‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 5 sur 108 · Nonnihil barbaricæ feritatis. Philostorg., x i · texte numérisé non relu

Nonnihil barbaricæ feritatis. Philostorg., x i

2. On peut voir, sur les mœurs et sur les habitudes de corps de l’empereur Arcadius, mon volume cité plus haut des Nouveaux Récits de ïhist. rom. au ve siècle, p. 131 et suivantes.

sauts, il vivait dans une tranquille absorption en luimême, insoucieux et ignorant de ce qui se faisait dans sa maison comme dans son empire, crédule d’ailleurs et dissimulé, en tout point un digne élève des eunuques.

Avec un tel mari, au milieu d’une cour corrompue, Eudoxie, sans guide, sans expérience, avait bientôt cédé au goût des plaisirs, tout nouveaux pour elle, ou plutôt elle s’y était précipitée avec ces instincts impétueux que les contemporains qualifiaient de barbares. Sa réputation en souffrit grandement, et la mort d’Eutrope arrêta peut-être à temps des révélations qui l’eussent perdue près de son époux. Le favori en titre était alors un certain comte Jean, intime confident d’Arcadius dans l’administration des affaires publiques et probablement le ministre secret par les mains duquel l’impératrice tenait les rênes du prince et de l’empire *. Leur liaison dura plusieurs années, et avec si peu de rètenue que, lorsqu’en 401 Eudoxie mit au monde un quatrième enfant, qui fut Théodose If, la malignité publique salua le jeune prince du titre de «fils du comte Jean », et l’écho de ces bruits scandaleux a été recueilli par l’histoire *.

Sans s’intéresser plus que de raison à l’empereur Arcadius, le peuple s’était ému de ce déshonneur infligé à la maison de Théodose, et plusieurs fois, dans les émeutes qui agitèrent Constantinople à cetteépoque, on demanda la tète du comte Jean. Une des

1. Joannescui priuceps omnia suaarcuna crediderat. Zosim., v, 18.

2. Plerique perhibcbant (Joanncm) ejus filii quem Arcadius liabebat, patrem esse. Zosim., ibid.

JEAN CHU YSOSTOME

exigences du Goth Gainas, lors de sa fameuse révolte de l’année 399 qui mit la ville impériale à deux doigts de sa ruine, fut l’extradition de trois officiers du palais au nombre desquels était le favori, que l’empereur livra d’ailleurs sans grand scrupule1 2. On 11e doutait point que ce ne fût le livrera la mort; mais Gainas se contenta vis-à-vis de son prisonnier d’une de ces terribles plaisanteries que se permettaient parfois vis-àvis des Homains les généraux barbares en gaieté. Ayant faitcomparaître le comte Jean dans sa tente, où se trouvait en guise de bourreau un soldat armé du glaive et à quelques pas de là un billot, il lui ordonna d’une voix menaçante de se préparer à la mort. Celui-ci s'agenouilla sans mot dire, posa sa tète sur le billot et Gainas donna le signal de frapper. Le soldat qui avait reçu sa consigne, baissa le bras avec effort, comme pour trancher la tête d'un seul coup; mais, arrivé tout près de la gorge du patient, il 11e lui fit qu’une légère entaille avec le fil de l’épée, après quoi le comte Jean, plus mort que vif, fut jeté à la porte et conduit en exil au fond de la Thrace Gainas étant mort, le favori reprit sa place au palais, abusa de l’aveuglement d’Arcadius, excita de nouveau la colère du peuple, et dans une émeute d’habitants et de soldats on força sa maison pour le tuer. Averti à temps, il s’évada, courut se cacher dans une maison étrangère, et on prétendit que l’archevêque Jean Chrysostome, qui avait eu connais-

1. ltuic quoque poatulato princops... satisfecit. Zosim., v, 18.

2. Cum ilium accepisaet, eique gludium admovisset, eatenus tamen, ut cutem tantummodo stringeret, satis habuit... Zosim., ibid.

sauce de sa retraite, en indiqua le lieu aux soldats *.

Ce bruit était, selon toute apparence, calomnieux, car le comte Jean sut échapper encore une fois. Fondé ou | , non, il arriva aux oreilles de l’impératrice, et, comme on le pense bien, il lui laissa dans le cœqv un ressentiment inextinguible.

Rien n’égalait l’aveuglement d’Arcadius, sinon l’ambition effrénée de sa compagne. Non contente d’exer- \ cer en fait un pouvoir absolu sur les affaires de l’État, Eudoxie voulut l’exercer en droit. Le 9 janvier de l’année 400, elle se fit décerner le titre d’Augusta, tandis que jusqu'alors elle n’avait porté que celui de nobilissirne 1 2. Ce n’était pas assez, elle voulut que sa statue fût exposée dans tout l’Orient, à l’instar de celles des empereurs, aux adorations des peuples, et elle la fit promener de province en province dans l’appareil et avec les insignes de la souveraineté. Il existait dans le monde romain des préjugés enracinés contre le gouvernement des femmes, dont on adoptait l’influence et les honneurs comme émanant du césar ou de l’auguste proclamé et reconnu dans les formes légales, mais non comme leur appartenant en propre. Augusta, épouse ou mère d’empereur, n’était qu’un reflet de l’empereur lui-même, et ne pouvait rien revendiquer personnellement dans les pouvoirs ou les honneurs qui lui étaient décernés. L’innovation introduite par Eudoxie émut tout ce qui portait le nom de Romain. On y crut voir la prétention de régner à la manière des reines bar-

1. Quod Joanncm comitem in soditione militum ipse denuntiavit.

Act. synod. ad Quercutn, n<> 11, apud Phot. Biblioth., 59.

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