‹ Récits américains [microforme]Chapitre 6 sur 25 · NIORT SANT · texte numérisé non relu

NIORT SANT

« lois et nos coutumes : nous devons l’aimer, « le protéger et le défendre comme un des « nôtres. »

« Quand les Indiens adoptent un prisonnier, ils le traitent, en effet, comme un des membres de leur famille, et l’on a vu des Européens qui, après avoir vécu quelques années dans cette condition, n'ont plus voulu la quitter.

« La vieille femme, qui avait demandé à garder notre jeune Canadien pour la consoler de son deuil et l’assister dans son isolement, se montra envers lui animée d’une affectueuse sollicitude; il ne pouvait lui être que d’une faible utilité, car il n'avait pas encore appris à lancer une flèche, à manier un fusil; mais elle supposait qu’un jour il deviendrait un vaillant guerrier et un adroit chasseur. Elle lui mit les armes de son fils entre les mains, et lorsqu'un matin il lui apporta une perdrix qu’il venait de tuer, elle l’accueillit comme s’il eût atteint à la course le plus agile bison, ou frappé dans sa tanière un ours formidable.

« Cependant il ne pouvait s’accoutumer à cette vie si différente de celle qu'il avait rêvée. Il regrettait amèrement sa riante ville de Montréal. Souvent aussi il s’affligeait de penser à la douleur que sa disparition avait dû causer à ses parents, et maudissait le jour

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où il avait eu la fatale idée de quitter leur demeure. Mais, quels que fussent ses regrets et ses remords, il fallait bien qu’il se résignât à sa triste situation : car de prendre la fuite, il n’y pouvait songer. Que serait-il devenu, seul, sans guide, dans ces immenses plaines, où les hommes les plus fermes et les mieux armés sont exposés à de nombreux périls, où les plus expérimentés ne parviennent quelquefois que diffic'lement à trouver leur chemin ?

« Quatre années s’écoulèrent. Pendant ce temps, il avait appris à parler le dialecte des Sioux et à se servir assez habilement de leurs arcs en bois flexible, garnis de cornes d’élan ; il approvisionnait de gibier la tente de la vieille Indienne. Comme il était d’une humeur douce et inoffensive, on l’aimait dans la tribu. Lui pourtant ne se mêlait guère aux jeux des Indiens, et ne cessait de rêver à son pays de Canada qu’il avait si follement déserté.

« Une bataille l'avait fait caps une bataille devait le délivrer. »

« En sortant un matin de sa demeure pour aller à la chasse qui était sa principale oc-

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cupation, Humbert remarqua dans le village

‘Al un mouvement inaccoutumé. Les jeunes | 4 l guerriers examinaient les pointes de leurs

4 flèches, ou préparaient le vermillon et la

1 poudre qu’ils emploient à se peindre la figure 4. et les bras dans les grandes occasions. Les |

chefs se rendaient à la tente du conseil ; l’un d'eux portait la longue pipe qu’ils devaient fumer tour à tour dans leur grave délibéra- : tion. Cette pipe, que nous appelons le calu- : met, par une altération du mot français cha- . lumeau, chaque tribu indienne lui donne dans sa propre langue un nom particulier, et chaque tribu en a fait une sorte d’instrument sacré.

« Chaque Indien a sa pipe plus ou moins élégante, qu’il remplit de tabac quand il a le bonheur d’en posséder une provision. Quelquefois, pour ménager cette denrée précieuse, | il y mêle des feuilles de diverses plantes; l quelquefois même il se contente de fumer -

l'écorce de divers arbres, tels que le bois tors, e) |

ill le bois rouge, le bois d’original. :

fil « Mais la pipe qui est employée comme ; | une sorte d’encensoir, dans les assemblées À | des chefs, la pipe nationale doit avoir par sa qu forme et par ses proportions un aspect soil lennel. Son fourneau est taillé dans un bloc dl de pierre rouge, et souvent ciselé avec un | soin particulier; son tuyau, de quatre à cinq

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pieds de longueur, est parsemé de signes hiéroglyphiques, orné de broderies de différentes couleurs et de plumes d'oiseaux.

« Quand les chefs sont assemblés, l’assistant du grand guerrier remplit le calumet de tabac, ou, s’il ne peut faire autrement, d’un mélange d’herbes bien connues dans l’Amcrique septentrionale sous le nom de kinnekanik. Il pose cette mixture sur des charbons ardents, avec les mêmes précautions qu’un valet de grande maison de Turquie qui allume pour son maître le chiboucke où samoncellent les légères feuilles du latakié.

« Ensuite il tourne la tige du calumet vers le ciel, puis vers la terre, puis horizontalement en un cercle régulier. Par le premier mouvement, il rend hommage au grand manitou ; par le second il conjure les méchants esprits; par le troisième il invoque la bienveillance de tous les génies de la terre et des eaux. Quand cette opération est achevée, il présente le calumet au chef héréditaire de la nation, qui, en ayant aspiré deux ou trois bouffées de fumée, les lance par ses lèvres et

. par ses narines, d’abord vers le ciel, puis

vers la terre. La pipe est remise successivement aux autres chefs, qui observent le même cérémonial,

« Humbert s'arrêta à examiner les préparatifs qui se faisaient autour de lui, et ne tarda

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: pas à en apprendre la cause. La veille, un Sioux, errant comme un épervier à la reà cherche d’une nouvelle proie, avait aperçu 4! une caravane de marchands, et s'était hâté de & revenir dans son village pour y annoncer sa nu. découverte. i

« Cette nouvelle ne pouvait manquer d’enflammer l'esprit belliqueux et rapace de la | tribu. Les chefs ayant déclaré qu’on attaque- | rait le convoi, tous les jeunes guerriers se % préparaient joyeusement à une bataille où ils f | espéraient conquérir un précieux butin, et le soir ils se mettaient en marche, L'enfant des ï visages pâles qu’ils avaient adopté leur pa- à | raissait encore trop jeune et trop faible pour être associé à cette expédition; en outre, ils n'étaient pas encore assez sûrs de son attachement à leur tribu, et craignaient qu’à la vue des blancs il ne se laissât entraîner à une idée de désertion; il fut donc obligé de rentrer dans le village avec les femmes et les vieillards, tandis que la horde armée se dirigeait vers le campement qu’elle espérait surprendre dans l’obscurité de la nuit.

« Mais cette caravane n’était point composée uniquement de charretiers et de marchands. Le gouvernement américain, pour châtier les rapaces tribus qui infestaient la route de Santa-Fé, avait adjoint à ce convoi 4 un escadron de dragons, sous les ordres d’un |

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capitaine habile. Des sentinelles veillaient autour du convoi; l’une d’elles ayant signalé l'approche des bandits qui, malgré leurs précautions, ne pouvaient se dérober à l’attention d’un regard vigilant, le capitaine fit aussitôt éteindre tous les feux, rassembla ses hommes, leur ordonna de préparer leurs armes, de se coucher par terre et de rester dans une complète immobilité jusqu’à ce qu’il leur ordonnât de se lever et de monter à cheval.

« La nuit était assez sombre pour favoriser sa ruse de guerre. À quelques centaines de pas de distance, les Sioux s’arrêtèrent pour observer l’état du campement, et ne distinguant la fumée d’aucun foyer, ne discernant aucun mouvement, ils crurent que les gens de la caravane étaient tous profondément endormis, et se lancèrent impétueusement au galop en hurlant leur cri de guerre, Mais au même instant ils reçurent une volée de balles de deux cents carabines, qui fit une trouée sanglante dans leurs rangs. Terrifiés par une catastrophe si inattendue, ils s’enfuirent en désordre..Les dragons, qui en un clin d’œil étaient montés à cheval, les poursuivirent le sabre à la main, le pistolet entre les dents, en tuèrent encore un grand nombre, et firent prisonnier leur chef Mahtapa.

« Notre ami Humbert fut réveillé en sur-

saut dans sa tente par les cris bruyants, les sanglots et les lamentations des gens du village, qui venaient d'apprendre ce désastre.

Chaque famille pleurait et se désolait. Mais ce qui affligeait surtout la belliqueuse peuplade, c'était la capture de son chef, qui souvent l’avait conduite à de glorieux combats.

« Avant tout, il fallait tenter de le délivrer

des mains de ses ennemis, et comme on ne pouvait le leur arracher de vive force, on résolut d'envoyer une députation aux Américains pour négocier son rachat.

« Le capitaine de dragons près duquel se rendit cette députation commença par demander si les Sioux ne gardaient point parmi eux quelque prisonnier de la nation des blancs. À cette question, les Indiens se regardèrent l’un l’autre en silence, comme pour se consulter sur ce qu’ils devaient dire. L’un des chefs enfin avoua qu’il y avait dans leur village un jeune homme de la race pâle qu’ils avaient adopté, et qu’ils avaient traité avec une affection particulière. Le commandant déclara qu’il n’écouterait aucune proposition avant que ce captif ne lui fût rendu. Les Sioux ne pouvaient résister à cette injonction; deux d’entre eux retournèrent à leur village et en ramenèrent Humbert, malgré les supplications et les larmes de celle qui l’appe-

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