On ignore la position de ce lien
et sur lui-môme, et non pas sur un appui étranger, quand il s'agit de défendre Thonneur de sa couronne et la sécurité de ses États '.
«oaTernement Intértenr de DAgobert*
A rintérieur, le gouvernement de Dagobert fut mêlé de bien et de mal.
Les premiers actes de son règne avaient paru annoncer chez ce prince un zèle sincère pour l'accomplissement des devoirs de la royauté. En effet , à peine la mort de Clotaîre II Teut-elle mis en possession de la plus grande partie de la monarchie franque , qu'il entreprit de visiter ses États, afin de s'enquérir par lui-même des abus qui demandaient un prompt remède et de tout voir par ses propres yeux. Il se rendit d'abord dans l'ancien royaume de Contran, et en parcourut l'une après l'autre les principales villes, attentif à rendre à ses sujets une exacte justice , aux pauvres comme aux riches , aux plus
i . La guerre contre les Vénèdes îui suivie, à quelques mois d'intervalle, d*un des crimes les plus odieux de Tépoque mérovingienne. Une lutle sanglante ayant éclaté entre les Avares et les Bulgares, ces derniers avaient été vaincus. Pour se soustraire à la poursuite de leurs ennemis, neuf mille d'entre eux, avec leurs femmes et leurs enfants, vinrent demander un asile à Dagobert Celui-ci parut accueillir favorablement leur demande , et il leur assigna la Bavière pour résidence , en attendant , disait-il , qu'il pût délibérer avec les Francs sur le parti qu'il conviendrait ensuite de prendre i leur égard. Mais à peine furent-ils dispersés dans les maisons des Bavarois, que, par une barbarie à laquelle on ne saurait trouver même de prétexte ( car que pouvaitron avoir à craindre de cette poignée d'étrangers?), il ordonna secrètement, d'après l'avis de ses leudes, de les massacrer tous. L'ordre fut exécuté. 11 n'en échappa que sept cents.
humbles comme aux plus puissants. « n n*a7ait qu'im désir, nous dit un chroniqueur : c'était que tous ceux qui s'adressaient' à lui se retirassent contents, après avoir obtenu satisfaction de leurs plaintes. » Il visita également TOstrasîe et la Neustrie , et partout sa présence fut un sujet de joie pour les bons, de terreur pour les méchants *. Ce prince s'occupa ensuite de recueillir, de corriger et de publier les antiques lois des Francs, tant saliens que ripuaires; il fit en outre réviser celles de deux des peuples tributaires de son empire, les Allemands et les Bavarois, et, par ces utiles travaux, il mérita de prendre rang parmi les rois législateurs.
Malheureusement Dagobert soutint mal cet heureux début. Peu à peu il se lassa de suivre les conseils des hommes sages qui avaient été jusqu'alors les guides de sa jeunesse*, et, sourd à toutes les remontrances.
4 . « Il tenait d'une main Terme le sceptre de la royauté ( dit le moine anonyme, auteur de la Vie de Dagobert), et, tandis qu'il se montrait plein de bonté envers ceux qui lui étaient fidèles, Us* élevait comme un lion contre les factieux. »
2. À la tète de ces sages conseillers se trouvaient saint Amould , évêque de Metz , et Pépin de Landen. Le premier avait été chargé par Clotaire U de l'éducation de Dagobert. Quand il vit le déplorable changement qui s'opérait dans le caractère et la conduite de son ancien élève , il quitta la cour et même son évèché , et alla s'enfermer au fond d'un monastère où il mourut. Le second, qui était maire du palais d'Ostrasie depuis 623 ( on verra dans le récit suivant ce que c'était que cette dignité de maire du palais), ne voulut point rompre ouvertement avec le roi. Mais ni sa modération, ni Textrème prudence qui réglait toutes ses démarches, ne purent le préserver de l'ingratitude de Dagobert. Ce prince lui relira tout à la fbis et sa faveur et sa confiance, et il s'obstina à le tenir éloigné des affaires pendant le reste de son règne.
Avant de devenir évêque de Metz , jlmould avait été marié et il avait eu
il lâcha la bride à ses mauvais penchants. Retiré dans sa maison royale de Cliehy*, il vivait au sein d'une indigne mollesse, s*abandonnant aux plus honteux désordres, et ce même prince, auparavant si jaloux de faire régner dans ses États l'équité et le respect des droits d'autrui, ne parut bientôt plus occupé qu'à remplir ses trésors des dépouilles des églises et des biens de ses leudes. Quant au peuple, il gémissait accablé sous le poids des impôts et sa détresse était extrême. Ainsi se changea en une tyrannie odieuse un pouvoir qui s'était montré d'abord juste , vigilant, tutélaire : triste démenti donné par Dagobert aux espérances qu'avait fait concevoir le commencement de son règne, et qui lui aliéna toute la nation!
miasnlfleeiiee de DagobeH* — Saint ^lol*
Dagobert fut sans contredit le plus fastueux et le plus magnifique des rois de la première race. Au dire de nos anciens chroniqueurs, l'or et les pierreries brillaient de toutes parts à sa cour, et son palais était orné, avec une incroyable profusion, des étoffes et des matières les plus précieuses. Il y a là bien de l'exagération sans doute. Toujours est-il que ce prince devait certainement se trouver possesseur d'immenses richesses, lesquelles provenaient soit du pillage des
^nn filB nommé Anségise. Du mariage de ce dernier avec Begga, flUe de Pépin, devaient descendre les rois de la seconde race ( voy., à la fin du volume, le tableau généalogique des ancêtres de Pépin le Bref).
\. C'est aujourd'hui le bourg de Clichy-la-Garenne , situé au nord-ouest de Paris, entre le mur d'enceio.»^ des fortifications et la rive droite de la Seine.
divers pays où les Mérovingiens avaient tour à tour porté leurs armes, notamment de l'Italie, quatre fois dévastée sous Childebert II ; soit de ce que lui-même, à force de t^xes iniques et de confiscations arbitraires, avait extorqué au peuple, aux leudes et à l'Église. D'autre part, à mesure qu'on s'éloignait des temps qui furent témoins de l'invasion barbare et qu'un peu de sécurité succédait aux désordres et aux brigandages de cette triste époque, le commerce s'était ranimé ; il avait même pris, au commencement du vu* siècle, une assez grande extension, et l'on voyait alors afOuer en Gaule les produits les plus recherchés et les plus rares non-seulement des contrées voisines , mais aussi de l'Orient'. Il est donc facile de comprendre comment Dagobert put déployer, aux regards émerveillés de ses contemporains, un luxe jusqu'alors sans exemple chez les Francs, et s'entourer d'une pompe qui égalait presque celle des empereurs de Constautinople.
Nul ne contribua plus à cet éclat nouveau de la royauté mérovingienne que le célèbre saint Éloi. C'était un Gallo-Romain né à Cadillac, près de Li- - moges. Jeune encore, il vint au pays des Francs «, et se présenta comme simple orfèvre à la cour de Clolaire II, où l'avait déjà précédé la réputation de sa raVe ha-
4 . Pour plus de détails sur Télat du commerce à cette époque , yoy. la fin du XIV récit.
2. Dans le langage des chroniques 'contemporaines, ce nom de pajrs des Francs ou France {Francia), s'applique rarement à la monarchie mérovingienne tout entière. Presque toujours, comme ici, il ne désigne que la partie de l'ancienne Gaule, située au nord de la Loire et où dominait la race conquérante. Nous dirons plus tard à quelle époque et comment s*est formée la France actuelle.
bileté dans les arts du dessin. Sa délicate probité, non moins que ses talents, lui mérita bientôt l'estime et l'affection du roi, qui le nomma son monétaire y c'est-à-dire son intendant des monnaies. Le crédit d'Éloi s'accrut encore à l'avènement de Dagobert. Ce prince lui donna, sous le titre de trésorier^ la garde et l'administration de ses richesses. En toute occasion, il lui témoignait la plus entière confiance ; il le consultait dans toutes les affaires importantes; plus d'une fois même il l'employa comme ambassadeur; enfin il fit de lui comme son premier ministre. Parvenu à cette haute fortune, Éloi n'en continua pas moins de se livrer avec la plus grande ardeur à ses travaux d'orfèvrerie. Saint Ouen , évoque de Rouen ', qui avait été son ami et qui fut ensuite son biographe, nous le représente animant par son exemple , dirigeant par ses* conseils ses nombreux ouvriers, auxquels il témoignait une affection toute paternelle. C'étaient, pour la plupart, d'anciens esclaves, qu'il avait rachetés de ses propres deniers. « Car sa grande dévotion était de briser les fers des captifs et de rendre ces nialheureux à la liberté. Tout ce qu'il gagnait par son admirable industrie , il le consacrait à ces pieux rachats. »
Parmi les ouvrages (ju'Éloi exécuta d'après les ordres de Dagobert, on cite principalement les bas -reliefs
4 . Après avoir rempli, pendant plusieurs années, Tes Tondions de chancelier, ou, comme on disait alors, de référendaire à la cour de Dagobert , saint Ouen était entré dans les ordres. Il mounit en 683, à un âge fort avancé, près de Paris, au même lieu où Ton bâtit plus tard le village qui a reçu son nom. Le corps du saint fut porté à Rouen pour y être inhumé, et Teglise qui s'éleva bientôt après sur son tombeau s'appela aussi Saint-Ouen.
dont il orna le tombeau de Cévèque de Paris, saint Germain, ainsi que la châsse de sainte Geneviève et celle de saint Martin de Tours * ; mais surtout deux sièges d'or (ou peut-être seulement de bronze doré), qui servaient au roi, dans les grandes solennités publiques '•
Fatigué de la vie du monde , Éloi quitta la cour et se retira dans un monastère. Il espérait y finir ses jours; mais on Ten tira bientôt après pour le placer sur le siège métropolitain de Noyon*, qu'il devait occuper jusqu'à sa mort*. Dans ce nouveau poste il redoubla de charité envers les pauvres , de sollicitude envers les infortunés qu'il voyait réduits à la triste condition d'esclaves. Plein de zèle pour le salut des âmes confiées à sa garde , il ne laissait point passer un seul jour, sans faire entendre au peuple la parole de Dieu, s'efforçant de propager autour de lui le véritable esprit de l'Évangile et d'extirper de son diocèse les vestiges, nombreux encore, des vieilles superstitions
i . Les ornements divers du tombeau de saint Denis , ainsi que ceux de la chapelle souterraine qui renfermait ce tombeau, étaient également Touvrage de saint Eloi (voy. ci-après , p. 2U).
2. Le fauteuil de Dagohert, que Ton voit atgourd'hui au Louvre (musée des Souverains ), et que Ton conservait autrefois dans le trésor de Saint- Denis, n'est point en or, mais simplement en bronze doré. Il ressemble assez à la chaise curule des Romains. En \ 804 , on le transporta à Boulogne, pour le foire figurer dans la cérémonie de la distribution des croit de la Légion d'honneur. Une médaille , frappée en souvenir de ce mémorable événement , représente Napoléon assis sur l'antique fauteuil de Dagobert, pendant que des soldats de diverses armes, placés devant l'estrade, viennent recevoir de sa main le noble prix de leur courage.
3. Cette ville, aujourd'hui chef-lien d'arrondissement dans le département de l'Oise, est située à vingt-quatre kilomètres nord-^st de Compiëgne.
4. Saint Éloi mourut en 659, vingU-un ans après Dagobert I^'.
FONDATION DE L'ABBAYE l^Z SAINT-DENIS. 239
païennes ^ En même temps, il travaillait avec une ardeur tout apostolique à convertir à la foi chrétienne les idolâtres de la Flandre et du Brabant, et des milliers d'entre eux reçurent de ses mains le baptême.
Le saint évêque avait consacré une partie de ses biens à des fondations pieuses. De son côté Dagobert fit aussi bâtir beaucoup de monastères et d'églises qu'il dotait ensuite très-richement. Tourmenté du remords de ses fautes et de ses crimes, ce prince se flattait à ce prix de désarmer la colère céleste. Il oubliait que Dieu ne peut avoir pour agréables les monuments élevés à sa gloire, quand les trésors qu'on dépense pour les édifier sont le fruit de la misère et des larmes des peuples.
Vondatlon de Tégltse et de Tabbaye de Salnt-Benls* -^ Mort de Dagobert*
Au nombre des édifices religieux que construisit Dagobert, il en est un qui devait acquérir une bien grande célébrité dans notre histoire : nous voulons parler de l'église de Saint-Denis.
Sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la ville de ce nom, il y avait, au iir siècle de l'ère chrétienne, un village appelé Catolacum. C'est dans mi champ
\ . Dans àa Tië de sftint Éloi, saint Oaen nolis a laissé une sorte d'analyse des sermons de son àmi. On y trouve, à côté des simples et sublimes (tréceples de la morale évangélique, de très-curieux détails sur les superstitions païennes qui existaient encore, au vu" siècle, parmi les populations du nord>est de là Gaule ft*anque. Nous avons pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de citer quelques fragments dis ces sermons. (Voir, à la fin du volume, le n" IV de l'appendice.)
240 DAGOBERT l*'.
voisin de ce village et situé à droite de la route qui le traversait, en venant de Paris, qu'une- pieuse femme fit inhumer les corps de saint Denis et de ses deux compagnons de martyre, le prêtre Rustiijue et le diacre Éleuthère. Sur le lieu de leur sépulture quelques fidèles bâtirent, à peu de temps de là, une chapelle ou simple oratoire. Cette chapelle ayant été détruite, lors des invasions des barbares dans la Gaule, sainte Geneviève, à Taide des dons volontaires des Parisiens, la remplaça, vers les dernières années du V* siècle, par une église fort petite, mais que ne tardèrent pas à enrichir les oflrandes des rois et des simples fidèles. Enfin, en 629, Dagobert, qui, dans sa jeunesse, y avait, dit-on , trouvé un refuge contre le courroux de son père, entreprit, suivant le vœu qu'il en avait formé alors, de reconstruire sur un plan beaucoup plus vaste ce sanctuaire vénéré. Par là, il mérita d'en être regardé conune le véritable fondateur.
Rien ne fut épargné pour faire de la nouvelle basilique de Saint-Denis l'une des plus magnifiques de tout le royaume gallo-franc. Les battants de la porte principale par laquelle on y entrait étaient de bronze doré et ornés de très-beaux bas-reliefs *. L'édifice, recouvert d'une toiture de plomb *, reposait sur des
4 . Celle porle de broiize, qui, primilivemenl, appartenait à Tantique basilique de Poitiers , en avait été enlevée et transportée à Saint-Denis par ordre de Dagobert.
2. Dans la suite, Dagobert, par son testament, légua au monastère de SainlF-Denis , pour l'entretien de la couverture de l'église , huit mille livres pesant du plomb qui lui revenait tous les deux ans sur le produit des mines.
colonnes de marbre; le pavé était aussi de marbre; et des tapisseries, brochées d'or et d'argent, flottaient suspendues aux murs et aux arceaux des fenêtres. Dans la crypte, c'est-à-dire dans la partie souterraine de l'église *, on voyait le tombeau de saint Denis surmonté d'une espèce de petit dôme de marbre , tout étincelant de l'éclat des pierreries qu'y avait enchâssées la main habile de saint Éloi. En avant de ce tombeau , on avait dressé un autel d'un travail achevé et d'une richesse merveilleuse. Un tronc d'argent, destiné à recevoir les aumônes des fidèles ", une grande croix d'or, des calices, des lampes, des encensoirs, tous ouvrages du même saint Éloi, attestaient à la fois et le talent de l'artiste et la libéralité du monarque.
Dagobert ne s'en tint pas là. Déjà, depuis un certain temps , la garde du tombeau de l'apôtre de Paris était confiée à des moines. Afin de leur assurer un logement convenable, ce prince fit construire un cloître attenant à l'éghse : c'est là l'origine de l'abbaye de Saint-Denis. U s'occupa ensuite de pourvoir à leur subsistance, et il le fit avec une générosité qui peut, à bon droit, paraître excessive. On raconte, par exemple, qu'il leur donna, en une seule fois, jusqu'à vingtcinq villages ou métairies. Et ce ne fut pas seulement