‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 39 sur 108 · Cf. C. P. topog, Auct. Petro Gyllio · texte numérisé non relu

Cf. C. P. topog, Auct. Petro Gyllio

2. NautæAlexandrini, quorum frumentariæ naves tum forte adorant, obviam progressi, faustis ilium acclamationibus excepere. Socr., vi, 15. — Nautæ Alcxandrini, in unum collecti, eum gaudio et faustis acclamationibus exceperunt. Sozom., vm, 17.

3. In quamdam imperialem domum quæ Placidiana appellatnr divertit. Socr., vi, 15. — Imperialem domum, in qua ipsi diversorium fuerat præparatum. Sozom., vin, 17.

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s’excusa. 11 n’entra pas même A l’église pour y faire un acte d’action de grâces, comme il convenait à un évéque, et comme c’était la coutume1. Poursuivant sa roule dédaigneusement, il alla s’installer avec sa suite au palais impérial préparé pour lui. La conduite qu’il tint ce jour-là fut sa règle pour les jours suivons. Il repoussa toutes les invitations de l’archevêque, il refusa même de le voir et de communiquer ecclésiastiquement avec lui. « Ceci, disait Chrysostome offensé, et qui voulait à toute force une explication, ceci n’est-il pas une déclaration de guerre faiteà un évêque aux portes de son église? N’est-ce pas le prélude d’une bataille et un grand scandale pour toute une ville*. » Le navire qui avait amené d’Alexandrie les vingthuit suffragants du patriarche était porteur d’une assez forte cargaison de tissus précieux de l’Inde, d’aromates et de parfums de l’Arabie destinés à ses libéralités ou à ses corruptions3. 11 en fit la répartition entre les officiers et dames de la cour et les matrones de la ville dont il pouvait avoir besoin, y joignant, suivant ses habitudes, de bonnes sommes d’argent données à propos. Il s’acquit ainsi beaucoup de faveur dans la

1. Ecclesiam non adiit juxta morem liactcnus observatum, ncquc nobiscum congrcssns est, nec participes nos sermonis fecit, non precum, non communionis... Chrys., Epist. ad l‘ap, Innoc.; Pallad., dial., p. 15.

2. Attamen facientes id quod nosmetipsos decebat, et assidue ipsum adliortantes ut congrederetur nobiscum et diceret qua de causa ab initio tantum bellum accendisset, tantæque civitati excitasset scandalum. Chrys., ibid.

3. Advenit Theophilus veluti scarabcus fimo onustus pulchcrrimarum rerum quæ in Ægypto sunt et in ipsa India, suavissimum odorem pro fcetida invidia spargens. Pallad., dial., p. 20.

haute société de Constantinople. Au palais de Placidie, il menait le train d’un prince ou d’un consul : sa porte était ouverte, sa table dressée à tout venant, et «il réunissait en des repas splendides,» nous dit un contemporain, les hommes importants, ecclésiastiques ou laïques, qu’il savait ennemis de l’archevêque1. C’est là que se recueillait et se combinait avec un art pervers tout ce qui, vrai ou faux, pouvait servir à la fabrication d’un procès en règle. Deux diacres dont il a été parlé, ecclésiastiques indignes chassés de l’église de Constantinople, l’un pour adultère, l’autre pour homicide, avaient un accès libre près du patriarche, et l’histoire nous les signale comme les instruments les plus actifs de ses machinations2. Théophile n’avait pas manqué non plus de se lier avec Eugraphie, dont il fréquentait assidûment la maison. Il y avait donc a Constantinople deux conciliabules en permanence contre Chrysostome, l’un au palais de Placidie pour les intrigues courantes et la réunion des évêques étrangers, l’autre chez Eugraphie pour la direction supérieure du complot. Ce dernier, où siégeaient Sévérien de Gabales et ses acolytes Antiochus de IMolémaîs et Acacius de Bérée, correspondait avec

la cour quant aux moyens d’exécution3. L’impé-

1. Partiin largitione auri,.. partim lautioribus epulis gulæ dcditos sibi mancipans, partim blandit.iis et spe majoris dignitatis, sui similos .impostores e clericis in suas partes adducens. Pallad., dial., p. 20.

2. Diaconi duo a Joanne episcopo ejecti... ob enormia scelera... Theophilus persuadet illis ut libellos adversus Joannem dent. Pallad., dial., ibid.

3. Coit in ædibus Eugraphiæ cum Severiano, Antiocho, Acacio et reliquis Joanni infensis. Pallad., loc. cit.

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ratrice, plus implacable que jamais, en était l’âme.

Un sentiment honnête ou un remords d’Arcadius faillit troubler la quiétude des conspirateurs. La poursuite des Longs-Frères contre leurs calomniateurs, protégée dans le principe par Eudoxie elle-même, avait eu une issue favorable devant le tribunal du prétoire. L’évêque et les quatre abbés dénonciateurs des moines de Nitric, voyant qu’il s’agissait pour eux d’une condamnation capitale, car ils avaient accusé Ammonius et ses compagnons d’un crime capital, le crime de magie mêlé à celui de lèse-majesté, effrayés d’ailleurs des dispositions de l’impératrice à leur égard, avaient fini par tout confesser. Ils avaient avoué que les faits étaient faux ou du moins qu’ils les ignoraient, que la requête n’était pas rédigée par eux, et que dans toute cette affaire ils n’avaient été que les serviteurs obéissants de leur patriarche. D’après leur aveu, ils furent déclarés coupables et condamnés à la peine de mort. Ces choses se passaient pendant le voyage de Théophile et avant qu’Eudoxie fût entrée en recrudescence d’animosité contre Chrysostome.

Informé de tout par les officiers du prétoire, l’empereur, dont la conduite du patriarche blessait les seirtiments religieux, se montra fort irrité, et à l’arrivée de celui-ci il eut l’idée de le faire traduire pour ces faits devant le futur concile. L’honneur de la religion, pensait-il, exigeait une explication solennelle et, dans le cas où les faits seraient prouvés, un châtiment. Dans cet ordre d’idées et pour l’apaisement de ses scrupules, il manda près de lui Chrysostome, qu’il chargea d’aller interroger Théophile au palais de Pla-

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cidie1. Chrysostome déclina l’ordre impérial. « Je ne puis, dit-il respectueusement, concourir à faire juger un évêque en dehors des limites de sa province, les canons le défendent2: » puis il montra à l’empereur la lettre par laquelle ce même Théophile, à propos de cette même affaire des Longs-Frères, contestait l’autorité de tout concile qui ne serait pas égyptien. Quelque intance qu’y pût mettre Arcadius, l’archevêque se renferma dans cette réponse3. A part la délicatesse de conscience qui pouvait le porter à ne point se faire le juge d’un ennemi déclaré, on se demande quel était ici le vrai motif du refus, car c’était lui qui le premier avait émis l’idée d’un concile à Constantinople pour prononcer entre les moines de Nitrie et leur évêque. Pourquoi combattait-il aujourd’hui cette idée? Est-ce parce qu’il avait rompu avec les Longs-Frères? Est-ce qu’il craignait que des tribunaux ecclésiastiques l’affaire ne passât aux tribunaux séculiers à cause des faits de violence publique et de calomnies, et qu’il reculait devant une participation quelconque à un acte qu’il regardait comme attentatoire à la dignité d’un évêque? Serait-ce enfin que l’attitude hardie et presque triomphante du patriarche l’intimidât, et que, résolu d’attendre ses attaques, il ne voulût pas paraître les

1. Nos in utteriorem urbis rogionemrubi degebat, piissimus imperator evocavit, atquo causam ejus jussit audire, nam et irruptionem et cædes et alia innumera objiciebant. Chrys., Epist. ad Pap. fnnoc. Pal lad., dial. y p. 5.

2. Non oportere judicia extra limites trahi, sed in ipsis provinciis res provinciales tractandas esse. Id., ibid.

3. Non solum judicium non obiimus, sed vehementissime recusavimus. Id., loc. cit.

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avoir provoquées? Quoi qu’il en soit, il persista dans sa réponse. Théophile se trouva délivré d’un grand danger, grâce à l’honnêteté de son ennemi, et bientôt Arcadius n’y pensa plus.

Pourtant l’alarme avait été vive au camp des Alexandrins, comme on les appelait, et la présence des calomniateurs condamnés continuait à embarrasser le patriarche; il obtint, par l’intervention des officiers de la cour et peut-être par celle d’Augusta, que leur peine fût commuée en celle de la relégation, au moyen de quoi ces hommes compromettants furent éloignés de Constantinople, et pour le moment l’affaire fut calmée *. Cependant le peuple de la ville commençait à s’agiter sous l’incitation de mille bruits divers. Des bandes d’artisans, d’ouvriers du port et même de laboureurs de la banlieue se réunissaient dans le voisinage de l’archevêché pour y stationner, comme s’ils eussent craint quelque violence contre leur évêque ; les églises étaient pleines le jour, et le soir des litanies formées spontanément parcouraient avec animation les portiques des places et des rues. C’était la manifestation d’une grande inquiétude publique, et, loin de s’y opposer, Chrysostome engageait ses fidèles à s’y rendre, à chanter, à prier, à opposer en un mot la protection du ciel aux mauvais desseins de la terre. Toutefois il s’abstint d’y paraître pn personne. Alarmé de ces mouvements de peuple, Théophile se fit donner par la cour une garde de sûreté sous le nom de garde d’honneur.

1. Post adventum Theophili -qui rem pecunia facilcm reddiderat, in postrema interrogatione, tanquam calumniatores Proconnesum a judicibus rolegati sunt. Pal lad., dial., p. 26.

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Cette précaution ne semblant pas encore suffisante, on examina dans le conciliabule d’Eugraphie s’il n'y aurait pas danger pour le synode à délibérer sous la main de cette plèbe vouée à l’archevêque, et si la prudence ne conseillait pas de le transférer hors de Con- *’ stantinople. L’ évêque de Gabales savait par expérience ce que valait le peuple byzantin quand il croyait son idole menacée, et il put en donner son avis. On pouvait craindre encore que cette attitude de toute la ville n’influât sur les évêques étrangers, qui ne montraient pas au reste grand empressement â seconder les intrigues de la cour. Bref, tout le monde tomba d’accord, et on décida que l’empereur serait prié de transférer le synode dans un autre lieu. Quel serait ce lieu? Ce fut l’objet d’une seconde délibération. Quelques-uns ayant proposé Chalcédoine, Théophile appuya ce choix â cause de l’évêque Cyrinus, que sa blessure empêchait de siéger à Constantinople, et qui serait d’un puissant secours au milieu des siens, dans sa propre église. Un motif de légalité militait aussi en faveur de Chalcédoine, c’est que, cette ville n’étant, à vrai dire, qu’un faubourg de Constantinople, son faubourg au delà du détroit, la tenue du concile sur une rive du Bosphore ou sur l’autre ne changeait rien à l’esprit ni aux termes mêmes du décret de convocation ; le concile délibérant à Chalcédoine serait toujours celui de Constantinople, et effectivement l’histoire ldi donne tantôt cette dénomination, tantôt celle du Chêne, canton de la cité de Chalcédoine *. Les choses

i. Concilium ad Quercum, concilium Constantinopolitanura. Cf. Tillemont, Mém. eccl., t. XI, p. 197.

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ainsi réglées, on se posa une troisième question qui n’était pas sans importance. L’archevêque voudrait-il comparaître hors de son église? car, si matériellement la ville de Chalcédoine n'était qu’un faubourg de Constantinople, l’église de Chalcédoine était parfaitement distincte, et avait son évêque particulier. Chrysostomc consentirait-il à être jugé ailleurs que sur son territoire ecclésiastique? On pouvait en douter. — « Eh bien! s’il ne le veut pas, s’écria un des assistants avec violence, nous l’y forcerons bien. Nous supplierons l’empereur d’employer son autorité pour mettre le contumace à la disposition du concile1. » Ce procédé tranchait la difficulté; le conciliabule applaudit, et les trois résolutions furent adressées à l’empereur, qui les approuva.

Il y avait dans la banlieue de Chalcédoine, au faubourgdu Chêne, un palais appelé de ce nom et célèbre dans tout l’Orient pour sa magnificence. C’était la résidence d’été que s’était bâtie du fruit de ses pillages publics et privés, dix ou douze années auparavant, le trop fameux préfet du prétoire Rufin3, ce qui faisait que le palais était appelé aussi Rufiana ou Rufiniana, la villa rufmienne. L’or, les pierreries, les marbres rares,

1. Congregati autem quærebant quomodo judicium ordirentur. Unus vero ex iis qui aderant suggessit : Joannem vel invitum ad concessum traherent. Pallad., dial., p. -7.

2. Ad Quercum... id suburbanum est Chalcedonis quod nunc ex Rufini viri consularis nomine appellatur ; in quo palntium est et ccclesia maxime, quam Rulînus ipse in honorem Apostolorum Pétri ac Pauli construxerat et Apostolœum ob id cognominarent. Sozom., vin, 10. — Suburbanum Chalcedonis quod Quercus dicitur. Secr., vi, 16.

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les bois précieux de l’Asie, entraienten profusion dans les ameublements et la structure de ce palais : la villa rufinienne passait au ve siècle pour la merveille des arts1. Le fisc impérial s’en étant emparé à la mort du maître, le splendide domaine passa de main en main, toujours admiré, toujours, mentionné dans l’histoire, jusqu’au temps de Justinien, où Bélisaire le posséda. C’est dans cette villa, digne des césars, qu’une décision d’Arcadius transféra la tenue du synode. Au palais proprement dit s’adjoignait une grande basilique, 1 ’Ajpostolœum, dédié aux apôtres Pierre et Paul, et dans la piscine duquel Ruün avait été baptisé en 39Z|, au milieu d’un grand concours d’évêques, par l’ainé des Longs- Frôres, Ammonius, qu’il avait fait venir d’Égypte pour être son père spirituel. Étrange rapprochement des personnes et des choses, c’est là que ce même Ammonius allait être mandé comme un criminel et qu’il devait mourir! Un grand monastère relié par ses cloîtres à l’Apostolœum renfermait une congrégation de moines chargés de prier jour et nuit pour le repos de l’âme du ministre dont les rapines avaient désolé le monde2. L’église fut affectée suivant l’usage aux délibérations du synode, et les évêques purent être logés à l’aise dans les vastes cellules du cloître.

Trois semaines s’étaient écoulées depuis l’arrivée de Théophile à Constantinople, et l’on était au milieu

1. On peut consulter, sur la magnificence de la villa de Rufin, mes Récits de l'histoire romaine au v* siècle : Trois ministres, etc. , p. 21 et 22.

2. Mouachos quoque juxta cam collocavit, qui clericorum in ea ccclesia munus expièrent. Sozom., vm, 16.

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de juillet à03, lorsqu’il partit avec ses fidèles pour la villa du Chêne. Quatre-vingt-cinq évêques de toutes les provinces de l’empire d’Orient étaient alors présents dans la ville impériale. Sur ce nombre, trentecinq seulement et plus tard quarante-quatre accompagnèrent le patriarche à Chalcédoine; aucun Égyptien n’y manqua1. Les autres restèrent à Constantinople, dévoués pour la plupart à l’archevêque, mais comptant dans leurs rangs quelques hommes mal sûrs ou indécis. C’est ce que plus tard on appela le parti joannile, par opposition à celui de Théophile, qui prit le nom de parti alexandrin. Tandis que les alexandrins organisaient avec éclat le concile régulier sous les lambris magnifiques de l’Apostolœum, les joannites se réunirent dans le triclinium ou salle à manger de l’archevêché sous la présidence de Chrysostome*. On y causait, on y apportait les bruits recueillis dans la ville, on y suivait avec anxiété ce qui se préparait au delà du détroit. Par intervalles, l’archevêque quittait son palais pour passer dans la basilique, où le peuple était toujours assemblé en grand nombre. Il montait à l’ambon, prononçait quelques paroles applicables à la circonstance, puis revenait au triclinium prendre part aux conversations des évêques.

Trois affaires principales devaient être portées devant le concile du Chêne : 1° la plainte des moines de Nilrie, cause première de la convocation ; 2° celle

1. Pallad., dial., p. 6. — Cf. Tillem., Mém. eccl., t. XI, p. 197 et note GG.

2. Kramus quadraginta episcopi cum Joanne episcopo, sedentes in triclinio episcopii. Pallad., dial., p. 27.

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des Asiatiques au sujet des dépositions et ordinations faites dans leurs provinces par Chrysostome en 401; 3° la mise en jugement de l’archevêque pour des crimes de l’ordre ecclésiastique et de l’ordre politique. Dans le classement des causes par l’assemblée préliminaire du concile, il fut convenu que le premier rang appartiendrait à celle de Chrysostome, comme à la plus urgente, le second à la plainte des Longs- Frères, et qu’on renverrait à la fin de la session la poursuite intentée contre Héraclide d’Éphèse, laquelle soulèverait les faits nombreux d'usurpation et d’intrusion reprochés à Chrysostome dans sa campagne d’Asie. L’ordre des affaires ainsi réglé, la session commença.

Les conciles formés en cour de justice criminelle, tels que celui-ci, se modelaient dans leurs règles de procédure sur celles de la justice séculière. L’accusation était introduite par une partie plaignante au nom de laquelle se faisaient les poursuites. L’accusateur devait être présent, proposer ses dires par écrit et s’inscrire solennellement dans les Actes du concile, se soumettant à la peine du talion s’il ne prouvait pas. S’il prouvait, le coupable devait être condamné suivant la rigueur des canons. Le libelle reçu, l’accusé était cité trois ou quatre fois pour qu’il eût à se défendre. Le refus volontaire et persistant de comparaître, la contumace, était un crime punissable des

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dernières peines, à savoir la déposition et l’excommunication. Si l’accusé comparaissait, il était interrogé; on produisait les témoins et les écritures dressées contre lui; enfin les évêques rendaient le jugement. A la déposition et à l’excommunication, dernières peines de la compétence des conciles, ils joignaient parfois l’emprisonnement et le bannissement, ainsi qu’on l’a vu dans le procès des Longs-Frères; mais alors la sentence ne pouvait pas être exécutée par les juges ecclésiastiques, et il y avait, comme disait le droit canonique, imploration au bras séculier. Pareillement lorsque des crimes entraînant la peine de mort se trouvaient compris parmi ceux dont le concile était saisi, il en renvoyait la connaissance aux juges civils, l’Église ayant horreur du sang. Telle est la trame juridique que nous allons voir se dérouler dans le jugement de Chrysostome.

La session s’ouvrit sous la présidence du patriarche d’Alexandrie, second siège de l’empire d’Orient, l’évêque du premier siège se trouvant accusé. Il ne présida que jusqu’au vote sur Chrysostome : se démit alors et passa la présidence à Paul d’Héraclée, ancien ami, aujourd’hui ennemi mortel de l'archevêque ; ce fut donc Théophile qui dirigea toute l’instruction de l’affaire, et il le fit de manière ù justifier sa double réputation d’habilité et de perversité.

Son premier acte fut de mander devant le concile, en vertu de ses pouvoirs, l’archidiacre de l’église de Constantinople, nommé Jean1. L’archidiacre, dans les

1. Porro ille vocat archidiacoaum meum, magna cum auctoritatc, quasi jam vidua esset ecclosia nec cpiscopum haberet i per ilium

premiers siècles du christianisme, était le principal ministre de l’évêque pour toutes les fonctions extérieures, particulièrement pour l’administration du temporel : il pourvoyait à la décoration de l’église, il avait l’intendance des oblations et des revenus lorsqu’il n’existait pas d’économes spéciaux, ce qui était le cas sous Chrysostome ; il distribuait les émoluments des clercs et joignait à ces attributions importantes des fonctions de police intérieure et de surveillance des mœurs. En un mot, on l’appelait « la main et l’œil de l’évêque. » Or l’archidiacre Jean était un homme haineux, brutal ; l’archevêque l’avait éloigné de son clergé pour avoir maltraité un enfant qui le servait, et l’avait ensuite rappelé par indulgence; mais celui-ci conservait des sévérités de son maître une rancune inextinguible. Théophile le savait, et il l’avait fait venir pour qu’il se portât accusateur dans l’affaire. C’était chose grave en effet qu’un archidiacre, principal ministre d’un évêque , se portant accusateur contre lui. Guidé par cet homme, il cita également ou comme accusateurs ou comme témoins la plupart des prêtres et des diacres des diverses églises de Constantinople, comme si le siège eût été vacant1. Il en vint un tel nombre que les églises semblaient abandonnées, et que sur beaucoup de points le service divin fut suspendu*.

cîerum omnem in se transtulit. Chrys., Epist. ad Pap. Innocent.: Pallad., dial., p. 0.

1. Subvertebantur ecclesiæ, cuin abduccrentur singularum clerici, et subornarentur ut adversus nos libellos darent, et ad accusationem accingerentur. Chrys., ibid.

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