Combustam reddidit ecclesiam. Pallad., ditl, p
2. De hoc tino quæstionum hahendatn e«se, q,.od post depositionem absque synodi auctoritate, suo ipsius arbitrio, in episcopalem sedem invasissot. Socr., vi, 18.
JEAN CHRYSOSTOME
de pièces que les Égyptiens avaient apportées d’Alexandrie, l'orateur lut à haute voix deux canons d’un concile tenu dans la ville d’Antioche en 3&1, sous l’empereur Constance. Voici ce qu’ils contenaient :
Quatrième canon. « Tout évêque déposé de son siège, soit justement, soit injustement, par un concile, et qui prendrait sur lui d’y remonter de sa propre autorité sans avoir fait purger sa condamnation par le même concile ou par un autre, et avoir été rappelé par ses juges à ses fonctions épiscopales, sera excommunié, sans qu’il lui soit permis de se justifier, et quiconque l’assisterait dans son intrusion ou communiquerait avec lui sera comme lui exclu de la communion de l’Église1. »
Le cinquième canon ajoutait : « Si un prêtre ou un évêque mis hors de l’Église continue à exciter des troubles, qu’il soit réprimé par la puissance extérieure comme un séditieux. »
« Or, ajouta l’orateur en poursuivant son discours, que se passera-t-il dans le cas présent? Jean a été déposé de son siège par le synode du Chêne; il l’a repris de sa pure et seule volonté, subrepticement, sans qu’un jugement d’absolution l’y rappelât, et par ce seul fait il s’est mis hors des lois de l’Église. Que nous demande-t-il maintenant? 11 nous demande de se justifier des crimes qui ont motivé sa déposition, il veut plaider devant nous son innocence et nous prouver qu’il a été condamné injustement; mais qu’il l’ait été
t. Si quis episcopus aut presbyter jure aut injuria depositus, per se reduat ad ccclesiam abaque synodo, talis non habeat iocum defensionis, sed absolute expellatur. Pallad., dial., p. 31.
justement ou injustement, cela ne nous regarde pas. Jean a cessé d’être justiciable d’un tribunal religieux; Jean n’est plus évêque ni prêtre, il est excommunié , et nous ne pouvons ni entendre sa défense, ni communiquer avec lui, sans encourir nous-mêmes la peine de l’excommunication : ainsi le veulent les canons que je viens de lire. — Notre marche dès lors est tracée : nous n’avons plus rien à faire dans ce procès que d’invoquer le secours de la puissance séculière pour mettre fin à une usurpation qui trouble et déshonore l’Église; ainsi le prescrivent les mêmes canons. »
Tel était le plan d’attaque suggéré par le patriarche d’Alexandrie, plan vraiment diabolique, car, si ce système prévalait dans le concile, Chrysostome, par son ardeur même à vouloir démontrer son innocence, avait creusé l’abîme où il allait périr. En se déclarant incompétent pour réviser le procès du Chêne, dont la révision d’ailleurs était entourée d’impossibilités, le concile confirmait purement et simplement la condamnation, il y ajoutait même une pénalité considérable; de simple évêque déposé, Jean devenait un excommunié à qui il était interdit de réclamer son absolution. Théophile, il faut en convenir, s’étail montré là digne de luimême-, jamais l’esprit du mal n’avait déployé plus de perversité dans la haine.
En entendant la lecture de ces canons ainsi appliqués^ la cause de Jean, le concile, à l’exception des initiés, fut frappé d’une véritable stupeur. La plupart des évêques les ignoraient, parce qu’ils n’étaient point entrés dans le corps des lois ecclésiastiques, tel qu’il se composait au ive siècle, et on en verra bientôt la
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raison; les autres ne les connaissaient qu’à litre de documents historiques, vaguement et en dehors de toute pratique, car on ne les appliquait point, ils ne se trouvaient même pas généralement dans les archives des églises, les actes du concile d’Antioche ayant été presque aussitôt après la promulgation rescindés par un autre concile, celui de Sardique; mais Théophile avait pu se les procurer aisément dans le trésor de l’église d’Alexandrie : ils concernaient en effet le plus glorieux de ses prédécesseurs sur ce trône patriarcal, le grand Athanase, l’oracle du concile de Nicée et l’éloquent théologien de la consubstantialité1. Nous entrerons ici dans quelques détails pour bien faire comprendre ce que c’était que ces canons d’Antioche, dans quelles circonstances ils étaient nés, et quelle pouvait en être la valeur quand on prétendait les appliquer à Jean Chrysostome.
Athanase, persécuté sans relâche par les adversaires de sa doctrine, banni par des princes trompés ou ariens eux-mêmes, avait trouvé un appui constant dans l’Église occidentale. Quoique déposé canoniquement en Orient, il avait pu communiquer avec les évêques d’Italie, qui l’avaient traité en évêque. Pour enlever à l’opprimé ce dernier recours, le chef du parti arien, Eusèbe de Nicomédie, passé en 3'|0 au siège de Constantinople, obtint de l’empereur Constance la convocation d'une réunion d’évêques dans la ville d’Antioche à l’occasion d’une dédicace d'église, et sut y entraîner l’empereur
1. Cum iis misit et quosdam canones quos adversus beatum Athanasium Ariani contlaverant. Pallad., dial., p. 30.
ET L’IMPÉRATRICE F.UDOXIE.
lui-même, dont il connaissait mieux que personne les prédilections pour l’arianisme. La réunion fut nombreuse et se constitua en concile : elle renfermait environ quatre-vingt-dix évêques, dont trente-six étaient ariens déclarés, et ceux qui ne l’étaient pas obéissaient aux intrigues d’Eusèbe, secondées par l'autorité de l’empereur. Le but réel du concile, compris par tous, était de porter un dernier coup au patriarche d’Alexandrie en l’empêchant de faire appel aux Occidentaux, et de trouver en Italie fassislance qu’il y avait déjà rencontrée une fois. Le concile donc, après avoir confirmé la déposition d’Athanase, rendit les canons que nous avons relatés plus haut, lesquels, dans l’opinion d’Eusèbe, devaient intimider les évêques d’Occident, ou créer du moins en Orient une position difficile au patriarche déposé. Pourtant il n’en fut pas ainsi. La cause d’Alhanase était si juste, la méchanceté de ses ennemis si manifeste, que ni le pape ni les évêques occidentaux ne s’arrêtèrent à des menaces d’excommunication : non-seulement ils communiquèrent sans , hésiter avec Alhanase fugitif, mais un premier concile réuni à Rome, puis un second à Sardique, relevant Athanase de sa déposition, condamnèrent les ariens et rescindèrent les actes d’Antioche. Par conséquent les articles de discipline imaginés parles Pères de ce concile comme une arme contre Athanase restèrent frappés de nullité dans tout l’Occident, et en elïet le pape Innocent, soixante ans plus tard, déclarait publiquement qu’il ne les reconnaissait pas. En Orient même, après la pacification des troubles d’Alexandrie, lorsque l’empereur Constance eut pris sur lui d’y ramener
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Athanase, les décrets d’Antioche, rendus précisément pour empêcher ce retour, tombèrent en désuétude, et on ne vit que postérieurement les compilateurs des canons disciplinaires y puiser certaines règles bonnes en elles-mêmes et que l’Église universelle finit par adopter. Telles étaient les raisons qui firent qu’au concile convoqué pour’juger Chrysostome la plupart des évêques ignoraient les canons d’Antioche quand on leur en donna lecture; elles expliquent aussi comment ces canons purent devenir l’objet de vives dissidences quand tout le monde les eut connus1.
A cette nouvelle phase dans laquelle entrait son procès, Chrysostome comprit ce qu’avait de vraiment infernal cette habileté de Théophile, qui se servait de son désir môme de se justifier pour lui dénier sa justification. Néanmoins il ne se laissa point abattre. Privé du droit de présenter lui -même sa défense en vertu de la prétendue loi invoquée contre lui, il la fit présenter par ses amis du concile, et nous en retrouvons les points principaux dans les Dialogues de Palladius, notre guide le plus sûr pour les événements que nous racontons. Chrysostome n’était pas moins versé que Théophile dans l’histoire des Églises d’Orient, et les traditions de celle d’Antioche, dont il était un des enfants, lui fournirent de quoi émousser ou briser l’arme que Théophile avait aiguisée contre lui. Le plan de sa défense consistait à démontrer d’abord l’invalidité des décrets d’Antioche comme règles de l’Église universelle, puis à prouver que, bons ou mauvais, ils ne