‹ Récits de l'histoire romaine au V. siècleChapitre 72 sur 108 · Aer benigne nobiscum egit. Clirys., Epist, 10 ad Olymp · texte numérisé non relu

Aer benigne nobiscum egit. Clirys., Epist, 10 ad Olymp

céleste, presque un dieu. La seconde, celle de Clirysostome, énergique et dominatrice, soutenait l’autre dans ses défaillances, comme une plante délicate qui a besoin de redressement et de support. Le gouvernement de cette âme vouée à la sienne était pour Chrysostome un de ses plus chers et de ses plus impérieux devoirs. Nous le verrons aux plus mauvais jours de son exil consacrer une partie des loisirs que lui laisse la captivité à combattre dans son amie, par de tendres exhortations et souvent de dures réprimandes, des excès de douleur qui minent sa vie, et la font presque douter de la Providence. Ses deux derniers ouvrages, les plus parfaits peut-être de tous, sont employés â soutenir cette thèse, que la persécution dont il est l’objet est une grâce d’en haut dont ses amis doivent bénir Dieu, comme il se plaît lui-même à le faire. Ces deux traités composés dans le donjon d’un château fort, il les écrit pour Olympias.

Si Chrysostome ne recevait point de Constantinople les nouvelles qu’il désirait, il en reçut une en revanche dont il se serait volontiers passé. Le rescrit impérial que son escorte et lui attendaient si impatiemment, ils le trouvèrent à Nicée; l’empereur fixait la résidence de l’exilé à Cucuse \ dans la Petite-Arménie, et non à Sébaste, dans l’Arménie supérieure, comme celui-ci l’avait demandé. Ce fut pour lui un grand sujet de chagrin. Cucuse était une petite ville pauvre, sans commerce comme sans ressources

1. Eum in parvum quoddam ac desertum Armeniæ oppidum relegarunt, cui nomcn est Cticuso. Thcodor., v, 3i.

JEAN CHRYSOSTOME

pour la vie de l'esprit, perdue au fond d’une vallée sauvage du Taurus, à l’entre-croisement des chaînes de l’Arménie et de la Cappadoce. L’histoire profane ne la nomme point, mais elle avait acquis quelque célébrité dans l’histoire ecclésiastique pour avoir servi de lieu de bannissement et de tombeau à un archevêque de Constantinople, Paul, martyr de la persécution arienne sous le règne de Constance : une pareille gloire avait dû attirer sur elle le choix d’Eudoxie. Ce rapprochement peut-être ou du moins la certitude d’une telle prison fut pour lui comme un coup de foudre, car il avait bien compté que ses amis lui obtiendraient Sébaste; — ils n'avaient donc rien fait pour lui, eux, si influents, si puissants quand ils voulaient, et qui se targuaient de la constance de leur dévouement; ils n’avaient pas daigné lui tendre la main pour le sauver! On le supposait déjà mort, et on le rejetait comme un cadavre! — Tous ces ombrages l’assaillirent, et il était presque désespéré, moins encore de son propre sort que de l’abandon possible de ceux qu’il aimait'. 11 dut s’en vouloir à lui-même de ces injustices lorsqu’il connut plus tard la vérité. Les amis qu’il accusait d’indifférence avaient remué ciel et terre pour obtenir de l’empereur la résidence de Sébaste,' et l’empereur était près de céder quand l’impératrice intervint et exigea Cucuse*. On voit que les ressentiments d’Augusla ne s’adoucissaient point avec la victoire, car une pareille résidence était une aggravation cruelle de l’exil.

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