Socr., vi, 7. — Sozom., vi, 29. — Pallad., Vit. Patr
2. Sumptis statim melotis suis... Pallad., dial., p. 23. — C’était leur tunique de voyage. Saint Athanase envoya une de ces toisons d’agneau à Mélanie, pour prix de l’hospitalité qu’il avait reçue d’elle dans la ville de Rome.
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moissonné le reste, et eux-mêmes, malgré leur forte constitution, présentaient des corps exténués et des visages où l’angoisse du malheur était empreinte1. Après s’être reposés sur le port, ils se formèrent en troupe, Isidore et les Longs-Frères tenant la tête, et ils se dirigèrent vers l’archevêché, où les Longs-Frères entrèrent seuls.
Admis en présence de l’archevêque, lesLongs-Frères, se prosternant à ses pieds suivant l’usage*, exposèrent en peu de mots les événements qui les amenaient à Constantinople et que Chrysostome connaissait vaguement par le bruit public. Ils ajoutèrent qu’ils venaient lui demander sûreté pour leurs personnes et protection près de l’empereur contre les violences de leur patriarche, dont ils réclamaient le châtiment de la justice du prince3. Ils avaient à cet égard dressé un libelle d’accusation qu’ils lui présentèrent. Chrysostome les releva avec bonté, et, les interrogeant sur les questions de doctrine d’où était né le dissentiment, il leur fit expliquer dans un entretien familier leurs opinions sur les points les plus délicats de l’origénisme. Nourri comme il l’était de la fleur des doctrines orientales, il eut bientôt sondé ces cœurs sincères et ne découvrit
1. Quinquaginta clectorum hominum canities sanctis laboribus tincta et ornata. Pal lad., dial., p. 23.
2. Ad ejus genua provoluti orabant ut succurrerct animabus calumniam passis et devastatis ab iis qui id potins quant benefacere consuevissent. Pallad., dial., ibid. — Nobis medere non mediocriter vulneratis a Theophiti papas furore. Id., p. 24.
3. Si et ipse nos negligis... uil jam reliqui nobis fît, nisi ut imperatorem adeamus et prava illius facta in contumeliam ecclesiæ exponantus. Id., 1.
rien dans leur foi qui pût justifier la condamnation d’un concile et 1* excommunication d’un évêque. « Je me charge de cette affaire, leur dit-il, et je ferai en sorte qu’un autre concile vous absolve, ou que votre évêque lève de son plein gré votre excommunication. Reposez-vous-en sur moi. » Quant à la requête qu’ils voulaient adresser à l’empereur, il leur conseilla de ne point le faire, de ne point traduire un chef ecclésiastique devant les juges du siècle. « C’est à l’Église, leur dit-il, déjuger les choses de l’Église; les tribunaux temporels n’ont rien à voir dans des débats qui intéressent le service de Dieu1.» Et, les congédiant, il ajouta : « Mes frères, vous ne logerez point ici, car je ne puis recevoir à ma table et sous mon toit des hommes condamnés et excommuniés que leur condamnation ne soit réformée canoniquement, et leur excommunication retirée; mais je vous placerai dans les cellules de mon église d’Anastasie, où mes diaconesses ne vous laisseront manquer de rien. Par la même raison, vous ne pouvez être admis à la communion des mystères; je vous autorise toutefois à participer eu commun avec nous aux prières de l’église2. » 11 leur enjoignit enfin de rester renfermés au domicile qu’il leur assignait, de se montrer rarement dans la ville, surtout de garder un silence absolu touchant l’objet de leur voyage3, dont la bonne issue devait tenir aux
1. Hortatur eos ut desinant ipsum accusare, ob niolestiam quæ ex hujusniodi judiciis nasci solet. Pallad., dial., p. 25.
2. Sic Joauneseos quidem ad coinmunionem non admisit. Pallad., dial., p. 24. — In ecclesia orare nequaquam prohibuit. Sozom., vm, 13.
3. Admouens eos ut apud omnes religioso silentio adventus sui
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décisions d’un concile et à ses propres soins, que troubleraient nécessairement les interventions du dehors. Cela dit, il fit conduire les Longs-Frères et leurs compagnons dans les vastes cloîlresqui entouraient l’église d’Anastasie, et, mandant près de lui la diaconesse Olympias, il la chargea de s’entendre ayec les matrones de la ville pour procurer à ces malheureux, dénués de tout, la nourriture et le vêtement1.
La préoccupation de Chrysostome au sujet de cette aventure était grave, car il en pouvait rejaillir un grand déshonneur sur l’Église, si les faits, tels qu’ils lui étaient racontés, le procès d’Isidore, le sac des couvents de Nitrie, la condamnation des Longs-Frères sans qu’ils eussent été entendus, devenaient un sujet d’enquête! d’examen, de discussion et enfin de sentence devant un tribunal laïque. Il n’avait pas le moindre doute sur la sincérité des Longs-Frères, et de plus il connaissait Théophile par expérience comme un adversaire de peu de conscience et un machinateur de grande habileté. Il avait eu à lutter contre lui lors de son élection au siège de Constantinople, et ce patriarche d’Alexandrie, alors présent dans la ville impériale, avait employé, pour faire échouer un homme qu’il connaissait à peine, mais dont il était jaloux, des manœuvres qu’on n’aurait attendues que de l’ennemi le plus invétéré. Il n’avait
causam tegerint, donec ipse, inquit, misero ad fratrem Theophilum. Pallad., dial., p. 24.
1. Dato eis iu ecclesia dicta Anastasia hospitio, ad requiescendum, ipse quidem non suppeditabat quæ ad usum illis necessaria erant, sed religiosæ mulieres victura ipsis subininistrabant. Pallad., dial., p. 24. — Quos diaconissa Olympias, virilis mulier, hospicio suscepit. Id., p. 64.
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même consenti à l’ordonner après l’élection que sur le commandement réitéré de l’empereur ou de son ministre Eutrope1 2. Chrysostome était donc bien convaincu que, dans les affaires deNitrie, Théophile avait mérité toute la réprobation que les fugitifs appelaient sur sa tête; mais l’idée d’un grand évêque, le second du monde oriental, assis en accusé au prétoire d’un juge laïque, le révoltait malgré lui et l’intéressait presque à sa cause. A peine les solitaires étaient-ils installés dans leurs cellules, qu’il prit la plume, et afin de prévenir ce qui à ses yeux était une honte pour la dignité épiscopale, il écrivit à son co-évêque d’Alexandrie, le conjurant de lui accorder comme à un frère et à un fils la grâce des exilés, au nom de la paix de l’Église et de l’honneur de Dieu*. «J’ai interrogé les moines de Nitrie, disait sa lettre, et en vérité je n’ai découvert dans leur doctrine rien de contraire à la vraie foi3; mais l’affliction leur a tourné la tête, ils veulent te dénoncer à l’empereur et m’ont présenté dans ce dessein une requête dont ils ont suspendu l’envoi à ma prière. Toutefois ils ne s’abstiennent qu’à regret, et je tremble qu’ils ne reprennent au premier moment leur fatale résolution. Lève donc de toi-même l’excommunication, pardonne-leur, et tout sera fini. Autrement il faudra recourir à un concile que je convoquerai, ou laisser porter celte fâcheuse affaire au tribunal des juges sé-
1. Voir mes Nouveaux Récils de l’histoire romaine au ve siècle Trois Ministres, etc., p. 180.
2. In hoc milii ut filio et fratri gratificare. Pallad., dial., p. 24.
3. Ut communionem eis restitueret, quippe qui de Deo recte sentirent. Sozom., vm, 13.
culiers. J’attends ta réponse et voudrais savoir quel sentiment tu as de tout ceci, afin de choisir moi-môme une ligne de conduite1.» En caractérisant, comme il le faisait, les intentions des Longs-Frères, Chrysostome ne se trompait pas. Il comprenait que ces hommes simples, mais fermes jusqu’à l’opiniâtreté et exaspérés d’ailleurs par la souffrance, n’admettraient ni ménagements, ni délais, et que, lui-môme n’ayant aucun moyen de satisfaction à leur offrir, ils lui échapperaient infailliblement.
Théophile de son côté haïssait particulièrement Chrysostome, dont il enviait la gloire et avait essayé d’entraver la fortune, mais qu’il était obligé de reconnaître pour son supérieur dans la hiérarchie des Églises. A la lecture de cette lettre, sage dans son objet, modérée dans sa forme, mais où l’archevêque se faisait juge des hommes qu’il avait excommuniés, les déclarait orthodoxes après examen, ajoutant que, si le pardon ne leur était octroyé, lui, Jean de Constantinople, convoquerait un concile pour les absoudre, le hautain patriarche bondit de fureur, et ses rancunes se réveillèrent. En réfléchissant aux raisons qui pouvaient porter cet ancien ennemi à prendre le patronage de quelques misérables moines, il n’en imagina que deux : le désir de lui nuire ou bien la conformité de doctrine avec les excommuniés, et il se rappela qu’au temps où lui-môme était origénisle ardent, il comptait Chrysostome parmi les auxiliaires de son parti. Ce fut pour
1. Eo desperationis hommes devenere ut scripto te accusent. Cæterum quod tibi videtur rescribe. Pallad., dial., p. 25.
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cet esprit malfaisant un trait de lumière, et il songea dès lors à quelque grande intrigue qui fît tomber dans le même filet les protégés et le protecteur. Pour le moment, il s’en tint aux questions de discipline et de compétence ecclésiastique, et fit à la lettre de Chrysostome la réponse suivante : « Je ne croyais pas que tu pusses ignorer les canons de Nicée qui défendent aux évêques de juger des causes hors de leur ressort. Que si tu les ignores, je t’invite à en prendre connaissance, et à ne pas recevoir de requête contre moi. Dans le cas où je devrais être jugé, il faut que je le sois par les évêques d’Égypte et non par toi, qui es éloigné d’ici de soixante-quinze journées1.
Le cinquième canon de Nicée portait effectivement défense aux évêques des autres diocèses de recevoir en communion ou en recours les membres du clergé et les laïques qui auraient encouru l’excommunication dans leurs diocèses particuliers; mais il y était ajouté comme correctif que Ton s’informerait si ce n’était point par faiblesse ou par quelque autre défaut des évêques, ou par suite de quelque inimitié personnelle, que les plaignants auraient été retranchés de la communion. Clnysostome était donc entre les excommuniés de Nitrie et leur métropolitain dans toute la rigueur du droit : il voulait examiner aux termes des canons si leur condamnation n’était pas l’effet soit d’une erreur,
1. Arbitror quidem non ignorare te canonum Nicænornm decretum, quo censetur, ne episcopus litem extra fines suos judicet; si autem ignoras, disce et a iibellis adversus me abstine. Nam si judicari me oporteret, ab Ægyptiis cpiscopis judicandus sum, non a te qui septuaginta quinque dierum itinere bine abes. Pallad., dial., p. 25.
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soit d’une vengeance privée. Théophile au contraire feignait d’imputer son intervention à une grossière ignorance des règles ecclésiastiques, et, voulant afficher jusqu’au bout le mépris pour Chrysostome et pour son patronage, il fit appréhender au corps l’aîné des Longs-Frères, demeuré, ainsi que je l’ai dit, dans son diocèse des montagnes comme un consolateur et un appui pour ce qu’il y restait encore de solitaires.
Par un procédé qui rappelle les tyrans de l’ancienne Égypte, le patriarche envoya à Dioscore des esclaves éthiopiens qui le traînèrent hors de son église, et c’est t ainsi que le vieillard apprit qu’il allait être déposé1. La* sentence canonique suivit de près. Non -seulement
l’évêque d’Hermopolis la Petite fut cassé de son grade et retranché de la communion, mais le diocèse luimême fut aboli, comme si la présence de ce saint homme sur le plus pauvre siège d’Égypte y eût imprimé une souillure2. Dioscore, délivré de sa triste chaîne, s’embarqua furtivement et rejoignit ses frères à Constantinople. Cet exploit de Théophile complétait la lettre à Chrysostome et lui donnait toute sa signification.
L’archevêque de Constantinople parut ne point sentir le trait insolent par lequel Théophile répondait à sa prière; il lui récrivit même pour le ramener à des sentiments plus calmes dans l’intérêt de l’Église, tandis que d’un autre côté il prêchait la paix aux Longs-Frères.
1. Dioscorum sanctum episcopum jubet throno cjici, tractum a servis æthiopibus, iisque fortasse nondum baptizatis. Pallad., dial., p. 23.
2. Sibi vindicans ejus parœciarn, qtiam à Christ i adventu habehat civitas Dioscori. Pallad., ibid.
Ces moines et leurs compagnons, las de tant de délais, irrités, malades, se contenaient à peine : une perte douloureuse acheva de les aigrir. Le grand hospitalier Isidore mourut. Ce prêtre, source involontaire de leurs malheurs, expirait à l’âge de quatre-vingt- cinq ans dans une de ces cellules d’Anastasie que l’archevêque leur avait assignées pour demeure, et où ils ne virent bientôt plus qu’une prison; ils se demandèrent alors les uns aux autres avec désespoir s’ils étaient destinés à mourir , comme leur ami, dans l’exil, sans justice ni vengeance. Ils en étaient là quand de nouveaux événements vinrent leur rendre la liberté d’agir, et dégagèrent l’archevêque de toute responsabilité d'ans les tristes affaires de Nitrie.
Il était entré tout récemment au port de Constantinople un navire égyptien amenant d’Alexandrie une ambassade du patriarche à l’empereur. Les envoyés étaient au nombre de cinq, un évêque et quatre abbés, et dans leurs rangs figuraient quelques-uns des odieux espions de Nitrie, provocateurs et instruments de tous ces désastres : la trahison, comme on voit, avait bientôt reçu sa récompense. Ils étaient porteurs d’une requête au prince tendant à cequ’ou chassât de Constantinople, comme des hommes dangereux et capables de tout, des moines fugitifs, excommuniés par leur évêque et condamnés par un concile pour crime d’hérésie, de magie, de rébellion enfin contre l’Église et l’État1 : ces
1. Ad hæc Theophilus mittit quosdam ad contentiosas verborum pugnas exercitatos... et monet dent libelles precum quos more suo ipse dictaverat, qui continebant apertum quidem mendacium, nmic-
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scélérats, c’étaient les Longs- Frères et leurs amis. L’imputation de magie glissée au milieu des autres avait été perfidement imaginée pour intéresser le pouvoir civil à l’extermination de ces malheureux1. La magie en effet était un crime de lôse-majesté, jugé la plupart du temps par des commissions spéciales, attendu qu’il s’y mêlait presque toujours aussi des menées ambitieuses et des complots contre le chef de l’empire. Les lois qui la punissaient étaient donc d’une dureté impitoyable: c’était la relégation ou la mort. Faire des exilés de Nitrie une bande de magiciens, c’était armer contre eux la haine publique, les soupçons du prince, le zèle des adulateurs et des lâches. Les envoyés s’offraient d’ailleurs à soutenir leurs dires devant le tribunal de l’empereur. Pour que l’accès du palais leur fût plus facile et l’office du prétoire plus favorable, ils arrivaient munis de grandes sommes d’argent et de cadeaux de toute nature. Le patriarche d’Alexandrie comptait à la cour byzantine, ainsi que je l’ai dit, plus d’un serviteur à gage prêt à l’aider dans toutes ses entreprises.
Les relations du primat d’Égypte avec le gouvernement impérial avaient un caractère tout particulier, unique dans l’empire d’Orient. Alexandrie alimentait Constantinople, comme Carthage nourrissait Rome, et l’évêque qui tenait sous sa main les fermiers des grains,
tum vero varia et multiplici calumnia eorum quæ sunt invisibilia. Pallad., dial., p. 24.
1. Cum nihil haberet unde eorum vitam calumniaretur, facit ut in palatio quasi præstigiatores digito monstrarentur. Pallad., dial., ibid.
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la flottille de transport, en un mot les nombreux agents du service del’annone, étaitdevenu parle fait un personnage politique très-important. Un retard d’ummois, de quinze jours, d’une semaine dans les envois suffisait pour affamer la ville résidence des césars et les césars eux-mémes, et l’on put mesurer l’influence des redoutables patriarches d’Alexandrie lorsque, sous le principat de Constance, Athanase fut accusé d’avoir voulu créer la famine. Outre cela, le service de Fannone comptant dans l’intérieur de Constantinople des agents presque aussi nombreux qu’au port d’Alexandrie et ces agents étant presque tous Égyptiens, les mêmes patriarches possédaient au sein de la ville impériale un petit peuple de matelots, d’ouvriers, de portefaix, de trafiquants de toute sorte, concentré dans un quartier voisin de la mer et en rapport avec la flotte : peuple turbulent, toujours mêlé aux émeutes de la plèbe byzantine et toujours prêt à entrer dans des complots religieux sur un signal de son évêque. Aussi l’histoire nous montre-t-elle les Égyptiens de Constantinople jouant fréquemment un rôle dans les désordres ecclésiastiques de cette capitale, par exemple dans la lutte entre Grégoire de Nazianze et le philosophe Maxime *, et plus récemment lors de la candidature de Jean Chrysostome. Cet état de choses assurait à l’intervention du primat d’Égypte dans une affaire infiniment plus de poids auprès du gouvernement impérial qu’è celle des primats d’Antioche, de Thés-
1. Consulter lh-dessus les Nouveaux Récits (le l'histoire romaine au v* siècle : Trois Ministres, etc.
salonique ou de Césarée; l’habileté égyptienne faisait le reste.
Non contents de poursuivre juridiquement les exilés devant l’empereur, les envoyés de Théophile propageaient contre eux dans la ville les bruits les plus infamants, et déjà la disposition des esprits, favorable jusque-là, leur devenait contraire. Les pauvres moines ne pouvaient plus paraître dans les rues qu’on ne les montrât au doigt en les traitant de magiciens. A bout de patience, ils résolurent de répondre aux accusations en attaquant de front les accusateurs, et, quoi qu’en pût. dire Chrysostome, ils rédigèrent une plainte dans laquelle, énumérant leurs griefs, ils requéraient contre l’évêque et les quatre abbés agents de Théophile la peine des calomniateurs. Ils firent plus, ils englobèrent dans la même réquisition le patriarche d’Alexandrie, comme le premier et le véritable auteur des calomnies1. Chrysostome alors les désavoua hautement, et déclara se séparer d’eux pour toujours2.
Chose triste à dire, cette séparation leur profita près des gens qui n’aimaient pas l’archevêque. Celui-ci fut blâmé d’abandonner ainsi dans le péril des suppliants
venus des extrémités de l’Orient se placer sous son aile
et de sacrifier la cause de ses hôtes à son orgueil de prêtre, qui ne voulait pas qu’un autre prêtre, si cri-
1. Monachi ut viderunt sc non solum Theophilum non pîacare, sed in majorem iram impellere... supplices libellos Joanni offerunt, diversa Theophili t3'rannidis généra dénotantes, adjunctis quibusdam capitulis quæ pudet coram siinplicioribus dicere, ne eos a credendo deterream.. Pallad., dial., p. 25.
2. Sic Joannes dato eis responso, eos ab sua cura et cogitatione dimisit. Pallad., dial., ibid.
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minel qu’il pût être, fût traduit devant un tribunal laïque, fût-ce même le tribunal de l’empereur. On exaltait au contraire le courage de ces honnêtes gens, qui brisaient de gaieté de cœur leur dernier appui plutôt que de subir patiemment l’infamie. A mesure que l’intérêt se reportait sur eux, les ennemis de l’archevêque en prenaient occasion pour noircir sa conduite, et l’infortune des moines de Nitriefut un sujet d’incrimination pour lui. On prétendit que ce cloître où il les avait enfermés était réellement une prison, qu’ils y supportaient les plus durs traitements, et qu’un d’entre eux étant mort de misère et de faim (on parlait vraisemblablement d’Isidore), Chrysostome avait refusé de lui rendre les devoirs dus aux mourants1. Ceci pouvait être vrai, car la règle ne lui permettait pas d’entrer en communion de sacrements avec des gens frappés de séparation canonique. La cour encourageait de tout son pouvoir ce revirement de l’opinion, et en dépit des menées de Théophile les moines de Nitrie y devinrent à la mode par opposition à Chrysostome. Non-seulement on les encouragea dans leur résolution de demander justice à l’empereur, non-seulement on leur fit déposer leur placet, suivant les formalités voulues, à l’office du prétoire impérial, mais, comme la réponse tardait, vu la lenteur des procédures, on leur mit en tête de recourir à l’impératrice elle-même, qui, disait-on, ferait marcher l’affaire comme il convenait.
Un jour donc qu’Augusta était attendue pour la célébration des mystères à l’église de Saint-Jean-Baptiste,