Voir Saint Jérôme, 1. 1, p. 301 etsuiv
ET L’IMPÉltATRICE EÜDOXIE. 129
bras ouverts. Ce bon accueil les toucha tellement qu’ils lui demandèrent la permission de s’établir au moins pour quelque temps dans le canton de Scythopolis, où ils trouveraient des palmiers en assez grande abondance pour y travailler et vivre à l’aise du produit de leurs nattes1. Jean allait consentir, lorsqu’arriva d’Alexandrie une lettre qui refroidit ses bonnes intentions; elle était du patriarche et portait ces mots : « Tu ne devais pas, contre ma volonté, recevoir dans ta ville les moines de Nitrie, car je les ai chassés pour leurs crimes. Toutefois, si tu ne l’as fait que par ignorance, je te le pardonne. Aie soin désormais de ne plus communiquer avec des gens que j’ai excommuniés, et garde-toi de leur accorder ni fonctions ecclésiastiques, ni lieu de résidence dans ta juridiction2. »
« Si Théophile ne se disait pas Dieu dans son insolent monitoire, observe à ce sujet l’auteur contemporain qui nous a transmis cette lettre, assurément il s’imaginait bien l’être pour oser s’exprimer ainsi 3. » La lettre d’ailleurs n’était pas destinée qu’au seul Jean de Jérusalem ; c’était une circulaire à tous les évêques de Palestine qui s’étaient montrés quelque peu charitables
1. Perrexerunt Scythopolim, commodum sibi ejus loco domiciliuni fore arbitrati, ob copiam palmarum quarum foliis ad connecta monachorum opéra utebantur. Sozom., vu*, 13.
2. Ira succensus Theophilus, litteras exarat ad episcopos Palestinæ non oportebat, inquiens, vos præter voluntatem meam in civitates vestras hos recipere : sed quoniain ignari id fecistis, vobis ignosco. In posterum cavete ne illos aut in ecclesiasticum ant in privatum locum admittatis. Pallad.,, dial., p. 23.
3. Deum esse se non dicens, sed præ immodica arrogantia imaginans. Pallad., ibid.
JEAN CHRYSOSTOME
et hospitaliers envers les exilés d’Égypte. Cette persécution sous toutes les formes s’appelait dans le langage des amis de Théophile « la chasse aux basilics. »
La Palestine était donc fermée aux Longs-Frères et à leurs compagnons ; la Syrie le devait être également» tant on craignait tout froissement avec ce dangereux voisin. Convaincus de leur malheureux sort, ils n’eurent plus qu’un désir, celui de gagner au plus tôt Constantinople, et de se mettre sous la protection d’un évêque aussi puissant que Chrysostome. Un des ports de la côte, Césarée ou Joppé, leur fournit le navire dont ils avaient besoin, et ils arrivèrent sans encombre dans la ville impériale, où leur apparition causa une certaine surprise. Sans doute on voyait fréquemment dans la grande cité byzantine, rendez-vous de toutes les curiosités orientales, des moines de tous costumes et de toute nation: arabes, syriens, cappadociens, persans; mais ceux des solitudes d’Égypte étaient rares, et l’on parlait de Nitrie et de Scété comme d’un pays presque fabuleux1. La vue de ces moines était une nouveauté,
leur costume aussi frappa singulièrement les regards.
Ils avaient les jambes et les bras nus, et portaient pour
tout vêtement ces peaux d’agneaux du désert, à la toi-
. son fine et blanche, qu’on appelait meloiê 2. De quatrevingts qu’ils étaient partis d’Égypte, ils n’étaient plus
maintenant que cinquante, la fatigue et la misère ayant