LE COLONEL COMBES
1. Au point de partage des eaux qui se dirigent d'un c6té sur l'Oued-Melah (Rio Salado) et de l'autre sur l'Oued-Hillil.
bien cliétif repas fùl prêt. Les vivres sont courts ici; et, pour les chevaux, nous avons eu grand' peine à nous procurer de l'orge dans des silos que les chasseurs d'Afrique ont trouvés. Des soldats d'Ibrahim en ont déterré un auprès de nos tentes, et c'était un singulier spectacle que de voir une douzaine de ces sauvages accroupis à la lueur du feu, et grattant la terre de leurs mains, tout en se disputant avec colère pour le partage de ce qu'ils n'avaient pas encore déterré.
Notre passage de l'Atlas a été une opération remarquable et pour moi une occasion de m'instruire, en voyant les beaux mouvements que le maréchal a fait exécuter.
6 décembre.
u'aïn-kebira a mascara. — Nous voici arrivés au but de notre expédition, et nous l'avons atteint après avoir donné une leçon sévère à Abd-el-Kader. Chaque jour nous apprenons quelque nouvelle perle qu'il a faite à l'affaire de Ghorouf ou à celle de l'Habra; chaque jour lui vaut quelque nouvelle défection; mais nous croyons qu'il ne faut guère se fier à toutes ces belles promesses. Tant que ces gens ont eu peur d'Abd-el-Kader, ils ont fait cause commune avec lui; maintenant qu'ils ont peur des Français, ils viennent à nous.
Nous sommes partis ce matin au point du jour d'Aïn-Kebira. Le maréchal ayant appris que les troupes d'Abd-el-Kader en se débandant avaient pillé la ville, massacré une partie des habitants, que les autres s'étaient enfuis, et que tout était à feu et à sang, comprit l'importance d'arriver sur-le-champ. Il partit en avant
EXPEDITION DK MASCARA.
avec les brigades Marbol et Perregaux, dix obusiers de montagne et la cavalerie, en laissant le commandement des 3° et 4' brigades, de la réserve et des équipages au général d'Arlanges, auquel il donna l'ordre d'aller jusqu'à El-Bordj, s'il le pouvait, sinon de rester à Aïn-Kebira avec tout son monde, jusqu'à ce qu'il reçût
MAnABOLT l'RÈS DE MASCAKA (V. DE M AT H A REI. 1.
de nouvelles instructions. Déjà les troupes d'Ibrahim-Bey étaient parties en désordre : chacun avait couru ou poussé son cheval aussi vite qu'il avait pu; et cette bande, ayant la certitude que tous les Arabes avaient abandonné Abd-el-Kader et qu'ils n'avaient pas d'ennemis devant eux, se précipita en avant pour tâcher d'arriver à temps et de prendre part au pillage. Autant il nous avait été difficile de les pousser sur l'ennemi, autant il le fut de les retenir cette fois ; ils couraient par tous les chemins, chargés de sacs et de paniers vides qu'ils comptaient remplir de butin.
Nous marcliàmes par des chemins très rudes avec beaucoup de rapidité, el nous parvînmes promplement à El-Bordj : mais les équipages auront eu beaucoup de peine à faire la roule. En arrivant nous aperçûmes toute la population de ce village rassemblée autour de la mosquée, et dans un état d'agitation difficile à décrire. Le caïd d'El-Bordj et le grand caïd deloulelatribu.qui compte deux mille cavaliers, vinrent à notre rencontre pour nous faire leur soumission.
Le caïd, appelé Kaddour- Ben-.Morfi, est un beau cavalier, mais il a l'air d'un grand scélérat. Ce sont les premièresmaisonsquenous ayons vues depuis Oran ; elles ont, du reste, assez bonne mine, et sont entourées d'arbres fruitiers et de jolis jardins, au fond d'une vallée très verte.
A El-Bordj, le temps se couvrit; nous entrâmes dans un brouillard épais, qui bientôt se changea en pluie, et nous empêcha de voir à dix pas de nous. A tout instant arrivaient des nouvelles de Mascara et des détails plus ou moins exacts sur le massacre et l'incendie de la ville. Le maréchal fit alors hâter le pas aux colonnes, el, comme on avait à peu près la certitude de ne pas trouver d'ennemis devant soi, on cessa de se garder
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militairement. Bientôt môme, trouvant que les colonnes ne marchaient pas assez vile, nous partîmes tous les deux en avant avec le régiment de chasseurs achevai; vingt-cinq zouaves et un officier, qui formaient l'avant-garde, parvinrent, chargés comme ils étaient, à suivre le trot de nos chevaux, pendant près de deux lieues, à travers des chemins détrempés par la pluie.
Nous traversâmes ainsi des quinconces de figuiers et des vergers remplis de beaux arbres fruitiers de toute espèce. Le pays est bien cultivé et paraît riche ; les champs sont séparés par des haies de cactus dont quelques-uns ont une grosseur énorme. En descendant une petite colline, sur la route, nous aperçûmes devant nous, dans le fond, la ville et les faubourgs de Mascara. La pluie venait de cesser et le temps s'était éclairci.
La ville est fort étendue, et la verdure qui l'entoure se marie bien avec la blancheur des maisons; les murailles crénelées et garnies de tours carrées, ainsi que le minaret de la grande mosquée se détachent par leur couleur jaune brun. Les faubourgs remplis de cactus forment le fond de ce tableau.
En approchant nous vîmes que le feu était de tous côtés et que les faubourgs étaient déjà à peu près réduits en cendres. Les portes étaient gardées par des chasseurs à cheval, que le maréchal avait envoyés avec le colonel Létang, mais la horde d'Ibrahim occupait déjà la casba et achevait ce que les Arabes d'Abdel-Kader avaient commencé la veille. Nous passâmes devant la porte de Bal-el-Cherg' en côtoyant la muraille qui a de dix-huit à vingt pieds de haut et est en assez bon état, ainsi que le fort, armé de quelques pièces de canon. Après avoir laissé à droite le