Pallad., dial., p. 11 et
2. Ostendobantsulcata latera in etuleo et in tcrgo vcrberum notas. Pallad., ibid,, p. 12.
cipe, montré favorable au projet d’innocent; puis il avait espéré trancher lui-même les difficultés et rétablir la paix sans concile, par une correspondance, de frère à frère, comptant obtenir d’Arcadius, par sa seule influence, le rappel de Chrysostome et le rétablissement des clergés orthodoxes de l’Orient. Il eût peut-être réussi, car, des deux enfants stupides qui régissaient alors l’empire romain, le chef du domaine occidental était incomparablement supérieur à son collègue ; mais Honorius, qui ne perdait aucune occasion de dire son avis sur l’impératrice Eudoxie, ne la ménagea point dans la circonstance, attaquant sa folle vanité, sur laquelle il faisait peser la responsabilité de tous les désordres. Arcadius fit cette fois comme il faisait toujours : il prit fait et cause pour sa femme et laissa la lettre de son frère sans réponse. Le frère, humilié, revenant au projet du pape Innocent, pensa qu’il valait mieux traiter gravement cette grave affaire par des négociations solennelles de prince à prince et d’État à État, et non plus par des lettres intimes semées d’épigrammes contre une femme. Cependant, afin de mettre dans ses résolutions plus de maturité encore, il voulut qu’une assemblée des évêques d’Italie fixât par avance l’objet et les conditions du futur concile dans une sorte de programme qui serait soumis au gouvernement oriental. II voulut aussi que l’évêque de Rome ne fût pas le seul à écrire soit à l’empereur d’Orient, soit à l’Église de Constantinople, et que d’autres évêques occidentaux joignissent leurs lettres aux siennes, afin peut-être de montrer à l’Orient que l’Église occidentale, représentée par ses plus illustres
évêques, marchait avec lui dans cette affaire, où il ne fallait pas chercher un effet de la rivalité des Églises de Rome et de Constantinople.
Les évêques d’Italie, conformément aux vœux du prince, se réunirent pour dresser un programme du futur concile œcuménique et fixèrent les points suivants :
lu Le concile serait tenu à Thessalonique, ville mixte, pour ainsi dire, entre les deux empires, puisque, appartenant au domaine politique oriental, elle restait, comme toute la Grèce européenne, dans la communion religieuse occidentale. Sa situation géographique offrait en outre de grandes commodités pour la réunion des évêques de l’une et de l’autre moitié du monde romain1 2.
2° Il serait admis en principe que tout ce qui s’était passé depuis la réunion du synode du Chêne était nul et de nulle conséquence, qu’ainsi Jean Chrysoslome n’avait point cessé d’être le légitime archevêque de Constantinople, — qu’il devait, à ce titre, être rendu ù son église et tenu de comparaître en sa qualité, pour qu’on n’eût pas une troisième fois à prononcer un jugement par défaut*.
3° L’archevêque Jean comparaissant comme accusé,
1. Qui quidem cpiscopi Italiæ congregati orant imperatorem,scribat fratri suo et consorti imperii Arcadio ut jubcat Thcssaloiicæ synodum fieri ; quo facilius utraque pars orientis et occidentis in unum accurrere possit. Pallad., dial., p. 12.
2. Commonitorium autem continebat, Joannem judicium ingredi non debere, nisi ipsi prius restituta fuisset et ecclesia, et communio; ut sublata causa detrectandi judicii, sua sponte confessum iniret, id., p. 13.
ET L’IMPÉRATRICE EüDOXIE.
le patriarche d’Alexandrie, Théophile, son principal accusateur, serait sommé de comparaître également, de manière à rendre les débats contradictoires.
Telles étaient les bases posées par le programme. Quoique l'histoire n’en dise rien, il devait reproduire aussi l’avis déjà exprimé parle pape Innocent, à savoir que les évêques des deux synodes précédents qui se seraient trop compromis pour ou contre l’archevêque par leurs discours et leurs actes ne seraient point admis à siéger au futur concile, afin que la nouvelle assemblée restât exempte, autant que possible, des anciennes passions et des partis arrêtés à l’avance.
Le programme ainsi rédigé de concert entre l’Église d’Italie et l’empereur d’Occident, on procéda ensuite à la composition d’une ambassade qui le porterait à l’empereur d’Orient; on désigna pour en faire partie cinq évêques distingués par leur mérite personnel : Émilius de Bénévent, Cythégius, dont le siège n’est point marqué, Gaudentius de Brixia, Marianus, évêque d’une des provinces d’Apulie, et un cinquième que l’histoire ne nomme pas. Le pape Innocent voulut y adjoindre deux prêtres de l’Église romaine, Valentinien et Boniface, le même probablement qui succéda plus tard au pape Zosime, et il les fit accompagner par un diacre. On jugea convenable en outre de laisser partir avec l’ambassade quelques-uns des évêques orientaux réfugiés à Rome, afin d’éclairer les députés occidentaux sur les hommes et sur les choses de l’Orient, et de faciliter à ces malheureux le retour dans leur patrie. Les lettres officielles dont l’ambassade fut chargée étaient au nombre de trois, savoir ; une
de l’empereur Honorius à son frère, une d’innocent adressée également au prince du domaine oriental, et une autre encore écrite à la requête d’Honorius par Chromatiusd’Aquilée, dont l’autorité était considérable de l’autre côté de la mer. La1 * * 4 lettre du prince contenait ces mots :
« J’avais déjà écrit deux fois à Ta Mansuétude, pour qu’elle voulût bien corriger et amender les choses qui ont été faites par complot contre Jean de Constantinople, choses dont le redressement n’a point été opéré. Plein de sollicitude pour la paix ecclésiastique qui concourt si merveilleusement à la tranquillité de notre . empire, je t’écris pour la troisième fois, par l’intermédiaire de ces évêques et de ces prêtres, afin que tu daignes ordonner la réunion des évêques d’Orient en une assemblée générales Thessalonique’. Nos évêques d’Occident en effet, élisant parmi eux des hommes très-fermes contre le mal et le mensonge, envoient vers toi, pour obtenir de Ta Mansuétude l’octroi de cette réunion, cinq évêques, deüx prêtres et un diacre de la grande Église romaine.
« Daigne, je t’en prie, les recevoir avec tous les honneurs dus à leur caractère, afin que, s’ils reviennent persuadés que l’expulsion de Jean a été légitime, ils m’enseignent à me retirerde sa communion, et que, si au contraire ils se convainquent de la méchanceté des évêques d’Orient, ils essayent de te détourner de
1. Quæ denuo scripsi per hosce episcopos et presbyleros multum
solücitus de pace ecclesiastica, per quam et nostrum imperium pacem
obtinet, ut jubere digneris orientis episcopos Thessalonicæ convenire.
Pallad., dial., p. 12.
ET L’KMPÉR ATRÏCE EÜDOXÏE.
toute communication avec ces pervers1. Dans l’intention de te démontrer clairement quel est le sentiment des Occidentaux sur l’évêque Jean, je choisis, parmi de nombreuses lettres qui m’ont été adressées à ce sujet, celles des évêques de Rome et d’Aquilée, pour les annexer à cette dépêche. Avant tout, je supplie Ta Clémence de donner des ordres pour faire assister au synode, même malgré lui, Théophile d’Alexandrie, qu’on prétend l’auteur des calamités qui nous affligent. Puisse, par l’emploi de ces moyens, le concile que nous demandons pourvoir efficacement au rétablissement d’une paix qui convient à nos temps2! »
La première idée fut d’envoyer l’ambassade par terre, à travers les Alpes juliennes et la Macédoine, à Thessalonique d’abord, pour y conférer avec l’évêque Anysius, avant de pousser plus loin et de se présenter devant l’empereur. Déjà même Honorius avait fait délivrer aux légats des brevets de la course publique, lorsqu’on eut des raisons de craindre qu’ils ne fussent inquiétés dans leur marche et peut-être emprisonnés à leur passage par les magistrats orientaux. Cette crainte fit renoncer au voyage par terre. On nolisa un navire pour gagner Thessalonique et Constantinople par mer, puis il fal-
1. Quos velim omni honore digneris, ut si persuasi fuerint quod jure expulsus sit Joannes, doceant me ab ejus communione recedere ; aut si coarguerint sponte malignos esse orientis episcopos, ab eorum te communione avertant. Pallad., dial., p. 12.
2. Porro hoc ante omnia obsecro Clementiam tuam, Theophilurn, Alexandriæ episcopum, etiam nolentem sistere jubeas, qui omnium malorum maxime auctor esse dicitur; ut episcoporum qui adfuerint synodus minime impedita convenientem temporibus nostris pacem sanciat. Id., ibid.
486 JEAN CHRYSOSTOME
lut attendre la saison favorable à la navigation dans ces parages difficiles, ce qui fit perdre à l’expédition un temps précieux. L’ambassade partit enfin vers la fin de mars ou le commencement d’avril de l’année /1O6, avant qu’on sût, en Italie, la mort du patriarche intrus Arsace et son remplacement par Atticus. Le navire, suivant ces instructions, descendit l’Adriatique jusqu’au cap Ténare, et, traversant les Cyclades sans encombre, arriva dans les eaux de l’Attique. Il avait à bord, outre les évêques et les clercs composant la légation occidentale, quatre évêques orientaux réfugiés qui avaient obtenu l’autorisation de se joindre à eux : c’étaient Cyriacus, Démétrius, Eulysius et Palladius d’Hellénopolis l. Comme l’ambassade longeait le golfe d’Athènes, elle reçut la visite d’un tribun qui lui défendit d’aller plus avant2; cet officier amenait avec lui deux autres navires petits et d’apparence commune, tandis que le vaisseau des ambassadeurs était digne de sa destination et, suivant toute apparence, décoré des insignes de l’empire d’Occident. Les passagers eurent l’ordre de descendre dans les deux esquifs qu’on leur amenait en se divisant en deux parts 3 et le navire impérial fut conduit triomphalement dans le port d’Athènes par le tribun comme une prise de guerre. Le transbordement fut fait en pleine mer, et avec tant de pré-
1. Æmilius, Beneventi episcopus, et Cythegius, profecti sunt cum Cyriaco, Demetrio , Palladio et Eulysio episcopis. Pallad., dial., p. 13.
2. Cum præter Græciam Athenas navigaremus, detenti sumus ab infesto quodam tribuno militum, qui statim centurionem unum nobis adjunxit, non sinens nos Thessalonicam accedcre. Pallad., ibid.