‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 34 sur 87 · CLOT AIRE II · texte numérisé non relu

CLOT AIRE II

son pouvoir. Clotaire fit immédiatement mettre à mort les deux premiers , sans se laisser toucher ni par leur jeune âge , ni par leiu* innocence. 11 ne fit grâce qu'au troisième * , qu'il avait tenu sur les fonts baptismaux ; car presque seul alors le titre de filleul avait, aux yeux même des hpmmes les plus barbares, quelque chose de sacré. Quant au quatrième, nommé Childebert, il échappa, on ne sait comment, et jamais depuis lors il ne reparut.

A la nouvelle de ces événements , Brunehaut avait cherché son salut dans une prompte fuite. Mais atteinte par ses ennemis près du château d'Orbe', elle fut conduite au petit village de Ryonne*, où le roi de Neustrie venait d'arriver avec ses troupes. Là devait se passer une des scènes les plus affreuses de celle époque, si féconde en forfaits de tout genre.

Clotaire II pouvait enfin donner un libre essor aux sentiments de haine qu'il nourrissait depuis si long^temps contre Brunehaut et qu'il semblait avoir hérilés de Frédégonde. Dès qu'on eut amené devant lui sa royale prisonnière, il l'accabla, en présence de toute l'armée , des plus violentes invectives , lui reprochant non-seulement les crimes qu'elle avait commis au temps de sa puissance , mais jusqu'aux assassinats dont sa

4 . Conduit en Neustrie par ordre de Clotaire, Mérovée y acheva obscurément ses Jours , quelques années après la catastrophe de sa Tamille.

2. C'est aujourd'hui la ville d'Orbe, dans le canton de Vaud (Suisse). Cette ville est située sur une rivière de même nom , qui prend sa source au pied dn Jura et va se jeter dans le lac de Neuchâtel.

3. Le village de Ryonne était bâti près des bords de la Vigenne, petite rivière qui mêle ses eaux à celles de la Saône. Il est actuellement compris dans la partie orientale du département de la Côt&^'Or.

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mère ou lui-même étaient notoirement les auteurs*. La soldatesque furieuse demandait à grands cris le supplice de la vieille reine. Alors Clotaire, comme s*il n'eût fait que céder à la volonté nationale , la livra au bourreau. Durant trois jours Brunehaut eut à endurer les plus cruelles tortures ; on la promena par tout le camp sur un chameau ; on lui fit mille outrages. Enfin on la lia par les cheveux , par un bras et par un pied à la queue d'im cheval indompté, qui la mit en pièces. Les restes de son corps furent jetés au feu et réduits en cendres' (613).

Ainsi mourut, à Tàge de soixante-treize ans, cette princesse, fille, femme, mère , aïeule de tant de rois ! Qui eût pu prévoir , alors que son arrivée à la cour d'Ostrasie faisait éclater de toutes parts les transports de l'allégresse publique , qu'un jour elle verrait se changer en haine l'amour des peuples, et que, précipitée du faîte de la puissance dans Tabime du malheur , elle offrirait une nouvelle et si terrible preuve de l'inconstance des choses humaines? Au reste, il faut le reconnaître , Brunehaut fut elle-même la principale cause de sa ruine , Bravant avec la plus téméraire audace les périls dont la menaçait la ligue

A . Au nombre des victimes dont 11 imptiUdl la mort à Brunehaut, Clotaire cita le roi Sigebert !•', Mérovée, flls de Chilpéric, et même les enfants de Thierry II. C'était pousser loin l'impudence.

2. Un tombeau fat élevé à l'infortunée reine dans l'église de l'âbbaye de Saint-Martin d'Autun. En 4632 (souS le règne de Louis XIII), ce tombeau ayant été ouvert, on y trouva ses cendres, quelques ossements, des morceaux de charbon, et, en outre, une molette d'éperon, laquelle sans doute s'était attachée aux vêlements de Brunehaut ou enfoncée dans ses chairs, pendant l'affreux supplice qui mil fin à ses jours.

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redoutable des leudes, elle aigrissait, comme à plaisir, leur ressentiment; chaque jour elle redoublait contre eux de tyrannie et de cruauté , et , saisie d'une sorte de vertige , elle semblait prendre à tâche de les réduire à n'avoir plus le choix qu'entre leur perte ou la sienne. Parmi ses contemporains, bien peu la plaignirent. Aujourd'hui encore , la pitié qu'éveille dans les cœurs le récit de sa fin si tragique, s'affaiblit et s'efface presque, à la pensée de tout le sang qu'elle versa pour consolider son pouvoir ou pour assouvir ses vindicatives fureurs. Ce n'est donc point sans raison que, dans les souvenirs comme aussi dans les anathèmes de la postérité, le nom de la fille d'Athanagilde reste inséparablement lié à celui de Frédégonde. Il est juste de dire pourtant qu'à la différence de sa rivale, la première de ces deux femmes demeura longtemps étrangère au crime, et que si, plus tard , elle appela à son aide la violence et le meurtre, ce ne fut que par représailles, pour rendre à ses ennemis guerre pom* guerre et les combattre avec leurs propres armes. En outre , on ne doit pas oubher que même au milieu des luttes ardentes dans lesquelles elle consuma sa vie, son âme resta toujours facilement accessible aux idées généreuses et élevées. Animée d*un zèle sincère pour la propagation du christianisme, elle accorda une protection efficace aux missionnaires qui allaient porter chez les Anglo-Saxons, cës nouveaux conquérants de la Grande-Bretagne *, la

k. D&iïi Tespace de cenl trenle-six ans (448-584) , detis peuples, également originaires de la basse Germanie , les Saxons et les Angles , avaient

lumière de l'Évangile , et le pape saint Grégoire * lui en exprima publiquement sa reconnaissance. Ajoutons que de nombreux et utiles travaux signalèrent son gouvernement. Elle fonda des hôpitaux, des basiliques, des monastères , bâtit des cbftteaux forts, répara des voies romaines dont les débris portent encore aujourd'hui son nom ', et sut donner aux monuments divers qu'elle lit construire un caractère d'imposante grandeur que n'eût point désavoué le génie du peupleroi. Telle fut cette Brunebaut, tour à tour digne d'envie et de pitié, d'admiration et d'horreur, et dont le triste exemple nous montre ce que deviennent les plus nobles natures , quand une fois elles se laissent entraîner par l'orgueil, l'ambition et l'amour de la vengeance.

Ctotalre II «enl r«l« — «rande AMeiablée temne k Parl«. -> «uerre contre les SAxomii* — Mort de Clotalre.

L'horrible victoire qu'il venait de remporter mit le fils de Frédégonde en possession de tous les États de Thierry II, et, pour la seconde fois depuis la mort de

envahi la Grande-Bretagne, el, après avoir reroulé vers la partie occidentale de nie (pays de Galles el Gomouailles) ceux des habitants (jui échappèrent à la mort ou à la servitude^ils fondèrent successivement, s.ur le territoire conquis par leurs armes, sept petits royaumes. C'est ce qu'on a nommé VHeptarchie. Ces divers royaumes ne furent réunis en un seul qu'en 827 , sous le roi Egbert le Grand, qui, le premier, prit le titre de roi d'Angleterre.

4 . Grégoire I*', dit aussi Grégoire le Grand, avait été élevé en 590 sur la chaire pontificale. Il mourut en 604. C'est un des papes les plus illustres dont s'honore l'Église.

2. On voit en Flandre , en Picardie , en Bourgogne , des débris de voies . romaines, que le peuple nomme encore les chaussées de Bninehaut.

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Clovîs, la monarchie franque se trouva réunie tout entière sous la loi d'un seul chef. Au reste, cette vaste domination n'en continua pas moins à fonner trois royaumes distincts : Ostrasie, Neustrie et Bourgogne.

C'était moins à Clotaire II qu'à leur propre ambition que les grands avaient immolé les fils de Thierry et leur bisaïeule. Il y parut bien dans l'assemblée qui se tint à Paris deux ans après (616). Là, pour prix de la trahison qui avait élevé si haut sa puissance, ils exigèrent de ce prince qu'il jurât le maintien de leurs anciens privilèges et confirmât tous les dons qui leur avaient été faits sous les règnes précédents. De plus, ils stipulèrent, d'une part, la restitution des nombreux bénéfices confisqués durant les dernières guerres civiles ; de l'autre, l'abolition des nouveaux impôts que Brunehaut avait établis dans le cours de sa régence. Enfin Clotaire dut se résigner à l'abandon de plusieurs des prérogatives que les monarques francs s'étaient attribuées, depuis l'époque de la conquête. Ainsi la mort de la reine d'Ostrasie fut comme le signal du triomphe de l'aristocratie des leudes, et, par suite, de l'affaiblissement de l'autorité royale, qui ne tardera pas à décliner rapidement.

Soixanle-dix-neuf évèques assistèrent à cette assemblée* de Paris. C'était la première fois qu'on voyait les chefs du clergé gallo-franc venir siéger dans les comices de la nation. A l'exemple des seigneurs laïques,

I. L'assemblée de 646 est souvent aussi désignée sous le nom de concile, à cause de ce grand nombre d'évéques qu'elle compta dans ses rangs.

ils présentèrent leurs réclamations à Clotaire K et obligèrent ce prince de leur faire d'importantes concessions, destinées à garantir, vis-à-vis de la royauté, les droits et Tindépendance de TÉglise. La principale fut la loi qui rétablissait solennellement la liberté des élections ecclésiastiques, laquelle avait été souvent violée de la manière la plus scandaleuse par les princes mérovingiens. On régla que , dans chaque cité, la nomination de Tévèque appartiendrait exclusivement désormais au clergé et au peuple. Le roi ne devait plus Intervenir que pour confirmer le choix qui aurait été fait^ ; et, cette formahté une fois remplie , le nouvel élu pouvait être immédiatement consacré par son métropolitain.

Pendant le reste du règne de Clotaire , l'événement le plus remarquable fut une guerre contre les Saxons*. Ce peuple avait secoué le joug des Francs et entraîné dans sa révolte plusieurs des nations germaniques. Â cette nouvelle, Dagobert, le fils aîné de Clotaire II, que celui-ci avait, quatre ans auparavant, établi roi de Metz ', se hâta de rassembler des troupes , franchit

A . Le droit de confirmer les éleclions épiscopales appartenait, depuis longtemps déjà, aux rois mérovingiens. Nous en avons cité un exemple, p. ^63.

2. Les Saxons habitaient, dans la basse Germanie, le long des côtes de la mer du Nord et de la Baltique, un vaste territoire qui s'étendait depuis le Wéser, à l'ouest, jusqu'au delà de l'Elbe, à l'est, et qui, au sud, confinait à la Tburinge.

3. Comme les Ostrasiens ne supportaient qu'avec une extrême répugnance d'être soumis au même roi que les Bourguignons et les Neustriens, Clotaire, en l'an 622, s'était vu forcé, après avoir associé à la couronne son fils Dagobert , de l'envoyer à Metz , pour régner sur cette orgueilleuse et indocile population de l'Ostrasie.

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