‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 2 sur 87 · Il avait succédé, en 483, à son père Euric · texte numérisé non relu

Il avait succédé, en 483, à son père Euric

2. Le roi Alaric II, qui était alors Tort jeune, ne régnait point encore par

hautaine. L'infortuné patrice fut donc chargé de chaînes et livré aux envoyés du roi des Francs. Clovis se contenta d'abord de l'enfermer dans une prison ; mais , à quelque temps de là , il le fit secrètement décapiter.

Dans le cours de cette première expédition, les Francs avaient impitoyablement dévasté le pays ennemi, et, comme ils étaient encore idolâtres, on pense bien qu'ils n'épargnèrent pas les églises. C'est ainsi que, peu après la bataille de Soissons, l'armée ayant traversé le territoire de Reims, quelques soldats qui avaient pénétré dans la ville coururent à la principale basilique , la pillèrent et en emportèrent tous les ornements sacrés. Dans le nombre se trouvait un vase d'argent d'un merveilleux travail.

Reims avait alors pour évêque l'illustre saint Rémi*. C'était un homme d'une haute vertu , d'une rare sagesse, et qui avait su se concilier l'estime des barbares eux-mêmes et, en particulier, de Clovis. Certain des dispositions favorables du roi des Francs à son égard, Rémi envoya demander à ce prince que, s'il ne. pouvait recouvrer toutes les richesses qui avaient été enlevées de son église , au moins le vase d'argent lui fût rendu. « Suis-nous jusqu'à Soissons, répondit Clovis au messager, car c'est là que sera partagé le

Iiii-meme. Toute Tautorité était aux mains d'une espèce de conseil de régence.

4 . Rémi, le futur apStre de la nation des Francs , était né au pays de Laon, de parents nobles. l\ avait à peine atteint sa vingt-deuxième année, quand le peuple et le clergé de Beims le choisirent pour leur évêque. Rémi justifia pleinement ce témoignage d'estime et de confiance , et il devint ]*unc des gloires les plus éclatantes de l'Église des Gaules à celte époque.

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butin; et, si le sort me donne ce vase, je satisferai le désir de Tévêque. »

L'armée étant arrivée à Soissons, tout le butin fut d'abord mis en un monceau; Ton en fit ensuite des lots séparés , et comme on allait , suivant la coutume, les tirer au sort, Clovis dit aux guerriei-s qui l'entouraient : « Mes braves compagnons, je vous prie de me céder, outre ma part, le vase que voici. » Tous, par un sentiment de déférence pour le prince, s'empressèrent de lui répondre qu'il pouvait choisir dans le butin ce qui lui conviendrait. Un seul s'y opposa. C'était un soldat d'un caractère jaloux, présomptueux, et d'une extrême arrogance. « Non ! s'écria-t-il en se tournant vers le roi; tu ne l'auras que si le sort te le donne. »» Et, en môme temps, il leva sa francisque et en frappa le vase. Tant d'audace et de brutalité avait causé parmi les assistants ime sorte de stupeur, et tous les regards se portaient avec anxiété sur Clovis. Lui, cependant, ne manifesta ni émotion, ni colère, et , ayant reçu des mains des principaux chefs le vase à demi brisé , il le remit à l'envoyé de l'évêque. Mais il gardait au fond de l'âme un vif ressentiment, et attendait impatiemment l'occasion de se venger. Elle se présenta enfin.

Environ un an après, toutes les troupes se trouvaient réunies pour la revue solennelle qui , chez les Francs , avait lieu chaque année , au commencement du mois de mars, et qu'on appelait pour cette raison l'assemblée du Champ de Mars. Le roi parcourait les rangs , lorsqu'il aperçut le soldat qui l'avait si insolemment bravé. Il va droit à lui, et, l'apostrophant

d'un ton brusque: «« Nul, lui dit-il, n'a des armes aussi mal entretenues que les tiennes; la framée, ton épée, ta hache, tout cela est en mauvais état. » A ces mots, il saisit la hache du soldat et la jette à terre. Celui-ci se baisse pour la ramasser. Clovis profite du moment, et, d'un coup de sa propre francisque, il lui fend la tête , en disant : « Souviens-toi du vase de Soissons 1 » Cette exécution sanglante fit une profonde impression sur les Francs, qui, dit Grégoire de Tours , se retirèrent pénétrés de crainte.

On a souvent cité, et avec raison, l'anecdote que nous venons de raconter. Outre qu'elle peint au vif les mœurs violentes de cette époque , elle peut servir à nous faire connaître. la nature de l'autorité royale sous les premiers rois francs , autorité très-limitée et toute militaire , et qui , pour se maintenir, n'hésitait point, si la persuasion avait échoué, à recourir à la force.

MAriage de Clovis et de Clotllde*

En 493, sept ans après sa victoire sur Syagrius, Clovis, qui avait eu déjà d'une première femme un fils nommé Thierry, épousa Clotilde , princesse bourguignonne.

Le père de Clotilde, Chilpéric, était fils de Gondioc, successeur de ce Gondicaire, qui, comme nous l'avons vu S avait fondé en Gaule le royaume de Bourgogne. A la suite d'une guerre sanglante qu'il soutint contre

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