Voir ci-dessous, livre vu
JEAN CHU YSOSTOME
conduite. Il se mit en tête qu’on pourrait le soupçonner à la cour d’être complice de ces démonstrations, qui retombaient directement sur Augusta, et cetle idée le ût frémir; or la peur rendait Pharétrius féroce, quand elle ne le rendait pas lâche1. 11 comptait donc avec impatience les jours qui s’écoulaient sans incident nouveau ; son cœur enfin se détendit lorsqu’il apprit que le départ était fixé pour un jour très prochain, et que l’escorte s’occupait des préparatifs. Chrysostome avait achevé sans doute la plus grande partie de son voyage, puisqu'il ne lui restait plus que cent vingt-huit milles, environ cinquante lieues à parcourir pour atteindre Gueuse ; mais ce qui restait était précisément le plus pénible. Le chemin, ouvert dans d’âpres vallées à travers le Taurus, réservait à un voyageur aussi débile des difficultés et des fatigues bien autrement grandes que celles qu’il avait éprouvées jusqu’alors. On disait d ailleurs le pays qu’il devait traverser infesté en ce moment par des bandes d’Isaures. Gette dernière circonstance, loin d’attendrir le métropolitain de Césarée, semblait ne lui faire souhaiter que plus ardemment un départ immédiat. Enfin tout était prêt, et l’escorte allait se mettre en route, quand retentit la nouvelle qu’un parti d’Isaures avait paru presque en vue de la ville, fourrageant la plaine, coupant les blés mûrs, emmenant les paysans captifs dans la montagne; on annonça même qu'ils venaient de brûler un des gros villages de la banlieue. 11 n’y eut alors
I. Supra modum foriuidans ut larvas pueruli..., inepte iu upisoopatu suse gereus. l’allad., dial., p. 37.
qu’un cri dans Césarëe : «aux armes1! » C’est ici le lieu de dire ce que c’était que ces Isaures, dont nous aurons lieu bien souvent de parler dans la suite de ce récit.
Au-dessus de ce labyrinthe de montagnes dont l’entre-croisement forme les provinces de Cilicie, d’Arménie et de Cappadoce, s’élève l’Isaurie, dont les cimes nei- geuses dominent au loin les chaînes du Taurus et de l’Anti-Taurus, comme les murailles d’une immense citadelle. Ce lieu, défendu par des ravins affreux et par de longs hivers, semble avoir été prédestiné par la nature à être le repaire d’un peuple de brigands®, et c’est sous ces couleurs en effet que les Isaures nous apparaissent dès les premiers temps de l’histoire. A l’époquedesdynastiesphrygienne et persane, non moins que sous les successeurs d’Alexandre, les Isaures furent l’effroi de l’Asie Mineure : tantôt, alliés avec les Ciliciens, ils infestaient de flottes de pirates les mers de la Cilicie et de la Grèce; tantôt, suivant la ligne de leurs montagnes, ils allaient promener leurs dévastations par terre jusque sur les villes du Pont-Euxin3.
Au déclin de la république romaine, Servilius les battit et se glorifia du surnom d’isaurique; Pompée leur fit éprouver une autre défaite sur mer. L’empire les con-
1. Ad nos subito affertur Jsauros cum inflnita hominum manu CæsarieHsem agi’utn populari ac ingens quoddani oppidum incendisse cum ingcnti clade. Chrys., Epist. 14 cul Olymp.
2. Isauri pro barbaris habentur et quutn in medio romani nominis solo rcgio eorura sit, novo genere custodiarum, quasi limes, includitur, locis defensa, non hominibus. Tribel. Pol., De XXX tyran., de Tribelliano, ap. Script, rer. Au<j.