PRÉFACE
c’est-à-dire les prix des ventes de ma publication, soit en articles, soit en volume.
Quant à cette publication elle-même, entière liberté d’écrire m’a été laissée : tous les renseignements que
j’ai demandés, sans exception, m’ont été donnés : ma plume n’a été dirigée par aucunes considérations de personnes, par aucun désir d’honneurs, ni de lucres : je regarde la vérité comme le premier devoir de l’écrivain ; j’ai de mon mieux, avant tout, accompli ce devoir.
Je puis m’être trompé souvent dans mes apprécia-
tions des hommes et des faits : errare hvmantitn est ; mais je n’ai écrit que ce que j’ai cru être la vérité absolue de fond comme de forme, rendant fidèlement aux chefs, aux soldats, à l’ennemi, suum cuique, à chacun le sien.
Émile CARREY.
Septembre 1857.
RÉCITS DE LA KABYLIK. Jl
Une seconde colonne, composée de deux bataillons d’infanterie, deux escadrons de cavalerie, une section d’artillerie et un gouin arabe, sous les ordres d’un colonel, doit occuper également un poste d’observation militante, sur les versants sud du Djurjura, dans la vallée de l’ Oued- Sahel, à quatre lieues de la colonne précédente, chez les Beni-Mansour.
Une troisième colonne d’observation, composée de deux compagnies de troupes régulières et de goums arabes, sous les ordres d’un lieutenant colonel, doit s’établir sur les versants sud du Djurjura, dans la vallée de l’Oued-Sahel, à Tazmalet, chez les Beni-Abbès, tribu récemment soumise.
Enfin une division entière, composée do 5,000 hommes, «avec artillerie, génie; etc., sous les ordres d’un général de brigade, doit se concentrer sur les frontières, sud-est du pays ennemi, en face du col deChellata, l’un des passages delà grande crête rocheuse du Djurjura.
Des contingents kabyles, soumis à la France et suscités par elle, doivent prendre part à la lutte, mais séparément, pour leur compte, selon leur mode de combat, leurs haines, leurs volonlés du moment.
Le maréchal commandant en chef l’expédition et les trois divisions de l’armée active, doit être assisté, pendant toute la durée de la campagne, par un état-major nombreux. Cet état-major se compose : des aides de camp et officiers d’ordonnance du maréchal-gouverneur, d’un état-major général, d’un ingénieur en chef des mines, des comman-
dants supérieurs du génie, de l’artillerie et de la cavalerie, d’un service administratif ou intendance, d’un bureau arabe ou de direction politique, chargé de tout ce qui concerne les indigènes, d’un bureau de topographie pour les cartes, plans, etc-., d’un vaguemestre pour la correspondance, d’un grand prévôt avec des gendarmes pour la police, et d’un chirurgien-major.
Par les soins de l’état-major général, les diverses troupes, qui doivent prendre part à la campagne, quittent leurs garnisons dans le courant d’avril ou les premiers jours de mai 1857, et viennent prendre leurs postes respectifs autour du pays ennemi.
L’ordre et la prévoyance sont nécessaires, car, en quelques semaines, 35,000 hommes doivent être concentrés au pied des montagnes kabyles, pourvus de tout pour l’expédition.
De nos jours, par les grands mouvements d’armée qui s’opèrent et avec nos chemins de fer européens, on parle de milliers d’hommes comme on parle de millions, et, pour organiser une campagne de 35,000 hommes en Kabylie — quand on ne voit pas — on est tenté de croire que ce mouvement s’accomplit par baguette magique, par télégraphe électrique. Allez! et l’armée va; et au jour fixé, chacun est au combat.
C’est à peine si quelques hommes du métier songent à ce qu’il a fallu de pensées, de soins, de peines, pour faire mouvoir ces troupes sans fouler les pays soumis qu’elles traversent, pour assurer leur existence future au milieu
de montagnes qui ne produisent môme pas les aliments nécessaires à leurs habitants sauvages, pour tout préparer en vue de la lutte et de la domination.
Tout d’abord, il est difficile de se faire une idée de ce qu’il faut à 33,000 hommes en rations militaires, pain, biscuit, légumes, etc. ; rations d’orge pour les chevaux ; munitions, tentes, etc. ; ambulances pour les malades et blessés; artillerie, avec son attirail de canons, d’affûts, d’obus, de fusées ; génie, avec son fourniment d’outils pour ouvrir les tranchées et les routes, couper les arbres, etc.
Tout ce matériel doit suivre l’armée à dos de mulets ou de chameaux, par des sentiers de chèvres; car, en Kabylie^ , il n’y a ni océan, ni routes, ni chemins de fer. En dépî>* : *; de l’ordre le plus économe, l’expédition traîne après el^, ï# ;
-10,000 hôtes de somme et autant d’hommes pour les gui*-....*
der. Une partie de ces transports est fournie par l’Etat ; '*** le plus grand nombre provient de réquisitions ; les Arabes sont contraints à ce service moyennant 2 fr. 50 c. par jour, pour chaque Arabe et son mulet. C’est le vm victis de tous temps et de tous pays. Avant notre conquête, les Turcs requéraient aussi les populations indigènes pour le service du dey, mais ils ne les payaient point, et souvent, au gré d’un caprice, ils confisquaient les bôtes et bétonnaient les hommes. La France moderne paye ses serviteurs, ne leur confisque rien et ne les frappe point.
Enfin tout est prêt, vivres, munitions, troupes. Sous les inspirations du gouverneur, son chef d’état-major, le général de Tourville, aidé du colonel Pourcet, des officiers
sous ses ordres et de l’intendance, a tout disposé au pied même des montagnes qui vont être attaquées. Une fois de plus, la France a prouvé sa puissance organisatrice; une fois de plus est justifiée cette grande parole de récompense : « que les hommes, qui savent préparer la lutte, méritent la reconnaissance de la patrie, non moins que ceux qui dirigent les combats. »
En Algérie le gouverneur et les états-majors ont double mission : ils préparent la lutte et dirigent les combats.
III. D’Alger au camp. — Alger la blanche est encore une fois redevenue Alger la guerrière, comme l’islamisme
L’appelait jadis. Au lieu des promeneurs alanguis de souf-
îfance, qui encombraient ses rues, on ne voit plus que des/ lui i formes de guerre. Chaque jour, par toutes voies, des détachements , des officiers, des soldats isolés arrivent de France ou de l’intérieur, et traversent la ville en costumes de campagne, demi-guerriers, demi- voyageurs. Ceux qui déjà sont vieux d’Afrique montrent aux derniers venus les montagnes de cette Kabylie vers laquelle ils se dirigent et que trente lieues à peine séparent d’Alger. De la. place du Gouvernement, chacun peut contempler les cimes neigeuses du Djurjura, et à leurs pieds, entre elles et la Mitidja, les longs versants des montagnes kabyles.
Cependant, pour chacun tour à tour, l’heure du départ sonne : les adieux se font; dans le silence des familles, quelques larmes «à demi tombées s’essuient ; mais presque partout la gaieté règne et le jour du départ est un jour de fête. La vie des camps, la vie de soldat, au grand