Paul., Il Cor., h
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I by Goog!
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crainte devant le redoutable tribunal. Quelle vie est plus pure que la sienne, quel cœur plus grand, quelles mains plus libérales, et qui, ayant reçu du ciel les dons les plus magnifiques, en a jamais fait un plus magnifique emploi?
Pour soutenir la noble créature, qu’une fatale défaillance de l’âme entraîne à sa perte, lui rendre confiance en elle-même, la relever enfin à ses propres yeux, il exalte les perfections de cette fille de son cœur; il se plaît à lui montrer ce qu’elle est, ce qu’elle a été depuis son enfance, et combien, en se considérant dans ses mérites , elle doit se trouver supérieure aux misérables adversités qui l’abattent. Dans son désir d’être écouté, il ne recule pas devant une sainte et digne flatterie, cette flatterie qui consiste à exagérer la force de ceux qui ont à livrer un grand combat pour les mettre en quelque sorte de niveau avec les difficultés qui les attendent. Le tableau qu’il trace à ce sujet nous intéresse principalement parce qu’il nous fait voir Olympias telle que son ami la voyait lui-même : pour lui en effet, c’était à peine une femme, c’était déjà un être angélique, et cet être se laissait dominer par des calamités apparentes, méprisables aux yeux du sage!
Il entre dans l’énuméi'ation des vertus dont elle offre l’ensemble merveilleux. Il vante la pureté de sa vie, qui, passée dans le plus chaste veuvage, égale en mérite celle des vierges consacrées à Dieu ; la charité vient ensuite, l’aumônesupérieureà la virginité même, et dont Olympias tient le sceptre entre toutes; — la patience, les épreuves Font en quelque soi'te multi-
ET L’IMPÉRATRICE EüDOXIE.
pliée chez elle sans que rien la pût lasser. Un discours entier, une histoire même ne suffirait pas à raconter toutes les peines qui l’ont assaillie depuis sa jeunesse : persécutions de ses proches, persécutions des étrangers, grands et petits, de ses amis, de ses ennemis, sans orublier les prêtres ; chaque épisode de ces douloureuses aventures fournirait à sa glorification un sujet inépuisable. Que dire aussi de ses privations volontaires, des mortifications, des jeûnes, de la lutte de Pâme contre la chair?
« Les mots de sobriété, de frugalité dans les repas ne vous sont point applicables, ma pieuse et vénérée dame, lui dit-il; il faut en chercher d’autres, il faut élever son langage pour rendre la perfection idéale de votre vie. L’austérité de vos veilles sacrées, quelle expression la rendra? Vous avez dompté le sommeil pour la prière, comme vous avez dompté la faim pour l’abstinence, et il vous est devenu naturel de veiller comme aux autres de dormir \ votre bienfaisance et votre charité, plus ardentes que les plus ardentes fournaises, ont porté voire renommée jusqu’au delà des mers. Retracer votre histoire serait ouvrir et déployer auxyeux tout un océan de merveilles2; je l’eusse essayé peut-être, si je n’avais ici un but plus utile encore et plus respectable ; vous assister et vous guérir. »
Je laisserai de côté les développements qu’il consacre aux principales vertus d’Olympias pour me bor-
1. Ut enim aliis dormire naturale est, eodem modo tibi vigilare.
Chrys., Epist. ‘2 ad Olymp . ,
2. Quanta, ei cuncta hæc sigillatim consideranti , miraculorum maria se aperient? Clirys., ibid.
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ner à un passage éminemment curieux, pàrce qu’il a trait au luxe des femmes dans la capitale de l’Orient, luxe insensé qui laissait bien en arriére les extravagances de Rome et de tout l’Occident. — Or Olynipias s’était toujours distinguée par sa tenue modeste et par son mépris de la parure, vertu très-louable assurément chez une grande dame qui avait eu besoin, pour la pratiquer, de lutter non-seulement contre l’entraînement général, mais aussi contre les exemples de sa famille, tandis que cette même passion de la parure, unie à la coquetterie (qu’on me permette d’employer ce mot), avait envahi dans Constantinople les pauvres comme les riches et jusqu’aux vierges attachées au sanctuaire.
Les esprits superficiels, nous dit le moraliste dans un langage digne de lui, peuvent reléguer la modestie des femmes au dernier rang de leur mérite; moi je le place au premier. A considérer sérieusement les choses, on se convainc que cette Vertu exige de celles qui îa connaissent non moins d’élévation d’âme que de sagesse de conduite. Le Nouveau Testament n’a pas été seul à la prescrire lorsque l’apôtre Paul défend aux femmes même mariées les ornements d’argent, ainsi que les étoffes précieuses. L’Ancien Testament ne lient pas un autre langage, quoiqu’on n’y rencontre rien de semblable à cette divine philosophie qui nous régit maintenant, et que Dieu n’y conduise les hommes qu’à travers des ombres et des figures par le règlement de la société extérieure. Écoutez en effet avec quelle force le prophète Isaïe gourmande le luxe des femmes dans la société israélite. « Voix du Seigneur contre
les filles de Sion ! s’écrie-t-il, emporté par une sainte colère. Parce qu’elles se sont élevées avec orgueil, qu’elles ont marché la tête haute avec des regards pleins d’affectation en faisant mouvoir les plis de leurs robes, en cadençant leurs pas, le Seigneur rabaissera les filles de Sion. — La poussière remplacera tes parfums, une corde te sera donnée pour ceinture, la superbe parure de ta tête tombera, et tu seras chauve à cause de tes œuvres 1 ! »
Parcourant la série des ravages que cette maladie de l’âme exerce sur toutes les classes de la société byzantine, Chrysostome arrive aux religieuses, qui, » sous l’étoffe grossière de leurs vêtements, rivalisent de coquetterie avec les femmes du monde couvertes d’or et de soie. « Voyez, dit-il; cette vierge dont les vêtements respirent la mollesse et dont la tunique est lâche et traînante : par sa démarche, le son de sa voix, le mouvement de ses yeux, comme par ses ajustements, elle présente un poison délétère en appelant les regards, en provoquant les passions, et creuse de la sorte des abîmes sous les pieds des passants! Peuton bien lui donner le nom de vierge, et ne seriez-vous pas plutôt tenté de la ranger au nombre des courtisanes ? Celles-ci même ne sont pas aussi dangereuses que celle-là 2... »
J. Et liumiliabit Dominus dominatrices filias Sion, et denudabit habitum carum, et auferet gloriam vestimenti earum. Et crit tibi pro suavi odore pulvis, et pro zona funiculo cingeris, et pro ornamento capitis tui calvitium habebis propter opéra tua. Isaïe, ni, 10, 17.
2. Perniriosæ ac pestiferæ atqnc in n!tam voraginem trahentes. — Neque enim scorta tantani illecebram objiciqnt, quantam istse, voluptatis pennas omni ex parte explicantes. Chrys., Epist. 2.
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L’humilité dans les grandes actions était surtout la vertu d’Olympias, là du moins elle n’avait point de rivale. Les récits précédents nous ont fait voir avec quelle magnanimité de cœur, quelle inébranlable fermeté, quelle hauteur de dédain, elle avait traité l’accusation, les accusateurs et les bourreaux quand elle avait été traduite devant le tribunal du préfet sous l’inculpation d’incendie. Cette audacieuse atteinte à l’honneur d’une telle femme avait appelé sur la courageuse diaconesse l’admiration du monde chrétien, et la renommée avait proclamé ses hauts faits jusqu’aux extrémités de l’empire. Dans les églises fidèles à l’orthodoxie, il n’était question que de sa gloire et de ses trophées, c’étaient les termes dont on se servait. Ce fut le bruit publicqui informa d’abord Chrysoslome de l’héroïsme de son amie, car, ainsi que nous l’avons dit, elle avait dédaigné de faire parade d’une conduite où elle ne voyait que le simple accomplissement d’un devoir. Et lorsque Chrvsostome voulut la féliciter en employant ces mêmes mots de gloire et de trophées , Olympias le réprimanda. «Que me parlez-vous de gloire et de trophées? lui avait-elle répondu, je suis aussi loin de tout cela que les morts le sont des vivants. » — « Quoi ! reprit Chrysostome dans la lettre que nous analysons, vous n’avez pas érigé de trophées à l’innocence des persécutés ! vous n’avez pas remporté la grande victoire et ceint la couronne qui fleurit à jamais! Vous êtes, prétendez-vous, aussi loin de ces trophées que les morts le sont des vivants ; vos paroles ne me prouvent qu’une chose,. c’est que vous savez fouler aux pieds tout sentiment d’orgueil; mais l’arène
arrosée de votre sang a eu pour spectateur la terre entière. — Vous avez été chassée de votre maison et de votre patrie, séparée de vos amis et de vos proches, vous avez connu l’exil et goûté chaque jour les amertumes de la mort, non pas que l’homme éprouve réellement plusieurs morts; mais vous les avez souffertes dans votre cœur, et sous l’étreinte des adversités présentes, comme dans l’attente de celles qui menaçaient, vous avez rendu grâce à Dieu, qui les autorisait dans sa sagesse... »
Il ajoute cette magnifique comparaison à l’appui de son raisonnement : « Songez, ma chère et vénérée dame, que l’âme humaine se fortifie dans la lutte par les épreuves mêmes qui l’ébranlent. Telle est la nature des afflictions : elles élèvent au-dessus de tous les maux ceux qui les supportent avec calme et générosité. Les arbres qui croissent à l’ombre manquent de vigueur et deviennent incapables de produire de bons fruits ; ceux qui sont exposés à tous les changements de l’air, à tous les assauts des vents, à tous les rayons du soleil, sont pleins de force, se couronnent de feuilles et se couvrent de fruits, et ce sont les naufrages de la mer qui forment les marins... Dites-vous cela trèsfréquemment à vous-même, ma très-excellente Olympias, dites-lc à ceux qui combattent avec vous ce magnifique combat. Loin de vous laisser décourager, rauimez les pensées des autres ; apprenez - leur à mépriser les vaines ombres, les fantômes de la nuit* les illusions, la boue qu’ils foulent, à ne pas tenir compte d’une fumée passagère, à ne pas regarder des toiles d’araignée comme de vrais obstacles, à passer
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sans s'arrêter sur une herbe qui va tomber en pourriture, car les bonheurs et les malheurs d’ici-bas sont-
ils autre chose que cela?... »
Un instant Chrysostome put croire, il crut en effet que ses soins avaient réussi : les lettres d’Olympias indiquaient plus de calme et de résolution; elle affirmait qu’elle était guérie ou en train de se guérir. Chrysostome avait donc pris d’assaut1, comme il le disait avec un peu d’emphase, la citadelle de sa douleur; il n’était pourtant qu’à la première enceinte, et il lui restait bien des travaux à faire pour être maître de la place.
II. — En dehors des causes générales qui entraînaient Olympias dans cet abîme de la tristesse, il s’en trouvait une plus particulière, toute personnelle, leur séparation. Chrysostome y revient assez souvent et avec assez d’insistance pour nous montrer qu’à ses yeux celte cause «était au nombre des principales. Aux premières, il oppose les remèdes généraux, qui consistent à raffermir la foi dans la providence divine, à fortifier l’àme contre l’atteinte des choses contin-
gentes qui ne., sont après tout que des apparences et
de la fumée, à prouver que le -vrai bonheur est dans
le contentement de soi-même ici-bas et dans fattentc
d’une récompense éternelle là-haut, qu’au fond c’est le persécuteur qu’il faut plaindre, le persécuté qu’il faut envier. A la cause particulière, il oppose un seul
1. Nam si mœroris tyrannidem superioribus litteris sustulimus, ipsiusque arcem evertimus, tamen... Chrys., Epist. 3 ad Olymp.
remède, l’espoir ou plutôt l'assurance que leur séparation va cesser. Lui aussi éprouve le même chagrin de leur commune absence, il ne le cache pas à son amie, et c’est un des moyens qu’il prend pour la consoler. Il lui conseille de méditer ses livres : là encore elle peut l’entendre et le voir; puis il lui écrira de longues lettres, il compose pour elle, ou du moins à son intention, des traités qu’elle devra relire sans cesse et à haute voix, si ses forces le lui permettent. Ainsi il cherche à distraire du sentiment de sa souffrance, par nne tendre et sainte sollicitude, la douce femme (jont p a été le père spirituel, le guide, l’ami, et dont il est le dernier et frêle soutien dans leur vie d’épreuves.
11 faut voir comment, dans une de ses lettres, la seconde, il aborde, sans hésitation comme sans voile, sa doctrine des amitiés spirituelles.
« Les malheurs publics, lui dit-il, ne sont pas la seule source de vos chagrins, je ne le sais que trop, ma chère et vénérée dame;. notre séparation en est aussi une source amère. Bien que je ne sois qu’un brin d’herbe, je vous entends d’ici gémir et répéter à tout le monde : « Sa parole ne retentit plus à nos « oreilles; nousn’avonsplusle bonheur de recueillir ses « enseignements; nous sommes condamnés à mourir de faim, de cette faim dont parle le prophète Amos, la • « faim de la céleste doctrine '. » — Que répondreà cela? Avant tout, je vous dirai, Olympias, que, si vous ne
m’entendez plus de vos oreilles, vous pouvez converser
I. Linguam illam non audiinus : non ca qua solcbamus doctrina fruimur, verum famé coercemur; quodquc Dent Hebræis quondr.ni
JEAN CHRYSOSTOME
avec mes livres, ce qui n’empêchera pas mes lettres, chaque fois que je trouverai un messager sûr. — Mais votre vœu de m’entendre ne peut-il pas être un jour accompli, et Dieu ne permettra-t-il pas que vous me revoyiez? Pourquoi ce doute? Non, pon, ne doutez pas ; je sais que cela sera. Je vous rappellerai alors que cette promesse ne vous fut pas faite sans raison et comme pour vous calmer par de vaines paroles. Si le retard vous est pénible, songez qu’il ne sera pas perdu pour la récompense, pourvu qu’il ne vous arrache aucun murmure
« Oui, c’estun rude combat, un combat qui réclame un cœur généreux et une intelligence éclairée par la vraie philosophie, que d’avoir à supporter l’éloignement d’un être qui vous est cher. Qui parle ainsi? Celui qui sait aimer sincèrement et connaît la puissance de la charité comprend ce que je dis ; mais, pour ne pas nous égarer à la recherche de l’ami véritable, ce rare et précieux trésor, courons droit au bienheureux apôtre Paul : c’est lui qui nous dira la grandeur du combat et la force d’ûme nécessaire pour le soutenir. Paul avait comme dépouillé la chair et déposé la grossière enveloppe du corps; c’était en quelque sorte un pur esprit qui parcourait l’univers.
Il semblait s’être affranchi de toutes passions, imitant l’impassibilité des puissances surnaturelles et vivant
minabatur,id nunc patimur, nempe non famem nec aquæ sititn, verum doctrinæ famem. Chrys., Epist. 2 ad Olymp.
\. Imo non fortassc, sed certo : cave dubites. Illud enim tibi in memoriam redigam, quod non temere liæc dixerim , nec to fallens ac circumscribens ; verum quæ nunc per litteras accipis, ea quoque de viva voce exceptura es. Chrys., Epist. 2 ad Olymp.
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sur la terre comme s’il eût été déjà aux deux. Les maux’ de ce monde, il les supportait aisément, et comme dans un corps étranger : prison et chaînes, expulsion et mauvais traitements, menaces et supplices, lapidation et submersion, tous les genres imaginables de tourments; mais que ce même homme, impassible devant la souffrance, se voie séparé d’une âme qui lui est chère, il en ressent un tel trouble, une telle douleur, qu’il s’éloigne aussitôt de la ville où n’est pas l’ami qu’il y venait chercher. — « Étant venu à Troade, « dans l’intérêt de l’Évangile du Christ, dit-il lui-même et aux frères de Corinthe, quoique le Seigneur m’eût « ouvert les portes de cette ville, je n’ai pas eu l’esprit « en repos, parce que je n’avais pas trouvé là mon frère « Tite. Prenant donc congé d’eux, je suis parti pour « la Macédoine. »
« Qu’est-ce donc, ô Paul? Emprisonné dans les ceps, chargé de fers, lacéré de coups et tout couvert de sang, vous prêchez, vous baptisez, vous célébrez le divin mystère, et vous ne négligez rien pour sauvei un homme seul. Et lorsque vous arrivez à Troade, que vous voyez le champ préparé pouf la bonne semence, que tout vous promet un travail aisé et une aire pleine de riches moissons, vous repoussez le gain que vous aviez déjà dans la main! Et pourtant nul autre but ne vous conduisait à Troade, « y étant venu pour prêcher « l’Évangile. »— Personne ne vous faisait opposition : « la porte m’avait été ouverte, » et vous partez aussitôt! « Oui, certes, me répond-il, car je suis subjugué par « le chagrin; l’absence de Tite a jeté le trouble dans « mon esprit et l’abattement dans mon cœur, au point
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« que je suis forcé d’agir de la sorte l. » Que le chagrin ait été la cause de ce départ, nous n’avons pas à le conjecturer, nous le savons d’une manière sûre, par le témoignage môme de l’apôtre : « Je n’ai pas eu « l’esprit en repos; prenant donc congé d’eux, je suis « parti. »
« Vous le voyez, Olympias, ce n’est pas sans un rude combat qu’on supporte l’absence d’un ami; c’est une amère et terrible épreuve qui demande une âme pleine de noblesse et d’énergie2. Ce combat, vous le subissez maintenant. Souvenez-vous que plus il est rude, plus belle est la couronne et plus riche le prix ; c’est là ce qui doit vous adoucir la peine du retard, et avec cela la certitude de la récompense. Oh ! sans doute, il ne suffit pas aux amis d’être unis par le lien des âmes. Là ne se borne pas la consolation d’une amitié brisée. Iis réclament aussi la présence de l’ami, et s’ils en sont privés, c’est une grande partie de leur bonheur qui disparaît. Paul nous le dit encore. « Mes a frères, écrivait-il aux Macédoniens, privé de vous pour « un peu de temps, de corps et non de cœur, nous avons « désiré avec d’autant plus d’ardeur revoir votre visage, « et moi Paul, je l’ai voulu plus d’une fois: mais Satan « m’en a empêché 3.., C’est pourquoi, ne pouvant sup-
1. Magna cnim me mœroris tyrannis invasit, Titique absentia meum animum vehementer conturbavit, atque ita me fregit ac superavit ut a me hoc ut facerem extorserit. Chrys., Epist. 2 ad Olymp.
2. Videsne quantum certamen sit amici digressum æquo ac placido animo ferre, quamque gravis et acerba hæc res sit quamque sublimem ac strenuum animum desideret? Id., ibid.
3. Nos autem, fratres, orbati a vobis ad tempus horæ aspectu, non corde, abundantius festinavimus faciem vestram videre : ego quidem
« porter plus longtemps cette absence, nous avons jugé « bon de nous arrêter seul à Athènes, et nous vous avons « envoyé Timothée. » Quelle force dans chaque mol! Comme elle y brille d’une vive lumière, la flamme de la charité qui brûlait en lui ! L’expression dont il se sert pour désigner sa peine n’implique pas seulement l’idée d’éloignement, de violence ou d’abandon, mais l’état d’un père à qui ses enfants ont été enlevés : telle était l’affection de l’apôtre.
« Il semble dire aux amis dont il s’est séparé: J’aurais cru que ce serait une consolation de vous être uni par l’àme, de vous conserver dans mon cœur, de vous avoir vus naguère; mais non, cela ne suffit pas, rien de tout cela ne dissipe mon chagrin. — Mais que voulez-vous donc? dites-le ; que désirez-vous avec tant de violence? — Le bonheur même de les voir. « Nous « avons ardemment souhaité devoir votre visage. » — Que signifie cela, ô grand et sublime apôtre? Vous pour qui le monde est crucifié et qui êtes crucifié au monde, qui vous êtes dépouillé de toutes les affections charnelles, vous qui n’êtes plus en quelque sorte un être corporel, avez-vous à ce point subi l’esclavage de l’amour, que vous dépendiez de ce corps de boue, de ce peu de terre, de ce qui tombe sous les sens ? — Oui, répond-il, je ne m’en défends pas, je n’en rougis pas, je m’en glorifie plutôt, car c’est la charité, mère de tous les biens, qui déborde ainsi de mon àme‘. La présence corporelle de ses enfants ne suffit pas même
Pauhis semel et iterum; sed impedivit nos Satanas.Paul., I Thess., n.
1. Siccine te captirum caritas tenait, ut in luteam ac terrenam atque in sensum cadentem carnem provolutus sis? Maxime, inquit,
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à son désir, il faut surtout qu’il contemple leur visage.
« Nous désirons ardemment revoir votre visage. » Quelle étrange envie, je vous le demande! Quoi! bien réellement vous désirez revoir leur visage? — Et beaucoup, répond-il, car c’est là que se manifeste la per- . sonne. Une âme liée d’affection à une autre âme ne sait rien exprimer, rien entendre par elle-même : par la présence corporelle, je puis entendre ceux qui me sont chers, et je puis leur parier. Voilà pourquoi je désire contempler votre visage : là est la langue interprète de nos pensées, l’oreille qui vous portera mes discours, les yeux où se peignent les plus intimes mouvements du cœur. C’est ainsi seulement qu’il nous est permis de converser pleinement avec une âme bienaimée1.
« Persuadez-vous bien, Olympias, que vous me reverrez, et que vous serez affranchie de cette séparation qui aura même produit pour vous des fruits de miséricorde. Montrez-moi votre affection en accordant à mes lettres le même pouvoir qu’à ma parole, et vous me l’aurez montrée avec certitude, si j’apprends que ces lettres vous ont fait tout le bien que je désire, et quel bien? c’est que votre âme rentre dans le calme et la oie dont vous jouissiez quand j’étais près de vous ; ce era pour moi une grande consolation dans l’affreuse
nec id dicere me pudet, imo etiam eo nomine glorior. Cbrys., Epist, 2 ad Olymp.
i. Propterea faciem vestram intueri aveo, in qua lingua est, quæ vocem emittit, animique sensus enuntiat et auris quæ verba excipit, et oculi qui animi motus pingunt. Etenim adamatæ animse consortio melius per ilia frui licet. Id., ibid.
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solitude qui m’entoure. Si vous avez à cœur de m’inspirer un peu plus de courage (or je sais que c’est là votre vœu le plus cher), faites-moi savoir que vous avez dissipé tous vos chagrins. C’est ainsi que vous payerez de retour mon dévouement et mon amitié. Vous n’ignorez pas, vous savez, à n’en pas douter, le bien que vous me ferez, et à quel point mon cœur sera réconforté, si je reçois par vos lettres la certitude que votre tristesse s’est évanouie l. »
Sous l’empire de ces douces et fermes consolations, l’âme d’Olvmpias se rasséréna, pour quelque temps du moins; elle voulut vivre et revint à la vie. Nous la verrons reparaître plus tard, et dans des circonstances plus douloureuses encore, car la source de ses larmes ne devait pas tarir.
Cependant les lettres se multipliaient, et les visites affluaient de toutes les parties de l’Orient à Cucuse. Les provinces limotrophes de l’Arménie envoyaient nombre de visiteurs qui se hasardaient dans la montagne dès que les chemins paraissaient libres. On y voyait des laïques à qui il était indifférent de déplaire
I. Non cnim te fiigit, non, inquam, profecto te fugit quantopere, si hoc præstiteris de eoque nos per litteras certiores feceris, animum nostrum recreatura sis. Chrys., Epist. 2 ad Olymp.
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aux gouverneurs, des prêtres qui se dérobaient à la surveillance de leurs supérieurs schismatiques, des troupes de moines assurés de la tolérance de leurs abbés, et quelques évêques qui mettaient la conscience et le devoir au-dessus des faveurs de cour. Il y eut même de pieuses femmes, et parmi elles de très-grandes dames, qui projetaient une visite dans son désert dès que le printemps serait revenu ; mais il le leur défendit en prétextant la fatigue du voyage et les périls de la route. Le patriarche schismatique de Syrie, Porphyre, écrivait avec colère à son complice de Constantinople : « Tout Antioche est à Cucuse. » Il eût été plus exact de dire: Tout ce qu’il y a d’honnête dans les clergés de l’extrême Orient consulte notre ennemi ouvertement ou secrètement; Chrysostome est plus que jamais l’oracle de l’Église. C’était à qui lui enverrait, pour Set santé, des remèdes qu’on savait bons contre l’âpre froid du Taurus. Il avait reçu entre autres d’une noble matrone, nommée Syncletium, un cordial qui en trois jours avait fait disparaître ses faiblesses d’estomac, et le comte Théophile, qui en avait la recette, tenait ce remède à sa disposition et à celle d’Olympias l. Sa correspondance d’ailleurs était assez suivie avec ce bon médecin Hymnétius dont il avait fait connaissance à Césarée. Il Lui parvenait aussi de fortes sommes d’argent, quoique ces envois lui déplussent, et cet argent était distribué aussitôt aux pauvres de l’Arménie, ou employé aux entreprises de propagande dont nous allons parler. Les autres étaient à sa charité comme il