‹ Récits de l'histoire de FranceChapitre 40 sur 87 · La cryple était placée au-dessous du chœur · texte numérisé non relu

La cryple était placée au-dessous du chœur

2. « Dagobert, dit son biographe, s'engagea à déposer annuellement cent sous d.'or (sur la valeur du sou d'or, voy., ci-dessus , la note i de la p. 53), et il voulut que ses fils et tous les rois francs , ses successeurs , n'oubliassent jamais d'y faire porter, chaque année, la même sonune. > Les aumônes recueillies dans ce tronc étaient, pour ainsi dire, la propriété des pauvres, et elles devaient toujours leur être distribuées de la main même des prêtres.

dans les euviroiis de leur monastère qu'il leur concéda de nombreux domaines, mais même dans des provinces assez éloignées, telles que l'Anjou et le Poitou *.

Au reste, les richesses dont Dagobert comblait les religieux de Saint-Denis ne servaient pas uniquement à leur entretien. Près du cloître était un hospice, où ils recueillaient les indigents, les pèlerins, les voyageurs ; car l'aumône et l'hospitalité étaient expressément recommandées par la règle monastique. U y avait aussi un (certain nombre de pauvres que le monastère prenait à sa charge et adoptait, en quelque sorte, pour toute leur vie, à la seule condition de remplir quelques fonctions inférieures, comme de garder les portes, de tendre les tapisseries aux jours de fêtes, etc. On les appelait pauvres matriculaires ^ parce qu'ils étaient inscrits sur la matricule , c'est-àdire sur les registres de l'église.

Le roi , voulant élever l'abbaye qu'il venait de fonder au-dessus de toutes celles du royaume, se plut à lui accorder les plus importants privilèges'. En outre, il établit, en sa faveur, la foire annuelle connue plus tard sous le nom de Lendit '. Elle se tenait , au mois

4. ttem&rqtlons «{ue c'était aux dépens d'un grand nombre d'églises, dépouillées par lui d'une partie de leurs revenus , que Dagobert enrichissait ainsi ItL basilique, objet de toutes ses prédilections. Il en Ait de même poUr la plupart des autres basiliques ou des monastères qu'il fonda.

à. C'est ainsi, par exemple, qu'il se désista du droit de poursuite contre tout criminel qui se réfugierait sur les terres du monastère.

3. On fait dériver ce nom (qu'on écrit aussi Landy) du mot latin indictum, qui , au moyen ftge , signifiait indifférenmient le lieu ou le jour indiqué pour une assemblée.

de juin, sur la route de Saint-Denis à Paris *, et l'on y accourait, non-seulemenl de toutes les provinces du royaume gallo- franc, mais de la plupart des contrées de l'Europe. Dagoberl concéda à perpétuité aux religieux qui desservaient la nouvelle basilique tous les droits dus au fisc pour les marchandises qu'on étalait dans cette foire. L'évêque de Paris venait en personne bénir le champ du Lendit; mais c'est aux moines eux-mêmes qu'appartenait le soin d'y maintenir la police et le bon ordre *.

Dans les premiers jours de l'année 638 , Dagobert tomba malade. Sentant sa fin prochaine, il se fit transporter au monastère de Saint-Denis. Il y mourut peu après. Son corps fut embaumé et conduit en grande pompe à l'église abbatiale, où il avait luimême demandé à être enterré. C'est depuis lors • que cette basilique commença à devenir le lieu particulièrement consacré à la sépulture de nos princes et de nos rois *.

4. Vers le milieu du xvi* siècle, en 4 556, il Ait décidé que désormais )a foire du Lendit aurait lieu dans la ville même de Saint-Denis.

2. Plus lard, à partir de 4667, l'ouverture du Lendit, comme celle de la plupart des autres foires , se fit simplement en présence des officiers de la localité.

3. On ne cite, antérieurement à cette époque, qu'un seul prince qui eût été enterré à Saint-Denis , non pas , bien entendu , dans la nouvelle basilique, mais dans l'église anciennement construite par sainte Geneviève : c'est le premier de ces deux enfants de Chilpéric et de Frédégonde qui , en 580, moururent de la peste (voy. ci-dessus, p. 4 42).

4. Dans la suite, plusieurs grands hommes qui avaient rendu à l'État d'éclatants services (entre autres Charles Martel , Duguesclin et Turenne) , furent également inhumés dans cette royale basilique. Les abbés et le grand prieur (le grand prieur tenait le premier rang dans le monastère, après

Les religieux de Saint-Denis se montrèrent toujours pleins de reconnaissance envers la mémoire de leur bienfaiteur. Jusqu*à la fin du siècle dernier, ils ne cessèrent point d*ofrrir à Dieu des prières publiques et de faire des aumônes pour le repos de Tâme du roi Dagobert. Le 19 janvier, jour anniversaire delà mort de ce prince, on célébrait avec beaucoup de solennité , dans l'église de Saint-Denis , une messe funèbre à laquelle assistaient treize pauvres, tenant chacun un cierge à la main. On les habillait à neuf pour la cérémonie, et, le môme jour, à Tissue de la messe, les religieux leur servaient à dtner dans le réfectoire du monastère.

€;oiip d^œll rapMe rar l*liUt«lre de l^albbaye de «alat- Denls.

La basilique fondée par Dagobert ne resta pas longtemps dans l'état où ce prince l'avait laissée. Dès le commencement de la seconde race, sous le règne de Pépin, il fallut la démolir en grande partie. On la remplaça alors par un nouvel édifice , plus spacieux que le précédent, et qui ne fut terminé que sous Charlemagne. Au xii* siècle, l'abbé Suger, durant sa longue et mémorable administration, s'occupa aussi de réparer et d'agrandir cette église. Enfin , au siècle suivant, comme les bâtiinents qu'il avait élevés menaçaient ruine , ils furent encore une fois à peu près entièrement reconstruits par les soins de la reine

i*abbé) y avaient ausBi leur sépulture. Quant aux simples moines , on le& enterrait dans Vintérieur même du clottre.

Blanche, de saint Louis (Louis IX) et de Philippe III. Ainsi rebâtie à plusieurs reprises, l'église de Sainl- Denis n'avait point et ne pouvait avoir cette régularité d'ensemble que présentent quelques-uns de nos monuments du moyen âge, chacune des époques qui avaient contribué à son érection, l'ayant pour ainsi dire marquée de son empreinte particulière. Mais ce n'en était pas moins, à tout prendre, un édifice d'une élégante et noble architecture.

Quant aux événements dont le monastère de Saint- Denis fut le théâtre , durant les douze siècles qui se sont écoulés depuis sa fondation , nous n'avons point à les raconter ici. Mais peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de dire, en quelques mots, les vicissitudes diverses qu'eut à traverser celte célèbre abbaye , dont le nom se mêle à tant de faits mémorables , à tant de glorieux souvenirs de notre histoire.

Le premier qui la gouverna, l'abbé Dodon, mourut en 631. Sur la liste de ceux qui portèrent ce titre après lui, on remarque, outre plusieurs évêques et cardinaux, des grands seigneurs, des princes du sang et même des rois *. Il est facile de voir par là quelle devait être l'importance d'un abbé de Saint-Denis. Lors même que c'était un simple moine qu'on élevait à cette dignité , il prenait rang aussitôt parmi les premiers personnages de l'État. Il siégeait dans les con-

4 . Au moyen flge (et il en fut de même pendant une grande partie de» temps modernes), le titre d'abbé ne paraissait point incompatible avec les fonctions et les dignités du siècle. -— Voir à l'appendice, n" V, la liste des principaux abbés de Saint-Denis.

seils et dans les tribunaux du roi S avait le pas sur tous les autres abbés et marchait de pair avec les évêques. Deux fois, ce fut le chef des religieux de Saint-Denis qui exerça la régence du royaume •.

La prospérité de ce monastère ne fit qu'augmenter sous les successeurs de Dagobert I'', qui, à l'exemple de ce prince, regardaient l'évèque- martyr, apôtre des Parisiens , comme le patron de leurs personnes et de leurs Ëtats. Ses privilèges furent confirmés, étendus, multipliés ^ Ses richesses, sans cesse accrues par les offrandes des particuliers, par les dons de nos rois et même par les présents des souverains étrangers, devinrent immenses. L'abbaye avait des possessions non-seulement dans toutes les provinces du royaume , mais même en Allemagne , en Espagne et en Angleterre. A mesure que quelque domaine

4. L'abbé de SainWDenis était, de droit, membre du Parlement de Paris;

2. Les deux abbés de Saint-Denis, auxquels on confia ainsi le gouvernement de l'État, sont Suger et Mathieu de Vendôme. Le premier, aptes avoir été ministre du roi Louis VI, fut chargé de la régence pendant Texpédilion de Louis VII en Palestine ; le second , qui prit également, sous les deux régnes consécutirs de Louis IX et de Philippe III, une part très-actiye à l'administration des afTaires , Tut l'un des deux régents nommés en 4 370 (l'autre était le comte Simon de Nesie), lors.de la huitième et dernière croisade.

3. Le roi Clovisll, entre autres, s'empressa de confirmer les privilèges octroyés par Dagobert I*'', son père , à l'abbaye de Saint-Denis. Il fit plus. Avec le consentement de l'évèque de Paris, dans le diocèse duquel cette abbaye était comprise et de qui elle avait toujours relevé jusque-là, il déclara qu'à l'avenir les religieux de Saint-Denis ne dépendraient plus d'aucun évêque, ni métropolitain, mais du pape seul. Plus lard, les papes eux-mêmes accordèrent aux abbés de ce monastère plusieurs distinctions honorifiques, comme, par exemple, de porter, à l'instar des prélats, la mitre, l'anneau et les sandales.

considérable lui était concédé , on y envoyait une petite colonie de moines. Ces colonies , qui étaient éparses de tous côtés, formaient , sous le titre de prieurés y comme autant de succursales de l'abbaye principale.

Celle-ci, pendant ce temps, acquérait de jour en jour plus d'importance et d'éclat. Les personnages illustres qui, à diverses époques, vinrent visiter la cour de France , se faisaient tous un devoir, avant d'entrer dans Paris, d'aller déposer le tribut de leurs hommages et de leurs prières sur le tombeau du premier évoque de cette ville. Des princes, des monarques, des papes honorèrent de leur présence le cloître de Saint-Denis*. C'était sur l'autel même de l'église abbatiale que les rois de la troisième race , quand ils partaient pour quelque expédition, allaient prendre Toriflamme, ce noble et glorieux étendard qui, tant de fois, conduisit nos ancêtres à la victoire. C'est là que, la guerre terminée, ils venaient, par un Te Deum solennel, remercier le ciel d'avoir favorisé leurs armes. C'est là enfin qu'ils se rendaient , dans tout l'appareil de la majesté royale , soit pour se faire couronner eux-mêmes', soit pour assis-

1 . Nous citerons , entre autres , les empereurs d'Allemagne Charles IV et Charlcs-Ouinl, la reine de Suéde Chi^^tine, la reine d'Angleterre Henriette et son fils le prince de Galles , le roi d'Angleterre Jacques II , enfin les papos Etienne III, Pascal II et Eugène III.

2. Ainsi, par exemple, François I"', après avoir été sacré à Reims le 26 janvier ^5^5, alla en grande pompe à Saint-Denis pour s'y faire couronner solennellement , en présence des princes et des seigneurs de sa cour. C'est, du reste, à partir du règne de son successeur Henri II, que la

t48 DAGOBERT I".

ter au sacre et au couronnement des reines, leurs

épouses ^

Le monastère de Saint-Denis a produit des hommes d'un rare mérite, dont plusieurs furent appelés à remplir, soit dans l'Église, soit dans l'État, les plus éminentes fonctions. Le reste des religieux vivaient dans l'ombre du cloître, partageant leur temps entre la prière, le travail des mains et l'étude des lettres. L'un d'eux était spécialement chargé de recueillir, au fur et à mesure qu'ils se passaient, et de mettre par écrit les faits de notre histoire. C'est ainsi que furent rédigées, d'abord en latin, puis en français, les Grandes Chroniques de France^ qui contiennent les annales de la monarchie depuis les temps les plus anciens jusqu'au milieu du xv* siècle *.

Saint-Denis ne pouvait échapper entièrement aux calamités que la guerre déchaîna si souvent sur notre pays. Plus d'une fois, en effet, surtout à l'époque des invasions normandes, cette paisible retraite fut violemment envahie , ses reliques et ses trésors pillés , son sanctuaire profané. On sentit enfin la nécessité de l'entourer de fossés et de remparts , et le monastère

cérémonie du couronnement des rois de France cessa d'être distincte de celle de leur sacre.

4 . Le dernier exemple d'une reine de France ainsi couronnée et sacrée est celui de Marie de Médicis. La cérémonie eut lieu en 4610 , la Teille même du jour où Henri IV, son époux , péril frappé par le poignard de Ravaillac.

a. Un moinedeSaintrDenis, Rigord, écrivit l'histoire de Philippe-An. guste ; un autre , Guillaume de Nangis , celle de saint Louis et de Philippe 111 ; un autre encore, la vie de Charles VI , etc. On sait aussi que le célèbre abbé de Saint-Denis , Suger, a raconté les événements du régne de Louis le Gros , dont il tiii le ministre.

prit alors l'aspect d'une place de guerre ^ Ces fortifications n'ont disparu qu'au xvii* siècle.

Vers la fin de ce même siècle, en 1692, la puissance et les richesses de l'abbaye, qui, depuis quelque temps déjà, commençaient à diminuer, éprouvèrent une nouvelle et bien rude atteinte. La juridiction spirituelle que ses religieux exerçaient sur la ville qui s'était formée autour de leur cloître*, leur fut enlevée et passa à l'archevêque de Paris '. On abolit en même temps le titre d'abbé de Saint-Denis , et la portion des revenus, affectée jusqu'alors au chef de la communauté, fut réunie à la maison royale de Saint-Cyr ♦ que venait de fonder Louis XIV. Un siècle plus tard un décret de l'Assemblée nationale supprima le monastère lui-même '.

En 1793, époque de douloureuse mémoire, les tombeaux de la royale abbaye furent indignement violés, et tout ce qu'on y trouva de cadavres, ou seulement d'ossements et de poussière , fut jeté pêle-mêle

4. C'est en 869, à Tépoque des invasions normandes, que Tabbaye de SaintrDenis fût pour la première fois protégée par une enceinte de fortifications.

2. L'ancien village de Catolacum avait pris de rapides accroissements depuis la fondation de l'abbaye de Saint-Denis , qui bientôt lui donna son nom. Dès le xn* siècle , c'était déjà une ville importante.

3. Paris avait continué d'être le siège d'un simple évèché jusqu'au commencement du xvn* siècle. Jean-François de Gondi ftit le premier qui, en -1622, reçut le titre d'archevêque de cette ville.

4. Cet établissement avait été fondé en ^1686 pour recevoir deux cent cinquante demoiselles nobles, mais sans fortune, qui devaient y être élevées gratuitement jusqu'à leur vingtième année.

5. Le même décret ( ^3 février 4790 ) supprimait tous les ordres monastiques de France.

KO DAGOBEET I*'.

dans deux fosses profondes, creusées au milieu du cimetière, non loin de la partie septentrionale de Téglise'. Quant à la basilique elle-même ^ des mains sacrilèges la dépouillèrent de tous ses ornements , la dévastèrent avec une fureur sauvage, et peu s'en fallut qu'on ne la détruisit de fond en comble. Toutefois, après bien des hésitations, la Convention se contenta de donner Tordre d'en enlever la toiture, qui était de plomb', pour en faire des balles. Dans cet état de délabrement, l'église de Saint-Denis fut convertie en im dépôt de blé et de farine. Le cloître reçut une destination plus noble : on en fit un hôpital militaire.

Ainsi nos rois n'ont pas même joui de ce repos de la tombe qu'ils étaient venus successivement chercher sous les voûtes saintes de la funèbre abbaye. Les orages d'un monde auquel ils n'appartenaient plus les ont poursuivis même dans ce dernier asile : leurs sépultures ont été détruites, leurs cendres dispersées, et la basilique de Dagobert* ne renferme plus aujourd'hui que des tombeaux vides, de simples cénotaphes '.

4 . En 4 847, on retrouva, non sans peine, ces deux Tosses. Les ossements qu'elles contenaient Turent pieusement recueillis. Us sont aujourd'hui renfermés dans un caveau 'à part.

2. Voy., à la lin du volume, n» VI de l'appendice , la description de l'abbaye de Saint-Denis un peu avant les dévastations qui y furent alors commises.

Page 1