LE COLONEL C D A NC A RN I E R RAFFET
Cela me rend timide pour consigner ici les miennes; lorsque vous les recevrez à Paris peut-être seront-elles bien déplacées, et serezvous dans une disposition d'esprit à ne pas les comprendre et même à en être blessés. Mais vous me le pardonnerez tous, en tout cas. — Je souhaite à Nemours ses vingt-cinq ans de tout mon cœur, et les nombreux amis qu'il a ici se joignent à moi.
Lorsquenous sommes partislebrouillardempêcliait de voira deux pas, il fallait battre la marche des régiments; puis le brouillard est
CtMP D'iiN-Tir.if (dilzats).
tombé : « Voilà la tente bleue qui tamise, » disaient les troupiers et plus tard la chaleur est devenue forle, mais le temps est très beau. Tout le pays est cultivé en céréales ; c'est bien autre chose que ce que le duc de Montmorency appelle « le vaste paillasson de la Beauce ». — Tous les yeux sont tournés vers le col qui mène à Bougie; seuls, le maréchal, Galbois, de Salles et moi, sommes dans le secret, les autres marchent le bandeau sur les yeux. — Puisse la grande opération que nous entreprenons réussir! puissions-nous dire dans deux jours comme aujourd'hui : Gott mit uns !
i. Dieu est avec nous.
Espérons que la première armée chrélienne qui passera les Bibans sera favorisée dans son entreprise.
Nous avons vu aujourd'hui des ruines romaines curieuses en ce qu'elles sont les lignes de défense du Bas-Empire contre les Barbares ou les indigènes.
Samedi 26 octobre.
d'aïn-turck a bordj-medjana. — Hier soir, après avoir bu à la santé de Nemours, je suis allé chez le maréchal dans le but de faire, par acquit de conscience et excès de scrupules, une dernière tentative pour le détourner de l'opération des Bibans. Je lui ai toujours présenté ma seule objection : les conséquences politiques et la chance de guerre. — « La guerre ne s'ensuivra pas, me ditil, mais il faut donner un coup de canon à Abd-el-Kadcr. Il a comblé la mesure ; partout où il va il nous suscite des embarras, viole et reviole sans cesse le chef-d'œuvre de M. Bugeaud', et, pendant que le fils du Roi est à Sétif, il envoie son heutenanl dans la Medjana insurger une province qui nous appartient incontestablement; quelques mois avant il va à Bougie prêcher la guerre sainte. Si nous ne lui causons pas des embarras, comme celui de prouver que nous ne renonçons pas aux territoires contestés et d'y ébranler son autorité, il faudra, dans six mois, faire un nouveau traité pour lui céder la Medjana, puis il nous inquiétera à Sétif et on fera un troisième traité pour lui abandonner Sétif, puis il aura envie de Constanline, peut-être de mon hôtel à Alger, et on ne songera à se défendre que quand on n'aura plus de position