Longi sumus, o pater. Sozom., ibid
4. Nos vero... et discipulos tuos ssepenumero vidimus, ctlibros per-
IGi
JEAN CHRYSOSTOME
nous interroger, sans nous avoir vus, sans avoir lu nos livres, as-tu décidé que nous étions coupables?» Ammonius se tut, et le vieil évêque comprit la leçon. Il causa avec ces moines honnêtes et sensés, fut content de leurs réponses, et bien des préventions s’effacèrent de son esprit. Ce commencement de réconciliation avec des hommes qu’il était venu poursuivre à Constantinople y rendait sa présence plus que jamais inutile : il accéléra donc ses préparatifs de départ. Le chagrin s’était emparé de lui, le remords peut-être. Comprenant trop tard qu’il avait été le jouet d’une intrigue où il avait sacrifié son repos et une partie de sa dignité, il haïssait Constantinople, et quand il monta sur le navire qui devait l’emporter, il dit aux évêques qui l’accompagnèrent jusque-là : «Je vous laisse votre ville, votre palais, vos spectacles; j’ai bien hâte, je vous assure, de quitter tout cela 1 ! » Ce furent ses dernières paroles.
A mesure que le navire s’éloignait, fendant les eaux de la Propontide, le reste d’exaltation qui le soutenait encore tomba devant la réflexion. Il ne lui resta plus que le sentiment d’une défaite déshonorante. Les fatigues de la mer, se joignant aux tristesses de l’esprit, achevèrent de ruiner une constitution déjà trop affaiblie. Hors d’état de supporter les assauts de la fièvre qui le saisit, il s’éteignit durant la traversée, sans avoir revu les côtes de sa chère Salamine.
legimus, ex quibus unus qui Ancoratus inscribitur. Cumque multi vituperare te et tanquam hæreticum calumniari vellent, nos pro pâtre, uti par erat, propugnavimus... Sozom., vm, 51.
1. Urbem vobis etpalatium et scenam relinquo; ego vero abscedo; festino enim et quidem valde. Id., ibid.
Cette mort si prompte, si peu attendue, était de nature ù frapper des esprits superstitieux, et lorsque plus tard on vit son antagoniste, ‘ 'Jean Chrysostome, condamné, déposé, chassé, aller mourir en exil, il se forma du rapprochement de ces deux faits une légende populaire que les contemporains nous ont transmise. On prétendit que, dans une dernière entrevue dont l’histoire ne parle pas, Épiphane aurait dit à Chrysostome: «J’espère que tu ne mourras point évêque;» à quoi celui-ci aurait répondu : « Et moi j’espère que tu ne mourras pas dans ton île de Chypre. » Si la légende avait pour but de montrer l’esprit prophétique des deux saints, elle ne fait guère briller leur charité1.
La désertion d’Épiphane laissait à Chrysostome le champ de bataille : il eût dû user modérément de la victoire; mais telle n’était pas la pente de son caractère.
Il restait d’ailleurs en face de ses vrais ennemis, de
ceux entre les mains desquels le vaniteux vieillard
n’avait été qu’un instrument dont ils avaient joué sans pitié, et à leur tête l’imagination de Chrysostome plaçait toujours Augusta, ses favorites et les évêques de cour. Contre ceux-là, sa colère n’attendit pas longtemps pour prendre une revanche. On l’avait abreuvé d’humiliation et de fiel vis-à-vis de sa ville, vis-à-vis de son peuple : la vengeance éclata comme malgré lui. Dans un discours que nous ne connaissons que par quelques mots de l’histoire (car, les tachygraphes n’ayant point
1. Sunt qui dicunt eum cum jam navem consccnsurus essct, næc Joanni dcnuntiasse : Spcro tenon moriturum esse episcopum; Joannem vicissim illi sic respoudisse : Spero te non perveoturum esse in patriam. Socr., vi, 14.
JEAN CHRYSOSTOME
osé le publier selon toute apparence, il manque à la collection de ses œuvres), il s’appesantit sur les désordres des femmes en général, et stigmatisa particulièrement celles qui, mêlant aux galanteries de la vie mondaine la prétention de gouverner l’Église, sèment la discorde dans le sanctuaire, et persécutent les ministres de Dieu1. L’histoire nous dit en propres termes que dans les tableaux hardis qu’il présentait- à son auditoire tout le monde reconnut Augusta et son entour rage2. L’impératrice était absente, mais des gens officieux ne manquèrent pas d’aller lui tout révéler3. L’attaque était tellement vive, à ce qu’il paraît, qu’Eudoxie courut chez l’empereur, le conjurant de faire justice sans délai d’une injure commune à tous deux. Arcadius hésitait: Sévérien, appelé au conseil, opina pour qu’on attendît, avant de rien faire, l’arrivée de Théophile, qui à ce moment devait être en route pour Constantinople. Les amis de Chrysostome étaient dans la consternation, ses ennemis dans la joie.
Le patriarche d’Alexandrie en effet était en marche pour Constantinople. Après les premières nouvelles d’Épiphane, qui semblaient promettre à sa campagne dans la grande métropole de l’Orient une heureuse
1. Sine mora orationem habuit ad populum, quæ omnium generaliter mulierum vituperationem continebat. Socr., vi,15. — Porro digresso ab urbe Epiphanio, Joannes in ecclesia verba faciens, communem adversus mulieres vituperationem instituit. Sozom., viii, 10.
2. Eum sermonem vulgus ita accepit, quasi contra Augustam figurate dictus fuisset. Socr., vi, 15. — Sozom., vm, 16.
3. Exceptus igitur a malevolis ad principum notitiam perfertur. Socr., vi, 15. — Hi vero qui episcopo infensi erant, rationem ipsam excipieutes, ad imperatorem attulerunt. Sozom,, vm, 16,
ET L’IMPÉIIATRICE EUDOXIE.
issue, Théophile avait commencé la sienne. Choisissant vingt-huit évêques égyptiens signalés entre tous par leur dévotion absolue ù ses volontés, il leur avait recommandé de s’embarquer dans quelques jours pour venir le rejoindre à Chalcédoine, où il se rendait par la voie de terre1. Ces précautions prises, il s’était acheminé vers la Palestine, la Syrie et l’Asie Mineure, tandis qu’Épiphane reprenait la mer pour rentrer à Salamiue. Le patriarche ne croisa donc pas sur sa route le cadavre de son ami.
1. Episcopis Ægypti navigare jussit... ipse pedestri itinere proficiscitur. Sozom., vin, 14.