CHAPITRE DEUXIÈME
terre non seulement le Canada, mais encore l'île du Cap Breton et toute la rive gauche du Mississipi, moins la ville de la Nouvelle-Oriéans. Tel fut le traité de Paris que Louis XV signa, sans que l'histoire ait recueilli une larme ou un soupir de l'indigne descendant du fondateur de la Nouvelle France, le grand Henri.
Le 20 janvier, la veille du jour où, selon l'usage, les hérauts d'armes annoncèrent au peuple de Paris la signature officielle de la paix, on avait inauguré sur la place que Gabriel venait de dessiner entre les Tuileries et les Champs Élysées la statue équestre du roi couronné de lauriers. Était-ce la main indignée d'un Canadien qui traça, sur le piédestal, cette inscription qu'on y lisait le lendemain de la fête :
Il est ici comme à Versailles,
D est sans cœur et sans entrailles.
Montcalm et le Canada Français.
Charles de Bonnechose
SINGULIÈRE coïncidence
Abraham Martin dit V Écossais, pilote, qui a donné son nom aux fameuses plaines d'Abraham, acquit une partie de ce lieu fameux (20 arpents), par donation du 10 octobre 1648, et du 1er février, 1652, et par concession de la compagnie de la Nouvelle-France, le 16 mai, 1650, douze autres arpents. Sa terre était renfermée entre la rue Sainte-Geneviève, qui descend visà-\âs du cimetière protestant ; la rue Claire- Fontaine, qui passe devant l'éghse Saint-Jean ; la grande rue Saint-Jean et une ligne suivant la crête du coteau Sainte-Geneviève et se terminant
à la descente nommée côte d'Abraham. Les deux premiers baptêmes qui sont inscrits dans les registres de la paroisse de Notre-Dame de Québec, sont ceux de deux enfants d'Abraham Martin et de Marie Langlois, son épouse. Un autre de leurs enfants, Charles Amador, fut le second natif du Canada appelé à la prêtrise, et il fut nommé chanoine à l'érection du chapitre de Québec. Outre ces renseignements, on trouve dans les Notes, sur les registres de Québec, par M. Ferland, que la postérité d'Abraham Martin, sans être aussi nombreuse peut-être que celle de son patron, s'étend aujourd'hui sur une très grande partie du pays. N'y a-t-il point aussi une bien singulière coïncidence dans les noms de V Écossais et de Langlois, portés par les premiers possesseurs d'une terre sur laquelle les troupes anglaises et écossaises devaient plus tard jouer un si grand rôle ?
Revue Populaire, 1908. P.-J.-O. Chauveau