Ceux qui savent
des chasseurs ù Iverguentlia, qui est une véritable ville ou colonie militaire où se trouve réuni tout ce qui est nécessaire à un régiment, avec les cultures suffisantes pour nourrir les chevaux durant six mois et fournir des légumes et de la viande aux hommes pendant toute l'année. Le pavillon des officiers, les
PORTE DE 1.1 CISBA (dCCAUPS}.
écoles, les salles à manger, la bibliothèque régimentaire, les magasins, sont bien entendus.
He l'eau en abondance se trouve au centre de cette ville, dont les rues portent les noms des divers faits d'armes de cette brave troupe au cours des six campagnes qu'elle a faites dans la province d'Oran. La tenue sévère des hommes, la propreté régulière et non affectée de tout l'établissement, l'instruction individuelle de tous les cavaliers, leur aspect guerrier, nous ont fait admirer les résultats que le colonel Handon a obtenus en aussi peu de temps. Les
autres troupes sont bien, mais ce pourrait être une division modèle, la réserve de l'armée d'Afrique, le point d'acclimatatioa et le camp d'instruction des troupes qui viennent de France.
Avec le temps, lorsque la France étendra sa domination en Afrique, ce sera par une ligne dont le pivot sera toujours à Oran et dont le sommet est aujourd'hui à Constantine, que l'on couvrira successivement d'un réseau français toute l'Algérie. Mais les colonies vont lentement et les générations passent vite. Ce ne sera pas la mienne qui verra cette grande chose s'accomplir; j'en ai du moins la foi ; mais je crois qu'il faut en préparer les moyens, sans rien faire avant le temps.
Pour finir ce qui concerne Oran, si des quais et un débarcadère étaient construits, si surtout un entrepôt réel y était créé, sa prospérilé croîtrait encore plus rapidement. Un enlrepôt réel aurait sur la franchise du port l'avantage d'accroître les affaires sans favoriser le commerce étranger aux dépens du trafic français, ce que je me suis assuré devoir être le résultat de la création d'un port franc. Sur cela, mon opinion a changé par un examen plus approfondi, et je veux en écrire un mot au Roi. — Ici, comme dans toute l'Algérie, l'absence d'une bonne constitution de la propriété est aussi un obstacle à tout progrès, mais ceci est une question générale dont il sera temps de parler plus tard.
Quant aux troupes, elles sont bien, sauf les abus administratifs honteux auxquels elles sont soumises. L'ordonnance sur le payement des rations en argent pour les officiers a fait un grand plaisir, et a été considérée comme un véritable bienfait ; il y aurait encore à soustraire les officiers au trafic scandaleux des billets de logement qu'on leur impose, et au rachat, à vil prix par les
comptables, des bons que l'État paye fort cher. Ces messieurs reprennent pour soixante-quinze centimes ce que le Trésor leur paye un franc vingt-cinq. Or, comme cela porte sur des consommations de plusieurs millions dans toute l'Afrique, on peut juger des bénéfices. Cela tient à ce que le ministère de la guerre fait aux comptables des conditions impossibles à remplir; les honnêtes gens qui s'y rendraient refusent ces emplois, qui ne peuvent être occupés que par des fripons. Une fois ces fripons à l'œuvre, ils n'y vont pas de main morte et font des profils effrayants. En outre, ils entravent toute amélioration et notamment la culture; parce que, si le pays fournit les denrées, il n'y aura plus de marchés à passer et partant plus de vols à commettre. Inde irx des bureaux de la guerre, de l'intendance et compagnie.
J'espère au moins avoir fait quelque bien ici. Je pars touché (le tout ("e que les troupes m'ont témoigné, et surtout le 2° chasseurs, qui était plein de mes vieilles connaissances. — Je désire que la Heine sache qu'à Oran il y a neuf mille cinq cents catholiques avec la garnison de la place seulement (.sans les postes extérieurs) et que l'unique chapelle ne contient pas cent personnes. C'est une des affaires que je traiterai à .\lger avec le maréchal, si je le trouve en état.
Jeuài 26 sqitembre.
A cinq heures je pars d'Oran en calèche, pour Mers-el-Kcbir, par la magnifique route que le génie militaire construit dans le roc, avec de belles galeries souterraines, sur un développement
de six mètres. A côté du village de Mers-el-Kébir, que la dimension des rochers réduit forcément à quatre cents ou cinq cents âmes, s'élève le fort, travail immense des Espagnols.
L'immobilité de la mer autour de ce point atteste, par son contraste avec la houle du large, la bonté du mouillage où nous
rejoignons nosbateaux
*W^'iï!!'.t'^l«" à vapeur. La grosse
''^'''' mer renouvelle bientôt
la léthargie de Marbot et de Pasquier, qui, semblables aux petites
MliRS-EL-KÉBIR (OADZiTS).
figures desbaromètres nous indiquent le temps qu'il fait, selon qu'ils paraissent ou disparaissent. Pour moi je me sens amariné, cl comme je n'ai été malade que très peu d'instants dans le coup de vent qui suivit mon départ de Port-Vendres, je reste bravement sur la dunette où je n'éprouve rien du tapage assez fort. Le vent ayant sauté cap pour cap pendant la nuit, et soufflant de nouveau vers l'ouest, nous mettons toutes voiles dehors et nous filons neuf nœuds. En passant tout le long de la côte, nous rasons le cap Kramis à le toucher et, pendant que des masses de marsouins se jouent autour de nous, nous distinguons toute la campagne dont la bonne culture et les beaux arbres indiquent un pays que la guerre n'a jamais ravagé. La nuit nous prend devant le cap Tcnès.
LE MARÉCHAL VALÉE (baFFET)
Vendredi 27 septembre.
Nous nous réveillons à cinq heures du matin devant Sidi- Ferruch où, par parenthèses, je trouve qu'il faudrait élever un
SIDI-FEBBUCB (OAtlZATS).
monument à la gloire de l'armée et de la flotte qui conquirent Alger à la France. Je fais louvoyer pour ne pas arriver trop tôt i\ Alger. Avoir fait quatre - vingt - quatre lieues en vingt-quatre heures, c'est fort joli, tandis que les bâtiments à voile partis d'Oran avant moi nv sont pas arrivés : Vivo la vapt'ur et son auguste famille !
Le cœur me bat pour savoir comment je vais trouver le maréchal, sa fille, pourquoi il n'est pas venu, etc., lorsque j'apprends qu'il est sorti d'Alger il y a quelques jours, qu'il a été malade en
mer, qu'il est rentré et que, ne pouvant ou ne voulant pas s'ex-
ALbta ^UAlilkTil.
EXPÉDITION DliS PORTES DE FER.
poser de nouveau au gros temps, il n'a voulu que personne allât à Oran sans lui : He is a rare fellow^.
Après cette confidence du pilote, nous entrons dans le port. Alger est toujours charmant ; ce paysage méridional, ces maisons
VOUTE SOMBRE Dli LANOlliN l'ALALS DL Utï UAUZAIS).
blanches entourées de verdure noire, de belles montagnes, une mer et un ciel d'azur ont toujours pour moi un charme infini. L'amiral Bougainville me mène à terre dans le canot royal au milieu des hourras, des bâtiments pavoises, et des saluls de tous