PREMIER REGIT
': dovls proeUuné roi paroles Franefl MillenA. — Etat de f; ïa «aille en 48e.
ce
"~ Le roi franc Childéric !•', dont nous avons vu, dans
le volume précédent, la vie agitée et aventureuse,
mourut à Tournai *, en 481. Son fils , le jeune Clovis ,
1. C'esllà qu'il Ait enseveli. Environ douze siècles plus lard (en 1653), des oQvriers qui travaillaient à la réparation des murs d'une église, découvrirent par hasard son tombeau. Ils y trouvèrent, outre quelques ossements, divers objets qui, suivant la coutume germanique, avaient été enterrés avec le corps du prince. Dans le nombre on remarquait ; le fer d'une hache; une épée, dont la poignée et le fourreau étaient assez bien conservés , mais dont la lame , toute rongée de rouille , tomba en poussière, dès qu'on voulut la manier ; une très-grande quantité de pièces 11 1
i CLOVIS.
lui succéda sans obstacle. U était alors dans sa quinzième année. Plein d'ambition et de courage, le nouveau chef des Saliens ne devait pas tarder à agrandir par les armes le royaume que lui avait légué son père. Mais avant d'aborder le récit des guerres et des victoires de ce prince, avec le règne duquel commence, à proprement parler, l'histoire de la monarchie française , jetons un rapide coup d'œil sur la situation de la Gaule, à l'époque où il en entreprit la conquête.
Par suite des invasions et des dériiembrements successifs qu'elle avait éprouvés, depuis les premières années du v siècle, la Gaule, en 486, se trouvait partagée entre plusieurs États rivaux.
Le plus vaste, le plus puissant était sans contredit le royaume fondé par les Visigoths. Toute la partie de l'ancienne Transalpine située au sud de la Loire reconnaissait leur domination , et ils venaient encore , il y avait six ans à peine, d'y ajouter le pays compris entre le Rhône , la Durance , les Alpes et la mer, c'est-à-dire presque toute la Provence*. Ils avaient aussi étendu leurs conquêtes au delà des Pyrénées,
d'or et d'argent; de petites figures d'or ayant la forme d'abeilles; une agrafe et une boucle de même métal ; un vaite d'agate; un petit globe de cristal; enfin deux anneaux d'or, sur l'un desquels on voy ait graTée l'effigie du monarque franc avec cette légende : Childéric roi (Childerici régis). Il y était représenté tête nue, les chereux flottantfï sur les épaules, â la manière des Mérovingiens, et tenant de la main droite un javelot, en guise de sceptre. La plupart de ces objets sont aujodrd'biii déposés au Louvre, dans le musée des Souverains. Le reste a disparu, lors du vol qui fut commis, en 4834, à la Bibliothèque royale, où ils se trouvaient alorS; I . C'est le roi Enric qui, en 480, avait fait cette importante conquête.
el déjà ils s'étaient rendus maîtres des deux tiers de Ja péninsule hispanique. Placée à peu près au centre de leurs possessions , Toulouse gardait toujours le rang de capitale.
Ensuite venait le royaume des Burgondes ou Bourguignons, borné à l'ouest et au sud par celui des Visigoths , à l'est par les Alpes et le Rhin , et au nord par une ligne qu'on peut se figurer parlant du Rhin , à la hauteur de Bâle , suivant les monts Faucilles et le plateau de Langres et venant aboutir à la Loire , un peu au-dessus de Nevers. II renfermait ainsi la Suisse presque entière, la Franche-Comté, la plus grande partie de la Bourgogne et du Nivernais, le Lyonnais, le Vivarais \ Avignon et son territoire , le comtat Venaissin*, la portion de la Provence que la Durance laisse sur sa rive droite', le Dauphiné et la Savoie. Genève, Chàlons-sur-Saône , Lyon et Vienne étaient alors les villes principales du royaume de Bourgogne.
Près des frontières des Bourguignons , dans le pays que l'on désignait déjà sous le nom d'^/5a/ia( Alsace), campaient quelques tribus des Alamans ou Allemands. Mais le gros de la nation habitait toujours au delà du Rhin, entre ce fleuve, le Mein et le Lech.
Tout le nord-est de la Gaule , de la rive gauche du Rhin à la rive droite de la Somme, était partagé entre les diverses tribus franques. La principale , celle des
1 . Le Vivarais forrat aujourd'hui le dêpariomenl de l'At-dèc^ie.
2. Le comlal Vènaissin , qui fait dclucîllcmeill partie dii déiiarlemciil de Vaucluse, avait pour capitale Carpbntt'as.
3. C'est aujourd'hiii la partie ouest du département des Basscs-Al^Jes Cl Test de celui de Vaucluse.
Saliens, sur laquelle avaient régné successivement Pharamond, Clodion, Mérovée et Childéric, avait pour capitale la ville de Tournai. Les autres étaient établies , chacune avec son chef ou roi particulier , à ThéroTianne', à Cambrai et à Cologne.
La confédération armoricaine se composait toujours des cités gauloises renfermées entre l'Océan , la Seine et la Loire. Seulement , à l'extrémité occidentale de l'Armorique propre, à la Corne des Gaules^ une colonie d'insulaires de la Grande-Bretagne qui était venue s'établir dans ces parages, il y avait près d'un siècle ', et qui, depuis lors, s'était rapidement accrue par l'arrivée successive de nouvelles bandes d'émigrants , formait un État indépendant sous le nom de Petite-Bretagne^.
Le reste de la Gaule, c'est-à-dire le paiys enclavé entre les possessions des Francs, les cantonnements des tribus allemandes en Alsace, le royaume de Bourgogne , le territoire des cités armoricaines et la Man-
i . Pelile ville du déparlement du Pas-de-Calais, sur la Lys, à onze kilomètres sud de Saint-Omer.
2. Cornu Gallim, d'où est venu, par corruption, le nom de Cornouailles, que Ton a donné, pendant long temps, à cetbe partie de la Basse-Bretagne qui avait pour clieMieu Quimper-Corentin.
3. Le chef de cette colonie d'insulaires était ce Conan-Mériadec , si célèbre dans les annales bretonnes par lea exploits guerriers qu'on lui attribue, mais qui sont, au reste, d'une authenticité fort douteuse. En 409 , vingt-six ans après son arrivée sur les rivages de l'Armorique, il prit le titre de roi, qu'il transmit à ses descendants. Nous verrons plus loin comment Budic, l'un d'eux , qui régnait à la fin du v« siècle , fut contraint d'y renoncer.
4. On ne tarda pas à dire simplement la Bretagne , et ce nom , d'abord restreint à la Corne de Gaule, s'étendit ensuite de proche en proche à toute l'ancienne Armorique.
che, reconnaissait pour chef un patrice romain. C'était Syagrius , fils du célèbre ^gidius. L'historien Grégoire de Tours*, lui donne le titre assez bizarre de roi des Romaim. Toujours est- il que, bien qu'il fût censé gouverner, au nom des empereurs de Constant tinople*, le petit nombre de villes où il avait réussi, non sans peine , à maintenir son autorité , il ne relevait réellement que de lui-môme.
Voilà quelle était la situation de la Gaule en 486 '. Qui l'emporterait en définitive? Serait-ce Syagrius ou quelqu'un des divers chefs barbares qui se disputaient la conquête de ce pays? Nul n'aurait pu le dire alors. L'épée de CÏovis va trancher la question.
irietolre de ClovIs sur iiyasrliM.— IjC wmme de SolMons.
Ce fut contre Syagruis que Clovis tourna d'abord ses armes. A la tête de quelques milliers de Saliens, auxquels étaient venus se joindre les Francs de Cambrai, il partit de Tournai, en 486, entra sur les terres de la domination du général romain , et l'envoya dé-
i. C'est lui qui sera notre principal guide pour l'histoire de la preinière moitié des temps mérovingiens. On verra plus loin (vu* récit] lu rôle important qu'il a joué sous les petits-fils de Clovis.
2. Depuis que Rome et l'Italie étaient tombées au pouvoir des barbares , les empereurs de Constantinople se regardant comme les héritiers naturels dîB Romulus-Augustule , s'efforçaient, à ce titre, de faire reconnaître leur autorité dans le petit nombre de provinces ou de villes de l'empire d'Occident, que n'avait pas encore atteintes le flot de l'invasion.
3. Outre les divers États que nous venons de mentionner , il y avait alors en Gaule un très-grand nombre de colonies barbares, dont la plus importante était celle des Saxons établis à Bayeux. (Voy., au sujet de ces colunies, ce qui a été dit dans le volume précédent, page 221, noie 2.)
6er au combat, lui laissant le choix du champ de bataille. Syagrius accepta le défi, et sortit de Soissons , sa capitale, avec toutes ses troupes. L'action s'engagea à environ douze kilomètres au nord de cette ville. Le succès ne Ait pas longtemps douteux. Dès le premier choc, les milices romaines lâchèrent pied, et les Francs, s'élançant à la poursuite des fiiyards, en firent un très-grand carnage. Le patricè avait été entraîné dans la déroute des siens. Jugeant ses affaires désespérées , il n'essaya point de prolonger la lutte , et s'enfuit précipitamment à Toulouse , auprès du roi des Visigoths, Alaric II *.
La bataille de Soissons fut le dernier coup porté à la domination des Romains en Gaule et le commencement de la puissance des Francs. A la suite de cette journée, tout le pays qui avait appartenu au fils d'iEgidius tomba au pouvoir des vainqueurs. Quelques villes voulurent résister ; mais assaillies les unes après les autres , elles se virent bientôt contraintes de faire leur soumission à Clovis. Celui-ci, cependant, ne regardait point sa victoire comme complète , tant qu'il restait aux vaincus un chef capable de les rallier un jour et de les faire révolter contre lui. Aussi, dès qu'il eut appris que Syagrius s'était réfugié à Toulouse , il se hâta de le réclamer comme son prisonnier, avec menace, en cas de refus, de porter la guerre dans les États d' Alaric. Les tuteurs et les conseillers du jeune prince ■ eurent la lâcheté de céder à cette sommation