PREFACE
Là dissolution de l'Empire romain d'Occident se rattache aux origines de l'Europe moderne par le lien logique le plus étroit, celui de la cause à l'effet; et pourtant, qui de nous en sait l'histoire? Aucune peut-êti-e n'est resiée plus inconnue : on dirait que tout le monde, auteurs et lecteurs, s'est entendu pour la condamner à l'oubli. Quelque inexplicable que ce discrédit paraisse au premier abord, il n'est cependant pas un pur effet du hasard; et l'on peut, sans crainte d'erreur, Tattribuer, au moins en grande partie, à deux causes très-différentes, l'une futile, l'autre sérieuse, que j'essayerai d'exposer ici brièvement*
Il PRÉFACE.
La cause futile, c'est que l'histoire des derniers temps de Rome impériale appartient au Bas-Empire.
Or, qu'est-ce que le Bas-Empire?, L'idéal de l'avilissement, de la lâcheté, de la misère dans une société humaine : le mot seul le dit, et ce mot suffit. Quel intérêt peut s'attacher à une pareille époque? Quel profit tirer d'une kyrielle fastidieuse de faits sans grandeur, bons tout au plus à être oubliés quand on s'en est chargé la mémoire? Tout cela ne mérite ni les veilles d'un auteur, ni la curiosité d'un lecteur.
Voilà ce que nous entendons répéter chaque jour même parmi les classes éclairées, amies de l'étude. On ne saurait, en effet, se le dissimuler : une sorte de répulsion morale existe contre les travaux historiques qui ont pour objet le Bas-Empire.
Qu'y a-t-il de fondé dans ce sentiment? Peu de chose, à mon avis, et — j'éprouve le regret de le dire — il roule en grande partie sur un jeu de mots. Un chronologiste malencontreux ayant, pour la commodité de son travail, divisé l'Empire romain en Haut et Bas, l'un s'arrêtant, l'autre commençant au prîncipat de Constantin, et cette nomenclature ayant fait fortune, il en est résulté, contre toute intention de l'auteur, un préjugé favorable à la première des deux périodes, défavorable à la seconde. Une étrange