C'est un singulier compagnon
les forts. Sous la voûte de la Marine je trouve le maréchal, que je baise sur-le-champ, coram populo, avant qu'il ait eu le temps d'ouvrir la bouche. Puis je salue toute la fonction, qui est entassée sous cette petite cloche à melon. Le maréchal est engraissé, et paraît se porter à merveille : de Salles est vieilli et madame de Salles est toujours un peu souffrante. Je fais toutes les commissions du Roi et de la famille, puis nous montons, à cheval, en passant par la rue de la Marine, i\ la place du Gouvernement où la milice et les troupes forment la haie. Il fait très beau et pas trop chaud ; .. ^ .
une foule immense • ,, ,S?%L.»!" ■ encombre les rues et jusqu'aux toits des maisons. Les troupes .sont propres, cela me paraît avoir bonne mine. Alger est extrêmement embelli, et ce sera avant peu une des plus belles cités de la Méditerranée. C'est déjà une des belles et une des grandes villes de France. Je loge chez le maréchal, dont la jolie maison mauresque est restaurée avec une grande élégance et même avec goftl.
Là, je m'enferme avec lui pendant une heure pour faire notre première hohinette^, dont je suis satisfait. Je crois qu'il aurait tout autant aimé ne pas m'avoir ici, mais, une fois que j'y suis arrivé, il lient à faire les choses le mieux possible, et je suis persuadé qu'il y mettra toute la bonne grâce et tout l'empressement dont il est susceptible. Je lui fais toutes les communications du Hoi, de
\. Entretien.
PLACE d'algeh (dauzats).
l'avis duquel il est entièrement, relativement au système à suivre en Afrique, en sorte que nous nous trouvons parfaitement d'accord. Je crois que le Roi sera content de ce que je lui manderai à cet égard, et, j'espère aussi, de la manière dont j'ai exécuté ses ordres. Le maréchal est convaincu qu'on doit maintenir la paix avec Abd-el-Kader, mais il pense qu'il faut extrè-
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moment se méfier de lui, l'observer cl faire, pour notre consolidation et notre établissement en Afrique, tout ce qui peut diminuer la puissance dangereuse de l'émir, sans courir le moindre risque d'engager une guerre qui serait terrible et bien difficile à faire convenablement. Il m'a ensuite exposé tout son système que je crois bon dans l'ensemble, sauf quelques détails sur lesquels je ne suis pas de son avis. Mais ceci trouvera mieux sa place dans une lettre au Roi; qu'il vous suffise de savoir que je lai trouvé gai, bien portant, assez en train toutes les fois qu'il n'est
pas question de s'embarquer, tout à fait dans les bonnes idées sur le système à suivre en Afrique, et résolu, je crois, à être pour moi aussi bien que sa nature et ses habitudes lui permettent de l'être. Après celte conversation, j'ai eu une réception qui n'en finissait pas. puis je suis rentre chez moi pour écrire ceci.
J'oubliais de dire que le maréchal m'a annoncé que, dans la pensée d'être agréable à la Heine, il comptait faire inaugurer pour mon arrivée à Alger, une troisième église catholique, et qu'il me priait de l'annoncer à l'évêque. Je lui ai ensuite détaché le tableau d'Horace ', qui m'a paru avoir assez de succès : je ne le crois pas insensible à cette politesse orientale. Mais quel caractère que ce bon maréchal ! Quel Iraliajo que de causer et de convenirde quelque chose avec lui! Cependant nous voilà d'accord sur la politique et sur mon voyage ; je lui témoigne la plus grande confiance, il me traite avec expansion, et j'espère que cela marchera.
Je le crois dans les idées les plus sages el les plus heureuses sur la conduite de ce pays-ci, mais il est quinteux, susceptible, se plaint de tout le monde, même de ce que le Hoi et la Reine traitent l'évêque mieux que lui, etc.
Samedi 28 septembre.
C'est le muezzin qui m'a réveillé ce malin avec ces chants clairs et nasillards si caractéristiques. Du reste la population musulmane d'Alger diminue chaque jour; elle est refoulée dans le haut