‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 62 sur 108 · Marcel. Corn., Chron., ad ann. 40L · texte numérisé non relu

Marcel. Corn., Chron., ad ann. 40L

JEAN CHRYSOSTOME

plus tard, vers le soir; une troisième version le reculait jusqu’au lendemain matin : suivant elle, des joannites enfermés dans l’église l’auraient allumé avant de sor-

tir, et l’incendie, après avoir couvé toute la nuit, aurait fait irruption au leverdu jour. Une circonstance admise à peu près par tout le monde, c’est que la flamme jaillit d’abord du trône de l’archevêque, et que l’embrasement, excité par le vent, prit une force, une extension si grandes, qu’en moins de trois heures, basilique, curie, demeures particulières, tout était consumé L

Sous ces nombreuses préoccupations de l’opinion, l’enquête judiciaire commença. Le magistrat chargé de l’affaire, Studius, préfet de la ville, obéissant aux préventions de la cour, lança un mandat d’arrêt contre les deux évêques Eulysius et Cyriacus et quelques clercs métropolitains qui accompagnaient Chrysostome dans sa marche vers l’exil; contre Chrysostome, il ne l’osa pas. L’exilé suivait alors, avec son escorte de prétoriens, la grande route qui conduisait de Chalcédoine, où il avait débarqué, à Nicée de Bithynie, qui devait être la première halte de son voyage. Ses compagnons et lui cheminaient tristement, sans se douter que l’église qu’ils venaient de quitter n’était plus maintenant qu’un monceau de décombres et de cendres, lis se trouvaient déjà fort loin de la côte, lorsqu’ils furent rejoints par l’officier porteur du mandat d’arrêt et un groupe de cavaliers , accourus derrière eux de toute la vitesse de leurs chevaux. A la nouvelle qu’ap-

1. Flamma ignis quæ do beati Joannis throno nata fuit, subito ccclcsiam Constantinopolitanam conflagravit, vicinamque ecclesiæ nrbis faciem, serpens... exussit. Marcel. Com., aun. 404.

ET L’IMPÉUATRICE EüDOXIE.

portaient ces hommes de l’embrasement de Sainte- Sophie, l’archevêque et ses compagnons furent d’abord consternés; mais leur surprise se changea en indignation lorsqu’ils surent qu’eux-mêmes étaient accusés d’avoir mis le feu, et qu’ordre était donné par le préfet de les conduire dans les prisons de Constantinople, enchaînés comme des criminels, pour y répondre sur cette accusation 1.

Le mandat d’arrêt, comme on l’a vu, ne concernait point Chrysostome; mais Chrysostomc voulut y être compris. « Je ne me séparerai point de mes frères, disait-il avec animation ; s’ils sont coupables, je le suis; s’ils sont les instruments d’un crime, j’en dois être l’auteur ou le provocateur. 11 faut que je sois interrogé, que mes amis et mes ennemis sachent bien si je suis un incendiaire ou non. » L’officier n’avait pouvoir de rien décider là-dessus, en dehors du mandat du juge; il se borna donc à recevoir une protestation écrite que lui remit l’archevêque. Elle était conçue en ces termes : « Quoiqu’on d’autres circonstances vous ayez refusé de m’entendre sur les incriminations portées contre moi, il faut pourtant bien que vous m’entendiez sur le fait de l’incendie de mon église, puisque vous m’accusez d’en être l’auteur2. » L’archevêque, on le voit, avait deviné sans peine qu’une si outrageante pensée n’avait

1. Cyriacus et Eulysius...cum reliquis clericis vincti,adducti atque innocentes comprobati, postea dirnissi sunt. Pallad., dial., p. 37. — Episcopos et clericos qui una cum Joannc profecti fuerant, Clialcedonem adductos, cuslodiæ manciparunt. Sozom., vm, 22.

2. Et si in aliis non dedistis mihi locum defensionis, saltem in rebus ecclesiæ audiar, an auctorsiin, ut dicitis, ejus incendii. Pallad., dial., p. 37.

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pu venir que des évêques et des courtisans ses ennemis. Pendant qu’il écrivait, les fers étaient mis aux mains de ses compagnons \ que les cavaliers firent rétrograder vers les prisons de Chalcédoine, d'où. ils furent transférés dans celles de Constantinople, et enfin relâchés, à la condition de ne plus reparaître jamais dans la ville impériale.

A leur départ, Chrysostome resta atterré. Il était seul désormais, complètement seul; plus d’amis pour épancher son cœur, pour le plaindre, pour l’assister dans les défaillances fréquentes de sa santé, car on lui avait refusé d’emmener un domestique pour le servir; il n’avait plus autour de lui que des soldats grossiers, ses gardiens. Qu’allait- il devenir, par un voyage si pénible, sous les ardeurs de la canicule, avec des infirmités dont la fatigue et le chagrin aggravaient encore le poids? Dans cette extrémité, Dieu, son unique recours, ne l’abandonna pas. Son escorte, ainsi que je l’ai dit, se composait de prétoriens, hommes simples et rustiques, mais plus pitoyables que ceux dont ils exécutaient les volontés. La scène à laquelle ils venaient d’assister les avait émus, et iis se prirent d’une compassion involontaire pour ce prêtre presque mourant, que le peuple aimait, et dont le nom avait retenti bien des fois à leurs oreilles. En le voyant en proie à tant de soutira nces de corps et d’esprit, ils se firent un devoir de l’assister et de faire l’office des serviteurs qui lui manquaient, quoiqu’il s’y refusât et les repoussât doucement. C’étaient eux qui cherchaient à lui pro-

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