Manete, ut profectus modicum quiescam. Pallad., ibid
3. Ingressus autem baptisterium, Olympiadem vocat simul et Pcntadiam et Ampructem diaconissas et Salvinam... atque cis dic.it : Venite, filiæ, audite me. Pallad., ibid.
4. Quicumquc reluctans fuerit ad ordinationcm dcductus, ex conscusu omnium, non id ambiens, ei tanquam Joanni caput vestrum submittite : non potest enim ecclesia esse sine episcopo. Pallad., ibid.
JEAN Cil R' Y S OS TOME
s’étaient précipitées i\ ses pieds, qu’elles pressaient contre leurs lèvres en les inondant de pleurs. Appelant alors un des prêtres qui l’avaient suivi : « Éloignezles, lui dit-il, de peur que leur affliction ne trouble le peuple1. » Ses adieux étaient faits. Traversant rapidement la basilique, il gagna la porte orientale, où il se remit aux mains des soldats, qui l’entraînèrent en le cachant aux regards. « L’ange de l’église, nous dit le narrateur contemporain de cette touchante scène, partit avec lui2. »
La présence du cheval ordinaire de Chrysostomc près de la porte occidentale donna pendant quelque temps le change au peuple, qui attendit patiemment; il finit pourtant par soupçonner la vérité, et les uns coururent au port, où ils purent voir la barque qui contenait le prisonnier et quelques évêques et prêtres ses compagnons traverser le Bosphore pour gagner la côte de Bithy nie ; les autres, forçant une issue secrète du cloître, pénétrèrent par lù dans l’église. Ils la trouvèrent gardée par des soldats qui l’avaient occupée au moment du départ de Chrysostome, et assuraient les clôtures des portes pour empêcher l’entrée de la foule. Ces soldats voulurent repousser les nouveaux venus, dont le nombre augmentait sans cesse; ceux-ci résistèrent, et on se battit sur les dalles, qui furent ensanglantées. La foule amassée sous le grand portique, entendant des cris et un cliquetis d’armes à l’intérieur,
1. Illæ lacrymis perfusæ ad cjus pedes advolvcbantur... Toile eas hinc ne populum perturbent. Pallad., dial., p. 36.
2. Abiit in partem orientaient... Una cuin eo egressus est angélus occlesiæ. Pal lad., ibid.
crut qu’on faisait violence à l’archevêque, et voulut enfoncer les portes principales; mais elles étaient solides et fortifiées en dedans, comme je l’ai dit, par des armatures en fer et des verrous. On dut en faire le siège : on apporta des leviers, on lança des blocs de pierre; les ais brisés volèrent en éclats, et le flot populaire fit irruption avec une irrésistible violence. Rencontrant en face de lui la colonne qui débouchait en sens opposé, ils se heurtèrent, se culbutèrent les uns les autres, et il s’ensuivit une confusion inexprimable *. Des monceaux de gens étouffés, écrasés, encombrèrent bientôt la nef et les parties latérales de ljédifice. Les soldats mirent le comble au désordre en faisant usage de leurs armes. On n’entendait dans ce lieu sacré que jurements et malédictions, cris de menace et cris de douleur; des juifs et des païens, que la curiosité avait amenés parmi la foule, en prenaient occasion pour blasphémer le Dieu des chrétiens jusque dans son sanctuaire*. Il fallut du temps pour que la confusion cessât et qu’on pût tirer de l’église les morts et les mourants. Cependant ce désordre de la terre ne fut pas le seul : tandis qu’on était occupé à se battre, il se formait une de ces tempêtes soudaines, fréquentes en cette saison dans les parages de la mer Noire1 2 3. Poussée
1. Fores ecclesiæ occludere properarunt... Hi vero qui in ecclesia erant adhuc magis aditus obstruebant ad portas confluendo et semetipsos mutuo impellendo... Tandem ægre portas magna vi reserarunt,
■ cum alii eas lapidibus perfregissent, alii ad se retraiteront, et turbarn quæ a tergo erat retrorsus repeilerent. Sozom., vm, 22.
2. Erat autem ut in theatro sibilus impiorum cxplaudentium et irridentium, Judæorum ac Gentilium subsaunantium. Pailad., dial., p. 30.
3. Inenarrabilis atqne inexpticabiiis ealigo. Pailad., ibid. — Sub-
JEAN CHRYSOSTOME
vers la ville par un courant venu du nord, elle fondit sur Sainte-Sophie, qu’elle semblait vouloir ébranler jusqu’au faîte. On eut dit que le ciel et la terre s’étaient conjurés pour qu’aucun désastre ne manquât à celte sinistre journée.
La foule se retirait et la basilique était en partie évacuée, quand on vit une grande clarté jaillir subitement du trône d’où l’archevêque faisait ses instructions au peuple, puis des flammes, s’élevant comme des serpents autour des piliers du chœur, gagnèrent en un moment le plancher de l’église et la charpente1. Une colonne d’étincelles et de fumée surmonta bientôt l’abside, et, rabattue par le vent, étendit l’incendie à tout le reste de l’édiüce. Ce ne fut pas tout : les flammes, sorties de cette immense fournaise et toujours poussées par la tempête vers le midi, atteignirent le palais du sénat2 et menacèrent même celui de l’empereur, projetant au-dessus de la place comme un vaste pont sous lequel, si l’on en croit les historiens, on pouvait circuler sans danger3. Au contact ardent de la flamme, le toit de la curie se liquéfia, et le plomb fondu, découlant par ruisseaux dans l’intérieur du
solano vento vehementius liante. Socr., vi, 18. — Oborti venti procella. Zosim., v, 24.
1. Flanmia e media sede in qua solebat Joannes sedere... in altum arborescens per catenas ad tectum usque serpsit, atque viperæ instar ad posteriora ædificii ecclcsia^ ferebatur. Pallad., dial., p. 36.
2. Ædem quoque amplissimam Senatus, quæ illi ad meridiem vicina crat, combussit. Sozom., vin, 22.
3. Ignis ille interjectam populi multitudinem, pontis instar prætergressus... videre erat inter duos igneos montes illæsos populos ad sua negotia comuieautes. Pallad., dial., p. 37.
bâtiment, fit éclater les colonnes, les murs de marbre, et calcina les statues1. L’or, l’argent, le bronze, tous les métaux amalgamés ne présentèrent plus à l’œil qu’une masse informe ou des laves brûlantes, et l’édifice, privé de support, s’affaissa promptement sur luimême. Des secours portés à temps garantirent à grand’ peine le palais de l’empereur; quant aux splendides demeures qui formaient les côtés de la place, elles furent toutes réduites en cendres. Ainsi périrent les deux beaux monuments, l’un chrétien et l’autre païen, orgueil de la nouvelle Rome, sans qu’on espérât d’en relever jamais de pareils. La ville entière fut dans la consternation.
Ainsi qu’il arrivait toujours dans ce siècle d’exaltation religieuse, la superstition vint se mêler à la douleur, comme elle l’eût fait à la joie publique. En voyant crouler dans les flammes ce chœur célèbre des Muses, ouvrage des grands artistes de la Grèce, enlevé de l’Ilélicon par Constantin, les païens s’écriaient avec désespoir : « Qu’avaient à faire les Muses avec nos temps misérables? Il est bien juste qu’elles nous quittent2.» Mais plus tard, lorsqu’en fouillant les décombres on découvrit, couchés par terre et intacts, les simulacres de Jupiter et de Minerve, anciens gardiens des portes du temple, le deuil se changea en allégresse. « Cette vue, nous dit un écrivain polythéiste,
1. Ubi tcmplum univcrsum ab igné fuisset absumptum, simul et impositum tecto pluuibum liquefactuin in hæc simulacra distillabat. Zosini., v, 24.
2. Quo casu sane quant pcrspicue portendebatur a Musis alienatio. Zosirn., ibid.
ranima le cœur de tout ce qu’il y avait de bon dans la ville; on augura que les dieux avaient résolu de ne point lui retirer leur sauvegarde, et l’espérance commença de renaître... Pourtant, s’empresse-t-il d’ajouter avec un sentiment de profonde amertume, que les choses adviennent comme il leur plaira1! » — Les chrétiens aussi, du moins les catholiques partisans de Chrysostome, trouvèrent quelque consolation dans un fait merveilleux. Au milieu des ruines de la basilique et des palais voisins, une petite chapelle restait seule debout, à peine noircie par la flamme. L’était la sacristie particulière de l'archevêque, celle où il renfermait les plus riches ornements de son église et les vases sacrés d’un trop grand prix pour l’usage journalier; en un mot, c’était le trésor épiscopal*. En retrouvant ces objets vénérables entiers dans la chapelle intacte, et se rappelant que le vol du trésor de l’église avait été, au concile du Chêne, un des crimes articulés contre Chrysostome, ses amis virent dans cet accident, étrange assurément, un fait surnaturel, un témoignage que Dieu voulait donner au monde de l’innocence du persécuté et de l’infamie des persécuteurs. Deux clercs de Constantinople, le prêtre Germain et le diacre Cassien, qui comptaient parmi les fidèles de Jean, coururent sans retard faire leur déposition au palais de l’empe-
t. Quod qtiidem effecit ut omnes paulo politiores de urbe spes animis nieliorcs conci perçut; quasi sciiicet lii Dii statuerint earti sempor sua providentia complecti. Sed hæc qtiidem omnia, prosit numini visum fuerit ita cveniant. Zosim., v, 2i.
2. Soli ædiculæ in qua sacra vasa rcposita étant flamme pepercit. Pallad., dial., p. 37.
ET L’IMPÉRATRICE* EÜDOXtE.
reur, demandant qu’on dressât un inventaire authentique des objets retrouvés, tant en or et argent qu’en vêtements, meubles et tentures, du domaine ecclésiastique. L’inventaire fut dressé en double devant Studius, préfet de la ville, Eutychianus, préfet du prétoire, Jean, intendant des largesses du prince, Eustathius, questeur, et quelques notaires. Une des copies resta entre les mains des magistrats; Germain et Cassien réclamèrent l’autre pour leur sûreté, et la portèrent l’année suivante à Rome. Tandis que ces choses se passaient à Constantinople, Chrysostome cheminait, sur la joute de Chalcédoine à Nicée, avec son escorte de soldats prétoriens, deux évêques et quelques clercs qui avaient voulu le suivre.