TRIA VERI
ET
INSCnil'IIONS DE DJEMILA (oAUZiTS).
avec dévouement une patrie peu reconnaissante, seraient fiers de retrouver au milieu d'eux un souvenir de leurs travaux. L'accueil enthousiaste que l'armée fait ici à ma proposition me prouve que ce serait aussi une récompense de leurs efforts trop peu appréciés. Je trouve, auprès des ruines, plusieurs soldats et sous-officiers qui dessinent et qui dessinent assez bien. C'est ce mélange de paysans endurcis et de jeunes gens bien élevés, venus ici pour chercher des aventures, qui donne tant de ressort aux troupes
de l'armée d'Afrique. En me retournant une dernière fois pour voir ce beau coup d'œil, j'aperçois un marabout arabe disant son chapelet sur un fût de colonne romaine, et, si j'étais poète, je dirais que son burnous est le voile de la barbarie jeté sur la civilisation.
Voilà une longue dissertation sur les antiquités et qui ne me ressemble guère, n'est-ce pas? On la doit à ce que nous sommes
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MAIlCIie DE L* PDKMlkRE UHIblON ^UAKFET;.
arrivés de très bonne lieure sur les bords de l'Oued-Dahab ou rivière d'Or, dans laquelle nos troupiers pèchent les barbillons par centaines et qui roule, disent les Romains, de pelils lingots d'or. 0 matière! un ordre pour les distributions de viande vient m'arrachera l'antique Mauritanie.
Lundi 21 octobre.
Aussi beau temps qu'hier toute la journée; orage terrible le soir, qui mouille malheureusement beaucoup la troupe. Départ fi sept heures du matin. Deux heures de marche par un
terrain accidenté et couvert de cultures de blé jusqu'au pied du col de Kasbait (l'ancienne Mons). Ma division franchit admirablement ce passage assez difficile, ce qui me vaut les éloges de mon patron et ceux de son gendre.
Je continue là le cours d'antiquités que je fais depuis Philippeville. L'occupation du col de Mons par les Romains est très remarquable, et tout est si bien conservé qu'on retrouve jusqu'aux guérites en pierre des factionnaires romains. Tout est en maté-
l.'OLEn n»f.»I.IETII, AVAXÏ LE COL DE MOXS n \ 1 / > I 5 .
riaux de grand appareil, casernes, portes, guérites, caponnièros pour mener d'un ouvrage à un autre. Que nous sommes loin d'eux, et si le souvenir d'un peuple ne survit pas à ses monuments, quel pauvre avenir nous préparent nos huttes de torchis! A l'entrée nord-est du col se trouvait la ville de Mons, gardée par une enceinte très étendue de forts détachés, liés par des caponnières à une citadelle défendue par deux enceintes et où se trouvaient les citernes principales et le temple. Chaque fort détaché avait un petit réduit plus élevé; tout l'ensemble a la forme d'une écrevisse. La voie suit les crêtes. La fontaine, au milieu du col, est gardée par un ouvrage et la sortie par deux postes. Les tremblements de terre, dont on voit l'effet sur les tombeaux encore debout et sur un monument pareil à celui de
Souma — que je n'ai vu du reste que de Constantinc', — n'ont pas été les seuls destructeurs de cette ville. Les Vandales, qui n'ont bâti qu'à Bougie et qui ont dévasté partout ailleurs, ont brûlé cette ville, où l'on voit encore les traces de l'incendie. Au dire des archéologues, ils ont été secondés par les indigènes qui, plus tard, aidèrent aux Byzantins à les vaincre entre Stora et Bône, où leur dernier roi, Gelinier, fut fait prisonnier par Béli-
IL)^ bi; MOMS (OIUZATS).
saire. Il y a aussi à Mons des mosaïques et des inscriptions. C'est par les inscriptions que l'on pourra retrouver quelques documents historiques : c'était l'imprimerie de ce temps-là.
Entre mes voltigeurs, qui couvrent les crêtes, et la colonne qui marche dans le chemin, on voit de nombreux douars; une députalion des marabouts de la montagne, tout vêtus de blanc et le grand chapelet noir à ruban jaune passé au cou, vient me saluer. Ce sont les premiers que je vois. La constitution géologique du sol est remarquable. Les tribus m'apportent la dïffa^ qui consiste en toutes sortes de fournitures pour les hommes et les chevaux.