‹ Récits américains [microforme]Chapitre 7 sur 25 · RER · texte numérisé non relu

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lait son cher fils, son espoir, son unique soutien.

« Je vous laisse à penser la joie du pauvre garçon, quand il se vit si subitement affranchi de l’odieuse situation où l’avait jeté son extravagante étourderie, et à laquelle il ne prévoyait plus d’aittre fin que la mort, quand il fut remis entre les mains d’un brave homme qui s’engageait à le faire reconduire prochainement dans son pays.

« Quelques mois après, en effet, grâce aux soins du généreux capitaine, il revenait à Montréal, et se précipitait, comme l’enfant prodigue, dans les bras de ses parents, qui, ayant longtemps et inutilement employé tous les moyens possibles pour retrouver ses traces, le croyaient à jamais perdu.

« De ses quatre années d’expatriation il conservait tout à la fois un sentiment d’hvrreur pour la barbarie des Indiens au milieu desquels il avait vécu, de commisération pour leur ignorance, et de gratitude pour l'intérêt qu’ils lui avaient témoigné. Ces diverses impressions ont en partie déterminé sa vocation religieuse. À la place du flocon de cheveux que la vieille Indienne lui avait laissé au sommet de la tête, les ciseaux de l'Église Jui ont fait une tonsure; à la place de la lance et du tomahawk, il porte une croix et un livre de prières: il s’est fait prêtre, et il est

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34 4 4 ï { " 48 RÉCITS AMÉRICAINS î 1 entré dans l’ordre des pères Oblats, qui se pi ‘1 0 consacrent particulièrement à l'éducation des

Indiens. Si son père et sa mère n'étaient pas si âgés, s’il ne craignait de leur faire une À trop grande peine, en s’aventurant dans une | 4 longue entreprise, il serait déjà retourné sur l \ les bords de l’Arkansas, pour porter l’enseignement de l'Évangile et la leçon de l’humilité chrétienne parmi ceux qui ne connaissent. que l’enseignement de leurs grossières tradi- UE tions, et s’enorgueillissent de leurs lois de guerre. de rapacité, de vengeance.

:. ottendant qu’il puisse aller accomplir

| dans !à sauvage prairie la mission qu’il am-

| bitionne, il consacre, le plus qu’il peut, son F. L ( temps et ses soins aux diverses tribus in- E

diennes disséminées dans son pays natal. Il va de l’une à l’autre, avec sa douce et ardente pensée de charité : précepteur de l’enfant, ami 111 du vieillard, médecin du malade, frère du pauvre, partout prêchant par son exemple autant que par sa parole; partout répandant quelque consolation cordiale ou quelque don pécuniaire. Car ses parents, qu’il a associés | à son œuvre, ne lui ménagent point leur ar- | : gent, et cet argent il l’emploie tout entier au

service des indigents. Ni la rigueur de l’hiver ML. ni les difficultés d’un long trajet ne l’arrêtent | | | quand il entrevoit quelque acte utile à acfi complir.

« Les conteurs de l'Orient nous dépeignent les merveilleux effets des montagnes d’aimant. La charité chrétienne a son aimant qui n’est point une fable, son aimant qui attire, non point les clous de fer d’un navire, comme dans les récits de Sindbad le Marin, mais les pieux dévouements.

« Notre courageux Humbert n’a du reste à redouter, dans ses pérégrinations, que les obstacles et les périls matériels; il peut s’aventurer sans crainte au milieu des plus rudes peuplades de cette contrée. Tous les Indiens du Canada le connaissent, sinon de vue, au moins de nom, ayant entendu parler de ses bonnes œuvres, car les bonnes œuvres sont comme les parfums qu’une fleur répand dans les airs loin du sol où elle s'épanouit. Tous les Indiens ont appris à respecter cet ami de la race rouge.

« De temps à autre, il revient ici; il a dans cette maison sa chambre qui lui est constamment réservée, mais qu’il n’occupe guère. Il dit la messe dans la chapelle, va visiter les gens du village, puis les défricheurs et les bûcherons épars dans les bois, et c’est à peine, ajouta M. de Mériol, si je puis le garder quelques instants près de moi à l'heure des repas. Depuis six semaines, il est parti pour faire une de ses tournées habituelles dans les campements du nord de l’Ottawa ; je l’attends de

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jour en jour, et il me tarde de le revoir. »

En disant ces mots, M. de Mériol s'était levé machinalement pour jeter par les vitres en-

LA tr'ouvertes la cendre de son cigare, et je le à ! vois qui penche la tête hors de la fenêtre, }

reste un instant immobile, puis tout à coup s’écrie : « En vérité, je ne me trompe pas, c’est lui, c’est bien lui! » Je m’approche de la fenêtre, je regarde, et j’aperçois sur le sen- : | . tier du village un homme vêtu d’une redin- | M gote noire, portant à sa ceinture un petit sac | en toile noire, et s'appuyant sur un bâton, comme un voyageur fatigué.

Mon hôte va le recevoir sur le perron, l’embrasse cordialement, puis l’amène dans le salon et lui dit, en me présentant à lui : « Un

| des compatriotes de ma famille, un Français, LU et qui plus est un Franc-Comtois, qui vient

| ici tout exprès pour apprendre à connaître vos chers Indiens. C'est un nouveau néophyte que je vous livre, ajouta-t-il en riant : vous en ferez peut-être un missionnaire, »

Le P. Humbert me tend la main.

î Si déjà je n'avais été si vivement prévenu | en sa faveur par tout ce que M. de Mériol | m'avait raconté de son existence, le caractère

l touchant de sa physionomie aurait suffi pour me gagner le cœur. Il n’a pas plus de quarante ans, et déjà les fatigues, les jeûnes, les LE privations qu’il a dû supporter dans ses di-

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