‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 35 sur 87 · CLOTAIRE II. Î · texte numérisé non relu

CLOTAIRE II. Î

le Rhin et s'avança résolument à la rencontre de l'ennemi. L'action ne tarda pas à s'engager. Elle fut trèsvive et tourna au désavantage des Ostrasiens, qui, ne pouvant soutenir le choc des Saxons, lâchèrent pied et regagnèrent en désordre leurs retranchements. Le jeune prince courut les plus grands périls. Au milieu de la mêlée, il reçut un coup d'épée qui fendit son casque et lui enleva, avec un morceau de la peau, quelques boucles de cheveux. L'écuyer qui se tenait près de lui les ayant ramassées, Dagobert les envoya à son père, comme un témoignage de la bravoure avec laquelle il avait payé de sa personne. En même temps il lui faisait dire que sa situation était des plus compromises, et qu'à moins d'un prompt secours, l'armé franque n'échapperait point à une entière destruction. Sur-le-champ Clotaire convoque l'élite de ses guerriers, et, se mettant lui-même à leur tête, il vole à la défense de son fils. Bientôt il arrive, et sa seule présence relève le courage des troupes ostrasiennes , qui, dès lors, ne doutent plus de la victoire. Les deux princes, après leur réunion, avaient dressé leurs tentes sur la rive gauche du Wéser, tandis que le duc Bertoald, qui commandait les Saxons, occupait la rive opposée. La surprise de ce dernier fut extrême, en entendant les joyeuses clameurs dont retentissait le camp ennemi , où, peu auparavant, régnaient le silence et la consternation. Alors quelques soldats francs lui crièrent : « Veux-tu savoir pourquoi nous nous réjouissons? C'est parce que le roi Clotaire est maintenant avec nous. >» Le chef saxon se garda bien de paraître ajou-

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1er foi à ces paroles ; car, pour redoubler l'ardeur des siens , il avait répandu le bruit que ce prince venait de mourir, et qu'ils n'auraient affaire qu'à un jeune homme sans expérience. II accueillit donc de l'air le plus incrédule et avec de grands éclats de rire ce qu'il appelait une grossière imposture , à l'aide de laquelle , disait-il , on cherchait à lui donner le change. Tout à coup Clotaire lui-même, s'avançant sur le bord du Wéser, ôte son casque dont la crinière se mêlait à sa longue chevelure blanchie avant le temps, et, la tête découverte, se fait reconnaître de toute l'armée ennemie. Bertoald, furieux, lui adresse une ignoble injure. Alors le roi franc , transporté d'indignation et de colère, pousse son cheval dans le fleuve, atteint l'autre rive, et se précipite sur l'insolent Saxon. A la vue du danger auquel son père s'expose, Dagobert veut lui porter secours, et suivi d'une troupe de cavaliers, il s'élance à son tour dans le Wéser. Mais lorsqu'il rejoignit Clotaire II , celui-ci , après un rude combat, avait déjà renversé et tué de sa main Bertoald. Ce fut le signal de la déroute des ennemis. Les Francs remportèrent une victoire complète. Ensuite ils ravagèrent tout le pays, et ne remirent l'épée dans le fourreau que lorsque les Saxons se furent de nouveau soumis à lui payer tribut.

Clotaire mourut deux ans après (628). Nous venons de voir que ce prince était brave. De plus, il ne manquait, à ce qu'il paraît, ni d'habileté ni de vigueur dans le gouvernement de ses États. On vante aussi son goût pour les lettres, sa libéralité, sa magnificence. Heureux s'il y eût joint les qualités du

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cœur et les nobles penchants qui distinguent les grandes âmes ! Mais le meurtre des arrière-petits-fils de Brunehaut, le supplice horrible de cette princesse, et, vers la fin de son règne , la mort de plusieurs leudes qu'il fit périr sur de simples soupçons, attestent toute la férocité de son caractère et ne font que trop bien reconnaître en lui le digne fils de Frédégonde.

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