'est-à-dire par les suffrages individuels de tous les gens de métiers. Guillaume d'Athin et Jean de Borlé furent proclamés bourgmestres.
Cependant, malgré tout ce bruit, il fallut accepter le traité. La France, qui avait promis des secours, n'en envoyait point, et Liège se sentait trop faible pour lutter seule contre le grand-duc d'Occident, comme on appelait déjà alors Philippe le Bon. Les partisans de Watbieu avaient d'ailleurs atteint le but qu'ils désiraient : Guillaume, depuis qu'il était bourgmestre, ne songeait plus qu'à faire rappeler le maïeur. Ses ouvertures à cet égard ayant été mal accueillies par les métiers, il résolut, pour réussir, d'avoir recours à la violence. Sa demeure devint alors le théâtre de conciliabules nocturnes ; un vaste complot fut tramé dans
l'ombre, et la nuU des Roîê (5-6 janvier 1438) ftit désig*née pour le mettre à exécution
L'instaut fatal arriva sans que rien eût transpiré de ce coupable projet. Il était dix heures du soir ; le silence de la nuit n'était interrompu que par les sifflements aigns du vent, qui s'engouffrait dans les rues étroites et tortueuses de la vieille cité et ébranlait les ais mal joints des portes et des auvents; une neige fine et g-lacée frappait avec violence, les fenêtres des habitations où quelques bourgeois paisibles, encore assis au coin du feu et entourés de leur famille, s'entretenaient de la fête du lendemain. La nuit était sombre, froide, et favorisait les projets des conjurés. Ils se diri^crent en silence vers les lieux de rendez- vous, et pénètrent dans les différentes maisons où des armes avaient été préparées à l'avance. Les bouilleurs des villag-es d'Ans et Mollîn, de Grâce et de Monteg-née, séduits par Tor et les promesses de Watliieu d'Athin, entrent par petits pelotons dans la cité et viennent grossir le nombre des factieux.
Cependant, quelques compagnons attardés avaient remarqué ça et là des groupes d'hommes s'introduisant mystérieusement dans les maisons de plusieurs bourg'eois suspects, et s'étaient empressés d'aller communiquer leurs craintes au gouverneur desfebves. A tout hasard, celui-ci met sur pied la corporation. Une partie descoi^urés
" Pour le récit qui va suivre, la source principale à consulter est Ja chronique de Jean db Stavelot.
viennent de se répandre dans le vinâve habité par les forgerons; ils croient n'avoir affaire qu'à des grens plongrés dans le sommeil ; mais des torches éclairentsubitement les rues; des masses d'hommes armés apparaissent et se précipitent sur les assaillants, et bientôt les factieux, pressés, entourés de toutes parts, se voient contraints de clierclier leur salut dans une prompte fuite.
Malgré le peu de succès de cette première attaque^ Guillaume d'Athin ne perd pas courage; les conjurés étaient nombreux ; les bouilleurs occupaient déjà Tune des portes et différents points de la cité; tous paraissaient animés de la plus vive ardeur ; les autres métiers, d'ailleurs, ignoraient encore ce qui se tramait contre eux ; rien n'était donc désespéré.
Minuit venait de sonner à la grande horloge de Saint-Lambert, il n'y avait plus à balancer. Guillaume envoie des ordres à tous les chefs, et luimême arrive aussitôt, avec une partie de son monde, sur la place du marché, où, pour donner le change aux bourgeois, il fait planter la bannière et les pennonceaux de la cité. Maîtres de cette position importante, cernant Thotel de ville, interceptant toutes^ les communications qui y aboutissent, les conjurés paraîtront n'agir que d'après les ordres des magistrats de la commune, ce qui ne peut manquer de jeter le trouble et l'indécision dans lesranf^'s de leurs adversaires.
Mais déjà des compagnons du métier des febves, traversant la Meuse en bateaux, avaient prévenu
les coiToyeiirs, les pêcheurs et les meuniers. Ceux-ci occupent à Tinstant les avenues du pont de bois établi provisoirement sur la rivière^ depuis la chute du pont de pierre, en 1409 ; ils envoient des. messagers dans la banlieue d'Amercœur, et bientôt arrivent des masses nombreuses armées de pioches, de faucilles et de ces longs bâtons ferrés appelés picoia de Haccourt, dont on faisait alors un si fréquent usage à Liège. Des acclamations bruyantes saluent les nouveaux venus et vont porter l'épouvante dans le cœur des conjurés.
Pendant que, d'un côté, les g*ens des métiers rassemblaient leurs forces pour attaquer les factieux, de l'autre, Guillaume d'Athin ne nég:ligeait aucun des moyens propres à s'assurer la victoire : on le voyait tour à tour pérorant au milieu des groupes nombreux de ses complices, faisant barricader avec soin toutes les rues qui aboutissent au marché, ou postant des arbalétriers aux fenêtres du Destroit, Si les membres du conseil, gardés à vue et inquiets de ces préparatifs, se hasardaient à en demander le motif au bourgmetre : « Ne voyez-vous pas, répondait-il, que toute la ville est en armes; les métiers méditent sans doute quelques projets hostiles et dangereux, je dois donc prendre toutes les précautions nécessaires pour les déjouer. » A la lueur des torches qui éclairaient faiblement le marché, on pouvait apercevoir, aux fenêtres des maisons, bon nombre de bourgeois, curieux snns doute devoir ce qui allait se passer, et, comme cela arrive d'ordinaire, attendant peut-être
Pissue du combat pour se joindre aux yainqueurs.
Le métier des bouilleurs était posté en deçà de la Meuse, en face du rivag-o des Pécheurs, prêt à soutenir les d'Athin, au premier signal : « Chose affreuse, dit un de nos historiens du dix-septième siècle, toute une ville est en armes, la fureur est empreinte sur tous les visages, mais ce n*est pas le désir de chasser l'étranger qui anime ces gens ; ce sont des amis, des frères qui vont s'entr'égorger, la main droite va trancher la gauche I Hommes insensés, dont le cœur ne bat plus au doux nom de patrie, et qui, dans leurs dissensions sacrilèges, vont déchirer les entrailles de la mère qui 1rs a nourris... Que de maux peut produire parfois Tambition d'un seul homme M... «#
Le jour commençait à poindre, et le jour, c'était la mort pour les d^Athin. Les métiers, dont les forces s'étaient considérablement accrues pendant la nuit, s'aventurent alors dans les différents passages qui conduisent à la Violette; les febves, partagés en deux corps, s'avancent par les rues du Pont et de Eéronstrée ; les tisserands, les bouchers, les brasseurs, les vignerons se joignent à eux en chemin ; les corroyeurs et les pêcheurs traversent le pont des Arches; les bannières sont fièrement déployées au vent ; partout on entend les cris : " Mort aux d'Athin!... sus au bourgmestre!... à l'eau les traîtres 1... « Le torrent populaire vient fîrapper contre les barricades et les emporte en un
* FiSEN, p. 199.
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instant; ces masses fiirieuses et altérées de sang débouchent enfin sur la place du marché... La
lutte alors devient affreuse. Les arbalétriers, postés par Guillaume aux fenêtres du Destroit, font g*rand mal aux gens des métiers ; les b&tons ferrés bossuent les armures, les haches retentissent contre les' haches, les tètes sont broyées sous les pavés qu'on lance du haut des maisons ; des deux côtés, on combat avec rag*e et Tissue de la lutte est quelque temps douteuse; mais le nombre des assaillants grossit de minute en minute ; la populace du quartier d'Outre-Meuse vient prendre part à Faction et se précipite à son tour sur les factieux; les meuniers arrivent aux cris de Notre- Dame et Saint Lambert... Les d'Athin perdent alors tout espoir de vaincre. Les courages mollissent; la frayeur s'empare peu à peu de leurs esprits, et bientôt on les voit fuir dans toutes les directions... Quelques-uns croient trouver un asile dans l'enceinte de la cathédrale, mais les portes du temple sont fermées ; les chanoines ont voulu enlever aux coi\jurés jusqu'à cette dernière chance de salut... Les malheureux fuient; çà et là on les voit tomber, et le peuple s'acharne sur sa proie ; le peuple n'a point de pitié; il tue; il tue ceux qui fuient et ceux qui essaient encore de se défendre ; il tue ceux qui se traînent sur les g-ehoux et implorent merci... et le corps de chaque ennemi tombé est bientôt méconnaissable, tant il est horriblement mutilé.
Arrivés près du Chaffour et de la rue Cheravoye,
les métiers victorieux rencontrent les bouilleurs
qui viennent au secours des d'Athin. Sur la bannière portée par Tun d'eux, brille Timag-e de leur patron ; aux cris de Sahd Léonard, saint Léonard,
poussés par les bouilleurs, les boucbers, les brasseurs et les vignerons répondent par ceux de 8aini Tkêodard , 9aint Arnold et iaitU Vincent, La lutte recommence ; des scènes de carnage plus terribles encore que les précédentes se renouvellent sur ces différents points ; deux à trois mille combattants se pressent dans le Gbaffour ; tour à tour vainqueurs ou vaincus, ils avancent, reculent et reviennent à la cbarge avec un acbamement sans égal ; les liouilleurs se défendent avec désespoir et abattent tous ceux qui osent les serrer de près; les gémissements des blessés, le cliquetis des armes, les cris des métiers se mêlent et se confondent; les rues sont encombrées de morts et de mourants. Mais le nombre toujours croissant de leurs adversaires accable enfin les liouilleurs; il faut fuir; le peuple, enivré de carna^'e, se montre encore plus cruel qu'au commencement de la mêlée; ceux qui ont cbercbé un abri dans les maisons, sont précipités du baut des toits; partout règne l'image affreuse de la destruction *.
Guillaume d'Athin, Gérard le Goreux et quelques-uns de leurs complices sont parvenus à s'évader, mais des bandes nombreuses, que n'a pas
' FisEN. — Bouille. — Foullon. — Corn. Zantflist. — Jean os Stavelot et nos autres chroniqueurs.
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encore rassasiées tout le sang- répandu, se mettent à la poursuite des fuyards ; les habitations où Ton soupçonne que quelques-uns ont pu trouver un refuge sont dévastées et livrées au pillage; les suspects sont massacrés I Pendant que cette expédition a lieu au dehors, les métiers campent sur les places publiques; des guets parcourent les rues; une potence est dressée au milieu du marché ; de nouvelles victimes sont froidement immolées i Liégre semble être une ville prise d'assaut et en proie à toutes les fureurs de la guerre. En contemplant ce triste spectacle, on ne peut que répéter les paroles de Thistorien Fisen : « Que de maux peut produire parfois Tambition d'un seul homme!... »
Le 15 avril 1433, trois mois environ après cette malheureuse journée, une grande agitation rég*naît de nouveau dans Liège ; les cloches sonnaient en branle depuis le matin; les boutiques étaient fermées; cà et là on apercevait des groupes de bourgeois devisant entre eux d'affaires qui paraissaient vivement les intéresser; tous se dirigeaient en hâte vers la Violette. La grande place du Marché était couverte d'une foule innombrable qui s'agitait en sens divers ; au balcon du Destroit, on pouvait voir les échevins, gravement assis sur des sièges élevés, et revêtus de leurs longues robes garnies de riches fourrures; aux fenêtres des maisons voisines de rhôtel de ville, apparaissaient de nombreux spectateurs. A Tair de contentement
qui éclatait sur les visages, au costume de fête
dont chacun avait eu soin de se parer, on jug*eait sans peine qu'il ne s'ag-issait pas ce jour-là d'une insurrection populaire, mais bien de quelque cérémonie importante qui attirait la foule. La veille, on avait annoncé^ àêonde trmpe, que le lendemain, 15 avril, à onze heures du matin, à la baille de la Violette, il serait fait au peuple lecture de la sentence portée contre les factieux de la nuit des
Les maîtres et les jurés de la cité parurent en effet bientôt au balcon de IHiôtel de ville; messire Bauduin du Lardier, bourg-mestre, tenait en mains
une frrande pancarte en parchemin, à laquelle appendait le gfrand sceau de la cité : La condamna^ lio» de Waihieu d'AChin et de ses complices! s'écria-t"il d'une voix forte, et le plus grand silence régna sur-le-champ dans cette multitude naguère si tumultueuse ; tous les reg*ards étaient dirig'és vers le sire du Lardier, toutes les bouches paraissaient répéter chacune des paroles du bourgmestre.
Messire Bauduin commença :
t» A tous ceux qui ces présentes lettres verront et oront, nous les maîtres, jurés, conseil et députés des trente-deux bons métiers de la noble cité de Liège, faisons savoir que nous avons condamné et condamnons Guillaume d'Athin, Gérard le Goreux^ Jean de Harche, Wathieu d'Athin le jeune, Jean de Hesbaigne, et tous ceux qui, dans la nuit des Bois, sont venus armés sur le marché de Liège, avec im panmnchmu de la cité, covibattanl, sticàant,
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tirant ^ arcs et arbalestres, etc., les déclarons aubains, proscrits et bannis perpétuellement, comme perfides et déloyaux, et traîtres à leur patrie, oppresseurs de leurs compatriotes, destructeurs des droits et des franchises de la cité, et coupables de plusieurs cas vilains ; ordonnous que tous ceux qui les aideront, les soutiendront ou leur procureront confort, aide et assistance, de quelque manière que ce soit, seront déclarés aubains et bannis comme eux »
Des acclamations unanimes, accueillirent les paroles du bourgmestre! » Vive Liég-e! s'écria la foule, et que Notre-Dame et saint Lambert protégrent la bonne ville!... » Peu à peu les bourg-cois reprirent le chemin de leur logis, et la cité redevint ce qu'elle avait été la veille, ce qu'elle devait être le lendemain, toujours bruyante et animée, il est vrai, mais ce bruit, cette agitation, ce n'était plus rémeute, c'était le commerce et l'industrie !
Ni Guillaume ni Wathieu d'Athin ne revirent les murs de Liège; le premier fut assassiné à Namur cinq ans plus tard; Wathieu mourut à Louvain en 14ô7.
' La conrlampnalion de Wathieu d^AUin et ses complices^ dans les Analecta UQdiewia de ds Aam.
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