Cum biduum jejunii perstitissent... Ibid
3. Pcdibus confcdo itincre Eplicsium perveniunt. Pallad., 1. c.
des villes de la Phrygie, attirés par la curiosité ou par le désir d’admirer de près le grand orateur.
L’affaire instante d’Éphèse était l’élection qui se préparait pour le remplacement d’Antonin; or on avait pu espérer que la présence d’un synode et surtout l’autorité de l’archevêque de Constantinople imposeraient aux mauvaises passions de la populace et aux brigues corruptrices des candidats. Il n’en fut pas ainsi. L’impudence des compétiteurs, l’acharnement des partis, l’agitation de la multitude, persistèrent comme auparavant. Les places, les rues, les maisons, l’église, retentissaient de diffamations que les concurrents se jetaient mutuellement à la face, se traitant d’impies, de voleurs, de sacrilèges, et déshonorant d’avance en leurs personnes la dignité à laquelle ils osaient aspirer. Ce spectacle révolta le rigide Chrysostome ; effrayé d’une élection faite sous de tels auspices, il s’entendit avec une portion du clergé et des évêques pour prévenir le triomphe de ces misérables, et de concert entre eux une sorte de coup de théâtre fut préparé. Apres un discours dans lequel, déplorant la division des esprits, il représenta avec une éloquence entraînante le déshonneur et l’affliction qui en rejailliraient sur l’Église, l’archevêque proposa comme moyen de pacification le choix du diacre Héraclide, qui l’accompagnait; il y eut d’abord grand étonnement, puis, les gens de bien se mettant de la partie, la proposition rallia peu à peu beaucoup de voix: bref, Héraclide fut élu1. C’était un ancien
1. Ipse ergo Heraclidem quemdam diaconum suum... ad episcopatum ilium promovit. Sozom., vi, 11. — Ephesinæ autem ecclesiæ...* Heraclidem præfecit... Sozom., vm, G.
moine de Sceté, assez renommé pour son savoir dans les lettres profanes et plus encore dans l’exégèse des saintes Écritures. L’archevêque, sans perdre un moment, procéda à son ordination avec le 001100111*8 des soixante-dix membres du concile, tout ébahis d’un si brusque revirement des choses. Produit d’une surprise électorale, surprise honnête et heureuse pourtant, l’ancien diacre de Chrysostome ne jouit pas longtemps des • honneurs qu’il devait à son éloquence. Nous le verrons bientôt chassé, déposé par un autre concile, rétabli, emprisonné, martyr enfin, suivant la fortune de son protecteur, car ces petites républiques ecclésiastiques rappelaient par leur turbulence et leur mobilité les révolutions des anciens gouvernements démocratiques de l’Asie.
L'affaire de l’élection terminée, on passait l’apurement des comptes de l’église d’Éphèse et aux évêques accusés de trafic siinoniaquc. Le lâche Eusébius, qui avait vendu son silence à Antonin \ reparut devant le synode, sollicitant son pardon, et s’offrant à produire contre les six évêques dénoncés les témoins qu’il avait jadis promis1 2. Le scandale était trop grand pour que le synode n’eût pas à cœur d’y mettre fin. Les six évêques étaient présents, on autorisa la comparution d’Eusébius, on fit lire les actes de ce qui s’était passé l’année précédente à Constantinople, et l’assemblée, se formant en cour de justice sous la présidence de Chry-
1. Cum sem mutuo corrupissent, partim auro, partim jurejurando, amici facti fuerunt ante adventum judicum. Pallad., dial., p. 5*2.
2. II030 pictatem vestrain ut hodie jamjam testes producam. Pallad., p. 54.
ET L’IMPÉRATRICE EUDOXÏE. 73
sostome, procéda sans retard à l’audition des témoins.
Dans le nombre se trouvaient des prêtres et des laïques, des hommes et des femmes. Les six évêques spécialement chargés par leurs dépositions nièrent d’abord avec audace; mais les témoins soutinrent fermement leurs dires, circonstancièreht toutes choses, indiquant la nature des présents faits à Antonin, leur valeur, le temps, le lieu où ces présents avaient été remis par chacun des accusés1. Il ressortait de ces témoignages une telle évidence que ceux-ci commencèrent à balbutier et à se couper dans leurs réponses. Quelques prêtres qu’ils avaient appelés comme témoins à décharge se récusèrent alors, retenus par la honte de leur rôle ou par le cri de leur conscience. Les accusés avouèrent enfin. «Il est vrai, dirent-ils, que nous avons donné cet argent, mais nous nous croyions autorisés par la coutume, et notre seule prétention, en briguant l’épiscopat, était de nous faire exempter des fonctions de la curie et des charges que les magistratures imposent2. — Maintenant, ajoutaient-ils, deux partis sont à prendre à notre égard : ou nous laisser sur nos sièges épiscopaux, si la chose est possible et honnête, ou nous faire rendre l’argent que nous avons dépensé pour les acquérir. Plusieurs d’entre nous non -seulement sont
1. Instantibus autem testibus partim laïcis, partim presbyteris quibus confidere videbantur, nccnon mulieribus quibusdam, qui etiam pignorum, seu muncrum species dicebant, et loca et tempora, et quantitatem. Paliad., dial., p. 54.
2. Dedimus, confessum est; et ordiDati sumus : talem putantcs esse consuetudinem, ut videremur a Curia liberari. Ibid.
74 JEAN CHRYSOSTOME
ruinés, mais ils ont livré jusqu’aux bijoux de leurs • femmes et jusqu’aux meubles de leurs maisons : il est juste que tout cela leur rentre1. » La question était ainsi posée avec netteté. Évidemment le synode ne pouvait pas annuler le jugement qu’il était venu rendre en légitimant les conséquences de la simonie dans la personne des accusés eux-mêmes. Il déposa donc sans hésitation les six évêques et subrogea à leur place six hommes que leur caractère de probité et de désintéressement semblait désigner dans la circonstance présente. Chrysostome , qui fit rendre les décrets de déposition et de subrogation, approuva d’ailleurs la demande des évêques déposés d’être réintégrés dans les dépenses qu’ils avaient faites. « Gela est juste, leur dit-il, mais cela ne nous regarde pas; c’est à vous de poursuivre les héritiers d’Antonin en restitution, conformément au décret du synode. Poursuivez ces héritiers d’un évêque simoniaque, ce sera pour tout le monde une leçon salutaire; autrement, si cette coutume s’invétérait, nous serions réduits à l’état des patriarches juifs et égyptiens, qui vendent et achètent tous les ans le sacerdoce, et nous aurions mérité cette malédiction du prophète Michée: «ses prêtres répondaient avec des présenls, et ses prophètes annonçaient l’avenir pour de l’argent2. » En manière de consolation, Chrysostome leur promit de solliciter pour eux de
1. Et nunc oramus, si fasest, si mus in ministerio ccclesiæ: sin minus aurum quod dedimus recipiamus. Quidam enim o nobis uxorum supellectilem dedimus. Pallad., dial., p. 5i.
2. Sucerdotcs ejus cum muneribus respondebant, et prophetæ ejus cum pecunia vaticinabantur. Mich., ni, 2. -
ET L'IMPÉHATRICE EUDOXIE.
l’empereur une exemption des charges de la curie. Il fit décréter aussi par le synode que, bien que déposés , ils pourraient communier à l’intérieur du sanctuaire, comme ayant été revêtus de la dignité épiscopale1.
Une fois en train de réformer et de sévir, le terrible justicier ne s’arrêta pas en si beau chemin, et ce fut son tort. De la province d’Asie, son ardente inquisition se porta sur les provinces voisines, la Lycie, la Carie, la Pamphylie, la Phrygie, le Pont; ce fut une enquête sur les évêques d’une moitié de l’empire d’Orient, faite de concert avec cette cour synodale qu’il présidait, enquête trop rapide malheureusement, car il accusait, jugeait, déposait, remplaçait, sur la seule renommée publique dans la plupart des cas. Or il faisait tout cela en dehors de sa juridiction, et sans y être appelé par les villes et les Églises. En moins de trois mois, treize évêques, quelques-uns disent quinze et même seize8, furent jugés, cassés, remplacés par des successeurs qu’on leur envoyait tout ordonnés. La terreur régnait dans les diocèses d’Asie. En quittant la province proconsulaire d’Éphèse, Chrysostome voulut passer par la Bithynie, oit il avait un acte de justice exemplaire à exercer, et s'étant arrêté à Nicomédie, capitale de la province, il cita devant lui le métropolitain, nommé
Gérontius. L’histoire de ce personnage est curieuse, et
1. Præcepit synodus ut aumm acciperent ab hæredibus Antonini.et coimminicarent intra altare.cssentque jam non sacerdotes sed ex saccrdotibus. Paltad., dial., p. 54.
2. U na die sexdecim episcopos deposuisso et suos loco illonim ordinasse... Theophil. libell. apud Pallad., dial., p. 49.
J F. AN CHRYSOSTOME
donne une étrange idée des mœurs ecclésiastiques de cette époque.
Gérontius était Occidental, médecin de profession ; et il avait exercé son art dans la ville de Milan en y joignant un peu de magie, au moins de cette magie chrétienne qui consistait à communiquer avec le diable et les génies infernaux, à les évoquer, à les dompter par des exorcismes, à les reconnaître enfin sous les diverses formes que l'esprit de malice sait prendre pour se glisser parmi les hommes. Ce charlatan mystique s’était acquis par ces manœuvres une sorte de réputation de sainteté. Ambroise lui-même, le grand archevêque, s’y était laissé prendre et avait admis Gérontius comme diacre dans son église. Revêtu d’un caractère sacré et des pouvoirs qui l’accompagnaient, l’ancien médecin se livra sans mesure à des opérations théurgiques dont il était peut-être la première dupe1. Sa réputation grandit doublement près des ignorants et près des esprits exaltés, mais il se perdit lui-même par un conte absurde. 11 prétendit avoir rencontré une nuit un de ces esprits infernaux qu’on appelaiUarm'cs, l’avoir reconnu malgré l’obscurité, sous laügure d’un âne, et que, ce démon cherchant à lui échapper, il se l’était soumis, l’avait muselé, conduit dans un moulin et forcé de tourner la meule2.
Parvenues jusqu’aux oreilles d’Ambroise, ces sor-
1. Hic cnim cum diaconus esset sub Ambrosio Mediolanensis ecclesiæ episcopo nescio quid passus, utrum fucum facere volens an dæmonis arte et vanis imaginibus deceptus... Sozom., vin, 6.
2. Retulerat quibusdam, se noctu onoscelidem comprehensam, capite raso, in pistrinum conjecisse. Ibid.
nettes impies l’indignèrent; il interdit Gérontius et le chassa de son église. Le diacre expulsé reprit son état de médecin, alla demeurer à Constantinople, et grâce à son habileté dans son art, grâce surtout à son savoirfaire, il devint une sorte de personnage, prit pied à la cour de l’empereur1, qui était alors Théodose, gagna la protection de quelques grands, et put être protecteur à son tour. Dans cette situation il rendit un service signalé au fils d’Helladius, évêque de Césarée en Cappadoce et exarque de tout le diocèse du Pont*. Celuici, qui savait son histoire, le fit rentrer dans l’église, l’ordonna prêtre, puis évêque de Nicomédie, le tout par reconnaissance3. Gérontius, élevé si haut, ne négligea rien pour se faire aimer de son clergé et de sa ville. Il y réussit ; mais sa scandaleuse nomination souleva la conscience des Occidentaux. Nectaire régissait alors l’église de Constantinople. Averti par Ambroise, il crut de son devoir de déposer un pareil évêque, et il le somma d’abdiquer de son plein gré pour éviter le jugement canonique. Gérontius s’y refusa impudemment, brava toutes les menaces et continua de porter le bâton épiscopal à Nicomédie, n’épargnant d’ailleurs ni ruse, ni argent, ni même l’assistance de son art comme médecin pour s’enraciner dans l’affection des Nicomédiens4.
t. At Gérontius cum et optimus esset medicus ac diligentissimus, et ad discendum ac persuadendum, parandosquc amicos aptissimus... Constantinopolim perrexit. Sozom., viu, 0.
2. Suflragio suo splendidam in palatio militiam filio ipsius (Helladii Cæsareæ Cappadocuin episcopi) comparaverat. Sozom., ub. s.