Velut plialanx furore ebria. Pallad., dial., ibid
3. Libelli autem etiam læsæ majcstatis crimen continentes... Pallad., dial., p. 30.
deux mois les oreilles du prince pour lui arracher la convocation d’un concile qui, réformant les décrets du Chêne, l’absolve lui-même et condamne ses juges. Eh bien, que le prince lui accorde ce concile pour le tournera sa confusion, ce qui ne sera pas difficile, vu le nouveau crime qu’il vient de commettre et qui soulève contre lui l'indignation universelle. En ne négligeant point les moyens d’influence, on arrivera, la cour aidant, à un résullat dans lequel la dignité du souverain ne sera point compromise, et Jean, condamné deux fois par un tribunal ecclésiastique pour des faits ecclésiastiques, n’aura plus qu’à aller mourir en exil, à moins que l'impératrice ne trouve bon de le rappeler encore. » Cette proposition semblait trancher toutes les difficultés, elle écartait du moins les plus graves; l’empereur l’adopta, et fit préparer les lettres de convocation. On pensa qu’il y aurait avantage à tenir le nouveau synode à Constantinople, sous la main d’Augusla, qui encouragerait ou effrayerait les évêques, et aussi pour que Jean n’eût point à se plaindre, comme il l’avait fait antérieurement, d’être enlevé à la juridiction de son siège. On comprenait sans doute la faute qu’on avait commise en transférant le premier concile à Chalcédoine, hors de l’action de la cour, et laissant l’accusé maître en quelque sorte de Constantinople.
Pendant le cours de ces délibérations, et principalement quand il s’agit de la convocation du synode, le nom de Théophile se trouva dans toutes les bouches. Ce patriarche d’Alexandrie paraissait un rouage indispensable dans une entreprise ecclésiastique ayant pour
J KAN GUI» YSOSTOJI K
but de renverser Chrysostome. I! avait été l’Ame du concile du Chêne, ou, pour mieux dire, le concile du Chêne tout entier - il l’avait composé de ses affidés; il en avait tracé le plan, conduit les discussions, dicté les décrets. Pour ceux qui l’avaient vu A l’œuvre, qui avaient apprécié dans l’action ce génie fécond en ressources qu'aucun incident ne démontait, qu’aucune vérité ne confondait, qui, s’appuyant tour à tour de la fourbe et de l’audace, tour à tour souple et impérieux, séduisant et menaçant, -entraînait le commun des évêques par la subtilité de ses arguments ou par la crainte de ses vengeances*, Théophile était un homme dont on ne pouvait se passer dans rassemblée qui se préparait. D’un autre côté, quand on songeait à son peu de courage, aux terreurs qu’il avait montrées lors-, qu’une poignée de gens du peuple le cherchait pour le noyer, on pouvait affirmer qu’il ne viendrait pas. Les évêques lui écrivirent, en dehors de l’encyclique de convocation, une lettre particulière ainsi conçue : « Théophile, viens pour être notre chef, et, si tu ne le peux absolument, mande-nous ce que nous devons faire*. » Théophile répondit par des excuses qu’il cherchait A rendre acceptables à l’impératrice et à l’empereur : « qu’il ne pouvait s’absenter d’Alexandrie encore une fois sans manquer à son devoir d’évêque et au désir de son peuple, déjà très-mécoutent, et qui
t. Audax cnim natura Theopbilus, præceps, temerarius et admodum conientiosus. Pallad., dial., p. 30.
2. Aut rursus accurre adverses Juannem dus futures ; aut si plebeni reformidas, nobis rnodum queiudam suggéré, uude suinauius exordium. Pallad., ibid.
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se soulèverait sans aucun doute, s’il essayait de partir. » 11 ajoutait d’autres raisons encore; « mais ce n’était pas cela qui le retenait, dit l'historien que nous citons : c’était la peur, » car il avait toujours présente à l’esprit cette terrible journée où il s’était sauvé avec ses Égyptiens sur une frêle barque pour n’être pas jeté dans le Bosphore1 2 *. Toutefois, si le patriarche, malgré toute son envie de mal faire, ne se réunissait pas de corps aux ennemis de l’archevêque, il leur envoyait du moins son esprit, il annonçait en effet qu’il possédait un moyen infaillible d’obtenir l’expulsion immédiate de Jean, que ce moyen était contenu dans des documents qu’il confierait à des évêques égyptiens de ses amis en leur indiquant la manière de s’en servir, que ses envoyés s’entendraient avec les évêques de la cour, mais que l’affaire exigeait à l’égard des autres un profond secret pour qu’elle produisît le résultat désirable. Les Égyptiens porteurs des documents confidentiels et des instructions verbales du patriarche étaient au nombre de trois, tous bien dignes de la confiance de leur patron par leur talent d’intrigues déjà éprouvé, quoique l’un d’eux fût très-jeune encore et tout récemment ordonné : c’étaient là, ajoute le même historien, de bien misérables évêques4! A leur arrivée dans Constantinople, ils furent reçus à bras ouverts par Sévérien et ses complices de la cour.
Tout en jetant ainsi scs filets autour du futur con-
1. Ad hæc Theophilus ipse non venit, mernor quoiuodo rffugisset. Pallad., dial., p. 30.
2. Misit miserabiles très episcopos, Paulum, Poemenein et alium
recens ordinatum. Pallad., ibid.
JUAN CHKYSOSTOME
cile, Théophile ne négligea rien pour qu’il lût composé et préparé à l’avance suivant le désir de l’empereur et le sien. Il écrivit des lettres pressantes à tous les évoques des provin ces voisines de l’Égypte qui pouvaient espérer ou craindre quelque chose de lui (car son in fluence était grande en Palestine et en Syrie), les endoctrinant et leur dictant en quelque sorte leur vote. Sévérien, Antiochus et Acacius firent la meme chose dans les églises voisines de leurs sièges de Gabales, Ptolémaïs et Bérée, promettant ou intimidant, recrutant enfin, au nom de l’empereur, des juges pour opprimer son ennemi1. Ces menées ne furent pas sans effet. Une agitation extrême se propagea dans tous les diocèses, depuis l’Égypte jusqu’au Pont, et depuis Constantinople jusqu’aux confins de la Thrace. La convocation d’un nouveau synode pour la révision des actes de celui du Chêne, demandée par Chrysosloine comme un moyen de se justifier, fut présentée par ses adversaires comme un moyen d’aggraver la première sentence, conformément au vœu de l’empereur et aux justes ressentiments d’Augusta.
Le rôle de plus en plus apparent que prenait Arcadius dans ce second procès était fait pour imposer à beaucoup d’évêques impartiaux ou amis de Jean, tandis que l’action ardente de la cour excitait au contraire la passion de ses ennemis. Si l’on vit dans cette
confusion des sen limon ts et des consciences éclater
plus d’un acte de justice et de courage, on y vit aussi
1. Nam convocatis ex Syria, Cappadocia, Ponto et Phrygia univers» métropolitains et episcopis, Constautinopoli eos congregant. Pallud, dial., p. 31.
ni
bien des lâchetés. 11 y eut des évêques qui, n’osant pas venir voler en personne, par crainte peut-être des mouvements du peuple, que l’on supposait devoir soutenir Chrysostome, envoyèrent leur adhésion écrite à tout ce qui se ferait contre lui, se recommandant par là honteusement aux faveurs de la cour. On en cite un (pii avait eu la bonne idée de venir à Constantinople avec le dessein de défendre l’accusé, et qui regagna précipitamment son diocèse quand il vit les menées du parti contraire, et entendit les menaces qu’on proférait autour de lui. Ce pauvre homme se nommait Théodorus; il occupait le siège de Tyane en Cappadoce1; c’était pourtant, au dire des contemporains, un sage et grave prélat : ces contemporains, à ce qu’il paraît, ne rangeaient pas le courage parmi les dons de la sagesse. Les évêques qui arrivaient, à quelque parti qu’ils appartinssent, avaient cru pouvoir en arrivant communiquer avec Chrysostome, ne fût-ce que pour éviter la récusation qu’il avait faite de Théophile, lors du concile du Chêne, pour ne l’avoir point visité comme évêque du lieu; Arcadius les en blâma vivement, et les visites s’arrêtèrent 2. Toutefois, malgré les intrigues et les peurs, il se groupa autour de lui, les uns disent quarante, les autres quarante-deux évêques, qui lui restèrent fidèles jusqu’à la fin, sur
1. Et Théodorus quidem Tyanorum cpiscopus, vir ornatus, intel- Iccta conspiratione, ex lus quæ ad aures ejus vénérant, ne Theophili temeritaiem sequeretur, ihsalutatis reiietis omnibus, ecclesiarn suara repetiit. Pallad., dial., p. 31.
2. 11 li cum venissent, juxta canonum ordinem, communicarunt cum Joanne. Quod ubi rescivere principes, ægre tulerunt eoruin cum Joanne communionem. Pallad., ibid.
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plus do cent que peut avoir réunis le concile. De part et d’autre se signalèrent des hommes nouveaux qui n’avaient point figuré au synode du Chêne, et jetèrent quelque éclat dans celui-ci sous un drapeau ou sous l’autre. Nous les mentionnerons au fur et à mesure dans les détails de notre récit. Du côté de la cour, ce fut encore Acacias, Antiochus, Sévérien et Cyrinus de Chalcédoine qui formèrent le noyau autour duquel se rallia le parti ennemi de l'archevêque.
La statue d’Eudoxie avait été inaugurée à la lin de septembre i03, et déjà au commencement de janvier 4 0^ le concile se constituait. Quelques jours auparavant avait eu lieu la fête de la nativité du Christ, la seconde des grandes solennités chrétiennes, où l’empereur et la famille impériale avaient coutume de se rendre à la basilique métropolitaine pour y assister aux saints mystères. Arcadius déclara qu’il ne s’y rendrait point cette année, ne voulant pas, disait-il, communiquer avec l’archevêque que celui-ci n’eût purgé sa condamnation '. Cet acte tout nouveau, car depuis la rentrée de Chrysostome il n’avait jamais été question d’un tel empêchement, parut à beaucoup un mot d’ordre descendu du trône sur le concile et une condamnation anticipée. La session s’ouvrit sous ces auspices.
t. Cumque Natalis Christi dies jam adesset, iniperator more solito ad ecclesiam non processif : sed Joanni per intemuntios significavit, se non communicaturum cum illo, priusquam de objectis criniinibus natisfacicns, inuocentiam suam approbassot. So/.oni., vin, 20.
.JL. 1
ET L’IMPÉRATRICE EÜDOXIE.
I/objet de la convocation avait été, ainsi que nous l’avons dit, la révision du procès du Chêne; Chrysostome la demandait dans l’intérêt d’une justification éclatante, ses ennemis l’accordaient pour confirmer et aggraver au besoin la sentence de condamnation : c’était, comme on voit, le même but avec des .intentions exactement contraires. Toutefois, si divergents que fussent les motifs, et quel que dût être le résultat, favorable ou défavorable à l’archevêque, la révision du procès ne pouvait être faite qu’en recommençant le procès lui-même avec contrôle de tous les instruments de procédure, libelles d’accusation, interrogatoires, audition des dénonciateurs et des témoins, en un mot tout ce qui avait constitué l’instruction de l'affaire en première instance. Or, depuis six mois et plus que la sentence était prononcée, l’étal de l’église de Constantinople avait subi de grands changements, en partie par les épurations que l’archevêque avait opérées dans son clergé, en partie par d’autres circonstances. Certains des accusateurs avaient disparu ou s’abstenaient par crainte du peuple, se souvenant des menaces dirigées contre Théophile. 11 en était de même pour les " témoins, surtout pour les témoins ecclésiastiques. On se trouva donc de prime abord en lace d’une grande difficulté, celle de recommencer le procès avec ses éléments primitifs : en entreprendre un nouveau avec des hommes et des griefs nouveaux, c’était s’écarter de
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l’objet de la convocation et se jeter dans des hasards périlleux. Puis venait la question des débats contradictoires. Chrysostomé, qui n’avait point été entendu au concile du Chêne, prétendait bienTêtre ici; or dénonciateurs et témoins n’osaient aborder sans trembler ses éloquentes colères, qui pouvaient les couvrir de confusion et d’opprobre1. Les évêques de la cour durent s’inquiéter aussi, quoique un peu tard , des effets que prodWait sa parole ardente sur un peuple qui l’idolâtrait. Joutes ces raisons firent que le concile traînait sans prendre un parti décisif, et perdait son temps dans des opérations préliminaires.
Les Égyptiens émissaires de Théophile, voyant la lassilude qui gagnait le synode, crurent le moment venu de démasquer leur front d’attaque. Ils s’étaient grossi sous main d’auxiliaires dont ils avaient su scruter la conscience et l’habileté : en première ligne étaient Léonlius, métropolitain d’Ancyre, dans la pelite Galatie, et Am mon i us, évêque de Laodicée-la-Brûlée, dans la province de Pisidie. Tous deux passaient pour théologiens distingués, et Léonlius avait même beaucoup de réputation dans son pays; mais ses qualités réelles étaient défigurées par une Ame envieuse et une ambition impatiente. Il lui tardait de se montrer sur un
autre théâtre que celui d’une obscure cité de (ialatie,
et il croyait avoir trouvé ce théâtre dans la lutte qui s’ouvrait alors à Constantinople contre le premier orateur de la chrétienté. Pour Ammonius, c’était au fond
1. Cum vero Joannes respondisset, paratum se ad causam dicendam, accusatores ejus metu percutai, accusationem prosequi non sunt ausi. Sozom., vm, 20.
un homme partial et brouillon, et on disait de lui que l’évêque de Laodicée-la-Brûlée n’était venu que pour mettre le feu à l’Église1. Autour d’eux se groupaient des personnages secondaires et les théologiens familiers de la cour, Antiochus, Acacius, Cyrinus, Sévérien; les Égyptiens de Théophile se tinrent prudemment dans l’ombre pour ne point faire suspecter tout d'abord la proposition, si elle sortait de leur bouche. On se distribua les rôles : Léontius et Ammonius furent chargés de porter la parole devant le concile, et l’un d’eux, probablement Léontius, qui primait son collègue par le rang de son siège et par son importance comme théologien, exposa l’affaire à peu près en ces termes : « Que sommes- nous venus faire ici, et pourquoi nous a-t-on convoqués? — Nous sommes venus pour réviser le jugement d’un synode qui a déposé Jean du siège épiscopal de Constantinople, et c’est Jean luimême qui se pourvoit en nullité devant nous contre la décision de ce synode; mais pour nous la première chose à examiner est celle-ci : Jean est-il notre justiciable 2? A-t-il le droit de demander soit à nous, soit à tout autre tribunal ecclésiastique, la réforme du décret qui l'a frappé de déposition? En un mot, Jean est-il un évêque déposé pouvant demander canoniquement sa réintégration? — Non, Jean n’est ni évêque, ni prêtre; en vertu de lois ecclésiastiques formelles, il n’appartient plus même à l’Église. » Déployant alors le rouleau